CONQUÊTE DE LA SYRIE PAR LÈS ARABES. U
pour dompter les pays situés à l'orient de l'isthme de Suez. Plusieurs habitants des villes maritimes s'embarquèrent pour Constantinople ou pour d'autres points de l'Empire. Le sort des habitants de l'intérieur subit diverses péripéties. Un certain nombre tombèrent dans la lutte. Au siège de Damas, qui dura six mois, on vil périr la moitié des habitants et de la garnison ; à la bataille acharnée livrée sur les bords de l'Hiéromiax, les Grecs ne cédèrent qu'après avoir perdu plusieurs milliers de combattants. Il y en eut qui, séduits par les avantages qu'on leur promettait, embrassèrent l'islamisme ; parmi les renégats on cite déjà deux hommes considérables, les commandants de place de Bostra et d'Édesse. D'autres se soumirent à la domination étrangère, tout en conservant leur foi; quelques-uns se réfugièrent dans TAsie Mineure. Les plus belliqueux cherchèrent un asile dans les gorges du Liban, d'où ils se rendirent souvent redoutables aux nouveaux maîtres du pays, surtout lors du premier siège de Constantinople par les Sarrasins. Ce qui contribua puissamment en Syrie à la conservation de la religion chrétienne et de la langue dans laquelle elle était prêchée, ce furent les traités passés entre le patriarche de Jérusalem et les Mahométans avant leur entrée dans la ville sainte, après un siège de deux ans. Ces traités promettaient à tous les habitants, moines, prêtres ou laïques, pleine et entière sécurité ; ils garantissaient leurs personnes, leurs églises, leur foi, tous les sanctuaires qu'ils possédaient dans
la ville et au dehors, à la condition de payer l'impôt et
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de reconnaître le pouvoir temporel du kalife. C'est ainsi que le patriarche de Jérusalem conserva, en partie du moins, la haute position qu'il avait précédemment en Syrie et se trouva en mesure de maintenir et de raffermir la situation des chrétiens de ce pays ; il était luimême appuyé par les milliers de pèlerins qui venaient sans cesse de tous les points de l'univers ajouter aux forces de leurs coreligionnaires de Jérusalem. Le patriarche d'Alexandrie, au contraire, ne put sauver aucun des avantages attachés à sa position. Les Arabes ne reconnurent pas ses privilèges par des traités. La grande ville perdit sa première splendeur, dont hérita la nouvelle capitale, fondée par les conquérants près de l'ancienne Memphis ; ils donnèrent à celle-ci le nom de Caire ou de Nicopolis ; la plupart des orthodoxes de l'Egypte s'étaient expatriés, et les indigènes, appartenant à la secte des monophysites, n'étaient guère disposés à appuyer le chef spirituel de leurs adversaires. La langue grecque recula tellement devant la langue arabe que le patriarche Eutychius, qui vivait au commencement du dixième siècle, écrivit son histoire en arabe. Certes, les patriarcats d'Antioche et de Jérusalem furent forcés de faire, avec le temps, des concessions à la langue des conquérants et aux patois indigènes. L'épître sur la foi orthodoxe, adressée aux Arméniens au commencement du neuvième siècle par Thomas, patriarche de Jérusalem, a été rédigée en arabe par Théodore Aboukara, évêque de Haran en Phénicie ; Thomas de Tyr, qui arriva en 869 à Constantinople en qualité d'exarque du patriar-