‹ Histoire de la civilisation morale et religieuse des GrecsChapitre 13 sur 29 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Apothéose. Bacchus , inyeoteur de la culture des TÎgnes. — Bacchus considéré comme le bienfaiteur du genre humain. — Bacchus considéré comme divinité malfaisante et cruelle 9. comme cause de la rage. — Son origine. — Opinions des Grecs à cet égard. — Origine septentrionale de Bacchus. — Jugement sur l'opinion de ceux qui croient retrouver Bacchus en Egypte ou en Asie. — Conclusion. — Hercule. — Son origine. — Leucothée et Palémon. — Aristée.

Apothéose. ri ous Commençons la quatrième et dernière

Bacchus, in ven- ^- j 1 .v 1 •

teur de la cuUu- P»*"*'® ^® 1* mythologie grecque par une re des vignes. divinité qui , comme nous Tavons remarque plus haut , sembleroit devoir occuper une place à côté de la déesse de Tagriculture , si son origine , si différente de celle des autres habitants de l'Olympe , ne nous eût forcé à l'en séparer. Mais ses fonctions , qui le rapprochent des divinités proprement dites , et la haute dignité qu'il occupoit parmi les hommes déifiés , nous engagent à mettre Bacchus à leur tête. En effet , Bacchus sert , pour ainsi dire, de transition entre les divinités proprement dites et celles qui doivent leur dignité à l'apothéose. Bacchus est représenté comme un dieu immortel. Homère ('), Hésiode (^) , Apollodore(') le qualifient comme tel. Mais, en revanche , le poëte Binarque et l'historien Philochore rapportent qu'il mourut à Beiphes , qu'il y fut enterré , el qu'on y voyoit sa tombe à côté d'une statue d'Apollon (^). On a fixé le temps de son apothéose , aussi bien que de celle d'Hercule , des Bioscures et d'Esculape {').

(<) Hom. II. S. 323, 324. Z. 130.

(>) Hes. Th. 940 sq. (s) ApoUod. IH. 5. 1.

(^) ^oyez Fhilochori fragm. éd. Lenz. p. 20 fin. 21.

(() Suivant Apollodore (fy. T. IT. p. 1084, 1085 ed.Heyn.)

Baecbus fiit déifié dans la trente-deuxième année du répie de Per-

Non seolement sa mère , mais soq épouse étoient des mortelles , et Tune et l'autre reçureat rimmortalitë , la première de Bacchus lui-même (^) , Tautre de Jupiter ij). Enfin les traditions qui parlent de ses expéditions et de ses Yoyages le font entièrement oonnoitre comme un habitant de la terre , qui ne' fut redevable de son rang parmi les dieux qu*à la grâce du souverain de l'Olympe , ou , pour parler plus exactement , à la reconnoissance de ses compatriotes. Suivant la tradition la plus généralement reçue Bacchus fut le fils de Jupiter et de Sémélé , Tune des filles de Cadmus. En laissant là les fables connues de la mort de Sémélé 9 mère de Bacchus » qui 'périt victime de sa vanité, ayant prié Jupiter de se présenter à elle comme il avoit coutume de se montrer h Junon , son épouse , et

sée , Hercule et Esculape environ cent ans plus tard , et les Dioscures un demi siècle après Hercule. Hérodote , qui dit que Bacchus fut le dernier dieu dont les Grecs adoptèrent le culte, le place 1600 ans avant Tépoque où il vécut lui-même. Or, comme Hérodote naquit Tan 482 avant J. C. , il s*ensuivroit de ce calcul que Bacchus vécut 2082 ans avant notre ère. Suivant le même calcul, appliqué au témoignage de cet auteur à Tégardd Hercule, ce héros auroit vécu vers Tan 1382 ans avant J. C. Herod. II. 145. Il ne sera pas nécessaire de faire remarquer la différence entre ces deux rapports. Chez Apollodore il n'y a qu'un siècle de différence entre Bacchus et Hercule ; suivant Hérodote il y en a sept. Aussi n*ezigera-t->oii certainement pas que nous essayions de lever ces difficultés.

