‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 60 sur 179 · PRIÈRES SUBLIMES · texte numérisé non relu

PRIÈRES SUBLIMES

Salut, toi qui montres que les savants sont des ignorants ;

Salut, toi qui fais voir que les esprits subtils sont privés de raison ;

Salut, toi qui réfutes les sophismes des Athéniens ;

Salut, toi qui remplis les filets des pêcheurs ; Salut, maîtresse de renaissance intellectuelle ; Salut, dispensatrice (chorége) des bontés divines; Salut, tu as régénéré les hommes conçus dans le

péché ;

Salut, tu as rendu la raison à ceux qui l'avaient

perdue ;

Salut, tente de Dieu, qui est le Verbe;

Salut, sainteté plus grande que toutes les saintetés;

Salut, fiancée sans époux, ô mère qu'on ne cesse de célébrer, toi qui as enfanté le Verbe, le plus saint des

saints. »

Il est d'ailleurs d'autres prières durant lesquelles l'âme , se séparant du corps, entre en rapport direct avec Dieu. Tel est surtout le Grand Canon chanté en entier le mercredi soir de la cinquième semaine du grand carême ; il fut écrit au septième siècle par André, archevêque de Crète. Ici la prière s'adresse à Dieu seul; l'homme invite son âme à se réveiller, à se mettre en présence du Père céleste. Cette constante exhortation à l'âme est d'une haute poésie :

« Viens^ ô âme malheureuse, confesse-toi avec ta chair au créateur de toutes choses, éloigne-toi de ta première déraison et offre à Dieu des larmes de pénitence.

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La fin, ô âme, approche ; elle approche, et tu n'as pas soin de toi, et tu ne te prépares pas; le temps presse, lève-toi, le juge va venir; la vie passe comme un songe, comme une fleur. Pourquoi les vaines agitations?

0 âme aux transports furieux comme ceux de la génisse, tu as renié le vrai Dieu à Timitation de Judas. Comme une biche qui a échappé au piège, recouvre la vie; élève-toi par tes pensées et par tes actions.

0 mon âme, ô mon âme, pourquoi sommeilles-tu? lève-toi; la fin approche, tu vas te troubler; lève-toi, afin que Jésus-Christ ait pitié de toi. »

Et le poète continue de parler ainsi à son âme. Comme on le voit, si hors de l'Église le nouveau dogme était compromis par les préjugés et la superstition, il conservait dans le sanctuaire son caractère fondamental. Si nombreuses qu'aient été les plaies dont souffrait la foi, les principes essentiels de l'Église gardaient cependant une singulière vigueur. Pour comprendre combien sa sève réagissait sur les esprits et les sentiments, il faut nous rendre compte de ce qu'était à cette époque l'existence de la société. Dans l'antiquité, la religion n'était qu'une forme ; elle ne réglait ni le sentiment ni la raison. Le cœur et l'esprit vivaient par la cité, par les spectacles et les jeux publics, par l'art et par la poésie. La philosophie de Platon, de Socraie et d'Aristote fut le privilège d'un petit nombre d'hommes; elle n'agit d'ailleurs que lentement ; en préparant le nouveau monde, elle contribua à détruire l'ancien par lés coups qu'elle devait porter à la religion positive. Dans les temps modernes,

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