‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 44 sur 179 · CONSTANTINOPLE, CAPITALE GRECQUE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

CONSTANTINOPLE, CAPITALE GRECQUE DE L'EMPIRE

capitale de l'Empire pour s'y établir en sûreté et consolider à loisir le nouvel ordre de choses. Toutefois, il continuait à porter le titre d'empereur des Romains et à désigner ses sujets sous ce nom, bien que les Latins n'aient formé de tout temps qu'une faible partie de la population dans les contrées dont la grande cité du Bosphore devint le centre. A première vue, Constantinople n'était donc que la seconde capitale de l'ancien Empire romain ; elle ne différait de Rome que parce qu'elle était devenue la capitale chrétienne de l'État. Cela suffît pourtant à en faire bientôt sa capitale grecque. Comme nous l'avons vu, le christianisme chercha à se faire une position à part pendant quelque temps ; mais il était attaché à l'hellénisme par des liens tellement multiples et puissants qu'il s'est toujours identifîé avec lui en Orient. Constantinople fut établie dans l'enceinte même de Byzance, ancienne colonie de Mégares. Le surcroît de sa population lui vint des contrées voisines, habitées par des Grecs ou par des étrangers hellénisés. Ses plus beaux ornements étaient des chefs-d'œuvre de l'ancien art hellénique. Tous les ministres de la nouvelle religion officiaient en grec, prêchaient en grec la parole de Dieu. Tous les hommes de lettres accourus dans la ville étaient des Grecs, chrétiens ou païens. Philosophie, science, art, toute sa vie intellectuelle était hellénique ; presque tous les employés civils et militaires étaient des Hellènes de Grèce, d'Asie ou d'Afrique. H se produisit ici ce qui était arrivé autrefois dans les États des successeurs d'Alexandre : une ville hellénique devint la seconde capitale de l'Empire ro-

maîn, comme Alexandrie fut la capitale des Ptolémées ; Antioche, des Séleucides; Nicomédie, des rois de Bithynie ; Amasia, des Mithridates ; Eusébia, des rois de Cappadoce. La seule diflérence entre Conslantinople et ces villes fui que rhellénisme, qui rayonna de ces dernières sur les campagnes, fut imposé au contraire par les provinces à la nouvelle capitale et, par elle, imprima d'une manière indélébile son caractère au reste de Fempire.

S'étant répandu depuis les conquêtes d'Alexandre dans toutes les contrées soumises par ce conquérant, son triomphe fut affermi du moment où il se rendit maître de Conslantinople. Nous ne dirons pas que la langue grecque fût seule en usage dans tous ces pays. En Asie, en Egypte, dans la Cyrénaïque et au nord de l'Olympe et de risler, il y avait de nombreux dialectes locaux. Mais, outre que dans les pays hellènes proprement dits et dans toutes les îles on ne parlait que le grec, c'est en celle langue, qui était comme la langue commune, que se faisaient tous les actes de la vie civile, que s'exprimaient tous les besoins de la vie morale, inlellccliiollo et matérielle : religion, science, commerce international, relations politiques. Les <l;alectcs indigènes no se faisaient entendre que dans les relations locales de» provinces; on ne se servait que de la langue grecque pour toutes les affaires d'un intérêt général. Lorsque Constantin le Grand convoqua le premier concile œcuménique de Kicée, il prononça son discours d'ouver<ure en lutin, mais il le fit traduire en grec, pour qu'il fut corn-

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pris de cette nombreuse assemblée. Il en fut de même quand l'empereur prit part aux discussions du concile ; il s'exprima en grec, langue qu'il possédait assez bien, selon Eusèbe. Rome continua d'être le siège de l'Empire ; mais les édits en matière de religion étaient promulgués en grec et non en latin ; c'est ce que prouvent les dispositions de Théodose et de Valenlinien contenues dans le Code. Peu après Constantin, Julien, son neveu et son second successeur à Conslantinople, né dans cette ville d'une mère grecque, écrivit en cette langue seii discours, ses lettres, ses :^alires. Les anikissadcurs des villes parlaient en grec aux empereurs. O"*» "<^ ^« rappelle le célèbre discours dcSynésius se présentant a l'empereur en qualité d'envoyé de Cyrène?Théodos<î II, fils d'Arcadius, épousa la fille du philosophe Lcontius, née et élevée à Athènes ; elle étjiit paîeaae et portail le nom d'Athénaîs ; mais elle reçut le baptême avant de mouler sur le trône sous le nom d'Eudoxie. Pressés ainsi de plu< vw plus par la force des choses, les erapereuis se livraient au courant qui les entraînait. Déjâ^ par une loi formelle, Arcadius avait permis aux juges de rédiger en grec leurs arrêts. Théodose il autorisa Tusage général du grec et ordonna que, sur les trente professeurs de l'école supérieure qu'il fonda à Constanlinople, quinie enseigneraient la grammaire et la littérature grecques ; lesquînxe autres professaient en latin la littérature latine, le droit et la philosophie. L*égalité des deux langues était officiellement reconnue. Il est vrai qu'après Théodore II, Tcmpcreur Marcien, qui s« rendit au quatrième concile

