ÉPICTÈTE. DION CHRYSOSTOME
seurs de la religion chrétienne. Né à Hiérapolis de Phrygie, il fut, pendant sa jeunesse, esclave à Rome d'un des affranchis de Néron. On raconte que, son maître se donnant le plaisir de lui désarticuler le pied avec un instrument de torture, Épictète lui dit sans se troubler : « Tu vas me le casser. » Mais, le maître persistant dans ce jeu inhumain jusqu'à ce que le pied se brisât, l'esclave se contenta d'ajouter : « Je te l'avais bien dit. » Se rappelant cette résignation stoïque, Celse osa demander plus tard aux chrétiens : « Est-ce que le Christ, au milieu de ses supplices, a jamais dit quelque chose de plus beau ? » A quoi Origène repartit simplement : « Notre Dieu n'a rien dit, et cela est encore plus beau. » Il y avait donc rivalité entre les stoïciens et les chrétiens pour la recherche de la vérité, rivalité qui devait aboutir enfin au triomphe de l'Évangile, non de la doctrine
philosophique.
Dion Ch rysostome fut aussi un proclamateur de la vérité morale, plus populaire qu'Épictète, dont il fut contemporain. Né à Brousse en Bithynie, il embrassa d'abord la vie, l'art et les mœurs des sophistes, classe d'hommes qui adoraient la parole pour la parole même, et surtout à cause de la renommée et des biens que leur facile éloquence leur procurait. S'étant convaincu avec le temps de la vanité de sa condition, il mit son talent au service de l'édification des âmes et de l'élévation du sentiment humain. D'après Dion, la morale n'est pas une vaine spéculation; c'est un ensemble de préceptes qui n'ont de valeur que dans la pratique. Ce philosophe
if
102 HELLÉNISME OKIENTAL.
ne ressemble pas aux stoïciens qui « ne s'adressent pas au peuple, désespérant peut-être de le rendre meilleur. » Il se propose de rendre la morale accessible au plus grand nombre sans se laisser abattre ni par les obstacles ni par les insultes ! 11 montre une persévérance égale à celle d'Épictète, quand il s'écrie avec son accent le plus héroïque : « 11 faut que le philosophe aime ceux qui le battent, parce qu'il est le père et le frère de tous les hommes. » Ne croit-on pas entendre ce commandement du Sauveur : « Si quelqu'un vous frappe à la joue droite, présentez-lui aussi la gauche ; aimez vos ennemis; bénissez ceux qui vous maudissent; faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Dion parla souvent en public ; souvent il apaisa les troubles des villes ; partout, toujours, il s'appuya sur les principes éternels de la morale, formant ainsi les foules à la compréhension de la parole évangélique. Il appelait sa parole « une prédication sacrée », le philosophe enseignant « un interprête véridique de la nature immortelle ». Epictète ne disait-il pas aussi que le véritable philosophe doit se consacrer tout entier « au service de Dieu » ? Ainsi se rapprochaient les deux mondes, le monde hellène et le monde chrétien, qui devaient enfin se fondre dans un seul et unique courant. Lucien lulmême témoigne combien l'hellénisme oriental contribua dans sa première forme au triomphe des nouveaux dogmes. Qui ignore les coups mortels que son iroAie, sa logique, son langage attique portèrent à l'édifice chancelant mais encore debout du paganisme, au deuxième siècle? Et qui