‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 90 sur 179 · TRIOMPHE DES MODÉRÉS · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DES MODÉRÉS

deux partis réunis firent déposer Irène, le 31 octobre 802, et appelèrent au trône le grand logothèle Nicéphore,

ami de Tarase.

Le nouvel empereur appartenait à celte classe de personnes qui ne regardaient pas la suppression des images comme le complément indispensable de la Réformation. Il ne toucha pas à cette question et se conforma aux décrets du septième concile œcuménique. Mais, comme nous venons de l'indiquer, Irène ne s'était pas bornée à la simple restauration des images. Elle avait paralysé l'armée, supprimé beaucoup d'impôts nécessaires, multiplié les couvents, livré le gouvernement aux moines, conféré les plus hautes dignités à des hommes incapables, à des eunuques surtout, dont les abus sont avoués même par les chroniqueurs leurs partisans. Aussi l'Asie Mineure était-elle envahie par les Arabes, la Thrace par les Bulgares ; le trésor tomba dans une

pénurie absolue.

Nicéphore entreprit de réparer tous ces désastres avec un soin et une habileté infinis. Il commença par organiser en Thrace, en Macédoine et en Grèce des colonies militaires permanentes autour des colonies de Slaves connues sous le nom de Sclavinies ; par là il contint les incursions continuelles de ces étrangers établis dans l'empire. Il remit en vigueur les droits de douane, supprimés par Irène, sur THellespont et le Bosphore ; il en augmenta très-probablement quelques-uns, et fixa particulièrement un droit de deux sous d'or (trente francs) pour tout esclave introduit à Constantinoplc. Etait-ce là

une loi nom-elle? Nous l'ignorons; on la cite néanmoins comme telle, et, s'il en est ainsi, elle fait honneur à Nicéphore qui l'a décrétée ; car elle montre l'intention évidente d'apporter quelque restriction au nombre des esclaves. L'empereur ordonna en outre le recouvrement sévère de tous les arriérés et surtout le paiement exact de l'impôt foncier. 11 remit en vigueur les lois, tombées en désuétude, d'après lesquelles une partie des trésors trouvés revenait à l'État; il leur donna même un effet rétroactif pour les vingt dernières années, ce qui prouve que ces lois avaient cessé d'être appliquées sous le règne d'Irène. Il rétablit l'impôt sur les héritages, dont la perception remonta également à vingt ans en arrière. Un fait non moins curieux, c'est l'institution qu'il créa d'une banque maritime : cette caisse prétait à tout capitaine personnellement solvable jusqu'à concurrence de 12 livres d'or (13,000 francs environ). Il est vrai que les prêts se faisaient au taux annuel de 4 kérats par sou d'or, ce qui revient à 17 V^: les lois de Justinien avaient fixé le prêt à la grosse à 12 V^, seulement. Mais, eu égard à la nature de ces contrats aléatoires, il est permis de douter que la loi de Justinien ait jamais été sincèrement appliquée ; aujourd'hui encore le prêta la grosse est de 24 Vo- ^^ n'entrerai pas plus avant dans les détails de l'administration de Nicéphore. Il me suffira d'attirer l'attention sur la disposition la plus caractéristique de sa réforme financière, celle qui concerne les biens de l'Église. Ces biens ne payaient jusque-là que • l'impôt foncier; Nicéphore en réunit quelques-uns au

nicéphore; ses réformes; sa mort. 233

domaine de l'État et soumit les autres à toutes les charges des propriétés temporelles. 11 semble même avoir voulu faire vendre au profit du trésor une partie de ces donations dont s'étaient enrichis les couvents et les églises. Au milieu de ces préoccupations, il trouvait le temps de contenir les Arabes d'Asie et de faire plusieurs campagnes contre les Bulgares ; il ne cessait pas pour cela d'avoir l'œil sur les services publics, dont les charges étaient confiées à des hommes pleins d'expérience et de modération. A la mort de Tarase, arrivée en 809, il soutint l'élection de l'historien Nicéphore à la dignité de patriarche œcuménique. Ce dernier repoussait également le bigotisme des moines et les prétentions excessives de leurs adversaires qui, non contents des réformes laïques, persistaient toujours à vouloir revenir aux innovations religieuses.

Mais, ainsi qu'il arrive, ce juste équilibre ne pouvait être maintenu. Pendant que les moines poursuivaient Nicéphore de leur haine et de leurs intrigues, les réformateurs ne le soutenaient que faiblement. Il aurait été probablement déposé, s'il ne fût héroïquement tombé près du drapeau du Christ dans son expédition de 811 contre les Bulgares. Stavrace son fils, qui lui succéda, avait été gravement blessé dans cette bataille ; il dut abdiquer après deux mois de règne et se retira dans un couvent. Michel Rhangabé, son beau-frère, monta alors sur le trône, qu'il n'occupa aussi que peu de temps. La faiblesse de son administration et les échecs que lui infligèrent les Bulgares engagèrent l'armée à le déposer vers le milieu de 813.

Le pouvoir fut conféré à l'Arménien Léon V, qui fut un des plus illustres empereurs d'Orient: Léon s'occupa avant tout de contenir les Bulgares. Il leur fit subir, en 814, près de Mésembria, une défaite sanglante qui les réduisit pour un siècle environ à l'impuissance. Il sanctionna ensuite, avec beaucoup plus d'autorité que Nicéphore, les institutions salutaires de la Réforme. Ses anciens exploits et ses victoires récentes lui gagnèrent le dévouement de l'armée ; il éloigna du gouvernement le parti clérical, qui s'y était glissé sous le règne de Michel ; il introduisit dans l'administration cet esprit d'ordre et d'honnêteté qui inspira de tous les iconomaques.

Léon V ne s'en tint pas là. Les réformateurs extrêmes furent de nouveau plus puissants que jamais. Comme nous l'avons vu, plusieurs membres de ce parti avaient, sous Irène, modéré leurs prétentions ; ils avaient consenti à revenir à l'ancien régime en ce qui touchait l'Eglise, dans Tespoir que la majorité de la nation, satisfaite de celte concession, cesserait de repousser les autres institutions. Persuadés maintenant par les événements de l'inutilité de ce sacrifice et voyant revenir avec les images tous les anciens abus, ils recommencèrent à croire que la Réforme ne pouvait s'établir définitivement si elle n'était avant tout imposée à l'Eglise. Léon V, qui était d'origine orientale et avait passé sa vie dans les camps, partageait cette manière de voir; il hésita d'abord comme Léon III et pour les mêmes raisons que lui ; puis il céda aux représentations des deux chefs de la réformation radicale, Théodote Mé-

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