‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 58 sur 179 · ALTÉRATION DU CHRISTIANISME PRIMITIF · texte numérisé non relu

ALTÉRATION DU CHRISTIANISME PRIMITIF

Aussi, dès le troisième siècle, des établissements particuliers, plus ou moins richement ornés, furent bâtis pour la célébration des cérémonies du culte. Les ministres de la religipn, divisés en plusieurs catégories, furent soumis à une hiérarchie compliquée, revêtirent des costumes somptueux. On régla principalement la messe et ses prières préparatoires. Le nombre des fêtes augmenta; des honneurs furent rendus aux fondateurs et aux défenseurs de la foi, « qu'on pourrait nommer, sans se tromper, disait Eusèbe, les soldats de la vraie piété. » Plus tard encore, les églises furent décorées des images du Sauveur, de la mère de Dieu , des martyrs et des autres propagateurs du nouveau dogme. « Les villes et les villages se partageaient les restes des saints et des héros de la foi, les qualifiaient de médecins, de sauveurs des âmes et des corps et les honoraient comme des patrons et des gardiens. » Les instruments de la passion devinrent un objet de culte particulier.

La vénération pour les fragments de la vraie croix et pour les reliques des saints était sans doute un sentiment respectable; mais on leur attribua le don des miracles, bien qu'on pût souvent contester l'origine de ces objets sacrés, bien qu'ils aient donné lieu à des falsifications et à des trafics impies. L'ornementation des églises aussi était propre à conserver le pieux souvenir des fondateurs et des défenseurs de la foi ; et l'on s'explique qu'on s'adressât à ces images comme à des intermédiaires entre l'Etre suprême et ses créatures. Les hommes du nord, qui se gouvernent par la raison plutôt que par les vives

impressions du dehors, entrent par la pensée en relation directe, pour ainsi dire, avec Dieu; mais les habitants du midi ont besoin de certains appuis pour s'élever comme par degrés jusqu'à l'Etre suprême.

Peu après, cependant, cette distinction entre le culte absolu, qui n'est dû qu'à Dieu, et le culte relatif, qui prend pour intermédiaires ses « vases d'élection » , disparut de la conscience du plus grand nombre. Le culte direct des saints obscurcit en quelque sorte le sentiment de la Divinité, et peu à peu les images mêmes furent adorées comme miraculeuses ; on les baisait, on les posait sur sa tête, on les approchait de ses yeux, de sa poitrine, on se prosternait, on s'agenouillait devant elles en faisant le signe de la croix et, en général, on leur rendait tous les témoignages d'un culte direct. Si grande devint la foi dans la force surnaturelle attribuée à beaucoup d'objets sacrés, que plusieurs croyaient qu'il suffisait d'avoir sur soi ou chez soi un de ces objets pour être exempt de tout danger, et, ce qui était pis encore, de toute obligation morale. Déjà, au quatrième siècle, saint Jean Chrysostome condamnait cet usage des femmes et des enfants qui, pour se garder, suspendent, disait-il, à leur cou des évangiles qu'ils portent partout avec eux. Il en était de même des images des défenseurs de la foi. Parlant d'un saint, Théodoret dit qu'on attachait son image aux portes pour la garde et la sûreté des boutiques. Cette force miraculeuse fut transférée des objets sacrés à d'autres qui ne l'étaient point et au moyen desquels on cherchait à lire dans l'avenir. On faisait

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