DÉCADENCE MORALE ET POLITIQUE
nemi regardé comme invincible le devient en effet. Ces croyances impies dominèrent au point qu'elles furent consacrées par des canons ecclésiastiques. Des empereurs voulurent identifier par une loi formelle les soldats morts en combattant avec les martyrs de la religion ; mais le clergé regarda cette assimilation comme une insulte à l'Eglise, et le gouvernement se vit à la fin forcé de rapporter son décret.
Un fait pareil se produisit quand l'excellent empereur Maurice défendit par une loi l'admission à la prêtrise et au monacat des fonctionnaires publics, des anciens employés et des soldats avant l'expiration de leur congé. Le clergé prétendit que cette loi était contraire à l'esprit de l'Evangile, et que l'empereur ne devait pas détourner du service de Dieu les hommes que Dieu avait daigné attacher au service de l'empereur. Maurice dut céder; il persista seulement sur un point : les fonctionnaires qui quittaient le service ne purent être admis à la prêtrise qu'après avoir rendu compte de leur gestion, et les soldats qu'après un noviciat de trois ans. Pouvait-il en être autrement? On vivait plutôt dans l'église qu'au milieu des camps et des autres foyers de l'activité humaine ; la prêtrise et le monacat étaient les plus recherchées et les plus lucratives des professions. Cependant une société ainsi organisée ne pouvait aller loin. Nous avons vu qu'elle était peu disposée à combattre ses ennemis ; elle l'était moins encore à travailler. Un nombre d'hommes vraiment incroyable, poussés par un zèle malentendu, prenaient l'habit de moine, renonçaient aux de-
voirs sacrés de père, de citoyen, de soldat, consumaient leurs forces morales et matérielles dans une vie sans but qui n'était pas toujours à Tabri de la licence. Chaque génération était décimée, comme par un mal épidémique, par le développement excessif que prenait cette institution de l'Église. L'agriculture, l'industrie, l'armée, étaient privées de milliers d'intelligences et de
bras.
Les couvents et leurs propriétés se multiplièrent outre mesure ; leurs intérêts furent une des occupations principales du gouvernement, et nous pouvons dire sans exagération que l'État ressemblait plutôt à un monastère habité par des gens oisifs qu'à une société active, occupée de ses devoirs politiques et civils. Il se voyait dans la nécessité de recruter des mercenaires pour l'armée et pour la flotte, de recevoir avec empressement dans son sein de nombreux étrangers qui exerçaient une action souvent désastreuse sur les destinées de la population indigène ; chose non moins grave, les receltes publiques subissaient une diminution considérable par les immunités accordées aux biens des églises et des couvents. 11 n'est donc pas étonnant que , le mal augmentant chaque jour, l'empire ait été mutilé, que Constantinople ait été assiégée une fois par les Avares alliés aux Persans, et deux fois par les mahométans.
Tel était l'état des choses, lorsqu'en 717 Léon III, sous lequel commença l'œuvre de la Réformalion, monta sur le trône. Léon et ses successeurs furent surnommés iconoclastes, comme si la tâche qu'ils se sont proposée