ABOLITION DES IMAGES
seulement les suspendre plus haut, pour les soustraire à ces marques trop ostensibles d'adoration qui étaient une offense faite à Dieu. Aussi les esprits ne se troublèrent-ils pas beaucoup d'abord du côté de l'orient. C'est de l'occident que vint la première opposition. L'évêque de Rome, Grégoire II, crut l'occasion favorable pour rompre les liens politiques qui rattachaient encore le monde latin à Constantinople; il souleva des émeutes dans l'Italie et dans la Grèce qui, ainsi que la Crète, la Macédoine et l'Illyrie, étaient encore soumises à la juridiction ecclésiastique du pape. Léon voulait, autant que possible, éviter toute rupture : il entreprit d'abord de convaincre l'évêque de Rome par des lettres où il discutailla question des images. Il lui écrivit : «Apprends-moi qui nous a enseigné Tadoration des œuvres humaines, et je reconnaîtrai aussi que telle est la loi de Dieu. » Grégoire II ayant persisté dans sa rébellion, l'empereur réprima l'émeute et repoussa en partie les Lombards que le pape avait appelés comme alliés dans l'Italie moyenne. Ce fut alors seulement que, ne se contentant plus de faire placer les images hors de portée, Léon en ordonna la suppression complète. Nous ne savons pas exactement quel motif le poussa à changer sa première décision. Peut-être les plus chauds partisans de la Réforme lui représentèrent-ils que c'était une demi-mesure , qu'elle n'avait pu empêcher les émeutes d'Italie et de Grèce, qu'elle était loin d'atteindre le but qu'on se proposait, puisque tout le monde pouvait avoir chez soi des images et les adorer selon l'usage aboli. Peut-être aussi,
encouragé par ses premières victoires, pensa-t-il pouvoir entreprendre sans danger une révolution plus radicale. Quoi qu'il en soit, il promulgua, en 728, un nouveau décret portant défense péremptoire d'avoir dans les églises et ailleurs des représentations d'anges, de saints, de martyrs, et ordonnant aux autorités de les enlever partout où elles les trouveraient. On dit même (le texte de l'ordonnance ne nous est pas parvenu) que la défense était suivie d'une sanction pénale. Le haut clergé ne résista pas à ce nouvel ordre. Seul le patriarche Germain, poussé, selon toute vraisemblance, par l'évêque de Rome, refusa de signer l'édit et de le promulguer. Comme il persistait malgré les exhortations de l'empereur, Léon convoqua, au commencement de 730, le sénat pour lui soumettre ce différend. Le patriarche refusa de céder; le sénat condamna à l'unanimité la conduite de Germain. Alors il se démit de ses dignités devant l'empereur et Fentra dans la vie privée. Anastase, son syncèle, fut éli^ à sa place.
Ceitc élection fui annoncée, selon l'usage, à l'évêque de Rome ; Grégoire renvoya la lettre et blâma sévèrement Léon d'avoir violé les droits de l'Eglise. Le prince fte Voulut pars encore pousser les choses à l'extrême ; et comme Grégoire, ainsi que Tex-patriarche Germain, avait toujours prétendu que l'adoration des images, sans être wi do^me fondamental de la foi, devait néanmoins être réglée par un concile œcuménique, Léon écrivit aa pape qu^il était prêt à convoquer ce concile et rîBvita à y prendre part. Le pape répondit d'une ma-