LUTTE ENTRE LES MODÉRÉS ET LES RÉACTIONNAIRES
baisers, la prosternation, l'offrande de l'encens et des cierges : ces pratiques mènent aisément le vulgaire à l'adoration qu'on voulait interdire. Le concile autorisa également certains autres usages qui pouvaient donner lieu à beaucoup d'abus. Il avait déclaré formellement dans son septième canon, que les temples ne pouvaient être consacrés sans qu'on y eût déposé des reliques de martyrs, quoiqu'il y eût dès lors bien des doutes sur l'authenticité de la plupart d'entre elles. Mais Tarase avait eu soin de tracer une ligne de séparation entre l'honneur rendu aux images et le culte dû à la divinité. Il croyait avoir prévenu le danger des fausses interprétations; il croyait prudent de conserver quelques pratiques de l'Eglise que leur ancienneté semblait autoriser. Ce décret qualifie donc de simples usages le baiser, la prosternation, l'offrande de l'encens et des cierges; le septième canon considère également comme une coutume h. dépôt des saintes reliques dans les temples.
Cependant la satisfaction de l'impératrice et de sespartisans ne fut pas de longue durée. Pour assurer l'adoption du décret et des canons du septième concile œcuménique, il avait fallu l'alliance de ceux qui, avec Tarase, ne voulaient qu'abolir la réforme religieuse, et de ceux qui, avec Stavrace^ considéraient ce succès comme un premier pas vers l'abolition de toutes les réformes. Ces deux partis, en s'unissant, triomphèrent du troisième, qui n'admettait aucun retour vers le passé. Mais la divergence de leurs opinions parut aussitôt après leur victoire. Tarase et les siens croyaient qu'il était temps de s'arrêter. Stavrace
LA UÉFOU.MATION.
et ses partisans voulaient aller plus loin et supprimer Tœuvre entière de la Réformation. Aussi les deux opinions furent-elles bientôt en lutte, et cette lutte devint d'autant plus dangereuse que les radicaux, appuyés sur une fraction considérable de l'armée, entrèrent de nouveau en scène. J'ai dit que les vétérans de la garde impériale et de la garnison de Constantinoplc avaient été licenciés et remplacés par des légions fidèles à l'ancien ordre de choses. Mais il y avait en Asie Mineure de nombreuses troupes recrutées parmi les indigènes ; elles étaient animées de l'esprit nouveau et n'avaient cessé de montrer leur défiance envers l'impératrice Irène. Elles exigèrent bientôt que Constantin, devenu majeur, prît en mains les rênes du gouvernement. Irène parvint à se débarrasser de son fils en le privant de la vue. Elle décima aussi l'ancienne armée ; pour cela elle envoya contre les Bulgares, sous les ordres des plus illustres défenseurs de la Réforme, des troupes peu nombreuses qui tombèrent en faisant bravement leur devoir. C'est dans ce guet-apens que périt, entre autres, le vieux capitaine Michel Lachanodracon, le bras droit de Constantin V. Irène put alors détruire à son aise toutes les réformes réalisées dans l'administration publique : finances, armée, enseignement, Eglise, tout fut livré à la discrétion des eunuques et du parti monacal, dont la puissance augmentait en raison de l'affaiblissement de l'empire. Les dissensions intestines facilitaient les humiliations que lui infligeaient les ennemis du dehors. Ces calamités durèrent vingt ans. Les radicaux se rallièrent enfin aux modérés. Les