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ORGANISATION DE L'ÉGLISE. LUTTE DES DEUX DOGMES

conservé le nom. Dans ces panégyries se rendaient des ambassades de plusieurs localités ; les amis s'y donnaient rendez-vous; des marchés forains, ornés de tentes et de tapis, étaient dressés avec élégance ; on plantait de véritables bocages aux environs des temples; on y étalait de riches marchandises. Les foules accouraient au théâtre entendre les orateurs qui célébraient la fête. Dans tout cela, nous surprenons l'ancien hellénisme en communion flagrante, pour ainsi dire, avec le christianisme ; il lui transmet, outre son langage, sa rhétorique et sa philo- Sophie, les formes mêmes de ses institutions et de ses

fêtes populaires.

Cependant cette révolution, comme tout grand changement, ne pouvait s'accomplir dans une paix absolue. Comme il arrive d'ordinaire, les anciennes doctrines se rattachaient à des intérêts, à des passions qui auraient difficilement cédé sans lutte aux passions et aux intérêts suscités par les nouvelles doctrines. De là les persecutions des trois premiers siècles, et le grand choc qui eut lieu au quatrième, sous le règne de Julien, entre les deux mondes. En outre, la philosophie hellénique avait naturellement voulu conserver son droit absolu d'investigation : la nouvelle religion se présentait comme une révélation divine, et proposait comme indiscutables certains dogmes qui dépassaient les bornes de la conception humaine. Le principal était celui de l'incarnation Plusieurs chrétiens, ne pouvant se détacher des procédés de la philosophie dans laquelle ils avaient ete

élevés, essayaient de donner de ce dogme fondamental

des explications qui, des régions surhumaines, le faisaient descendre dans le cercle ordinaire de la pensée. Aussi arrivaient-ils à des conclusions où le Sauveur était représenté comme un homme plutôt que comme un Dieu. Ce fut là, dans Topinion unanime de l'Église, la source des hérésies. Au troisième siècle, Tertullien, écrivant « contre Hermogène, » appelle les philosophes « patriarches des hérétiques ; » dans son traité de rAme, il qualifie Platon de «condiment de tous les hérétiques. » Au quatrième siècle, Arius était solennellement accusé de professer les doctrines du néo-platonicien Porphyre. Au sixième siècle, on affirmait encore que Jean Philoponos avait puisé ses erreurs sur plusieurs dogmes et notamment sur la Trinité dans la philosophie d'Aristote.

Les hérésies nées du choc des droits de la philosophie hellénique et des exigences du nouveau dogme ont été nombreuses et variées aussitôt après la prédication de FEvangile; nous ne parlerons ici que des principales. Arius contesta l'égalité entre le Fils et le Père. Le Fils, prétendait-il, était l'aîné des êtres ; mais, créé comme eux, il n'existait pas de toute éternité ; d'ailleurs, le Fils était de même nature, mais non consubstantiel au Père. Vint ensuite l'hérésie de Nestorius. Nestorius prétendit tracer une ligne de démarcation entre la nature humaine et la nature divine de Jésus. Il révérait Marie comme la mère du Christ, sans admettre pourtant qu'elle fût mère de Dieu. Car il considérait la nature humaine du Sauveur comme l'enveloppe, l'organe, le temple, pour ainsi

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