FÊTES POLITICO-RELIGIEUSES
ajouta plus tard le souvenir des deux autres sièges de Constantinople par les Arabes. Quel Grec ne connaît l'hymne guerrier chanté par intervalle dans cet office en l'honneur de la protectrice trois fois sainte des chrétiens?
« A toi, ô mère de Dieu, à toi qui as guidé nos bataillons, à toi la victoire! Ta ville t'offre ses actions de grâces pour l'avoir délivrée de ses ennemis. Invincible et toute-puissante, affranchis-moi toujours de tous les dangers, afin que je ne cesse de m'écrier :* Salut, ô fiancée sans époux! »
Y a-t-il un Hellène qui ne se rappelle ces acclamations adressées à la Vierge, non-seulement comme à la mère de Dieu, mais en même temps comme à celle qui a sauvé l'existence politique de la nation ?
« Salut, tour inébranlable de l'Église ;
Salut, imprenable muraille de l'Empire ;
Salut, toi avec l'aide de qui on élève des trophées ;
Salut, toi par qui les ennemis sont renversés. »
En 628, Héraclius, après la fin de la guerre et l'humiliation complète de la Perse, fit son entrée triomphale à Constantinople sur un char traîné par quatre éléphants; il était précédé par des hommes portant la Sainte-Croix, qu'il avait forcé les ennemis à lui rendre et qu'il regardait comme le plus glorieux trophée de son expédition. Il ne s'en tint pas là ; au printemps de l'année suivante il passa en Syrie avec le symbole sacré et le fit rétablir solennellement, le 14 septembre, à Jérusalem, à l'endroit où pour la première fois, en ce même jour de Tannée
335, il avait été dressé par Constantin. Il se rendit donc avec la croix sur le Golgolha. Là, entouré d'une foule innombrable, il éleva le trophée, pendant que le clergé chantait: « Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage ; donne aux empereurs la victoire sur les barbares et préserve ta religion par ta croix. » Comme l'Eglise grecque, l'Église latine n a pas cessé de célébrer ce souvenir, le 14 septembre de chaque année. Seulement cette fête a chez nous un caractère à la fois national et religieux. D'autres peuples, d'autres États auraient décrété des solennités civiles en souvenir de ces hauts faits ; le peuple chrétien par excellence en a éternisé la mémoire par des cérémonies religieuses. Les fêtes civiles passent avec les circonstances qui les ont créées; nos ancêtres ont placé ces exploits sous la sauvegarde du culte national ; ils ont ainsi forcé leurs descendants à en célébrer le souvenir aussi longtemps qu'ils professeraient la même religion et quelle que fût leur destinée politique.
Telles furent les origines de l'hellénisme du moyen âge à Constantinople. Fondée comme une ville romaine, cette nouvelle capitale fut d'abord organisée à la romaine et parla latin. Bientôt elle changea de face; l'élément grec prévalut dans le gouvernement aussi bien que dans la société. Langue, législation, administration, vie publique et privée, tout prit la teinte du monde nouveau qui s'était formé en orient pendant le cours des siècles précédents par les conquêtes d'Alexandre et par la venue du Christ. Malheureusement l'hellénisme du moyen âge , qui fut dans l'origine un
mélange de deux anciennes civilisations, renferma peu après dans son sein une foule d'autres éléments destructeurs. Le voisinage du second empire persan, les invasions des barbares du Nord firent sentir à Constantinople leur influence désastreuse. Des dissensions intestines ajoutèrent à ces maux. Le sentiment religieux fut faussé, les liens politiques se relâchèrent, l'empire fut mutilé, et, dans ce naufrage partiel, l'hellénisme de l'Afrique disparut, celui de la Syrie et des provinces du nord en Europe fut sensiblement amoindri. Ce qui restait encore s'altéra de plus en plus, mais ne se pervertit pas autant qu'on se l'imagine; nous n'en voulons d'autre preuve que la grande réforme religieuse, politique et sociale qu'il entreprit à cette époque et dont nous allons retracer les vicissitudes.
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