RÉFORMES POLITIQUES ET SOCIALES
que SOUS Irène, lorsque le relâchement de la discipline militaire et le désordre des finances lui firent subir de nouveaux désastres. Une chose non moins remarquable, c'est que tous les empereurs de la Réforme ont été bons pères et fidèles époux ; il régna dans leur cour une grande pureté de mœurs. Pour apprécier le mérite de la nouvelle éducation, il suffit de comparer la vie de deux femmes célèbres de cette époque. Irène, dont il a été souvent question, était née à Athènes. On sait que la Grèce proprement dite persévéra longtemps dans l'ancienne religion et que, convertie ensuite, elle s'attacha aux formes extérieures de la foi nouvelle, au point d'entreprendre une expédition dans le but de détrôner Léon III. Élevée dans ces doctrines et ces sentiments, Irène fit servir la religion à son ambition, qui la poussa aux plus horribles forfaits. Quelle différence dans la manière d'agir et de penser d'Anthousa^ fille de Constantin V! Si, comme toutes les femmes, elle ne se décida pas à abandonner les anciennes traditions et les anciens usages de l'Eglise, elle s'inspira toujours des principes de la morale publique et privée dans lesquels elle avait été nourrie ; elle employa sa fortune à la construction et à l'entretien d'un hospice d'orphelins et d'enfants trouvés, dont elle s'occupa toute sa vie comme une véritable mère.
Mais l'esprit de la Réformation paraît surtout dans les dispositions législatives; deux codes furent promulgués sous Léon III, le Code rural et le Code civil, plus connu sous le nom à'Ecloga. Tous les deux présentent les plus hardies innovations. Le patrocinium, qui surchargeait
autrefois plusieurs cultivateurs d un double impôt, l'impôt payé au patron et celui du fisc, disparut de la nouvelle loi ; en outre il n'y est plus question de serfs ni d'hommes attachés à la glèbe. La classe agricole fut donc délivrée des servitudes auxquelles elle avait été jusqu'alors soumise sous différentes formes et sous divers prétextes. Quand on pense que le servage n'a cessé d'affliger le reste de l'Europe que longtemps après, et que dans certains pays il n'a été aboli que depuis une vingtaine d'années, on est véritablement surpris de voir les idées libérales qui devaient présider à la réparation de ce mal surgir, dès le milieu du huitième siècle, dans l'hellénisme du moyen âge.
Des modifications essentielles furent aussi apportées à la constitution du mariage, de la puissance paternelle, de la tutelle, des successions. Le droit de famille, tel qu'il avait été réglé par Juslinien au sixième siècle, n'était pas en tout conforme aux doctrines de l'hellénisme oriental, qui avait maintenu dans leur pureté les principes de l'Evangile. Selon ces doctrines, le mariage était le seul lien autorisé entre l'homme et la femme ; ce lien devait être, autant que possible, indissoluble; les droits et les devoirs mutuels des conjoints devaient être égaux. Le droit de Justinien sur cette matière, tout en ayant subi rinfluence du dogme chrétien, conserva, dans la plupart de ses dispositions, plus d^une trace de l'ancienne législation romaine : il reconnaissait le cormibinatus et conférait des droits légitimes aux enfants qui en étaient issus ; il permettait avec une trop grande facilité la dissolution