L'ASIE, POINT DE DÉPART DE LA RÉFORME
pour voter la restauration se sépara sans rien conclure par suite de Topposition de la plupart des évêques ; le second n'y réussit qu'au milieu des plus grandes difficultés. Ces faits prouvent clairement que les classes les plus éclairées, les plus intelligentes, les hommes habitués à la pratique des affaires, ainsi que la majorité du haut clergé, professaient depuis longtemps les idées nouvelles, et que les empereurs dits iconoclastes ne firent que se rendre aux vœux de ce qu'il y avait de plus distingué dans la nation.
Mais d'où venaient ces doctrines novatrices? Tous les évêques cités comme précurseurs du mouvement, depuis Philoxène d'Hiérapolis, qui le premier fit une tentative en ce sens, jusqu'à Théodose d'Ephèse, Thomas de Claudiopolis et Constantin de Nacolie, qui engagèrent Léon III à entreprendre l'œuvre de la Réforme, appartenaient à l'hellénisme oriental. Tous les empereurs qui ont soutenu la lutte étaient originaires de l'Asie Mineure ou de la Syrie. Léon III est né à Germanicée, dans la haute Syrie; Léon V était Arménien; Michel II, d'Amorium en Phrygie. Au contraire Irène, qui restaura les images, était Athénienne, et Basile P% qui abrogea la plupart des institutions des iconomaques, était Macédonien. Les légions les plus braves et les plus dévouées à la révolution étaient recrutées en Asie, tandis que les légions européennes soutenaient les doctrines opposées. Il en résulte évidemment que l'Asie, où l'esprit philosophique avait déjà provoqué tant de réactions contre la nouvelle religion, fut aussi le point de départ de la
Réforme. L'hellénisme oriental, sensiblement altéré à Constantinople, se conservait plus pur dans ses anciens foyers; là se prépara la lutte contre Tordre de choses établi ; là furent discutées toutes ces questions sociales et religieuses ; là on comprit la nécessité de la révolution, et c'est de ces pays qu'affluèrent dans la capitale tous les hommes qui devaient jouer les premiers rôles dans les événements nouveaux.
En face de cette élite de la nation, on vit se ranger les autres classes de la société : c'est elles qui, faibles par l'instruction et par l'intelligence, mais puissantes par le nombre, repoussaient toute dérogation aux lois existantes. Je n'ai pas besoin d'expliquer pourquoi la riche et puissante corporation des moines était à la tête de cette opposition ; en lui enlevant l'instruction publique, en fermant plusieurs couvents, en soumettant à l'impôt les
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biens de l'Eglise, et surtout en défendant l'usage des reliques et en supprimant les images dont ils avaient le trafic exclusif, la Réformation s'attaqua à la fois à toutes leurs croyances et à tous leurs intérêts. Les moines menaient à leur suite la foule et les femmes. Le vulgaire n'ayant pas J'esprit et le cœur formés par une éducation libérale, est ordinairement impuissant à comprendre le culte autrement qu'entouré de symboles et d'emblèmes ; plein de ses convictions et incapable de distinguer le point où la foi commençait à être altérée, il devint l'instrument aveugle de Tordre monacal. Les femmes ont toujours été fortement attachées aux formes extérieures du culte ; et quand je dis les femmes, je ne fais pas de distinction entre