‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 49 sur 179 · DALMATIE · texte numérisé non relu

DALMATIE

il V en eut même qui jouèrent un rôle considérable : les Goths Alaric, Trivigild, Gainas, Phravite, Théodoric, l'Alain Aspar et ses enfants, Justin qui descendait trèsprobablement des Slaves, et d'autres moins connus. Beaucoup d'entre eux s'étaient complètement hellénisés dans l'intervalle. Zosime dit de Phravite qu'il était barbare d'origine, mais Hellène par les manières, les sentiments et la religion. De même, un des fils d'Aspar prit le nom de Patrice, pendant que ses deux autres frères conservaient leurs noms barbares d'Ardavour et d'Hermanarich. Il en fut ainsi de la famille de Justin, qui finit par subir lïnfluence de la race indigène.

En général, les étrangers n'étaient pas encore assez nombreux dans ces provinces pour en altérer essentiellementle caractère antérieur. EnDalmatie les villes étaient grecques ou romaines ; mais ces dernières s'hellénisaient chaque jour davantage. Tragyrion, d'après Polybe (Tragourion, selon Strabon), était renommée par ses marbres ; elle est citée encore par Constantin Porphyrogénèle.Salona, d'après Appien (Salon, d'après Strabon, Dion Cassius et Zonaras; Salonaj, selon Ptolémée et Procope), était une ville considérable du littoral, située dans un golfe qui porte encore son nom. Les autres villes étaient : Épétion (Polybe et Ptolémée) ; Onéon (Ptolémée); Épidaure (Ptolémée, Dion Cassius et Procope); Rizous ou Rizon (Polybe et Strabon); Nymphée (César) ; Lissos (Polybe, Strabon etDiodore), ville forte, bâtie par Denys, tyran de Syracuse, avec une citadelle imprenable nommée Acrolissos. Ces villes se trouvaient

«ituées sur le littoral de la Dalmatie. A l'intérieur on remarquait : Andérion (Dion Cassius) ou Andrétion (Strabon), Synodion (Appien), Aléta (Ptolémée), Dorakion (Hiéroclès). Dans la Nouvelle-Épire ou Illyrie hellénique, les villes connues du littoral étaient Épidaure et Apollonie, anciennes colonies de Corinthe ^t de Corcyre ; Avlona (Ptolémée et Hiéroclès) ; Boullis (Ptolémée et Etienne de Byzance) ; Amantia (Ptolémée et Procope) et Oricos, toutes deux fondées, selon la tradition, par les Eubéens. Dans l'intérieur des terres, on remarquait Lichnis (Polybe), ville fortifiée ; OEnéum (Tite-Live) ; Listron (Hiéroclès) ; Gérous (Polybe); Argos (Procope); Antigonia (Ptolémée), devenue plus tard Antagnia (Hiéroclès) ; Omphalion et Hécatampédon (Ptolémée) ; enfin Andrinople dans les monts Cérauniens, nommée plus tard Justinianopolis; nous ne citons que les principales. Le latinisme résista davantage en Mœsie. Au quatrième siècle, Nicétas, évêque de Prémésiani, écrivait encore en latin ; au siècle suivant, les évêques de Marcianopolis se servaient aussi de cette langue dans leur correspondance avec les empereurs et le concile de Chalcédoine. Mais là aussi elle finit par céder à l'influence du gouvernement de Constantinople et des cérémonies de l'Église, toujours célébrées en grec. Plusieurs villes, dont les principales étaient Synghidon, Tricornion, Dorticon, Bononia, Ratiaria, Axioupolis, Aimas, Orthémarchos, Naissos, Sardika, Triskiana, Skoupi, Tavrision, Iskos, latra, Trimammion, Apiaria, Dorystolon, Eghissos, Almyris, Istropolis, Tomis, Caron-Limen, Tirizis,

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Crouni, Dionysopolis, Odessos, Nicopolis sur l'Hémus. Palmatis, Marcianopolis, Panassa, Parthénopolis, Aphrodisias, portaient des noms grecs. Jean de Lydie, qui vivait au sixième siècle, témoigne combien l'hellénisme était encore prépondérant à cette époque dans les provinces européennes de l'empire d'Orient. Cet écrivain dit positivement que les Grecs y formaient la grande majorité des habitants. Son assertion ne doit certes pas être prise à la lettre. Jean de Lydie avait plutôt en vue les villes que les campagnes, dans lesquelles les barbares avaient commencé à s'établir dès le cinquième siècle. Mais il avait encore entièrement raison pour les villes. Sous l'empereur Anastase, l'esprit et la langue des habitants d'Épidamne, quoiqu'elle fût nommée depuis longtemps Dyrrachium (Durazzo) par les Romains, étaient encore grecs. Ainsi les dêmes de cette ville, ayant accusé l'empereur de cupidité, et d'autant plus indignés contre lui qu'il était leur compatriote, lui érigèrent une statue en fer dans l'hippodrome et y firent graver de» vers injurieux. Les deux premiers : « Ta statue, ô roi «dévorateur du monde, nous l'avons faite de fer, « parce que le fer est moins noble que le bronze, » suffisent à caractériser ces descendants des Corinthiens et

des Corcyréens.

