‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 96 sur 179 · IDÉES LIBÉRALES. PHOTIUS · texte numérisé non relu

IDÉES LIBÉRALES. PHOTIUS

terre, dit-il avec un ton de légère ironie, ne sont pas causés par l'abondance des péchés, mais par l'abondance des eaux. » Un jour, il cita la doctrine de Platon sur les deux âmes, l'une divine, l'autre périssable, et il enseigna que c'est par cette dernière que nous péchons, tandis que l'autre, intelligente et immortelle, conserve toujours la pureté du principe suprême dont elle est la plus noble émanation. Nous ignorons si ces théories pouvaient agir sur l'esprit de la foule. Mais on prétend que le passage du sermon de Photius sur la dualité de l'àme donna lieu à une réclamation qui caractérise l'esprit caustique des habitants de Constantinople. On raconte, en effet, que de ce jour les ouvriers de la capitale commencèrent à demander une double ration de vivres en disant « qu'ils ne croyaient jusque alors avoir qu'une âme, pour laquelle ils recevaient deux muids par mois; maintenant que chacun de nous, comme l'enseigne publiquement le patriarche, a deux âmes^ il nous faut nécessairement deux autres muids pour les nourrir. »

La lettre de Photius au philosophe Léon n'est pas moins remarquable ; on y voit que l'esprit d'examen ne s'arrêtait pas devant le texte de l'Ecriture sainte et que Photius n'entendait pas interdire d'une manière absolue la critique de ce texte. Qui ne se souvient aussi de l'épître qu'il adressa au pape Nicolas sur le concile convoqué '"Ti 86 ? Il y posait ce principe que, si les dogmes fondamentaux sont obligatoires pour tout le monde, il est des points secondaires sur lesquels on peut différer d'opinion sans cesser d'être chrétiens. Ce principe du célèbre pa^

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triarche est d'autant mieux fondé, que l'union des Eglises chrétiennes, si elle se réalisait jamais, ne pourrait se consolider que sur cette base, car l'assimilation complète est impossible à obtenir. Jamais Photius ne daigna exploiter les préjugés populaires. En 869 fut convoqué ce fameux concile qui excommunia Photius et ses partisans, comme le concile de 861 avait condamné et déposé Ignace. La lutte entre ces deux hommes n'était pas personnelle ; elle représentait l'antagonisme des deux principes qui survécurent à la suppression de la Réforme et qui triomphèrent tour à tour jusqu'à ce que l'un d'eux, le plus judicieux, l'emportât définitivement. Photius était le mandataire de cette classe d'hommes qui, tout en acceptant la restauration, avait conservé l'esprit de la Réforme, même en ce qui concerne les questions ecclésiastiques. Ignace était le porte-drapeau de la foule, dévouée à l'ancien ordre de choses, à ses préjugés et à ses abus. En 869, Ignace l'emporta un moment sur son adversaire. Peu de temps avant la convocation du concile et pendant qu'il était encore en session, des phénomènes funestes se produisirent à Constantinople. Un violent tremblement de terre renversa beaucoup d'églises, de maisons, de portiques, et détruisit nombre d'hommes et d'animaux: un ouragan causa de grands malheurs et tordit comme un parchemin le toit de plomb du palais patriarcal. Huit années auparavant, comme nous l'avons dit, un tremblement de terre avait éprouvé Constantinople : les Ignatiens n'avaient pas hésité à y voir la colère du ciel, irrité de la persécution dont leur chef était l'ob-

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