‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 54 sur 179 · CONDAMNATION DÉFINITIVE DES HÉRÉSIES · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DÉFINITIVE DES HÉRÉSIES

Toutes ces tentatives de conciliation échouèrent. Loin d'apporter un remède à Tanarchie morale qui consumait le monde chrétien, VEcthèse et le Typos produisirent une nouvelle hérésie, celle des monothélites ^ qui ajouta au trouble des esprits. La situation politique s'empirait aussi. L'Egypte, la Syrie, la Mésopotamie, où dominait la secte des monophysites qu'on avait voulu surtout s'attacher, avaient passé sous la domination arabe. 11 était évident que le système suivi jusqu'alors avait manqué son but et qu'une nouvelle situation imposait à l'État et à l'Église de nouveaux devoirs. En Asie Mineure, dans les îles et dans les contrées d'Europe, en un mot dans tous les pays qui faisaient encore partie de l'Empire, les monophysites étaient bien moins nombreux que dans les provinces qui s'en étaient détachées. Aucune concession n'était donc nécessaire de ce côté ; la suppression de celles qu'on avait faites devint même indispensable; car* Thérésie des monothélites, issue des monophysites, pouvait, si elle n'était coupée dans sa racine, provoquer de semblables dissensions. Il fallut se montrer implacable contre l'hérésie, condamner également les monophysites, les monothélites et toute autre croyance hétérodoxe, sanctionner les principes de la vraie foi et par là maintenir l'unité chrétienne dans les pays où dominait encore l'hellénisme. Constantin Pogonat convoqua à cet effet à Constantinople le sixième concile œcuménique : on y déclara solennellement que l'Église reconnaissait en Jésus-Christ deux natures unies, mais non confondues, et deux volontés distinctes, mais

non opposées. L'empereur sanctionna cette déclaration par un rescrit qui défendait toute discussion à ce sujet, sous peine d'interdiction pour les membres du clergé, de confiscation et d'exil pour les laïques. Depuis lors la race grecque identifia son sort avec l'orthodoxie et se sépara définitivement de toutes les sectes : celles-ci continuèrent à exister en Syrie, en Egypte, en Mésopotamie, en Arménie, en Perse, dans les Indes même, sans avoir rien ou presque rien de commun avec l'hellénisme. On peut faire remarquer peut-être qu'une telle manière d'agir, élevant une barrière insurmontable entre le christianisme orthodoxe et le christianisme hérétique de l'orient, rendit impossible le rétablissement des anciennes fpontières de l'Empire. Mais une longue expérience avait prouvé que la réconciliation était irréalisable et que les hérétiques étaient devenus les alliés naturels des ennemis les plus dangereuxdu christianisme. Il fallut donc se résoudre a sacrifier les extrémités pour sauver le reste du corps. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les sectaires, après avoir servi d'instruments aveugles aux ennemis de leur foi, furent loin de conserver l'esprit qui avait inspiré les fondateurs de leurs croyances. Cet esprit de philosophie hellénique sapait, comme nous l'avons vu, la base même de toute la doctrine chrétienne. Mais les nestoriens, les monophysites et leurs nombreuses subdivisions perdirent, en se séparant de l'hellénisme, la conscience même de la spéculation rationnelle à laquelle ils devaient leur existence ; ils tombèrent peu à peu dans la plus profonde ignorance; ils se bornèrent

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