‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 86 sur 179 · PROVINCES EUROPÉENNES. IRÈNE · texte numérisé non relu

PROVINCES EUROPÉENNES. IRÈNE

dans les couvents des gens qui y entraient pour suivre ce régime austère de l'âme et du corps qu'ils croyaient le dernier mot de la vertu et du dévouement chrétien. Mais ceux-là étaient en petit nombre. Ils purent d'ailleurs croire en toute conscience qu'il leur était permis d'aller dans d'autres pays chrétiens continuer leurs exercices ascétiques. En ne comptant pas ces émigrés, on trouvera que les vraies victimes ne durent pas être bien nombreuses.

Un trait caractéristique, c'est que les chroniques du temps, si violentes contre les gouverneurs de l'Asie Mineure, gardent un silence absolu sur la manière dont s'accomplit l'abolition des couvents et des images dans les provinces européennes de l'empire. On peut en induire que ces mesures n'y furent pas sévèrement appliquées. L'exécution des décrets était en effet plus facile en Asie : les classes supérieures de la société et le haut clergé lui-même s'y étaient prononcés pour le nouveau régime. L'empereur a pu croire prudent de commencer l'application rigoureuse des décisions du concile par les pays où elle pouvait rencontrer le moins de résistance. L'œuvre, une fois consolidée dans ces pays, se serait plus aisément propagée dans le reste de l'empire par l'action des idées et la force de l'exemple. Ce qui peut venir à l'appui de cette conjecture, c'est que, quelques années avant sa mort, Constantin fit épouser l'Athénienne Irène à son fils Léon. Pourquoi serait-il allé chercher une belle-fille dans un pays connu pour son hostilité à la Réforme, sinon dans l'espoir de se concilier

la Grèce en s'attachant une de ses plus illustres familles ? Toutefois, s'il a fait réellement un tel calcul, son attente a été cruellement trompée. Dès que sa volonté de fer ne se fît plus sentir et que l'empire fui passé entre les mains du faible Léon, Irène jeta le masque et montra pour la restauration des images et des couvents un zèle qui s'est servi de tous les moyens et qui n'a pas reculé devant le crime.

Constantin V mourut en 775. Sous son règne long et ferme, la dignité de l'Etat fut maintenue au dedans et au dehors. Léon III avait repoussé les Arabes et posé les principes de la Réformation ; Constantin V entreprit Texécution des décrets du concile et tint les Bulgares en respect. Mais son successeur, Léon IV, n'avait pas la force de volonté nécessaire pour compléter cette œuvre. Le parti opposé commença aussitôt à s'agiter et devint d'autant plus dangereux, qu'il put compter sur la protection d'Irène. Ces alliés se conduisirent d'ailleurs avec une extrême habileté ; Léon IV donna dans le piège qu'ils lui avaient tendu. Ils ne découvrirent pas d'abord toute leur pensée, ne parlèrent pas de l'abolition des doctrines et des lois de la Réforme. Ils commencèrent par représenter à l'empereur que son père était allé au delà des décrets de Léon 111 et du concile, qu'il suffisait, pour arrêter le mécontentement, de rentrer dans les limites marquées par son aïeul et par les Pères de l'Église. Ce raisonnnement avait une apparence spécieuse, puisqu'en effet ni Léon III ni le concile n'avaient décrété la suppression des couvents. Il péchait pourtant par le

Page 1