PARTIE RELIGIEUSE DE LA RÉFORME
cation. Les images, supprimées par les décrets impériaux, continuaient à se montrer, à peu d'exceptions près dans les églises, dans les lieux publics et plus encore dans les couvents et dans les maisons particulières- Constantin V, plus résolu que son père, se décida à met^ trcfin à ce scandale.
L'établissement d'un grand nombre de Syriens et d'Arméniens dans la capitale et aux environs ne fut pas étrangère à cette mesure. En effet, beaucoup de ces co- Ions professaient une hérésie très-libérale et pouvaient devenir des alliés utiles pour les innovations déjà faites ou qu'on se proposait de faire. Ces hérétiques étaient les Paidicicns; leur secte, qui avait paru en Syrie vers le milieu du septième siècle, se répandit de là dans la partie orientale de l'Asie Mineure, surtout en Arménie et dan. le Pont. Sans nous arrêter ici sur les doctrines professées par les Pauliciens, il nous suffira de dire que leur enseignement théologique se bornait aux quatorze épîtres de Paul, aux épîtres de Jacques, de Jean et de Jude et aux Actes des Apôtres. Ils repoussaient l'Ancien Testament et les deux épîtres catholiques de l'apôtre Pierre Ils n'avaient pas de ministres du culte, mais seulement des interprètes des Ecritures saintes, qu'ils désignaient sous le nom de Synecdèmes; ces lecteurs expliquaient librement les textes et ne différaient guère par leur régime de vie et par leur costume de la foule pour laquelle ils prêchaient. Les Pauhciens n'admettaient aucune forme extérieure du culte, ni images, ni croix, ni reliques, ni baptême, ni communion. Ces apôtres de la liberté de conscience
étaient des hommes laborieux et industrieux, et s'étaient toujours distingués par leur audace et par leur impétuosité dans les combats. On voit quels services ils pouvaient rendre à la Réforme. L'hellénisme oriental, dont Constantin V et son père avaient embrassé les principes et qu'ils s'efTorçaient de faire prévaloir, ne songea jamais à un changement aussi radical du christianisme ; mais en retour de la tolérance qu'il accordait aux Pauliciéns Constantin V pouvait raisonnablement compter sur leur concours pour l'exécution de projets plus modérés. La preuve qu'ils pouvaient contribuer à l'œuvre de la Réforme, c'est qu'ils exercèrent plus tard une influence considérable dans le grand mouvement qui commença au treizième siècle dans l'Europe occidentale et méridionale et triompha définitivement au seizième. En effet les Pauliciéns de la Thrace propagèrent, par leurs relations commerciales et militaires avec la Hongrie, l'Italie et la France du Midi, quelques-uns de leurs principes • la libre interprétation des Écritures, l'abolition de la hiérarchie ecclésiastique, la suppression des formes extérieures du culte ; ils portèrent ainsi dans le nord et l'ouest de l'Europe les premiers germes de la Réformation moderne.
Pendant que s'opérait cette transmigration des Pauliciéns, l'empereur délibérait avec le sénat sur la question des images. Il arriva à penser que leur suppression serait acceptée plus aisément si elle était sanctionnée par une décision solennelle de l'Église. A cet effet, le 10 février 754, un grand concile fut convoqué au palais impé-