(') Ariadne, enlevée à Thésée par Diane, en faveur de Bacchus, se trouva déjà chez Homère, Od. •/^•320. cf. Il i^. 592. Hes. Th. 947 — 949. Plut. Thés. 20. Ariadne n'est pas, comme tant d'autres, Tamante de Bacchus, elle est son épouse (âxo^Tftç). Chez Quinte de Smyrne (IV. 387.) Bacchus l'introduit dans le séjour des dieux comme sa femme. Diod. T. L p. 305. ^Ex*^y atrifit

(7) Hesiod Th. 942. Nvy <f' dt^tportço^ &foi tia^y. cf. Apollod. III. 5. 3. Diod. Sic. T. I. p. 271. Les Naziens prétendoient que Sémélé avoit été déifiée d'ahord par le feu du ciel qui Tavoit consumée, et ils ;issuroient que Jupiter avoit arrangé les choses de la sorte, afin que Bacchus naquit de parents immortels, des deux côtés , ib. p. 372. H paroit que Pausanias ne fut pas entièrement éloigné de cette supposition. II. 31 . 2. cf. ib. 37- 5 , sur la fiible du retour de Sémélé de l'empire des morts.

ne pensant pas qu^uue mortelle ne ponrroit soutenir l'édat de la lumière céleste et Tardeur des foudres et des éclairs qui enyironnent la majesté divine , ce qui fit que Jupiter fut obligé par un miracle de sauver l'enfant qu'elle portoit dans son sein H qui sans cela auroit péri avec sa mère (^); en laissant là ces fables qui ne nous regardent en aucune manière , il suffit , pour le but que nous nous sommes proposé dans .cet ouvrage^ de dire que Bacchus fut conr flidéré comme l'inventeur delà culture de la vigne (^) , et que 9 d'après la diversité des effets que produit l'usage du vin sur' Téconomie animale , on le représentoit lui^^méme sous deux aspects totalement différents , de sorte qu'on le dépeignit aussi bien comme les délices du genre hur main('^) que comme un extravagant, transporté de ft^ reur, et la cause d'une infinité de maux ('')• L'examen de ces deux points de vue opposés nous mettra en état dç

(^) On disoit que Jupiter caéha l'embryon dans sa cuisse pour Vj laisser en gestation le temps nécessaire , et qu* après ^a naissance il chargea de son éducation d'abord Athamas et ensuite les nymphes nyséennes. Apollod. lit. 4. 3. Diod. Sic. T. I. p. 248 sq. 233. cf. Herod. II. 146. Le vingt-sixième hymne homérique donne la tradition dans la forme la plus simple et la moins choquante. Honère ni Hésiode ne font aucune mention de ces fables, mais le premier parle cependant des nourrices de Bacchus , et il en parle d*une manière qui nouis fait croire que ces récits, en grande partie au moins, ne sont pas aussi récentis que les auteurs chez lesquels nous les trouvons le premier. Mais il n*en est pas moins très évi* dent que Bacchus fut le plus jeune des dieux grecs, puisque la plupart des fables qui se rapportent à lui appartiennent à Tépoque suivante de la mythologie grecque. Nous en avertissons le lecteur , afin qu'il ne cherche inutilement dans cet endroit des renseigne* ments que nous ne croyons pas être ici à leur place.

(^) Apollod. III. 5 in. Voyez cette tradition traitée en détail par Nonnus, XII. 292 sq.

(i"") Hom. II. S. 325. Xâçf^a ^Qoxoîayy. Hes. Th. 941.

C) Hom. II. Z. 132. Mai^voiiiyobo Jtwvvooio* Hésiode, ou, si Ton veut, l'auteur du Scutum Herculis, a réuni les deux points de vue,

VS. 400. Oïa ^layvaoç âù>K* àvâqàob )^dçfiw jcuI àj^d-oç. Athénée

(X. 32.) cite le mémeversi comme Élisant partie des Éoes d'Hésiode.

