‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 63 sur 179 · LA VIE MONACALE · texte numérisé non relu

LA VIE MONACALE

des souffrances du monde, il suffisait de s'en séparer, il y aurait bien des heureux sur la terre. Saint Basile lui-même disait : « J'ai quitté le séjour de la ville comme unfoyerde maux,maisje n'aipu me quitter moi-même,... de sorte que la solitude ne m'a nullement profité. » Philon, un autre saint, donne un plus grand développement à cette pensée : « J'ai, dit-il, souvent abandonné parents, amis, patrie, pour me vouer au service de Dieu et à la contemplation des vérités éternelles. Vains efforts! l'esprit égaré ou mordu par la passion se portait malgré moi vers les misères d'ici-bas. Plus d'une fois au contraire ma pensée s'est trouvée dans la solitude au milieu d'une foule animée, quand Dieu, ayant apaisé le trouble de mon âme, m'a appris que ce n'est pas la différence des lieux qui fait le bien ou le mal, et que sa main directrice nous conduit où il lui plaît. »

La vie monacale ne pouvait donc mettre en pratique les hautes théories qui avaient inspiré saint Basile. Les plus sincères des hommes, Basile, Grégoire de Nazianze, Philon, reconnaissaient bien vite la vanité de cet amour du repos et de l'isolement et revenaient malgré eux au commerce du monde. D'autres transformèrent les couvents en rendez-vous d'oisiveté et quelquefois en foyers de toutes sortes d'abus. Nous voyons en effet souvent, dans l'histoire de cette époque, les moines quitter leurs retraites, non pour reprendre les devoirs sérieux de la vie sociale, mais pour remplir les villes, à la faveur de leur habit, du bruit de leurs intrigues et de leurs scandales.

Cependant, entre la vie idéale rêvée par les premiers

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in COMMENCEMENTS DE L'HELLÉNISME DU MOYEN AGE.

Pères de l'Église et la vie déréglée des moines d'une époque postérieure il y avait un moyen terme, qui nous l'ait connaître de plusieurs manières le caractère de la société de ces temps. Si ces hommes, qui avaient voulu tuer les sens, ne pouvaient vaincre pour toujours la chair et le monde; s'ils ne pouvaient vivre dans l'invisible et, par l'espérance, jouir sur terre des biens de la vie à venir , ils sentaient néanmoins le besoin d'avoir, au milieu des vicissitudes de l'existence, un asile de repos où ils combinaient d'une façon singulière les pratiques religieuses avec les passions et les intérêts du monde. Les magistrats suprêmes et les grands de l'État se bâtissaient des retraites particulières pour s'abriter contre la disgrâce, les malades en bâtissaient dans l'intérêt de leur santé, les amants pour leurs maîtresses. C'estainsi que tout l'Empire, la capitale et ses environs surtout, fut rempli de couvents. Plus ou moinsgrands, plus ou moins somptueux , toujours construits dans des lieux agréables, ils étaient ordinairement ornés de beaux jardins et prenaient différents noms, monastères, ermitages, lieux expiatoires. Là étaient exactement célébrés les offices divins ; mais les règles austères de la vie monacale n'étaient pas toujours observées. La vie y était décente, bien qu'elle ne fût pas dégagée des vanités de ce monde ; les souvenirs, les émotions, les entrevues même n'en étaient point exclus. Ces établissements ressemblaient plutôt à' nos villas modernes qu'à des couvents tels qu'ils avaient été organisés par saint Basile, ou tels qu'ils devinrent dans la suite après avoir été sensiblement altérés. De même

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