ALLIANCE DE L'HELLÉNISME AVEC LE CHRISTIANISME
peut calculer le nombre d'âmes qui, privées ainsi de tout appui moral, furent obligées de chercher un refuge au sein de l'Église chrétienne? Certes, Lucienne croyait à rien ; il ne railla pas moins le christianisme que le paganisme ; et cependant, en se moquant sans pitié de la vie chrétienne, de sa charité, de son dévouement, il devint, malgré lui, un ardent prédicateur des vertus nouvelles.
Les chrétiens les plus autorisés ont souvent reconnu combien la philosophie hellénique a contribué au triomphe du christianisme. « Les doctrines de Platon ne diffèrent pas beaucoup de ceUes de Jésus, disait au deuxième siècle Justin le martyr; mais elles ne leur sont pas en tout semblables, non plus que celles des autres stoïciens, poètes et écrivains; car chacun d'eux, ne voyant qu'un des aspects du Verbe divin, s'est exprimé à son point de vue particulier. Donc tout ce que ces maîtres ont dit de bon nous appartient à nous chrétiens. » Non moins remarquable est la manière dont Clément d'Alexandrie définit les rapports de la philosophie et du christianisme. (( La philosophie, dit-il, était nécessaire aux Hellènes, avant l'arrivée du Seigneur en ce monde, pour fixer la notion du juste et de l'injuste; maintenant elle est utile comme une instruction préliminaire à tous ceux qui veulent goûter les fruits de la foi raisonnée. Je ne parle ni du système des Stoïciens, ni de ceux de Platon, d'Épicure et d'Aristote ; j'entends par philosophie l'ensemble de tout ce que chacun d'eux a dit de bon, en associant la justice à la piété. » Mais personne n'a mieux carac-
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térisé que saint Basile les services que l'hellénisme païen était appelé à rendre à l'hellénisme chrétien. 11 a exprimé sa pensée à cet égard dans l'exhortation [parénèse) qu'il adressait aux jeunes gens sur les avantages à tirer des écrivains profanes. Après avoir résumé les prescriptions de la loi nouvelle et représenté les trésors de félicité que nous donnent ses saintes maximes, il conclut que nous devons nous exercer à d'autres études, en attendant que l'âge nous permette de comprendre les premières. Ces autres études par lesquelles les chrétiens doivent se préparer à la pratique des vertus enseignées par la nouvelle religion, sont la lecture des poètes, celle des orateurs, et des autres prosateurs de l'antiquité. « De même que les teinturiers ne dessinent la fleur qu'après avoir préparé TétofTe, ainsi, pour conserver en nous le sentiment du beau indélébile, nous devons commencer par ces études profanes, car alors seulement il nous sera donné de comprendre les préceptes sacrés et mystérieux de la religion. Après que nous nous serons accoutumés avoir le soleil réfléchi dans l'eau, nos yeux pourront regarder l'astre du jour lui-même dans toute sa splendeur. » L'incomparable orateur ne se borne pas à ces deux images, dont la seconde est empruntée à Platon ; pour représenter d'une manière plus vive encore les rapports de l'éducation hellénique et de l'éducation chrétienne et leur action convergente, il nous offre, aussitôt après, une troisième image plus frappante que les deux premières. « La propriété principale de la plante, dit-il, est de produire de beaux fruits, mais les feuilles qui s'agitent sur ses bran-