‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 46 sur 179 · INSUCCÈS DE L'ŒUVRE DE JUSTINIEN · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DE L'ŒUVRE DE JUSTINIEN

étaient forcés d'adresser la parole au.peuple de Constan-

tinople.

Justinien dut reconnaître la suprématie de l'art et de l'esprit des Hellènes tout aussi bien que celle de leur langue. Au commencement de 532, lors de l'émeute de Nicas, l'église principale de la ville, bâtie par Constantin le Grand, étant devenue la proie des flammes, l'empereur résolut aussitôt de la faire reconstruire. Tout y respirait l'hellénisme tel qu'il avait été transformé en orient dans les siècles précédents. Érigée sous l'influence de l'esprit antique combiné avec l'esprit du christianisme, cette merveilleuse création ne portait aucune trace du génie latin. Le temple conserva ce caractère idéal que lui avait donné Constantin le Grand par sa consécration à la suprême Sagesse (Sophia), et non, comme l'a cru le vulgaire, à une sainte quelconque du christianisme. Quelle différence entre la pensée qui a présidé à l'édification de la métropole hellénique et celle qui a suscité les deux grandes cathédrales du christianisme occidental, Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul de Londres ! Les deux architectes chargés des travaux, Anthémius et Isidore, étaient enfants de la belle lonie, l'un de Tralles, l'autre deMilet. On ne donna plus à la nouvelle église la forme de basilique ou dromique ; cette forme rappelait trop l'ancienne vie publique des Romains ; son plan intérieur reproduisit le signe de la croix. Cependant, s'ils voulurent tracer dans ce temple la sainte image du symbole de la foi nouvelle, tout le reste procéda de l'art perfectionné des Hellènes : l'harmonie et la

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proportion des parties, la légèreté de Tensemble et cette immense coupole percée do jourS; au moyen desquels ils la remplirent de lumière. Cette clarté contraste avec l'obscurité msytérieuse qui règne dans les temples de rOccident ; elle témoigne à elle seule qu'Anthémius et Isidore avaient, comme toute la société d'alors, conservé l'esprit et les traditions de l'antiquité hellénique. Us n'hésitèrent même pas à employer des matériaux déjà employés par elle ; mais ils le firent avec tant d'intelligence qu'on les croirait taillés et sculptés pour ce temple même. Bâtie par un empereur qui prétendait représenter en Orient le monde romain, Sainte-Sophie devint le principal symbole de l'hellénisme au moyen âge. Là il protesta souvent contre les prétentions de Rome à la souveraineté. Quoique transformée en sanctuaire musulman, c'est encore vers elle que tous les peuples chrétiens de l'Orient tournent leurs regards.

La force naturelle des choses fit ainsi échouer les desseins de Justinien et toutes les tentatives qu'il fit pour en rendre l'exécution possible. Aussitôt après la mort de son neveu et successeur Justin II et la fin de la dynastie, le caractère indigène de l'Empire fut reconnu par TOrient, aussi bien que par l'Occident. L'Arabe Aboulfarage qualifie de grec le premier successeur de Justin II, Tibère. Le Latin Paul-Diacre donne le même nom à son successeur Maurice. Ce dernier était originaire de Gappadoce, compatriote de Grégoire, de Basile, d'Eusèbe, de Pausanias, d'Apollonius de Tyane, et l'un des meilleurs représentants de l'hellénisme oriental. Il était, se-

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