‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 47 sur 179 · L'EMPIRE S'HELLÉNISE DE PLUS EN PLUS · texte numérisé non relu

L'EMPIRE S'HELLÉNISE DE PLUS EN PLUS

Ion Mcnandre, un amant des Muses, et il eut un vif penchant pour la poésie et l'histoire. 11 écrivit même sur Fart militaire un livre remarquable à plus d'un titre qui est arrivé jusqu'à nous. Ces itudes ne lui faisaient pas négliger les grands intérêts de l'État. Pendant vingt ans il humilia la monarchie des Perses, et contint dans une certaine mesure les barbares qui descendaient du nord vers rister. Phocas, son compatriote, se montra tout à fait indigne du pouvoir; ce fut un révolté; il fit déposer Maurice, le condamna à mort lui et ses cinq enfants mâles, puis sa veuve et ses filles. Ces événements tragiques mirent en saillie le caractère à la fois hellénique et chrétien de cette famille. On commença par faire mourir les cinq garçons sous les yeux de Maurice, à qui ce terrible spectacle n'inspira qu'un seul cri : « Tu es juste. Seigneur, et justes sont tes jugements. » Dans cet instant suprême on vit un exemple admirable de dévouement et de magnanimité. La nourrice, ayant soustrait un des princes, voulut le remplacer par son propre fils. Maurice n'accepta pas ce sacrifice, il exigea qu'on fît venir son fils, après lequel il offrit sa tête au bourreau. Quelques années après, sa veuve et ses filles ayant subi le même sort, toute cette famille fut ensevelie au monastère de Saint-Mamas. Sur sa tombe on put lire, pendant plusieurs siècles, une élégie dont le stvle rappelait les derniers beaux jours de la Muse attique.

Héraclius succéda à Phocas. Il fut le fondateur d'une dynastie, qui régna pendant presque tout le septième siècle et sous laquelle fut complétée la transformation

officielle de TEmpire. Déjà, depuis Maurice, toutes les lois, toutes les ordonnances, tous les actes publics n'étaient plus rédigés qu'en grec. Les divisions administratives changèrent leur nom de provinces en celui de thèmes; ce dernier nom fut aussi donné au corps d'armée de chaque province. Depuis Héraclius, les médailles, jusqu'alors entièrement latines, commencèrent à se réformer ; on trouve dès lors des monnaies de cuivre portant cette inscription en grec : « Tu vaincras par ce signe, » Tous les termes militaires furent pris dans la langue du pays : les longins furent nommés chiliarques ; les comtes, stratèges. De l'aveu de Constantin Porphyrogénète, les empereurs parlaient grec et perdaient l'usage du latin. L'Eglise et la poésie revêtirent un caractère de plus en plus national. Si cette dernière était loin d'avoir la vigueur, le sentiment, la grâce des œuvres anciennes, elle s'inspirait souvent des souvenirs de l'antiquité. George de Pisidie, qui chanta les exploits d'Héraclius, invoquait les noms d'Athènes, de Timothée, de Démosthène, d'Apelie, de Plutarque. Quant à la religion, on connaît les nombreuses attaches par lesquelles elle tenait à l'ancienne civilisation de ces contrées. Or, comme elle a fini, ainsi que nous le verrons bientôt, par absorber pendant les premiers siècles du moyen âge toute l'existence sociale et politique de la nation, rien de plus facile à comprendre que la persistante affinité qui s'est établie chez nous entre les deux mondes, et les impossibilités auxquelles sont venues se heurter les prétentions de Constantin et de Justinien.

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