APPRÉCIATION DU DÉCRET DE LÉON III
verser la plus célèbre image de la ville, celle du Sauveur suspendue au-dessus de l'entrée principale du palais. Il était monté sur une échelle et s'occupait à efTacer les empreintes, quand une troupe de femmes et de moines, étant survenue, renversa l'échelle et tua l'officier et quelques soldats qui l'accompagnaient. La foule envahit ensuite le patriarcat dans l'intention de mettre à mort le patriarche Anastase; mais celui-ci se sauva au palais de l'empereur. Alors la garde reçut l'ordre de dissiper les émeutiers ; ceux d'entre eux qui tombèrent dans ce conflit furent ensuite inscrits^ parmi les saints. Il est probable que, par des causes analogues, il y eut d'autres victimes ; mais, comme on le voit, il est difficile de les classer parmi les martyrs de la foi.
Cependant^ si persuadé que nous soyons de la conduite modérée de Tempereur Léon, son décret ne nous semble pas avoir été le moyen le plus sûr de faire cesser les abus. Partout et toujours l'homme tient à conserver le souvenir de ses parents, des bienfaiteurs de sa nation, des principaux acteurs de l'histoire. Puisque nous ornons de ces tableaux, de ces statues, de ces portraits nos maisons, nos places et nos monuments publics, quoi de plus naturel que de décerner cet honneur aux fondateurs de notre religion ? Puis, comme le fait si bien remarquer saint Jean Damascène dans son premier discours contre les iconomaques, « l'image est pour les ignorants ce que le livre est pour les gens instruits ; l'image est pour les yeux ce que la parole est pour l'ouïe ;
nous nous unissons à elle en esprit ». Ainsi les images n'étaient pas seulement les meilleurs ornements des temples ; elles enseignaient aussi à la foule Thistoire de l'Église. On ne peut sans doute nier qu'elles donnassent lieu à des malentendus; plusieurs d'entre elles furent regardées comme miraculeuses; les hommes qui les portaient en guise d'amulettes se croyaient dégagés de tout devoir ; ces faits sont certains ; mais était-on sûr de faire disparaître tous ces inconvénients par la simple suppression des images dans les églises? N'était-il pas évident que la multitude continuerait à les adorer en particulier ens'mspirant des préjugés funestes inséparables d'un pareil culte? On disait : « La génération présente a déifié les images. » Un des plus ardents et des plus raisonnables adversaires de cette partie de la Réforme répondait avec justesse : « Vous devez instruire le peuple, vous devez lui ôter son ignorance ». C'était dire que le progrès et la diffusion de l'instruction publique était le seul moyen de faire comprendre la vraie signification de la présence des images dans les temples. En s'instruisant, la foule aurait cessé de les déifier ; la vérité aurait triomphé sans secousse par une révolution pacifique dans les idées et les habitudes du pays.
Ce qui peut justifier jusqu'à un certain point les promoteurs de la guerre déclaré*? aux images, c'est qu'à cette époque l'éducation nationale offrait des difficultés insurmontables. On s'occupa de réformer l'instruction publique; les écoles existantes, dirigées presque toutes par des moines qui soutenaient les pré-