COMMENCEMENTS DE LA RÉACTION
fond ; car Tordre monacal avait opposé une résistance tellement opiniâtre aux nouveaux décrets, qu'on ne pouvait effacer les images sans abolir ou tout au moins sans réduire le nombre des couvents. Mais Léon IV, qui n'était nullement disposé à continuer la lutte commencée, écouta avec empressement ces insinuations ; il crut maintenir les décrets tout en se débarrassant des cris et des manœuvres du parti contraire. Il permit donc aux moines de rentrer dans leurs retraites à la condition qu'ils y resteraient tranquilles ; il les admit aussi aux dignités de l'Eglise, dont ils avaient été exclus par son père. Cette première concession ne tarda pas à être suivie d'une autre : au commencement de 780, à la mort du patriarche Nikétas, les adversaires de la Réforme engagèrent Temporeur à conférer la dignité patriarcale à Paul de Chypre; celui-ci en apparence condamnait les images, au fond il en était partisan. Tous ces succès enhardirent Irène au point qu'elle introduisit des images jusque dans le palais impérial. Léon [n'entendait pas pousser si loin les choses. Après avoir fait punir les auteurs de cette violation des lois existantes, il fit des reproches amers à sa femme et rompit avec elle. Léon IV mourut alors subitement ; il ne laissait qu'un fils, Constantin VI, qui, âgé de dix ans, fut placé sous la tutelle de sa mère. Devenue toute-puissante, Irène marcha de nouveau sans précipitation vers l'accomplissement de son dessein. Elle commença par tolérer les iconolâtres; ils en profitèrent pour relever peu à peu les couvents abolis et pour restaurer les images. Bientôt elle les appela
aux affaires, où leur inexpérience fut surtout funeste à l'armée. Le commandement de l'armée d'orient appartenait à Michel Lachanodracon, qui, élevé à l'école de Constantin V, s'était distingué dans cent batailles ; Irène le lui retira et le donna à l'eunuque Stavrace, sans se mettre en peine des traités honteux que ce changement lui fît conclure avec le kalife Aaroun. Le patriarche Paul mourut en 784 : Irène mit tout en œuvre pour faire conférer cette dignité à Tarase, son secrétaire particulier. Si l'opposition que cette élection rencontra fait voir la solidité de l'ordre des choses établi par Léon III et affermi par son fils, la persévérance d'Irène en faveur de Tarase prouve que, par moments, elle ne manquait ni de prudence ni d'habileté : Tarase était un homme hors ligne par son savoir, par la pureté de sa vie, par la vigueur de son caractère.
Loin de professer toutes les doctrines des adversaires de la Réforme, il appartenait à un groupe particulier de ses partisans. Depuis quelque temps, en effet, plusieurs d'entre eux avaient réfléchi que, dans l'espace de cinquante années, on n'était pas encore parvenu à faire accepter par le peuple la suppression des images ; ils en concluaient que le renversement de certains usages et traditions de l'Eglise n'était pas indispensable au triomphe des autres principes de la révolution. Ils crarent au contraire que cette immixtion de l'État dans les choses de l'Église pouvait devenir funeste à leurs idées ; ens'attaquant àla conscience de plusieurs classes de la nation, elle devait nécessairement provoquer une réaction ; et l'on courait
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risque de voir disparaître, avec la question des images, une foule d'institutions utiles. C'était aussi l'opinion de Tarase. Irène connaissait sa manière de voir et, comme les choses l'ont prouvé depuis, elle était loin de l'adopter tout entière. Cependant, pour assurer le succès de ses premières tentatives contre la Réforme, elle en confia l'exécution à l'homme qui était reconnu pour le plus capable de les mener à bonne fin. Aucun des principaux prélats ne prenait sur lui de porter la main sur les décrets du dernier concile ; nul parmi les moines n'avait assez d'instruction et d'intelligence pour faire ce coup. Tarase seul possédait cette ferme volonté et cet esprit inventif qui étaient indispensables pour l'accomplissement de l'œuvre projetée. Si son zèle pour sa doctrine le fit descendre jusqu'à l'intrigue et l'illégalité, son génie
résista de toutes ses forces à la restauration des anciens ' abus.
Le premier concile que le nouveau patriarche convoqua à Constantinople ne se laissa pas convaincre par ses arguments. La majorité des prélats, encouragée par les manifestations de l'armée, força Tarase et ses partisans à reculer. Leurs nombreux adversaires firent donner lecture des résolutions du concile précédent, les couvrirent d'acclamations et ne se séparèrent qu'après avoir sanctionné de nouveau ses procès-verbaux. Cet échec Ht voir avec évidence que le rétablissement des images était impossible aussi longtemps que la garde impériale et la garnison de la capitale s'y opposeraient. Ces corps appartenaient à l'armée d'orient, renommée pour son
dévouement au nouvel ordre de choses. Il fallait donc avant tout les remplacer par des légions européennes moins zélées pour la Réforme. Stavrace partit pour faire venir ces troupes à Constantinople. Dès qu'elles approchèrent, rimpératrice promulgua une déclaration de guerre contre les mahométans ; puis elle ordonna à la garde impériale et à la garnison de la capitale de passer en x\sie sans armes, sous prétexte qu'armes et bagages seraient embarqués sur d'autres navires. A peine cependant ces troupes eurent-elles mis le pied sur la rive orientale du Bosphore, qu'on leur donna lecture d'un décret impérial prononçant leur dissolution et ordonnant aux officiers et aux soldats de rentrer dans leurs foyers. L'empire, ainsi privé de ses meilleurs guerriers, fut bientôt attaqué par les mahométans et par les Bulgares, qui lui infligèrent des désastres cruels.
Ce licenciement eut lieu au commencement d'octobre 786. Mais il ne suffisait pas de détruire la force matérielle de la Réforme ; il fallait en même temps neutraliser sa puissance morale et constituer parmi les évêques une majorité favorable aux desseins du gouvernement. Tarase s'occupa dès lors de préparer le personnel du nouveau concile. Les prélats opposants furent divisés en deux catégories, les uns susceptibles d'être convertis, les autres inébranlables dans leurs principes. Les premiers seuls reçurent des lettres de convocation, les autres furent exclus sous le prétexte qu'ils avaient été illégalement sacrés. Les prélats ainsi triés étaient moins nombreux que ceux du concile tenu sous Constantin V; il fut résolu