HÉRÉSIES. SYMBOLE DE LA FOI
dire, de sa nature divine. Pendant que Nestorius distinguait à ce point les deux natures du Christ, Eutychès les confondait : il disait que la divinité elle-même avait souffert la passion. Cette hérésie, si elle avait un sens quelconque, n'attribuait au Sauveur qu'une seule nature, nature évidemment humaine, nul homme sensé ne pouvant admettre que la divinité pût souffrir. En effet, ce même Eutychès fut forcé de reconnaître que c'était là la conséquence de son syllogisme ; et ses partisans furent qualifiés du nom de monophysites. Enfin quelques-uns de ces monophysites, pour faire triompher leur doctrine d'une manière indirecte, se déclarèrent prêts à reconnaître les deux natures du Sauveur, si l'on admettait qu'avec deux natures il n'avait pourtant qu'une seule volonté. Mais il était manifeste que par cet amendement, les monothélites arrivaient à la même conclusion que les monophysites : cette conclusion, commune à toutes les hérésies, énonçait que le nouveau dogme n'avait pas été prêché par Dieu fait homme, mais par un homme participant de la nature divine, ce qui peut s'appliquer à tout homme de génie et même à tout homme en général.
Si cette doctrine l'emportait, la foi chrétienne perdait la base solide sur laquelle elle avait été fondée ; elle reniait son caractère de religion, et n'était plus qu'une secte philosophique. Aussi l'hérésie fut-elle combattue à outrance. Quatre conciles œcuméniques, réunis à Nicée, à Constantinople, à Éphèse, à Chalcédoine, condamnèrent les formes diverses sous lesquelles elle avait tenté de détruire le principe vital de la foi. Les deux
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premiers notamment fixèrent le Symbole que tout chrétien confesse : « qu'il croit en un seul Dieu, et en son Seigneur Jésus-Christ, le fils de Dieu, engendré du Père ayant tous les siècles, consubstantiel au Père ; qui s'est incarné et fait homme pour notre salut ; et au Saint-Esprit qui procède du Père, adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils. » Tel est le terme auquel aboutit la longue lutte entre le nouveau dogme et la philosophie hellénique. Ce Symbole, quoique quinze cents ans se soient écoulés depuis, et malgré les nombreuses révolutions politiques et la foule des doctrines qui ont surgi dans ce long espace de temps, est encore professé partout où il y a des chrétiens. C'est là aussi l'œuvre finale et la plus considérable de l'hellénisme en Orient. Reconnaissante envers le premier hellénisme qui a fixé les lois éternelles du beau et du sublime, l'humanité se trouve encore aujourd'hui sous l'influence de l'hellénisme oriental qui, ayant complété l'œuvre du premier, a posé sur la question de la divinité des limites que les consciences chrétiennes n'ont pas encore osé franchir.
Mais si l'œuvre entreprise au quatrième siècle avant Jésus-Christ se poursuivait en Asie, depuis six cents ans, sous des formes aussi variées qu'imposantes, que se passait-il sur ces entrefaites dans la mère patrie ? Comme les eaux, descendant des montagnes pour former peu à peu des fleuves qui iront au loin arroser.les plaines, laissent arides les lieux situés près de leurs sources, ainsi la Grèce, abandonnée de ses meilleurs enfants, continua à languir
TRISTE POSITION DE LA. MÈRE PATRIE. Hl
et à dépérir moralement, matériellement et politiquement. Après la mort d'Alexandre, elle entreprit de se détacher de la Macédoine, pour revenir à son état passé; elle chercha à concentrer ce qui lui restait de forces et fonda la ligue Achéenne et la ligue Étolienne. Cesligues furent créées d'après un principe bien différent de celui des anciennes hégémonies de Sparte et d'Athènes. Une ville puissante soumettait autrefois plusieurs autres cités et prétendait les faire servir d'instruments aveugles à ses intérêts particuliers, à son exclusive prépondérance. Alors, au contraire, plusieurs villes s'unirent dans l'égalité des droits et des devoirs. Il ne s'agissait plus de faire gouverner des millions d'hommes toujours mécontents par une poignée de privilégiés ; on tentait de faire concourir à l'œuvre commune tous les habitants des villes confédérées. Le principe était excellent; malheureusement plusieurs causes en compromirent l'application. Le drapeau de l'unité nationale avait servi au siècle précédent, sinon de point de ralliement, du moins de prétexte aux efforts de Sparte et d'Athènes ; il n'apparut nulle part en ces temps de décadence. On parlait d'Achéens et d'Étoliens ; on ne prononçait pas le nom d'Hellènes. De plus, ces Achéens et ces Étoliens, qui formaient la base des nouvelles fédérations, avaient pris avec le temps un caractère tellement opposé, que toute entente devint impossible entre eux, à plus forte raison une fusion complète. Les Achéens, pacifiques de nature, avaient au suprême degré le sens de la légalité ; belliqueux et violents, les Étoliens étaient foncièrement