œcuménique, tenu en 451 à Chalcédoine, parla encore en latin, faisant, comme Constantin, traduire son discours par un interprète. En outre, le légat du pape, Julien, évêque de Cos, quoique Hellène d'origine, dut s'exprimer en latin au nom de Tévêque de Rome; mais son discours fut immédiatement traduit en grec. Tandis que cette monarchie, qui se qualifiait de romaine, cherchait à imposer à l'Orient une langue officielle étrangère , la nécessité où elle se trouvait de recourir à la langue du pays pour se faire comprendre prouvait l'inanité de ses efforts. La chute de l'empire d'Occident vint précipiter la révolution qui s'accomplissait en Orient. Dès lors, les plus grands personnages politiques de Constantinople furent des Hellènes ou des Orientaux hellénisés. Léonlius, Syrien d'origine, savant de premier ordre au témoignage de Théophane, fut le rival de l'empereur Zenon. Couronné sur la place de l'église de Saint- Pierre de Tarse, il s'établit à Antioche, où il mit le philosophe Pamprépios à la tête du gouvernement. Pamprépios, originaire de Thèbes en Egypte, avait été nommé d'abord professeur de littérature à Athènes ; il y enseigna pendant de longues années la philosophie, qu'il avait étudiée sous Proclus. S'étant ensuite pris de querelle avec l'Athénien Théagène, il crut sa vie en danger et se réfugia à Byzance; là, quoique païen, il occupa une position considérable. Rallié plus tard aux adversaires de Zenon, il se rendit avec eux en Asie, où il parvint aux plus hautes dignités de l'Etat. Après l'échec de l'émeute et la mort de Pamprépios, d^autres Hellènes

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entreprirent de s'emparer du gouvernement. Sévérianus de Damas, élève aussi des écoles d'Athènes, se fit un grand renom à Constantinople ; on dit même que Zenon lui offrit les plus hautes dignités, s'il consentait à recevoir le baptême. Non-seulement il refusa, mais il essaya de forcer l'empereur à relever le paganisme. H paraît que plusieurs le suivaient dans cette voie, puisque, l'affaire ayant été dénoncée, Zenon le fit poursuivre avecHéraïscos, Gessios, Zôsimos de Gaza, Agapios et un grand nombre d'autres philosophes. Quelques-uns furent arrêtés : Gessios, qui s'était enrichi en exerçant la médecine, devenu plus audacieux que les autres, fut puni de mort. C'est l'ambition inquiète de ce Gessios qui a donné lieu aux épigrammes connues de l'Alexandrin Palladas.

Les hommes, la langue, les sentiments, tout était donc grec à Constantinople. Un Athénien sauvait l'empire d'Anastase de la grande révolte de Vitalien. Anastase avait fait venir auprès de lui le philosophe Proclus, non le grand platonicien, mais un habile physicien et chimiste du même nom. Ce Proclus fabriqua alors, dit-on, avec du soufre natif, une fine poussière qui, lancée sur les navires ennemis, prenait feu aux rayons du soleil. Quoi qu'il en soit, le fait est qu'il parvint à incendier la flotte sous les murs de la capitale. Mais, aussitôt après Anastase, on vit se produire une forte réaction contre cette influence croissante de l'hellénisme à Constantinople. Une dynastie surgit, en 518, qui se proposa de reconquérir sur les Goths et les Vandales ITtalie, l'Espagne et l'Afrique, pour diminuer ainsi l'importance relative

