‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 70 sur 179 · VÉRITABLE CARACTÈRE DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

VÉRITABLE CARACTÈRE DE LA RÉFORME

s'était limitée à la suppression des images. Cette appréciation de leurs vues n'est guère conforme à la vérité. Elle s'est cependant accréditée durant tout le moyen âge et même dans les temps modernes pour des raisons faciles à comprendre. Toutes les lois de la Réforme et tous les ouvrages qui lui étaient favorables furent soigneusement détruits, quand elle eut échoué après une lutte de plus de cent ans. Restés seuls maîtres du champ de bataille, les chroniqueurs du parti opposé ont accumulé toutes sortes de calomnies contre leurs adversaires et ont gardé un profond silence sur leurs œuvres les plus généreuses ; ils n'ont parlé que des mesures prises à l'égard des images ; ils savaient bien que cette partie de la Réforme qui frappait les yeux et s'attaquait aux habitudes et aux petits intérêts du plus grand nombre serait surtout propre à la déconsidérer dans l'opinion du public. Heureusement la force de la vérité l'emporte lors même que les hommes s'efforcent systématiquement de la cacher ou de la pervertir. Théophane et Nicéphore sont tous les deux ennemis déclarés de la révolution accomplie au huitième siècle; il y a cependant une différence sensible dans les nuances du tableau qu'ils en ont tracé. Violent et emporté, Théophane défigure sans merci les personnages et les événements dont il parle ; Nicéphore a des tons plus adoucis dans ses appréciations. S'il condamne et altère parfois les faits, il ne va pas jusqu'à inventer des fables et ne refuse pas toute vertu à ses adversaires. D'un autre côté, bien que les procès-verbaux du grand concile qui a décrété l'abolition des images ne nous

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soient pas parvenus intacts, ils ne nous donnent pas moins une idée juste de son esprit et de ses délibérations. Enfin, il y a trente ans, Edouard Zachanœ a fait une découverte précieuse : il a mis la main sur le texte même du code civil de la Réformation, et il en a donné un excellent conuTienlaire. C'est l'examen critique de toutes ces données qui finit par nous dévoiler le véritable caractère de cette époque, si injustement méconnue pendant des siècles et regardée comme une simple lutte d'iconoclastes. La vérité est qu'une tentative remarquable de révolution sociale, politique et religieuse, a été faite au huitième siècle. La Réforme religieuse s'est bornée à la condamnation des images, à l'interdiction de l'usage des reliques et à la diminution du nombre des couvents ; elle n'a point touché aux dogmes fondamentaux de la foi chrétienne. La Réforme sociale et politique au contraire porta une main hardie sur tous les vices qui minaient la force morale et matérielle de cette société, enleva au clergé l'instruction publique, abolit le servage, chercha à limiter le nombre des esclaves, consacra jusqu'à un certain point la tolérance religieuse, soumit à l'impôt commun les biens de l'Église, laissa voir en un mot qu'elle voulait constituer une société virile, une société fondée sur ces principes immortels qui ne devaient triompher définitivement dans le monde qu'une dizaine de siècles plus tard.

Cette œuvre n'est pas de celles que la volonté de quelques hommes suffit à accomplir. On a accusé Léon III d'avoir voulu imposer ses convictions en matière de re-

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