ACGHOISSEMENT DU NOMBRE DES ESCLAVES
devint une sorte d'institution ; la servitude fut presque irrémédiable, on alla jusqu'à professer comme un principe la division de l'espèce humaine en deux classes : les hommes nés pour la liberté et les hommes nés pour la servitude.
On a pu faire des distinctions à ce sujet. Dans quelques pays, comme enThessalie etenLaconie, les conquérants se contentèrent de réduire en esclavage une grande partie des peuples conquis ; les indigènes auxquels ils ravirent l'existence politique et la liberté personnelle furent appelés Pénestes on Hilotes. Ces esclaves. Grecs de langue et d'origine, ne furent pas privés de tous leurs droits civils : ils avaient une famille, des propriétés : ils servaient dans l'armée, ils étaient affranchis quand ils se distinguaient, et n'étaient jamais vendus à l'étranger. Ailleurs au contraire, soit que la plupart des premiers habitants eussent quitté leurs foyers, soit pour tout autre motif, le vide fut comblé par des esclaves achetés à l'étranger. Ceux-ci devinrent la propriété exclusive du maître, et c'est principalement dans cette sorte d'esclavage que l'homme perdit toute son individualité. N'oublions pas toutefois, d'aprèsceque nous savons sur la manière dont ils étaient traités par les Spartiates, que le sort des Hilotes ne différait pas beaucoup de celui des autres esclaves. Qui ne se souvient qu'on les fouettait pour leur rappeler leur condition, qu'on les faisait même assassiner pour prévenir une sédition ? Ainsi nous devons admettre que, dans les temps historiques, les esclaves, devenus plus nombreux, furent soumis à un joug plus dur et formaient
d'une manière plus systématique une sorte de caste. Mais rémigration de la partie la plus avancée de la population et son remplacement par des esclaves ne furent pas les seules calamités de l'invasion. L'état social des tribus conquérantes était si barbare qu'elles ne surent ni conserver l'unité qui avait existé dans les temps précédents, ni en créer une autre. Nul lien politique ne les unissait : ce n'était plus l'époque où tous les rois reconnaissaient, au moins en temps de guerre, la suprématie du roi d'Argos. Les Thessaliens s'emparèrent de la Thessalie, les Béotiens et les Eoliens de la Béotie et de l'Elide pour leur propre compte. Les Doriens, qui dominèrent sur la plus grande partie du Péloponnèse, se morcelèrent, et furent souvent en proie à des dissensions intestines. Après avoir détruit la constitution unitaire de la Grèce féodale, les conquérants s'attachèrent à faire disparaître toute trace d'intervention du peuple dans le gouvernement. La royauté fut partout supprimée. La forme monarchique ne fut conservée que dans TEpire, qui n'exerça aucune influence sur la Grèce à l'époque de sa grandeur et n'en eut que peu par la suite. La royauté de Sparte voilait la plus puissante des oligarchies. Des aristocraties s'établirent dans toutes les villes; un petit nombre de privilégiés régnèrent sur le pays, firent la loi à tous. Leurs sujets étaient des esclaves achetés et des indigènes réduits en servitude, ou tombés dans une telle misère qu'ils ne différaient pas essentiellement des esclaves : tels étaient, entre autres, les gymnètes d'Argos , les conipodes d'Épidaure , les