‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 6 sur 179 · INVASION DORIENNE. PREMIERES MIGRATIONS · texte numérisé non relu

INVASION DORIENNE. PREMIERES MIGRATIONS

ceux-ci possédaient donc des forces navales suffisantes pour traverser la mer de Libye et faire une descente

dans la basse Egypte.

Telle était la situation des tribus grecques jusqu'au onzième siècle environ avant Jésus-Christ. La face des choses changea vers celle époque. Une tradition nous apprend qu'à ce moment les Thessaliens, venus d'Epire, envahirent la contrée appelée depuis Thessalie, occupée alors par diverses tribus. Deux d'entre elles, les Béotiens et les Doriens, furent contraintes par cette invasion de s'avancer vers le sud et de s'établir dans les contrées qui prirent d'elles les noms de Doride et de Béotie.Peude temps après, les Doriens entreprirent, de concert avec les Éoliens,la conquête du Péloponnèse, qu'ils occupèrent en grande partie. Ces invasions successives forcèrent plusieurs peuples de la péninsule et de la Grèce continentale à abandonner leurs foyers. Ils se dirigèrent vers l'Orient, vers l'Asie Mineure surtout, vers les îles qui en avoisinent les côtes ; ils y fondèrent de nombreuses colonies. Parmi ceux qui étaient restés dans leur patrie, plusieurs, chasses parles convulsions politiques que provoqua l'établissement du nouvel ordre de choses, allèrent plus lard, eux aussi, chercher un meilleur sort à l'étranger. C'est ainsi qu'au huitième et au septième siècle les Hellènes émigrèrent de nouveau en masse vers l'Occident, en Italie, en Sicile, dans quelques autres îles, et sur toutes les côtes de la Méditerranée ; vers le nord en Illyrie, en Macédoine, en Thrace, sur les bords duPont- Euxin ; au sud, en Cyrénaïque et en Libye.

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Nous n'avons aucun moyen de fixer le nombre de ceux qui restèrent et de ceux qui partirent. Mais, du fait que le commencement de l'émigration coïncide avec la fin de la première période de l'existence historique de l'hellénisme en Grèce, il est permis de conclure que la partie la plus éclairée de la population avait abandonné la mère patrie. En effet l'Asie Mineure et l'Italie méridionale furent, du huitième au sixième siècle surtout, bien supérieures au Péloponnèse et aux contrées voisines du continent, au point de vue politique, moral et matériel. Amoindri, aff'aibli dans son premier foyer, l'hellénisme prospéra en pays étranger. L'Asie Mineure prit, comme la Grèce proprement dite, le nom d'Eel/as. L'Italie méridionale ne se contenta pas de ce nom : elle se donna le titre de Grande-Grèce. Les villes d'Italie et les colonies ioniennes établies en Asie Mineure devinrent alors beaucoup plus riches, plus grandes, plus puissantes sur mer que les villes de la Grèce. Les murs de Sybaris avaient 50 stades ou 6,400 mètres de circuit, à une époque où le périmètre de ceux d'Athènes était certainement beaucoup moins considérable ; car au temps aes guerres médiques, c'est-à-dire de sa plus grande prospérité, le pourtour d'Athènes ne mesurait que 60 stades. Une autre Tille de l'Italie méridionale, Crotone, avait au septième siècle 100 stades, ou 12,800 mètres de circonférence On affirme, en outre, que Sybaris pouvait mettre sur pied une armée de 300,000 hommes, chifl^re évidemment exagéré, mais qui, même en le diminuant de deux tiers se trouverait encore égal aux forces que, un siècle plus'

L'HELLÉNISME HORS DE GRÈCE ET EN GRÈCE. il

tard, la Grèce entière avait de la peine à réunir sur le champ de bataille de Platée. D'autre part, les colonies ioniennes établies en Asie Mineure avaient, au sixième siècle, une flotte supérieure à celle que la Grèce entière conduisit à Salamine. En effet, dans cette dernière rencontre les forces navales des Grecs s'élevaient de 300 à 310 trirèmes au plus, tandis que 353 trirèmes ioniennes combattirent à Ladé contre les Perses. Ces deux ailes de l'hellénisme. Tune h l'orient, l'autre au couchant, avaient entre elles des relations plus suivies qu'avec les villes de la métropole. Lorsque les Crotoniates détruisirent, en 510 avant Jésus-Christ, la ville de Sybaris, les habitants de Milet se rasèrent la tête en signe de deuil. Au dehors de la Grèce, dans les villes de l'Asie Mineure surtout, la poésie, la prose et les arts étaient florissants à une époque où, dans le premier berceau de l'hellénisme, on ne comptait encore ni prosateur, ni philosophe ni artiste de renom ; à peine y pouvait-on citer quelques poètes.

