CONDUITE DE LA MONARCHIE
les classes sociales : toutes détestaient la réforme religieuse, sans excepter les épouses, les filles, les sœurs des empereurs. On ne put jamais leur persuader de subir sans murmure les innovations ; souvent elles les combattirent en secret. Si nous ajoutons à tout cela l'abolition du servage, si nous ne perdons pas de vue qu'il s'agissait de rompre plus ou moins ce lien étroit de la vie sociale et religieuse, qui était le caractère dominant de l'existence nationale au commencement du huitième siècle , nous comprendrons que la révolution, froissant beaucoup d'intérêts et d'habitudes, même chez les classes supérieures, était repoussée par les neuf-dixièmes peut-être des habitants de Torient.
Je ne nierai donc pas que la grande majorité était hostile à la Réforme ; mais la minorité n'en est pas moins parvenue à lui tenir tête, malgré son infériorité numérique. Convaincue que la religion et l'État couraient à leur perte et ayant longtemps étudié tous ces graves problèmes qui se rattachaient à leur rénovation, elle possédait les deux plus puissants ressorts de ce monde, la foi et le savoir. Aussi fut-elle en mesure d'imposer son drapeau aux empereurs et de le tenir haut contre la foule de ses adversaires pendant cent cinquante ans environ. Toutefois, si elle fut le principal promoteur du mouvement, c'est la monarchie qui en prit la direction politique, et il faut dire qu'elle se comporta, à quelques exceptions près, avec une prudence consommée et un rare esprit de modération. Elle avait compris qu'en portant la main sur des questions sociales
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de cetle importance, elle allait attaquer un ordre de choses qui n'accepterait probablement pas sa ruine sans protester. La Réforme était urgente, mais en troublant les esprits elle pouvait donner lieu à de grandes secousses. C'est entre ces écueils qu'il fallut marcher. Je ne dis pas qu'on les évita toujours. On doit pourtant convenir que la monarchie de Constantinople n'entreprit pas la révolution en vue d'intérêts personnels comme Henri VIII d'Angleterre ; qu'elle ne se livra pas à des massacres affreux comme les souverains d'Angleterre, de Suède, de Saxe, de Hesse-Cassel, de Mecklembourg, de Prusse. Elle finit, il est vrai, par confisquer quelques biens conventuels, mais elle ne se réserva pas la moindre parcelle de ces dépouilles; la mesure fut décrétée au profit de l'État. En résumé, la Réforme hellénique, sans toucher aux dogmes fondamentaux de la foi, fut, en ce qui concerne les changements sociaux, bien plus large et plus systématique que celle qui s'accomplit plus tard dans l'Europe occidentale, et professa des principes et des doctrines qu'on est étonné de rencontrer au huitième siècle.
Neuf ans après être monté sur le trône et huit ans après avoir fait lever le second siège de Constantinople par les Arabes, Léon présenta au sénat un décret impérial par lequel l'adoration des images était condamnée comme une idolâtrie. Le décret fut sanctionné. Cependant Léon, pour ne pas attaquer brusquement les habitudes du public, déclarait en même temps qu'il n'entendait pas enlever aux églises ces objets de piété, mais