L'ÉGLISE, LIEU DE RÉUNION
en chœur. Quand on songe que ces cérémonies étaient célébrées chaque jour, et même soir et matin, souvent toute la nuit, pendant \ç?> pannychides (nocturnes), on peut se faire une idée de l'influence énorme que l'Eglise exerçait sur l'état psychologique de la société. Cette action était surtout ressentie par les femmes qui, ne pouvant se rassembler en foule nulle part ailleurs, profitaient encore plus que les hommes de ces occasions. En outre plusieurs prières, telles que les Salutations à la Vierge et les invocations à rame du Grand Canon, réagissaient plus fortement sur leurs cœurs plus sensibles. Quelques-unes de ces prières semblaient leur être particulièrement adressées. L'Église ne s'écriait-elle pas à la fin de l'office de V Acathistos : « Femmes, écoutez, tressaillez, dansez, « chantez avec jubilation : Gabriel s'est présenté main- « tenant pour annoncer à la Vierge dans la ville de « Nazareth la bonne nouvelle. »
L'église avait donc beaucoup d'attrait pour tous les sexes, pour tous les âges, pour toutes les classes de la société, La magnificence extérieure du spectacle, les émotions morales et spirituelles qu'il provoquait, tout contribuait à amener les foules dans l'enceinte sacrée. Là les femmes ne conversaient qu'entre elles, il est vrai ; mais elles satisfaisaient à ce besoin qu^elles ont de se montrer et d'attirer l'attention du public. Les hommes aussi s'y rendaient très-souvent, puisqu'ils étaient sûrs d'y rencontrer leurs amis et connaissances, tout en accomplissant leurs devoirs religieux. Cette alliance de la dévotion avec la vie mondaine, cette piété semée de
ii:
distractions, a donné lieu à des phénomènes qu^on aurait de la peine à s'expliquer aujourd'hui. Beaucoup de personnes, se laissant aller à ce penchant qu'elles avaient de partager leur existence entre la prière et les soucis du monde, cherchèrent à se créer une situation intermédiaire entre le bruit de la société et le régime monacaL Il y avait depuis longtemps des hommes qui vivaient dans la solitude et la prière ; on a voulu plus tard atténuer la rigidité de ces pratiques religieuses en les rapprochant autant que possible des conditions de l'existence sociale. Saint Basile le premier donnâtes formes d'une institution à ce sentiment qui se rencontre fréquemment dans le cœur humain.
« La \ie solitaire et la vie sociale, dit Grégoire de Nazianze, ne sont exemptes ni l'une ni Tautre de bien et de mal. L'une est calme, tranquille et dévouée à Dieu, mais n'est pas dépourvue de présomption ; elle se croit infaillible parce qu'elle ne met pas la vertu à l'épreuve ; l'autre est plus pratique et plus utile, mais elle est entourée de trop de tentations et de bruits. » Basile rapprocha et concilia ces deux modes d'existence; il bâtit des couvents et des ermitages non loin des villes et des lieux habités, sans élever pour ainsi dire entre eux un mur de séparation infranchissable, « afin que le philosophe ne demeurât pas en dehors de la société, ni l'homme pratique en dehors de la philosophie. »
Tel fut l'idéal que poursuivit une société avide d'aspirations religieuses. Il va sans dire qu'il n'a jamais été réalisé. Si, pour se dégager des passions, pour se délivrer