‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 92 sur 179 · DERNIÈRES LUTTES; CHUTE DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

DERNIÈRES LUTTES; CHUTE DE LA RÉFORME

et le désordre moral qui régnaient à propos de cette question lorsqu'il mourut, en 829, et que son fils Théophile lui succéda.

Bien différent de son père, ce dernier avait des convictions solides et croyait à la nécessité et au succès futur de la Réforme. Après quelques travaux préliminaires, il convoqua, en 833, à l'église des Vlachernes, un concile qui excommunia les iconolâtres. Un rescrit impérial défendit toutes les images religieuses, ordonna qu'elles fussent enlevées et remplacées par d'autres ornements peints ou sculptés. Il prescrivit en outre la fermeture de tous les couvents dans les villes et les villages, et défendit sous des peines sévères aux moines des couvents situés loin du commerce des hommes de se rendre dans les lieux habités. Ces décrets épouvantèrent l'ordre monacal, mais ne l'abattirent pas. Une longue expérience avait prouvé qu'ils n'étaient pas sévèrement exécutés, et que les nombreuses classes dont les intérêts et les opinions se trouvaient lésés parvenaient à l'emporter avec le temps, les plus actives par la résistance, les plus indolentes par l'apathie. Les moines commencèrent donc une lutte, qui devait être la dernière. L'empereur les opprima cruellement ; mais, quoique sa conduite fût plus énergique que celle de ses prédécesseurs, il paraît certain qu'il ne commit pas de meurtres, et que la noblesse de ses sentiments modéra souvent la fougue de son caractère.

Il laissa à sa mort, arrivée en 842, un fils mineur. Le pouvoir tomba entre les mains de sa femme Théodora,

qui, comme toutes les femmes, inclinait à l'adoration des images. Les trois ministres suprêmes de TÉtat, Bardas son frère, Emmanuel son oncle maternel, Théoctiste l'ancien logothète, avaient commencé depuis longtemps à douter de la valeur pratique des innovations religieuses. Ils pensaient que les luttes entreprises depuis plus d'un siècle pour le rétablissement de la véritable foi n'avaient eu aucune action sur la multitude et qu'au lieu de développer les forces matérielles, morales et intellectuelles de la nation, elles engendraient de nouvelles causes de discussions et de querelles. Leur manière de voir représentait l'opinion de beaucoup de réformateurs ; car les dernières tentatives, qui avaient duré quarante ans environ depuis Léon V, étaient restées aussi infructueuses que les premières. Aussi firentils savoir à l'impératrice que le vœu commun de tous les pieux chrétiens était que les images fussent rendues à l'Eglise. Inutile de dire que Théodora reçut avec joie cette requête, et qu'elle ordonna les mesures nécessaires pour la faire réussir.

Le trône patriarcal était alors occupé par Jean Grammaticus. C'était un des hommes les plus savants de son temps; il avait été précepteur de l'empereur Théophile et s'était toujours montré partisan fidèle de la Réforme. Il fallut donc le déposer. Cela fait, tous les fauteurs des images furent convoqués en concile ; les procèsverbaux de cette assemblée ne nous sont point parvenus ; mais nous pouvons conjecturer, par le peu que nous en savons, qu'elle était exclusivement composée de

moines et que l'on n'y suivit pas une procédure tout à fait régulière. Cette assemblée rétablit les décrets du septième concile œcuménique, déposa et excommunia le patriarche Jean avec tous les partisans de ses idées, nomma à sa place le moine Méthodius et livra la plupart des diocèses à des candidats pris dans l'ordre monacal. Le premier dimanche de carême, qui en 841 tombait le 19 février, on célébra une fête en l'honneur de la restauration des images. Cette solennité, appelée fête de ^orthodoxie, est encore aujourd'hui l'une des principales cérémonies de notre Église.

Ainsi fut supprimée la partie religieuse de la Réforme. Peu après, Basile le Macédonien fit plus : il élimina, dans ses grands travaux législatifs, plusieurs dispositions qui avaient pour but d'asseoir la société sur des bases nouvelles, et il déclara qu'il les abolissait comme contraires au dogme divin. N'allons pas cependant croire que toutes les luttes du huitième et du neuvième siècle soient restées infructueuses. L'hellénisme du moyen âge ne revint jamais à la situation qu'il avait avant Léon III. Pour apaiser Torage soulevé par la lutte des iconoclastes et des iconolâtres, la dynastie macédonienne parut vouloir mettre de côté toutes les innovations et les condamna même comme impies. Mais, au fond, elle se préoccupa de sauver beaucoup de dispositions de la Réforme et ne cessa de s'inspirer, dans la plupart de ses actes, de cet esprit large et libéral qui avait dirigé les empereurs précédents. C'est ainsi que les desseins salutaires de Léon III, de Constantin V, de Nicéphore, de

Léon V et de Théophile furent plus ou moins réalisés. En même temps les malheureuses querelles provoquées par leur manière d'agir parfois inflexible furent assoupies. Ces querelles avaient amené des conséquences désastreuses : les Slaves de Dalmatie s'étaient séparés de l'empire, les mahométans avaient pris Candie. Sous la dynastie macédonienne, au contraire, la Réformation allait dominer en réalité sans provoquer de secousses intérieures, et, grâce à de sages tempéraments, faire prospérer plus que jamais pendant deux siècles l'hellénisme du moven aire.

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