‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 55 sur 179 · INFLUENCE DÉSASTREUSE DES BARBARES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DÉSASTREUSE DES BARBARES

à des formules sans vie et à des définitions peu dangereuses, et ne donnèrent plus d'autre signe d'existence que leur haine pour les orthodoxes.

L'unification de la foi chrétienne, ainsi obtenue, en affermit le dogme fondamental et contribua à fortifier la situation politique de l'hellénisme. Il lui a fallu cependant lutter encore contre bien d'autres difficultés. Les barbares qui en Europe s'établirent dans les provinces septentrionales de TEmpire, accoururent à Constantinople, s'y mêlèrent des affaires de l'État et réagirent sur les mœurs de la nouvelle capitale et sur les institutions du nouvel empire. D'un autre côté, cet empire, ayant subi dès le principe l'influence du monde oriental, fit plus d'un emprunt à la cour et à l'administration de la seconde monarchie persane, restaurée au sixième siècle. L'envahissement de ces deux courants étrangers troubla singulièrement le monde hellénique et lui donna peu à peu, depuis Constantin jusqu'à Justinien II, un caractère étranger à ses tendances naturelles. On vit alors des eunuques, élevés aux plus hautes dignités, propager leurs vices naturels ; on assista à des supplices étranges : on crevait les yeux, on coupait la langue et le nez. Introduit par Héraclius et souvent appliqué par ses successeurs, ce dernier supplice devait, par un juste retour, stigmatiser le dernier descendant de cette dynastie. Justinien II fut surnommé Rhinotmète ou Nez-coupé, à la suite de la mutilation dont il fut

victime.

Obligé de vivre et d'agir avec ces nombreuses tribus

hétérogènes, Thellénisme s'efforçait de les civiliser, de se les assimiler, tout en conservant son propre caractère tel qu'il avait été transformé par la doctrine chrétienne. Mais, comme nous allons le voir bientôt, plusieurs autres causes contribuèrent à fausser gravement le génie national lui-même. La question des hérésies était à peine résolue, quand s'éleva sous Léon III une nouvelle lutte contre de nouvelles altérations religieuses et sociales. Dans cette lutte, la partie saine de l'hellénisme chrétien ne triompha qu'en partie. Elle parvint néanmoins à fortifier sa puissance morale, à se débarrasser de beaucoup d'usages introduits par les barbares, enfin à s'assimiler plusieurs tribus hétérogènes qui s'étaient établies dans

ses foyers.

L'histoire n'a pas assez apprécié ces divers travaux de l'hellénisme au moyen âge. Avant d'aborder ce sujet intéressant et si peu étudié jusqu'à présent, il nous importe de compléter le tableau de la situation intérieure de l'Empire et d'en offrir au lecteur l'aspect moral depuis Constantin jusqu'à Léon III. Cet aperçu fera ressortir toute la gravité des causes qui ont provoqué la réformation du huitième siècle.

La langue, si modifiée qu'elle fût par l'action du temps, par l'influence du monde oriental, par l'immixtion des barbares du nord et surtout par les nouvelles conditions de l'existence nationale, avait cependant toujours gardé les qualités essentielles dues à son origine et à sa constitution organique. Plusieurs de ses productions rappelaient encore les derniers temps de sa splendeur.

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