EXÉCUTION DES DÉCRETS DU CONCILE
avaient été consacrés sans reliques de saints martyrs. » L'accusation la plus grave que l'on ait élevée contre les Pères du concile de 754, est de ne s'être pas contentés d'exclure les images des églises, mais d'avoir flétri comme une œuvre perverse, comme une profession impie et criminelle l'art lui-même, et d'avoir porté un coup mortel à la peinture... Malheureusement il n'y a jamais eu d'assemblée révolutionnaire qui ne soit tombée dans de pareils excès et qui n'ait placé le triomphe de ses doctrines au-dessus de tout autre intérêt social. Ce qui est hors de doute, c'est que ce concile fit preuve, à cette exception près, d'une modération remarquable et qu'il évita soigneusement de toucher aux principes fondamentaux de la foi chrétienne. Il est certain aussi que l'on ne fit aucune violence aux membres de l'assemblée et qu'il n'y eut pas d'opposition sérieuse. Si cela était arrivé, les Pères du second concile de Nicée, qui ont restauré les images et examiné avec un soin minutieux les procès -verbaux de leurs adversaires, n'auraient pas négligé de signaler l'intervention de l'autorité ou les réclamations des prélats.
Le décret était rendu. Il fallait maintenant procéder à son exécution en enlevant les images des églises, des monastères, des maisons privées. La tâche n'était pas aisée à accomplir. Le concile ayant été surtout l'œuvre de l'hellénisme de l'Asie Mineure, le nouveau patriarche, Constantin, évêque de Sylée en Pamphylie, était disposé à seconder les vues de ses confrères, qui étaient aussi les siennes. Mais tous les autres
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pontifes de la chrétienté, Tévêque de Rome, les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, persistaient à vouloir maintenir l'ancien ordre de choses. L'esprit de liberté n'avait pas encore pénétré dans l'Europe occidentale ; il avait disparu des contrées soumises à la domination mahométane. Les provinces européennes de l'empire étaient, elles aussi, peu favorables à la Réformation : elle s'appuyait donc principalement sur l'Asie Mineure qui avait été son berceau. Mais il faut se rappeler que, si le haut clergé et les classes supérieures de la société l'avaient embrassée avec empressement, la foule, les femmes et les moines lui faisaient partout une guerre sourde ou déclarée. Il y avait donc, même dans l'Asie Mineure, beaucoup de récalcitrants. Quelle fut la conduite de Constantin Ven présence de ces difficultés ? Les chroniqueurs et les auteurs des vies des saints affirment qu'il ordonna de cruels supplices : le fouet, la perte de la vue, la mutilation de la langue. En serrant de près les faits, on trouve qu'ils ont encore été bien dénaturés. Constantin V ne montra pas, à coup sûr, la modération de son père ; il employa quelquefois la violence ; mais il ne commit jamais les atrocités qu'on lui reproche. Tout en prétendant que ses victimes furent nombreuses, on ne cite que très-peu de noms. Quand il y a des récits détaillés, ils prouvent que c'est malgré lui et irrité par ses adversaires que l'empereur les fit punir. Le moine André entre un jour dans l'église de Saint-Mamas, où se trouvait Constantin V ; il s'approche de lui à travers la foule et lui demande à
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haute voix pourquoi, s'il était chrétien, il causait tant de malheurs aux chrétiens. L'empereur le fit arrêter, et le lendemain, l'ayant mandé au palais, il tâcha de lui faire comprendre l'inconvenance de son action. Loin d'être touché par cette mansuétude, André qualifia le chef de l'État de nouveau Valens et de nouveau Julien. C'est alors seulement qu'il fut livré aux tribunaux et condamné par eux à la peine de mort. 11 y a donc ici un châtiment pour crime politique plutôt qu'un fait de persécution religieuse.
Le moine Etienne faisait aussi une opposition acharnée au nouvel ordre de choses; l'empereur lui envoya le patriarche œcuménique et plusieurs autres prélats pour l'engager à signer les actes du concile de Constantinople. Etienne refusa ; il avait le droit de refuser et de ne pas signer ce qui était contraire à ses convictions. Mais comme il fomentait en même temps la résistance, l'empereur dut l'éloigner de la capitale avec beaucoup de ses adeptes de l'ordre monacal. Déposés dans l'île de Marmara, il leur fut permis d'adorer et de croire tout ce ce qu'ils voulaient. Etienne cependant ne se contenta pas de cette tolérance ; il quitta secrètement l'île et vint à Constantinople prêcher de nouveau la révolte. Constantin V ne se départit pas encore de sa modération ; il le fit appeler et il discuta avec lui la question des images^ dans l'espoir de le convertir. Au milieu de cette discussion, pour prouver que l'image de Jésus était aussi sacrée que Jésus lui-même, Etienne saisit une pièce de monnaie à l'effigie de l'empereur, la jette contre
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terre et la foule aux pieds, en disant que, si celui qui ne respecte pas l'image de Jésus n'insulte pas Jésus, il a le droit lui aussi de fouler aux pieds cette pièce de monnaie sans manquer au monarque. Ceux qui assistaient à cette scène auraient fait un mauvais parti à l'audacieux, si Constantin V ne les en avait empêchés. 11 ordonna seulement son arrestation et sa mise en jugement selon les lois de l'État. Mais, voulant toujours éviter les mesures extrêmes, il ne pressa pas l'instruction du procès ; il permit à tout le monde de visiter le moine intraitable dans la prison du prétoire et d'entendre jour et nuit ses chants et ses sermons. Il fallut pourtant renoncer à ces ménagements; car ils finirent par provoquer un mouvement sérieux contre la sûreté de l'État. Un certain nombre d'ambitieux furent tentés, en 766, de s'imposer au gouvernement en profitant de ces difficultés ; l'empereur était absent, occupé alors d'une guerre contre les Bulgares ; cinq hauts dignitaires, trahissant leurs devoirs les plus sacrés, formèrent une conspiration contre lui, de concert avec les moines et les membres opposants du clergé. Chose étrange, le patriarche œcuménique Constantin fut lui-même entraîné peu à peu dans la conjuration. On comprend qu'il n'y avait plus moyen de reculer devant la sévérité de la loi. Dix-neuf employés supérieurs furent condamnés à différentes peines; deux d'entre eux, les plus coupables, Constantin Podopagouros et son frère Stratégios, eurent la tête tranchée. Le patriarche fiit d'abord exilé ; mais, convaincu plus tard de persister dans ses intrigues, il fut