‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 59 sur 179 · VITALITÉ DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

VITALITÉ DU CHRISTIANISME

toute espèce de sortilèges ; on entonnait des épodes, des chants magiques au milieu même des fêtes de Pâques, comme le dit avec douleur saint Jean Chrysostome. Ce qui est plus grave, les prêtres encourageaient le peuple dans ces sentiments. Aussi le concile de Laodicée fut-il forcé de déclarer que « les membres du clergé ne devaient être ni magiciens, ni enchanteurs ni astrologues et ne devaient pas fabriquer d'amulettes. »

Ainsi, à partir du quatrième siècle, le christianisme paraissait avoir perdu pour la multitude son caractère originel; il avait laissé s'affaiblir l'idée de Dieu, et l'avait remplacée par l'anthropolâtrie ; il avait substitué à l'Être suprême des personnages, martyrs, il est vrai, et défenseurs de la foi, mais qui, après tout, n'étaient que des hommes; il autorisait l'adoration de leurs images, de leurs reliques, des livres sacrés, et, ce qu'il y avait de plus triste, la croyance à la divination et aux sortilèges. Pourtant, si telle était la forme étrange que revêtait le christianisme, sa force intérieure restait tellement puissante que, s'imposant même à ces manifestations extérieures, elle les sanctifiait, les purifiait et empêchait l'homme de glisser définitivement dans l'idolâtrie. Si fâcheuse que fût, dans les circonstances ordinaires de la vie, cette intrusion des saints dans le culte qui n'est dû qu'à Dieu , la foule était forcée en entrant à l'église de revenir au vrai sens des prières qu'elle y entendait ; car elles n'étaient adressées aux saints que pour obtenir, par leur intercession, la bénédiction du Très-Haut. Cette conception ne réagissait pas seulement

sur la raison, elle excerçait en même temps une influence puissante sur les sentiments les plus délicats du cœur humain. L'Eglise, malgré les honneurs qu'elle accordait à tous les saints, avait mis la gracieuse image de la mère de Dieu au sommet de la hiérarchie céleste. Cette source de vie, cette reine qui avait donné au monde son sauveur, cette nourrice spirituelle du genre humain, provoqua toute la tendresse et tout le dévouement que chaque homme porte dans le cœur pour la mémoire sacrée de sa mère. Ce sentiment, associé au mystère de la virginité, à la beauté indicible, à la bonté infinie de la mère de Dieu, emportait ceux qui priaient dans un monde d'émotions à la fois humaines et sacrées, qui les ravissaient au ciel. La forme la plus parfaite de cette prière est dans les Salutations de la Panaghia; les chrétiens, accourant à l'église les cinq premiers vendredis du grand carême, les adressaient à la libératrice de l'humanité, comme un encens offert à Dieu par le véritable amour et comme une protestation contre toute idolâtrie :

« Salut, hauteur inaccessible aux pensées humaines;

Salut, abîme impénétrable, même aux yeux des anges ;

Salut, échelle céleste par laquelle Dieu est descendu ;

Salut, pont jeté de la terre au ciel ;

Salut, libératrice du monde contre la religion des barbares ;

Salut, toi qui as fait cesser l'adoration du feu;

Salut, toi qui as fléchi le juste juge ;

Salut, pardon de beaucoup de pécheurs ;

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