APPRÉCIATION DU DÉCRET DE LÉON III
jugés contre lesquels on voulait réagir, furent dissoutes ; renseignement de la jeunesse fut réservé aux laïques et au clergé séculier. En un mot, on fit tout ce qu'on put faire dans cette voie ; George Hamartolos a tort de dire « que le savoir disparut de la Romanie par l'aveuglement des empereurs iconomaques » ; c'est une de ces boutades dont fourmillent les chroniques de l'opposition. La foule des hommes politiques, des militaires, des légistes, des administrateurs et des ecclésiastiques qui servirent avec tant d'éclat le nouveau régime pendant tout le huitième siècle et jusque vers le milieu du neuvième, prouve que l'enseignement n'avait guère été négligé. Seulement il fut fondé sur des principes libéraux. L'action de ces principes se fit sentir même chez les adversaires de la Réforme religieuse ; les plus illustres d'entre eux, Tarase, Photius, furent souvent inspirés par l'esprit généreux qu'ils avaient puisé dans les écoles laïques. Aussi bien Théophane ne se plaint que du manque d'instruction pieuse ; il garde le silence sur l'instruction séculière, qui continuait évidemment à fonctionner. Malheureusement le nouvel enseio^nement ne pouvait pénétrer dans les classes inférieures de la société : les livres classiques n'étaient accessibles qu'aux gens aisés. Une des causes du succès de la Réformation moderne fut la découverte de l'imprimerie, qui eut lieu vers la même époque. Le huitième siècle, privé de ce puissant moyen d'action, fut forcé d'avoir recours à la suppression matérielle des images.
Mais, s'il est permis d'hésiter sur l'opportunité des
LA RÈFORMATION.
mesures prises en ce qui concerne les questions religieuses, tout ce qui a été fait pour le développement social et politique de l'hellénisme au moyen âge mérite une admiration sans réserve. L'État et la société prennent un nouvel aspect. Les affaires publiques ne sont plus livrées aux mains des eunuques. Ce mal^ qui avait diminué au septième siècle, ne fut définitivement écarté que depuis Léon IIL Les eunuques paraissaient tellement indispensables à l'ancien ordre de choses que , lorsque Irène entreprit de renverser la révolution, elle nomma aussitôt un eunuque, Stavrace, à la dignité de premier ministre. Après la chute d'Irène, ils furent de nouveau mis de côté sous Nicéphore^ Léon V, Michel II et Théophile. Alors disparurent aussi les hideux supplices de la mutilation du nez, de la langue, de l'arrachement des yeux, dont on avait fait un si fréquent usage sous la dynastie d'Héraclius. Il en fut de ces supplices comme des eunuques. Aussitôt qu'Irène entreprit de rétablir l'ancien ordre de choses, elle ne recula pas devant le crime de faire arracher les yeux à son fils Constantin VI. L'administration, surtout pour l'armée et les finances, fut réorganisée. Aussi les Arabes, qui avaient occupé presque toute l'Asie Mineure et assiégé la capitale, furent-ils, sous le règne de Léon, repoussés jusqu'en Syrie. Son fils et successeur Constantin V trouva l'empire plus que jamais florissant. A son tour, Constantin lutta bravement contre les nombreux ennemis de l'est, de l'ouest et du nord; vaincu quelquefois, il remporta souvent des victoires éclatantes. Dans ce siècle, l'hellénisme ne fut humilié