APPRENTISSAGE D'UN PATRIOTE
jet. A leur tour les désastres de 869 furent attribués à la disgrâce de Photius. Plusieurs de ses adhérents voulurent profiter de ce sinistre pour effrayer la multitude et gagner ses sympathies en faveur du patriarche déchu. Mais Photius, qui en 861 avait expliqué les tremblements de terre par des causes naturelles, ne se laissa pas persuader et ne voulut pas employer cette arme à son profit. Un ancien ami, Grégoire Asbestas, tombé et exilé avec lui, l'engageait à prendre à celte occasion sa revanche; Photius lui écrivit : « Pour moi, je ne dirai jamais que la capitale a été frappée par ce châtiment à cause de Tinjustice dont nous avons été victimes ; j'engage Votre Grandeur à ne pas donner une pareille interprétation de ce phénomène naturel. »
L'esprit sain et net de Photius ne fut pas une exception. Un monument remarquable de la seconde moitié du dixième siècle prouve que ce maître laissa après lui des disciples de plus en plus hardis. Pendant longtemps on attribua à Lucien, le plus spirituel des ennemis de l'ancienne religion, le dialogue intitulé : Apprentissage dhinpiatriote. Les critiques modernes, M. Haase le premier, ont fini par reconnaître que ce dialogue a été composé sous l'empereur Nicéphore Phocas. Il y avait donc à Constantinople, au dixième siècle, des écrivains qui, pour leur style, leur raison ingénieuse et leur fermeté d'âme, pouvaient être confondus avec l'un des meilleurs représentants de l'ancien hellénisme. En effet, si l'auteur, dont nous ignorons malheureusement le nom, n'est pas l'émule de Lucien, il a su du moins
l'imiter avec tant de bonheur qu'on a pu ranger son livre parmi ceux du philosophe de Samosate. Si sa diction n'est pas toujours pure, sa manière de penser est toujours hellénique. Quelle dilîorence entre le mauvais goût des chroniqueurs de l'ordre monacal et la finesse, l'élégance de Y Apprentissage d'un patriote, entre la platitud" des dévouements, la grossièreté des antipathies des premiers et le sentiment viril avec lequel l'auteur du dialogue apprécie les exploits de l'empereur ! On rencontre chez lui jusqu'à ce nom de patrie qui a si rarement retenti chez nous au moyen âge.
Il peint la satisfaction des honnêtes gens à la vue des exploits de Nicéphorc ; il raille les partisans de l'ancien régime, qui sapaient le pouvoir impérial, répandaient dans la populace des oracles sur sa chute prochaine et promettaient l'avènement de l'âge d'or. Les principaux interlocuteurs sont au nombre de deux, Triéphon et Critias ; le troisième, Critolaos, ne paraît qu'à la fin pour annoncer de nouvelles victoires du chef de l'État. Critias semble être un païen ; l'auteur, qui est chrétien , parle évidemment par la bouche de Triéphon. Il prête cependant à Critias des phrases d'une amère irome contre le Dieu en trois personnes des chrétiens : ainsi, quand Triéphon jure « par le Dieu du ciel, le fils du père, l'esprit procédant du père, un en trois et trois en un, » Critias lui fait observer qu'il compte à la manière de Nicomaque de Gcrasa , en disant des choses incompréhensibles: « un fait trois, trois font un. » « Entendrais-tu par là, continue-t-il, la tetraclys de Pylha-