hostiles à tout régime légal. Le choc fut inévitable et d'autant plus désastreux qu'aucun des deux partis ne pouvait l'emporter sur l'autre. Le principe de l'égalité des droits fut d'ailleurs violé par tous deux, soit dans la constitution fédérative, soit dans la pratique. Chez les Achéens, le conseil suprême de la ligue se composait de dix démiurges ou archontes. Rien de plus juste au début, lorsque la fédération ne comptait que dix villes. Mais peu après elle s'en adjoignit d'autres beaucoup plus grandes que les premières; néanmoins le conseil ne compta toujours que dix membres, et la plupart des villes n'y étaient pas représentées. De plus, les citoyens de toutes les villes prenaient part à l'assemblée commune. Ils ne Votaient cependant pas par tête, mais par ville, en sorte que les plus petites avaient autant de voix que les plus grandes. Cette disposition, combinée avec celle des dix conseillers, tendait à faire de la plus faible partie de l'Etat le centre de gravité de la fédération. D'un autre côté, les Etoliens maltraitaient non-seulement les pays ennemis, mais les villes mêmes avec lesquelles ils étaient unis. Si à tout cela nous ajoutons que les deux ligues se faisaient constamment la guerre, que les rois de Macédoine ne cessèrent de les combattre, que l'émigration continuait toujours, que les Etoliens surtout allaient en foule s'enrôler sous les drapeaux des Séleucides et des Ptolémées, qui achetaient cher leurs services, et que les Romains survinrent au milieu de ce? circonstances, nous comprendrons que la Grèce proprement dite n'ait pu, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, résistera la puis-
sance politique et militaire admirablement organisée de la grande république italienne.
Cent ans après, les États helléniques fondés en Orient tombèrent tour à tour sous la même domination. Dans ces contrées cependant l'hellénisme ne cessa de mener une vie active, associant aux principes de son passé le plus brillant ceux de ses transformations nouvelles. Quel contraste avec l'état misérable où il fut réduit en Europe l En Orient parurent alors, dans toutes les branches des connaissances humaines, des hommes remarquablés, dont plusieurs, Lucie^ Longin, Epictète, Gallien, Strabon, Euclide, Denys d'Halicarnasse, sont comptés parmi les plus sérieux représentants du génie hellénique. Dans la Grèce proprement dite deux noms seulement, noms célèbres, il est vrai, Polybe et Plutarque, surnagent dans ce même espace de temps. En Orient aussi fut fondé ce grand édifice du christianisme, dont l'ombre immense devait couvrir l'Europe et TAmérique. Là brillèrent ces illustres Pères de l'Église grecque, Rasile, Grégoire, Chrysostome, dont le monde civilisé admire encore aujourd'hui la forte éloquence. C'est que la Grèce d'Europe , enveloppée du linceul de la vie antique, repoussait avec obstination le dogme de la régénération du monde et se consumait dans les écoles d'Athènes en discussions oiseuses et en spéculations mystiques. Ces écoles furent sans doute utiles en ceci que l'on continuait d'y enseigner la langue inimitable de Démosthène et de Platon ; mais les écoles d'Orient,
notamment celles d'Alexandrie, d'Antioche et de Tarse,
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ne leur étaient pas inférieures sous ce rapport; Vers la fin, les philosophes d'Athènes tentèrent d^assurer le triomphe pratique de leurs doctrines païennes soit en agissant de concert avec Julien, soit en se rendant en foule dans la nouvelle capitale de TOrient, à Constantinople, où ils conspirèrent souvent contre la religion chrétienne. Mais ces faits mêmes témoignent quils ne s'occupaient qu'à aveugler la jeunesse sur le véritable avenir du monde et à s'épuiser en efforts stériles pour ressusciter le cadavre du passé.
