LÉON V; IL REVIENT AUX RÉFORMES RADICALES
lissénus et Jean Grammatîcus. Dès les premiers mois de 815, il se séparait avec regret de l'excellent patriarche Nicéphore et faisait élire à sa place Théodote Mélissénus. Le nouveau chef de l'Église s'empressa de convoquer une assemblée locale qui abrogea les décrets du second concile de Nicée et reconnut comme septième concile œcuménique celui qui avait été réuni par Constantin V en 754. Le parti opposé, à la tête duquel était Théodore Studite, protesta contre cette résolution et mit tout en œuvre pour troubler les esprits. Léon se conduisit envers ses adversaires avec d'autant plus d'indulgence que beaucoup d'entre eux ne tardèrent pas à admettre le nouvel ordre de choses en reconnaissant le patriarche Théodote. En même temps il veilla au maintien de l'ordre public et à l'exécution sévère des décrets. Il fit enlever partout les images à l'exception de la croix, abolit tous les chants et antiennes qui leur avaient été consacrés, en introduisit d'autres rédigés dans l'esprit nouveau et, ce qui est plus important encore, chercha à agir sur l'esprit de la jeunesse au moyen d'un nouveau système d'instruction et de nouveaux livres classiques. Malheureusement ni ces chants, ni ces livres, ni aucun renseignement sur le mode d'instruction qui fut alors introduit ne sont parvenus jusqu'à nous. L'importance de cette œuvre apparaît néanmoins par tout ce qu'en a dit Théodore Studite, le chef du parti opposé ; après avoir énuméré toutes les innovations introduites par Léon V dans l'instruction publique, il s'écrie : « On a fait, en un mot, une révolution athée en toutes choses. »
^^^ LA UÉFORMATION.
Cette révolution cependant ne devait pas triompher jusqu'au bout. La situation morale et intellectuelle de la société n'était pas à la hauteur de l'œuvre. Les moines, le Las peuple et les femmes avaient en horreur ces innovations qui, à leurs yeux, sapaient par la base la foi chrétienne. L'empire continuait d'être divisé en deux camps opposés : l'un demeura plus ou moins victorieux pendant un siècle environ par sa supériorité intellectuelle; mais il fut sans cesse combattu, tantôt directement, tantôt indirectement, toujours d'une façon acharnée, par le parti rétrograde, dont la puissance résidait surtout dans une multitude aveugle et dévouée.
Un des chefs de l'armée, iMichcl le Bègue, ancien compagnon d'armes et ami de l'empereur, se porta tout à coup à de tels excès de parole contre lui, que Léon V fut obligé de le mettre en jugement. Il pensait comme l'empereur sur la question des images ; pourtant il n'hésita pas à accepter les propositions du parti clérical, avec le concours duquel, en 820, il fit assassiner Léon V et s'empara du pouvoir suprême. Michel le Bègue, par complaisance pour ses alliés d'hier et par peur de ses anciens amis, dont il connaissait l'audace, crut pouvoir satisfaire les deux partis en déclarant qu'il fallait cesser toute discussion et considérer comme non avenus les conciles convoqués par Constantin et Léon. Il permit à chacun d'adorer ce qu'il voulait, pourvu que l'on ne troublât pas l'ordre public ; vers les derniers jours de son règne, il toléra même que l'on suspendît les images dans les parties les plus hautes des églises. De là l'anarchie