Cette création d'une seconde Grèce, qui a toujours été considérée comme une des preuves les plus brillantes de l'activité de l'hellénisme et l'une des principales causes de la grandeur nationale, finit néanmoins par devenir fatale à ses intérêts politiques. Les colonies établies en Italie et dans l'Asie Mineure prospérèrent aussi longtemps qu'elles eurent à côté d'elles des tribus plus ou moins parentes : en Asie les Pélasges, les Cariens, les Léléges, les Cretois ; en Italie les Enotriens. Mais, à partir du sixième siècle avant Jésus-Christ, l'Asie vit la fonda-

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** PREMIER AGE DE L'IlELLÉiNISME.

lion de vastes et puissants empires, celui de Crésus d'à bord, celui de Cyrus immédiatement après. En Italie, les Opiques et les Osques, tribus indigènes, belliqueuses et entièrement étrangères aux Grecs, commencèrent à descendre vers le sud. Des forces ennemies considérables se groupèrent donc autour des colonies grecques en Asie et en Italie, et ces parties isolées de l'hellénisme se virent dans l'impossibilité de résister; les unes furent détruites, les autres asservies; toutes perdirent leur prospérité première. L'hellénisme ressembla alors à une armée dont les détachements nombreux, envoyés en reconnaissance dans toutes les directions et au hasard, auraient été détruits faute de soutien. Le corps principal! sur qui porte désormais tout le poids de la lutte, se trouve découvert et affaibli.

Ainsi l'hellénisme, resserré désormais dans son ancienne patrie, perdit une grande partie de ses forces Les Doriens et les Éoliens, qui avaient jadis causé par leurs invasions la dispersion des forces de la Grèce et les bouleversements qui s'ensuivirent, étaient assurément des tribus helléniques, mais n'avaient que faiblement participé au progrès social et politique de la nation. Les Doriens surtout, qui dominaient sur la plus grande partie de la Grèce, étaient des hommes aux mœurs rudes. Il n'est pas question d'^ux dans ïmade; mais l'aspect seul du pays d'où ils sont partis pour envahir le Péloponnèse, de cette région située entre les précipices abrupts et les gorges sauvages de l'OEta et du Parnasse, nous permet de nous former une idée de ce peuple!

DIMINUTION DE LA POPULATION LIBRE. i3

Leurs alliés, les habitants des parties les plus montagneuses de l'Étolie, qui, du temps même de Thucydide, n'habitaient pas des villes, mais des bourgs ouverts, qui se nourrissaient de chair crue et parlaient une langue inconnue aux autres Grecs, ne leur étaient pas, à coup sûr, supérieurs en civilisation. On comprend donc que les suites de la conquête, se fussent-elles bornées à Témigration, aient été de véritables désastres. Le premier, le principal résultat de ce changement fut la décroissance de la population. Les envahisseurs étaient loin de pouvoir par leur nombre remplir le vide que laissaient les émigrants. L'ancienne population, qui n'avait pas quitté la Grèce, résista à ses oppresseurs. Aussi les guerres intestines furent-elles pendant longtemps continuelles. L'anarchie, le défaut de sûreté publique, l'absence de tout travail productif, ne pouvaient que hâter la dépopulation.

La continuité d'un état de choses aussi anormal provoqua la seconde émigration. Cet événement eut des effets d'autant plus grands, que les seconds émigrants, comme les premiers, appartenaient aux classes les plus avancées, les plus industrieuses de la nation. Dans les temps modernes, l'Europe a envoyé et envoie encore des colons dans les autres parties du monde ; mais ce fait n'exerce pas sur le sort des habitants de la métropole l'influence qu'ont eue les anciennes émigrations helléniques. Comme la population des contrées centrales et occidentales de l'Europe est très-dense, les habitants qui abandonnent leur patrie en sont toujours l'infime

minorité ; ils en sont aussi la classe la plus pauvre. Je n'oublie pas qu'au dix-septième siècle l'Angleterre proprement dite comptait à peine cinq millions et demi d'habitants, moins du tiers de ce qu'elle en compte aujourd'hui ; mais alors plusieurs causes, et principalement la difficulté de traverser l'Océan, restreignaient assez le nombre des colons qui passaient en Amérique pour que leur départ ne causât pas de vide sensible dans le pays. Le contraire arriva en Grèce depuis la fin des temps préhistoriques jusqu'au huitième et au sej)tième siècle. La population y était moins dense et les émigrants avaient été relativement plus nombreux.

Un peuple n'a jamais une population bien compacte dans les premiers temps de sa formation. En outre, tous les documents nous montrent des tribus entières passant dans l'Asie Mineure: Achéens, Éoliens, Ioniens, Pyliens et bien d autres. Car, selon Hérodote, les colonies dites Ioniennes n'étaient pas seulement composées d'Ioniens, mais aussi d'Abantes, de Minyens d'Orchomènes, de Cadméiens, de Dryopiens, de Phocéens, de Molosses, de PélasgesArcadiens, de Dorions d'Épidaure. Plus tard des Corinthiens, des Mégariens, des Chalcidiens, des habitants de Cumes et d'Ërétrie avec d'autres Eubéens, des Trézéniens, des Messéniens, des Achéens, des Locriens, quittèrent leurs foyers au huitième çt vers la fia âa septième siècle, pour fonder de nouvelles colonies surtout dans la basse Italie et en Sicile. En citant avec Hérodote parmi les émigrants les Dgriens d'Ëpidaure, nous ne prétendons pas admettre que ces habitants

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