Le dépérissement matériel du pays marchait de front avec cette décadence morale. Vers le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ, quand la Grèce tombe sous la domination romaine, Polybe, témoin oculaire, fait un douloureux tableau de la situation du pays à cette époque. Le trouble des esprits fut tel dans le Péloponnèse, que tout le monde en était venu à considérer la domination romaine comme un bienfait. On avait à la bouche le proverbe : « Nous ne pourrons nous sauver qu'en nous perdant bien vite. » Il en était de même en Béotie, en Étolie, en Épire. Dans cet état de choses, l'émigration vers l'Orient ne pouvait être compensée par un rapide accroissement de la population restée dans ses foyers. La domination romaine multiplia encore les causes de décadence. Elle enleva à l'Hellade ce nom glorieux pour lui donner celui d'Achaïe ; elle détruisit en même temps ou fit transporter à Rome d'innombrables chefsd'œuvre. Après la conquête de la Macédoine, les Romains forcèrent tous les Macédoniens qui avaient servi
dans l'armée ou qui s'étaient trouvés mêlés aux affaires politiques de leur pays, à émigrer sous peine de mort en Italie. Ils n'agirent pas autrement envers les lUy riens. En Épire, Paul-Émile entreprit une dévastation systématique par la destruction de soixante-dix villes et la réduction de cent cinquante mille hommes en esclavage. Quelques années plus tard, Mummius brûla Corinthe, massacra tous ses citoyens, vendit les femmes et les enfants. Au commencement du premier siècle avant Jésus- Christ, Sylla accumula les ruines en Attique, en Béotie, et dans le reste de la Grèce. Les grandes guerres civiles, qui désolèrent bientôt après la république romaine et qui eurent pour champs de bataille les pays hellènes, ajoutèrent aux calamités précédentes.
On dit que les pirates de Cilicie pillèrent environ quatre cents villes, parmi lesquelles plusieurs cités helléniques. Puis, comme si l'émigration vers l'Orient ne suffisait pas à rendre le pays désert, ses habitants commencèrent à se rendre en foule en Occident, en Italie, à Rome surtout, où ils allaient chercher fortune comme ouvriers, marchands, artisans, prêtres, médecins et précepteurs. Il n'est donc pas étrange qu'en parlant des contrées autrefois si peuplées de l'Illyrie, de l'Épire, de l'Acarnanie, de l'Étolie et de la Locride, Strabon dise qu'elles étaient presque désertes de son temps. On y rencontrait à peine quelques bourgades, qui ne méritaient même pas, aux yeux de ce géographe, une description particulière. Peu nombreuses étaient aussi en Thessalie les villes qui avaient conservé leur ancienne
prospérité. Strabon ne cite que Larissa. Il affirme que Thèbes n'était plus qu'un village ; parmi les autres villes de la Béotie, Tanagre et Thespies sont les seules qu'il croit clignes d'être mentionnées. Athènes possédait encore ses splendides monuments ; mais le Pirée, n'ayant plus son arsenal, était devenu une ville bien petite ; les murs de Munychie et les longues murailles tombaient depuis longtemps en ruine. De même la plupart des villes de l'Arcadie avaient péri ; on n'en apercevait plus que les traces ; Tégée seule avait conservé une certaine population. La Laconie, qui comptait jadis cent cités, n'en avait plus que trente.
