‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 57 sur 179 · VIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

VIE RELIGIEUSE

désigner nominativement et par accuser le général de la garde; l'empereur leur répondit que Calopode n'avait ni pouvoir ni motif de faire tort à personne. Les Verts, s'animant par degrés et menacés par Justinien, osèrent qualifier alors l'empereur de meurtrier ; après quoi, s'étant répandus dans toute la ville, ils prirent les armes, forcèrent Justinien à s'enfermer au Palais et proclamèrent à sa place Hypatios, un des neveux d'Anastase. A la fin ils furent domptés par Bélisaire. Telles étaient ces factions du cirque; elles devinrent puissantes au point de former des corporations civiles et politiques, des dêmes (dême des Verts, dême des Biens), dont chacun avait son démarque ou démocrate ; ils dressèrent les listes de leurs membres et portèrent un costume spécial. Dans leur esprit comme dans leur forme, les jeux du cirque donnent une idée de l'hellénisme à cette époque, surtout si l'on songe qu'ils étaient une des distractions les plus recherchées du peuple.

Cependant la situation morale de ces temps se révèle bien plus clairement dans la vie religieuse. Le christianisme grec du moyen âge revêtit un caractère tout à fait différent de l'ancienne religion, non-seulement en ce qui regarde le dogme, mais par l'influence beaucoup plus grande qu'il exerça dans la vie sociale de tous les jours, en y créant des félicités et des tristesses inconnues au monde ancien. Il est vrai que la nature idéale du premier christianisme disparut peu à peu pour faire place à des manifestations extérieures. Les temples de la Sagesse, de la Paix et de la Puissance divine, que Cons-

162 COMMEiNGEMENTS DE L'HELLÉNISME DU MOYEN AGE.

tantin le Grand fonda dans sa nouvelle capitale et qu'il dédia aux principaux attributs de l'Être suprême, perdirent leur sens primitif aux yeux du vulgaire ; le peuple finit par croire qu'ils avaient été bâtis à la mémoire de quelques saintes femmes, Sophie, Irène, Dynamis, qui avaient subi le martyre à Tépoque des persécutions religieuses. Les nombreuses et splendides églises qui ornèrent dès lors Constantinople étaient non-seulement dédiées au Sauveur et à la mère de Dieu, mais aux défenseurs plus ou moins renommés de la nouvelle religion.

Cette modification du sens primitif du christianisme fut en partie refîet, en partie la cause de nouvelles altérations. Le culte était fort simple au commencement ; les chrétiens n'avaient ni images ni temples; ils se réunissaient dans des maisons désignées pour adresser au Très-Haut une courte prière. Ils apportaient volontairement des offrandes; on en prélevait ce qu'il fallait pour la célébration de V Eucharistie et des agapes; ces repas en commun mettaient les fidèles en communion entre eux et avec le Seigneur. Ce qui restait des offrandes était donné aux prêtres, peu nombreux et tous égaux, aux indigents auxquels on faisait aussi des allocations mensuelles. Mais, à mesure que le nouveau dogme se répandit, il entra en lutte avec le gouvernement établi ; il lui fallut gagner les masses, habituées aux formes variées de l'ancien culte. Le christianisme dut alors introduire une discipline sévère dans son. administration et, d'autre part, s'entourer de symboles et de signes extérieurs.

Page 1