HISTOIRE. POÉSIE. CHANTS POPULAIRES
gore, ou son ogdoade, ou sa triacade? » Triéphon lui répond qu'il ne faut pas mêler à ces questions la science terrestre, qu'il ne s'agit pas de mesurer « le saut des puces », mais qu'il va lui enseigner ce que c'est que le grand tout, et celui qui fut avant toutes choses, et le système de l'univers. Après avoir réfuté les croyances de Critias, il finit par lui faire rendre les armes : admettant le dogme de la Trinité, Critias convient qu'au contraire de Niobé, de rocher il est devenu homme. Alors Critias lui fait part des récits monstrueux et sinistres qu'il a entendus de la bouche des moines sur l'ordre de choses établi. Mais pendant qu'ils s'entretenaient encore de ces niaiseries, Critolaos vient annoncer les nouveau exploits de l'empereur. Triéphon exprime la joie de tous et leurs patriotiques espérances : « Nous qui avons trouvé et adoré le Dieu inconnu à Athènes, levons les mains vers le ciel pour le remercier d'avoir daigné nous faire naître sujets de cet empire ; laissons babiller les autres, bornonsnous à dire d'eux selon le proverbe : « Peu importe à
Ilippoclide. »
Les historiens de cette période, Jean Skylitsés, Léon
le diacre, sont aussi, par leur style, leur exactitude, la
vivacité de leur récit et leur indépendance de jugement,
de beaucoup supérieurs à tous les chroniqueurs venus
après Procope et Agathias. Il est regrettable que toutes
les œuvres des défenseurs de la Réforme, que toutes les
productions intellectuelles dues à cette révolution ne
soient pas arrivées jusqu'à nous ; nous aurions aujourd'hui
bien d'autres preuves des fruits que porta le nouveau
2o4 GRANDEUU DE L'HELLÉNISME AU MOYEN AGE.
système d'éducation introduit par Léon V, bien des témoio-nages de cette transformation de toutes choses dont l'image remplissait d'épouvante le chef de l'ordre monacal Théodore le Studite. Presque tout a péri; un seul petit poëme, publié pour la première fois par Boissonnade dans les commentaires du sophiste païen Eunapius, prouve combien les appréhensions du Studite étaient fondées. Ce poëme, que Voltaire n'aurait pas renié, raille amèrement les divers abus du commerce des saintes reliques. D'ailleurs ces productions de l'esprit ne furent pas l'apanage exclusif des classes supérieures ou éclairées de la nation. D'heureuses découvertes, faites à Trébisonde et en Chypre, ont mis dernièrement au jour des chants populaires qui se rapportent à cette époque. Ces chants n'ont pas retenti sur les montagnes de la Roumélie et du Péloponèse comme ceux des klephtes, qui depuis le seizième siècle sont si étroitement liés à la renaissance politique de la nation. La poésie populaire du dixième siècle est née en Asie Mineure, alors le plus hellénique des pays grecs. Là furent chantés par le peuple les exploits des Digénis, des Philopappos, des Théophylacte, des Léandre, des Joannikios, des Kinnamos, des Porphyre et de mille autres héros nationaux contre les mahométans. Ces vaillants hommes devaient trouver plus tard des successeurs et des émules dans les Malamos, les Démos, les Boukouvala, les Papathymios, dont aucun Hellène n'ignore les noms. Ces chansons, monuments précieux de notre histoire au moyen âge, prouvent que la langue du peuple était alors capable de cette