Au premier et au deuxième siècles après Jésus-Christ, les Romains, ayant affermi leur domination, se montrèrent souvent bienveillants envers la Grèce. Ils bâtirent de nouvelles villes , Corinthe , Patras , Nicopolis ; ils protégèrent et embellirent Athènes, Abœ, Hyampolis en Phocide, Mégares, Corinthe, Mantinée. Cependant la désolation continuait; elle augmentait peut-être. Plutarque assure que de son temps, cent ans environ après Jésus-Christ, toute la Grèce pouvait lever à peine trois mille hoplites, tandis que la seule ville de Mégares en avait envoyé autant à la bataille de Platée. Pausanias, qui voyagea en Grèce au deuxième siècle de notre ère, constate d'une manière plus positive encore la dépopulation du pays. Panopée, en Phocide, avait autrefois sept stades de circuit ; le voyageur ne la croit plus digne du nom de ville ; il dit que ses habitants demeuraient (fans des chaumières. Il ne vit à Thèbes que sept portes
et dix temples ; la ville basse était déserte, le reste des Thébains demeurait dans Tacropole qu ils n'appelaient déjà plus Cadmée, mais Thèbes. Comme en Phocide et en Béotie, Pausanias trouva peu d'endroits habités dans l'Attique et dans le Péloponnèse. Les noms des villes et des temples dont il n'a vu que les traces, sont innombrables. Presque toutes les îles étaient désertes : à Délos, le voyageur ne trouva pas un seul Délien, mais seulement le détachement militaire que les Athéniens envoyaient pour la garde du temple. Du temps de Dion Chrysostome, qui vécut quelques années auparavant, les deux tiers de l'Eubée étaient déserts ; les villes de cette île, jadis grandes et peuplées, étaient si vides d'habitants que leurs environs immédiats étaient tombés en friche, et que plus d'un quartier dans l'intérieur était labouré ou transformé en pâturage. Pendant les deux cent cinquante premières années de notre ère, la Grèce dépérissait par l'émigration de ses plus énergiques enfants, par l'absence presque complète de commerce et d'industrie, par la décadence progressive de son ancienne vie nationale. Elle connaissait à peine les principes de régénération qui accomplissaient tant de merveilles en Orient. Mais, à partir de la seconde moitié du troisième siècle, les calamités qui venaient du dehors s'accrurent par les invasions des barbares du nord, des Germains, des Huns, des Slaves. Toutes ces nations attaquèrent l'empire romain depuis ses frontières les plus occidentales jusqu'à ses possessions les plus reculées de l'orient. Cet empire, harcelé de tous côtés et désolé par ses dissen-
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sions intestines, ne put suffire à la défense de la Grèce. Abandonnée à ses propres forces, elle donna encore quelques signes de vie. A Athènes, le digne Dexippos parvint à battre, en 267, les Goths, qui s'y étaient montrés pour la première fois. Mais il était évident qu'elle ne pouvait résister longtemps à des ennemis qui finirent par renverser Tempire romain lui-même.
Tel fut le triste sort de la mère patrie depuis la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ jusqu'au quatrième siècle de notre ère. Cette Grèce, si brillante autrefois, privée de ses enfants comme Niobé, traînait une existence remplie de misères et paraissait descendre dans la tombe ; on lui avait enlevé jusqu'à son nom. Il ne faut pas croire cependant qu'au troisième et au quatrième siècles l'hellénisme oriental fût plus sûr de son avenir. Il fournissait alors une brillante carrière ; il propageait sa langue, ses institutions, son génie dans de vastes pays, en Asie Mineure, en Syrie, en Mésopotamie et en Egypte ; il s'emparait même pour trois siècles du gouvernement de ces contrées; mais il ne parvint pas à y créer une grande et compacte nationalité. Les indigènes de l'Asie et de l'Afrique avaient conservé, dans les campagnes surtout, beaucoup de leurs qualités originelles. Il faut dire aussi que, si l'hellénisme exerça son influence sur l'Orient, l'Orient réagit sur les Hellènes. Le même fait s'était produit à toutes les époques de leur colonisation ; les Ptolémées, les Séleucides et les dynastes de l'Asie ne le prouvèrent que trop en adoptant les mœurs sociales et politiques de l'Orient, la. polygamie, les ma-
