‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 61 sur 179 · LITTÉRATURE. HISTOIRE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE. HISTOIRE

le christianisme ne constitue qu'une des phases de la vie morale de l'homme : la société possède d'autres ressources, une littérature inépuisable, des spectacles variés, des réunions de diverses sortes. A l'époque dont nous parlons, l'état social était tout autre. Il n'y avait pas à proprement parler de littérature, du moins dans le sens que l'antiquité avait donné à ce mot et que nous lui avons conservé à notre tour. Les Éthiopiques ou les Aventures de Théagène et de CharicUe, célèbre roman attribué à Héliodore, évêque de Tricca en Thessalie, furent une exception. Plus fréquentes étaient les idylles, les études mythologiques, les épigrammes. Mais comme elles étaient à peu près étrangères aux sentiments et à l'intelligence de la société, elles n'attirèrent guère son attention. Dégénérée, après Procopeet Agathias, en simples chroniques, l'histoire n'était plus une lecture qui pût suffire aux exigences du cœur et de l'esprit. On lisait toujours, on admirait les anciens chefs-d'œuvre, mais comme des productions d'un monde qui n'était plus ; propagés par la copie, ils n'étaient pourtant pas accessibles à tout le monde. Les seules distractions publiques étaient les jeux, les courses du cirque, nous n'osons pas ajouter le théâtre. Quiconque a lu les Anecdotes de Procope sait ce qu'était alors la scène, où l'on ne représentait que des farces indécentes, parfois obscènes. Heureusement ces spectacles n'étaient fréquentés ni par les femmes ni par les hommes des classes distinguées de la société, mais seulement par la populace. Les jeux du cirque attiraient sans doute et occupaient une meilleure

société par la vue de tant de chefs-d'œuvre anciens et modernes, par l'émulation en faveur des concurrents, par les intérêts politiques, par les passions qui s'y révélaient et s'y heurtaient. Mais les jeux du cirque n'étaient célébrés qu'à de rares intervalles; quelquefois même ils étaient suspendus pendant des années entières pour des raisons financières ou politiques ; en outre, ils n'étaient pas fréquentés par les femmes.

L'église était le seul lieu de réunion publique que possédât la société. On s'y rendait pour la prière et en même temps pour se voir et s'entretenir. Les femmes se tenaient dans le gynécée ; mais si les deux sexes étaient séparés, ils trouvaient mille moyens de correspondre entre eux. Aussi ces réunions prirent-elles un caractère tout particulier : dès que l'église fut devenue le seul endroit où l'on pût se trouver ensemble, on sentit la nécessité d'augmenter les occasions de ces rencontres. Les cérémonies publiques se multiplièrent à l'infini. Loin de se borner aux dimanches et aux fêtes de Noël, de la Résurrection, de l'Assomption, on honorait chaque jour la mémoire de saints et de martyrs ; les offices devinrent aussi trèslongs. Dans plusieurs, aux matines, aux vêpres et, par intervalles, durant le service de la messe, on causait sans faire attention aux chants ou aux paroles de l'autel. Mais dès qu'arrivait un moment solennel de l'office, tel que la lecture de ïépitre ou de l'évangile, l'exaltation ou d'autrès prières exceptionnelles, toute conversation cessait; tous écoutaient avec ferveur et piété les antiennes et les chants sacrés ; plusieurs les récitaient ou les chantaient

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