‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 34 sur 179 · CARACTÈRE PRATIQUE DE L*ART ET DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE PRATIQUE DE L*ART ET DE LA SCIENCE

Sur l'île de Pharos, située à l'entrée du principal port a'Alexandrie, s'éleva la première tour éclairée dont l'histoire fasse mention. Aussi ce monument fut-il appelé tour de Pharos, ou simplement Phare, nom qui, dans la plupart des langues modernes, désigne les établissements de cette nature. Le Phare fut construit cà grands frais et en douze ans par Sostrate de Cnide : le nom de cet artiste célèbre fut immortalisé par une inscription portant : « Sostrate de Cnide, fils de Dexiphane, aux dieux sauveurs, pour les navigateurs. » Cette tour, dont on admirait la grandeur et la beauté et que l'on rangea ensuite parmi les sept merveilles du monde, était bâtie en marbre blanc sur un rocher escarpé. Elle avait plusieurs étages et, dit-on, trois cents pieds d'élévation. Si l'on en croit les rapports du temps, on apercevait la lumière du fanal allumé à son sommet à plus de cinquante kilomètres de distance. Ainsi les Hellènes avaient songé à faciliter l'entrée d'un port où les rois indigènes de VÉgypte avaient mis une garde pour en éloigner les ilàvigateurs. Des travaux de ce genre n'ont pu être faits en Grèce pour plusieurs raisons : l'art et la religion absorbaient l'excédant des revenus, quand il y en avait un ; cet excédant servait à construire des temples, des propylées, à payer des statues ou d'autres œuvres d^magination. Souvent aussi les intérêts mesquins et opposés des villes mettaient obstacle aux entreprises d'utilité commune. Sous Alexandre le Grand, l'ingénieur Cratès de Chalcis avait commencé, par Tordre du roi, le curage des canaux obstrués du lac Copaïs. Mais dès que Thèbes se

releva, sous le règne de Cassandre, les travaux furent arrêtés; Thèbes craignait que l'écoulement des eaux, en faisant cesser les inondations, ne contribuât à la prospérité d'Orchomène, sa rivale. D'ailleurs les monarchies grecques fondées en Orient avaient des ressources immenses ; elles pouvaient donc suffire à la fois aux dépenses exigées pour la construction de monuments utiles, et de monuments simplement artjstiques. Il n'en était pas de même dans les États de la Grèce européenne : leurs recettes étaient fort limitées. Le revenu annuel d'Athènes, le plus riche des États de la Grèce, s'élevait, du temps de sa grandeur, à mille talents ou six millions de drachmes anciennes ; Appien affirme au contraire que, diaprés les inventaires royaux, les trésors amassés par le second des Ptolémées étaient évalués à la somme énorme de soixante-quatorze mille talents ou trois milliards sept cent millions de drachmes, le talent d'argent d'Alexandre étant à celui de Solon comme cinq est à six. Quoi de surprenant si ces rois, tout en bâtissant et en entretenant des musées et des temples, construisaient des phares, ouvraient des canaux et des routes, et reliaient ainsi les pays les plus reculés de l'Orient avec les contrées les plus occidentales et la Méditerranée ?

, En effet, les Ptolémées complétèrent le canal resté inachevé de Nécos, fils de Psammitichus, et ouvrirent Ja route qui rattachait Bérénice, sur les bords de la mer Rouge, à Coptos sur le Nil. « Et maintenant, ditStrabon, les cargaisons de l'Inde, de l'Arabie et de l'Ethiopie, qui arrivent dans le golfe Arabique, sont transportées à

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