riages entre frère et sœur, le despotisme, l'intempérance. Ajoutez qu'aucun des successeurs du conquérant ne se montra capable de maintenir l'unité de son vaste empire ; il fut morcelé après la mort d'Alexandre, et ses tronçons luttèrent souvent les uns contre les autres. Tel est l'ensemble des causes qui, deux siècles plus tard, facilitèrent la conquête aux Romains. Dans l'intervalle, non-seulement ces pays ne prirent point le nom de Grèce, ni leurs habitants celui d'Hellènes; mais les rois mêmes de Syrie, d'Egypte et de Bithynie ne portèrent jamais ce nom. Pendant les trois premiers siècles, les colons le revendiquèrent avec orgueil, disant, lorsqu'ils parlaient d'eux-mêmes : les Hellènes qui habitent F Asie, pour se distinguer des indigènes. Mais, par un concours fatal de circonstances, le christianisme, auquel ils se convertirent, prit vis-à-vis de l'hellénisme une position hostile. Noui avons vu l'immense danger que l'esprit d'investigation des Hellènes, d'où sont nées les hérésies, a fait courir au dogme fondamental de l'Évangile. Pour conjurer ce péril, on crut indispensable de brusquer la séparation des deux mondes. Dans cette lutte, qui devait durer des siècles, les premiers coups furent portés par l'évêque d'Alexandrie Athanase, le grand et fier législateur du Svmbole de la foi. Dans son célèbre discours contre les idoles, qu'il intitula Discours contre les Hel^ lènes, il couvrit leur science de blâme et de raillerie. Peu de temps après, Julien, relevant le défi, voulut exclure les Galiléens, comme il qualifiait les chrétiens, de toute éducation classique et surtout de l'enseignement
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de la langue de Platon et d'Aristote. Plusieurs évoques se révoltèrent alors contre cette étrange confusion de l'ancienne religion avec la science et la langue grecques. Grégoire de Nazianze, dans son premier pamphlet contre l'empereur Julien, lui reproche d'avoir sciemment perverti le véritable sens du mot hellène^ comme si ce mot ne désignait que les adeptes du paganisme, comme s'il ne signifiait pas en même temps et surtout ceux qui parlent la plus riche et la plus harmonieuse des langues. « Il a voulu nous l'enlever cette langue, en nous considérant comme des usurpateurs du bien d'autrui ; il ne lui restait plus qu'à nous priver aussi des arts de la Grèce en les comprenant sous ce même nom. » On sait à quel point de vue saint Basile considérait l'hellénisme. Loin de le tenir pour suspect, il en recommandait les chefsd'œuvre à la jeunesse comme une étude préparatoire indispensable à la conception des nouveaux dogmes. Néanmoins la querelle se prolongea et s'envenima au point que le paganisme ne tarda pas à être qualifié de doctrine hellénique; longtemps les chrétiens prirent l'hellénisme en horreur, et, six siècles durant, les enfants renièrent leurs pères.
' Des circonstances extérieures rendirent ces dissensions plus dangereuses encore. La domination romaine détruisit successivement tous les Etats de l'Orient vers la fin du premier siècle avant Jésus-Christ; elle étendit sa main de fer sur tous ces pays, sans toutefois traîner à sa suite les grandes et terribles calamités qui l'avaient accompagnée en Grèce. Elle fut d'abord désastreuse pour
l'Asie Mineure ; mais ensuite elle préféra l'hellénisme aux indigènes et le favorisa. Aussi la perte de l'indépendance n*empêcha pas les Grecs de prospérer par la constitution municipale de leurs nombreuses cités.
Cependant un terrible ennemi arriva de l'orient vers la première moitié du troisième siècle de notre ère. L'empire des Parthes, qui n'avait jamais fait courir de danger à la civilisation occidentale, et qui en avait même subi jusqu'à un certain point l'influence, fut renversé à cette époque par les Perses. La seconde monarchie persane, reconstituée avec les institutions et l'ordre hiératique des mages, hérita, sous les Sassanides, des prétentions de Cyrus, de Darius et de Xerxès sur tout l'Orient. Alors commença une grande lutte pendant laquelle l'existence même de la race grecque fut en jeu. Rome, qui était sur le point d'abandonner les pays situés au sud du Danube, était encore moins en mesure de sauver l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte. Ici comme dans la Grèce proprement dite, quelques villes résistèrent courageusement ; mais, sans lien politique entre elles, elles devaient finir par succomber. Ainsi l'hellénisme était menacé en orient par les Perses , comme dans la mère patrie par les barbares du nord. C'est alors que Constantin le Grand lui créa un nouveau foyer d'action politique par la fondation d'une nouvelle capitale en Orient.