de rélément grec dans TEmpirc. Le plus étrange, c'est que Justin, fondateur de cette dynastie, n'était pas d'origine Jatine; il descendait, selon toute apparence, de ces Slaves qui avaient commencé, dès les premières années du sixième siècle, à s'établir dans les provinces les plus septentrionales de l'Europe. Justin naquit près de la ville de Scoupi en Dardanie, sur les bords de l'Axius, de paysans slaves. On ignore son nom de baptême; nous savons cependant que sa sœur s'appelait Viglinitza, son beau-frère Istok, et le fils issu de ce mariage Oupravda. Justin devait porter aussi un nom slave, lorsque, en 498, sous le règne d'Anastase, il vint à Constantinople s'enrôler comme simple soldat dans la garde impériale. Alors, ou plus tard quand son courage lui donna accès aux plus hautes dignités de l'armée, il prit le nom latin de Justin. 11 fit venir aussi à Constantinople son neveu Oupravda, à qui il fit donner une bonne éducation et le nom latin de Justinien ; il fit prendre également des noms latins à son beau-frère Istok et à sa sœur Viglinitza, au premier celui de Sabbatius, à la seconde celui de Vigilantia. Si métamorphosé qu'il fut, il n'en conservait pas moins le caractère de sa sauvage origine et ne put jamais apprendre à signer son nom. Notez qu'il était non-seulement barbare, mais barbare étranger, ce qui n'était guère de nature à lui faciliter l'accès au pouvoir suprême. En effet, depuis la fondation de Constantinople, la plupart de ceux qui y régnèrent dans l'espace de deux siècles n'étaient ni Romains ni Hellènes ; c'étaient des indigènes étrangers, mais établis dans le pays de-

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puis l'antiquité et plus ou moins assimilés à l'une des deux races. Un seul de ces empereurs fut barbare, mais barbare indigène, Isaurien d'origine; il s'appelait d'abord Trascalisée ou Tarasiscodisée, et prit le nom grec de Zenon aussitôt qu'il fut promu aux plus hautes dignités de l'État. La conscience du peuple de Constantinople repoussait fortement la pensée d'un empereur d'origine étrangère, comme il le témoigna à la mort de Marcien. Aspar, Alain de naissance, était alors tout puissant : pendant trois générations entières, son père, lui et son fils Ardavour avaient commandé les armées d'Orient; par sa nombreuse garde de barbares il dominait la cour et la capitale ; par ses largesses il séduisait la foule. Rien ne paraissait devoir empêcher l'avénement au trône de cet étranger. Cependant il n'osa porter la main sur la couronne; il contribua seulement à l'élection du Thrace Léon, simple chiliarque, et se borna à faire décerner à l'un de ses fils, non à l'aîné Ardavour ou au puîné Hermanarich, mais à son fils latinisé Patrice, le titre de César, seconde dignité de l'Empire.

Néanmoins, soixante ans après, Anastase étant mort sans héritiers directs, l'étranger Justin, chef d'une division de la garde impériale, fut élu empereur, avec peine, il est vrai, et grâce à l'incapacité de ses rivaux; de plus il avait eu la précaution de dissimuler à temps son origine en prenant un nom latin et en donnant des noms latins aux membres de sa famille. C'est lui qui entreprit ce que ses prédécesseurs indigènes n'avaient jamais

pensé à faire, la restauration de l'ancien empire romain. A- proprement parler, l'œuvre ne fut commencée que sous scn neveu ei successeur Justinien ; mais elle a\aiî été préparée par Justin. Étant intervenu dans les affaires des Vandales d'Afrique, il provoqua la guerre civile et donna à Justinien un prétexte de faire reprendre par Bélisaire cette grande province. Lui-même, pour obtenir le concours de l'évéquc de Rome et assurer le succès de sa grande entreprise, apaisa la première querelle survenue, sous Zenon et Anastase, entre les Eglises d'Orient et d'Occident, força l'évcque de Constantinople Jean à reconnaître la suprématie de l'évêque de Rome, fit effacer du Domine salvum les noms de ces deux empereurs et de tous les évêques de Constantinople qui, depuis Acacios, avaient soutenu les privilèges de l'Eglise d'Orient. Justin fit plus encore. L'évêque de Rome étant venu à Constantinople pour le règlement de quelques affaires, il alla solennellement à sa rencontre, suivi du Sénat, du clergé et du peuple. Enfin il permit à cet évêque de prendre le pas sur le patriarche Epiphanios et de célébrer, le jour de Pâques, la messe en latin. . Telles étaient les dispositions de Justin, ou plutôt de son neveu Justinien, qui dès le principe avait pris sur lui un ascendant irrésistible ; plus tard il fut même associé à l'Empire. Après la mort de Justin, Justinien procéda ouvertement à la restauration de l'ancien empire. Pendant une guerre de vingt ans, il reprit tout le littoral africain situé à Test de la Cyrénaïque jusqu'aux colonnes d'Hercule, l'Italie, la Sicile, les autres îles de la Médi-

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