En résumé, tandis qu'en Syrie, en Mésopotamie, en Egypte et dans la Cyrénaïque l'hellénisme était encore florissant, constamment alimenté par les écoles d'Alexandrie, de Beyrouth, de Gaza, de Tyr, de Byblos, en Europe des tribus étrangères avaient déjà pénétré dans les pro-

vinces septentrionales; mais rhellcnîsnie sV niaintenaif toujours, surtout dans les villes. Lïtat ethnologique de ces pays ne fut sensiblement al tort' quïi partir du septième siècle, au nord par rétablissement des Slaves et des Bulgares, au sud par la coiiipiote arabe. On peut dire qu'en Afrique l'élément grec disparut à peu près complètement. Le fait s'explique aisément pour la Cyréi'nïque et l'Afrique proprement dite. La Cyrénaïque, autrefois si riche et si industrieuse, avait déjà perdu, au quatrième siècle, son esprit eoinmiMMM'.il et sa splendeur artistique; de plus elle avait cruellement souffert des invasions des tribus barbarie; établies dan^^ la grande Syrie près du désert, elles r;na;^'raîenl sans ces.se les campagnes et n'étaient arrêtées que parles murs des ville^i tombées elles-mêmes en décadence. On conçoit comment rhellénisme y disparut d^<; rarrîv^i» dr-s Arabes. Quanta l'Afrique proprement dite, elle fui d'abord latinisée par la conquête romaine ; occupikï ensuite» de 429 à 439, parles Vandales, elle fui rt^prisc un siècle après par Justinien ; elle commença à ss'idenUfier avec l'empire d'Orient; mais le* cinonstanccs où s^. trouvait cet empire et les incursion* des Arabes à |)arlir du septième siècle arrêtèrent la marche de cotte transformation.

Des causes bien diiïérenlr^ et tout à fait particulière*^ à riigypte décidèrent dt; »oii H)rl. UepUisla conquête macédonienne, .se.s habitants étaient divisés en dcux]>artics distiuelcs, les iicUèues avec les habitants hellénisés des villes d*uu côte, de lautrcles habitants des campâmes;

CONQUÊTE DE L'EGYPTE PAR LES ARABES. i Vi

car ici le nouvel étal de choses avait pénétré moins profondément que parmi les populations indigènes de la Syrie et de l'Asie Mineure. Les villes étaient le centre le plusactif de rhellénisme ; peu de villes <:ependant avaient été bâties en Egypte ; ce qu'elles firent ailleurs fut dom poursuivi ici par h' irouvornement, la cour, l'armée et en général, par le pouvoir suprême. La conquête romaine fit disparaître pendant trois siècles environ cette action, si énergique au temps des Ptolémées. En Asie, les ailles, jwr leur nombre et len» imporlance. continuaient a rayonner sur leîî cainpa^ntîs. Lu Egypte au contrairci IciJ indigènes^ qui |Kiniii<:Uïnt <-onnu*^ d^ lors sous le nom de Coptes, gardaient leur earaclère plus ou moins original ; seuls les habihmtsdi^ villes, notamment ceux d'Alexandrie, continuai! ni i j.résinUîr cette physionomie morale qui leur avait été donnée par la conquête d'Alexandre. Ils reçurent de nouvelles forci fi jiur la fondation de Tcmpire de Constanlinople. (kj^ndanl la discorde religieuse vint augmenter cette distinction nationale. En Egypte^ dau$ 1« campagnes surtout, dominait rhérésie de4i monoph\*ites ; dans les villes, où siégeaîenl les nombreux employés administratifs, financiers, judiciaires, militaire* et ecclésiastiques de Constantinople, lorlhodoxie Temporlail, ^non par le nombre de ses ïKirtisans, du moins par Tinlluence mullîplc qu*exei\'aienl rÉglîsc cl FÊtat. Les indigènes, presque tous monophysites, étaient designés dès lors sou* le nom de Jacobites; les habitants des villes, en grande majorité orthodoxes, étaient appelés jvarlêS premiers Melki tes

OU partisans de Tempereur [Melk), Cette opposition devint d'autant plus flagrante, que les lois en vigueur, hostiles aux hérétiques, donnaient aux Melkites toutes sortes de moyens de poursuivre leurs adversaires. Aussi, lorsqu'après avoir complété la conquête de la Syrie et de la Mésopotamie, le kalife Omar envoya, en 639, son général Amrou en Egypte, les Coptes, n'ayant pas d'intérêt à lutter en faveur de la domination grecque, s'empressèrent-ils de traiter avec les Arabes. Ceux-ci envahirent le pays l'année suivante. Les Coptes consentirent à payer le kharatsch et un léger impôt foncier, à la condition de conserver leur indépendance religieuse. L'Egypte fut donc aisément conquise par les Arabes. Alexandrie, après une résistance de quatorze mois, finit par succomber. Parmi ses habitants tous ceux dont les intérêts et les sentiments se portaient vers Constantinople s'embarquèrent pour cette capitale. 11 en fut de même des autres villes. Ainsi disparut l'hellénisme égyptien qui avait brillé d'un si vif éclat pendant huit siècles, mais qui n'avait jamais jeté de profondes racines parmi les populations rurales.

Il résista davantage en Syrie et en Mésopotamie. Dans ces deux contrées, des villes puissantes et nombreuses avaient agi sur les habitants des campagnes bien plus qu'en Egypte. Il y avait là aussi des hérésies religieuses ; mais les monophysites, n'étant pas plus nombreux que les orthodoxes, y étaient moins dangereux que dans la vallée du Nil. Aussi le mahométisme, qui se rendit si facilement maître de l'Egypte, lutta sept années entières

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