FUSION DES MYTHES. JUDAÏSME ET HELLÉNISME
tioQ militaire et sa science politique, de même l'hellénisme, dans sa lutte pour s'imposer à la Palestine, se laissait pénétrer par le dogme des Hébreux. Dès le troisième siècle avant Jésus-Christ, leurs livres sacrés, traduits en grec par ordre de Ptolémée Philadelphe, étaient devenus accessibles au monde hellénique. Peu après, le Juif Aristobule composa sur la loi mosaïque un ouvrage dont le but évident était de répandre les dogmes de son pays parmi les Hellènes. Joseph représenta ensuite, dans ses Antiquités juives, un Grec confessant le profond caractère spiritualiste de la loi mosaïque. Cette tendance vers le monothéisme fut fortifiée par l'introduction en Asie des plus hautes conceptions delà philosophie grecque et même de son polythéisme. Ainsi que nous l'avons dit, la religion grecque se combina en Egypte et en Syrie avec les cultes indigènes ; de là une confrontation et une assimilation des dieux grecs avec les dieux de l'Asie et de l'Egypte. Aphrodite fut identifiée avec l'Astarté indigène, Artémis avec Anaïtis, Isis tantôt avec Cérès, tantôt avec Artémis, Aphrodite, Enyo, ou Junon. Sérapis aussi fut comparé à Jupiter, à Esculape, au Soleil , à Bacchus. Ainsi se fit un premier, un grand travail de rapprochement entre les esprits, entre les consciences : les attributs et les vertus des dieux se ramenèrent insensiblement à un petit nombre de conceptions sur la Divinité. On disait d'Isis qu'elle était la mère des choses, la reine des éléments, la première fille des temps, le premier des dieux, leur archétype uniforme, la première des divinités, une divinité seule et unique, mais adorée par toute la terre de
différentes manières, sous des formes diverses. On disait aussi de Sérapis qu'il avait pour tête le ciel, pour corps la mer, pour pieds la terre, pour œil le soleil. Cette synthèse, effaçant peu à peu les attributs locaux et trop particuliers des dieux, préparait la pensée à la conception d'une seule et suprême puissance. C'est ce que Plutarque expliqua admirablement dans la suite. Quoique zélé partisan des anciennes doctrines, il conclut cependant, dans son traité surisis et Osiris, qu'il n'y a pas plusieurs dieux, barbares ou hellènes, septentrionaux ou méridionaux, mais que tout est réglé par un seul verbe et administré par une seule providence. Pendant que. cette introduction du polythéisme grec en Orient venait d'une façon singulière au secours du dogme antique des Hébreux, ce dogme contractait une alliance plus naturelle avec la philosophie hellénique. Le Juif Philon, contemporain de Jésus , trouvait que le système philosophique de Platon se rapprochait beaucoup des livres sacrés des Hébreux.
Telle était la situation des esprits en Orient, lorsque Jésus parut en Palestine. Parmi les habitants de ce pays, les uns s'obstinaient à maintenir toutes les formes de la religion des ancêtres, formes dont plusieurs pouvaient être difficilement adoptées par le reste de l'humanité ; les autres cédaient à l'influence de l'hellénisme qui s'élevait lentement vers le dogme suprême de cette religion. Venu au monde pour compléter et renouveler l'Ancien Testament au double point de vue moral et dogmatique, Jésus, repoussé par les purs enfants d'Is-