Juger du caraolère que les anomis Gfecs attribnoient à Aiodiiis.

iMcbM , COB-- II esi possible que Topiaioii que Baochus le bieafaiteur fotle dispeiisatear des breavâges, comme Gédu sMre hn- j^ ^toH la ddesse qui procuroît aux morkds

la nourriture solide , ait engage des auteurs fdiis- Téœnts à le représenter comme celui qui ait Sût connollre aux hommes le breuvage qu*on tire de l'avoine (zythus) (' *) » à raconter que son thyrse faisoit jaillir Teau dei "rochers (^ *) et que non seulement la Tigne , mais le figuier et les arbres fruitiers SToient été plantés d'abord par Sacebus ( ^ ^) , tandis qii'il parait que , dans quelques endroits île la Grèce , on lui ait même attribué le pouvoir de donner la pluie ("): mais la principale invention de Bacchus étoît certainement suffisante pour le faire regarder comme le bienbiteur du genre humain ('^), tandis qu'on lui attribuoit , comme à. Gérés , l'honneur d'avoir été la di»

(«») Mod. Sic. T. I. p. 248 sq. 233- (»») Pau*. IV- 36. 6.

(^^) EosUth. ad Od. p. 839 ia. L'endroit de F Attiqne où le premier figuier avoit été planté iiit appelé ^eça avxy et le firoit de cet arbre ^yijtôifhaç. Dans Tile de jfazos la statue de Oionysns fia»x*v<! avoitle risage en hoïs de vigne; edle de Dionysos f*»l»/*oç avoit la figore en bois de figuier, ib. Athen. III. 6. Andriscus et Aglaosthenes ap. eund. III. 14. Diodore (T. I. p. 232.), Théocrite et Néoptolème de Paros (ap. Athen III. 23.) parlent aussi des autres arbres fruitiers. Sur le coffre de Cypsélos Bacchus étoit représenté entouré non seulement de vignes, mais aussi de pommiers, de grenadiers etc. Paus. Y. 19. 1 On alloit même si l<Hn qu'on ridentifioit, pour ainsi dire, avecCérès, en lui attribuant l'inyention de Tagricuiture et de Tart de pétrir le pain. Diod. Sic. T. r. p. 232 fin. cf. p. 391. Athen. III. 76. Eustath. ad II. p. 930 in.

0«) ''Tiia. Pherec. ap. Schol. Hom. II. £. 486. cf. Stûrz, fr. Pherec. p. 108 et les endroits cités. Ajoutez y Eustath. ad D. p. 1212 in.

('^) La Pythie décora Bacchus du. nom de Dispenêateur de la êanté. Eustath. ad Od. p. 348. 1. 30. Suivant Mnésithée elle ordonna aux Athéniens d'adorer Baedius lax^éç (ap. Athen. I. 41.), ouiry*i4Ti7c(ib.II. 2.).

viiiité qui, par l'ocetipation méni< bommes , contribua le plus à les a dé vie pacifique et tranquille et qui les agprëmedts de la paix et de Tord idées qui ^e ttianifefiftent dans les d que: l^on trouve dafis :quelques ai entreprises par Bacchus , aooompagr priitiepteur Silène , dans le seul but d tes bienfaits de la civilisation , et bè n< pourroit servir à prévenir les mau breuvage qu'il avoitfaitconnoitre au:!

partout Tordre et la tranquillité , pr arts et des 'sciences et procurant i l'occasion de développer leurs talen loin de rapporter tous les détails de dont nous parlons dans ce moment, sidérer comme un commentaire su Bacchûs les anciens poètes , éloges des traditions comme celle deâ Arj que Bacchus , lorsqu'ils eurent fail de l'Eubée , après l'affreuse tempe des Grecs, au retour de Troye, e leur fit trouver dans une cav^ne ^ du dieu , une grande quantité de < leur procuitoient la nourriture et 1 sftires dans leur détresse (' ^).

Pour donner quelque idée du p dont on a envisagé Bacchus. dans de la mythologie gprecque , nous av< mention de fictions plus récentes , q dées sur les opinions des anciens Gre nous n'aurons pas toujours besoin

(«') Diod. Sic. T. L p. 233 ('•) Paus. II. 23.

oonndtre l'aspeol oppoatf sous lecpiel on représentoit cette divinité.

Bacchui, coD- Les rdations des orgies célébrées parles

tidéré comme « , , • j -n i

dîvioitémiirai- 'enames attachées «i service de Bacchos , tante et cruel- q^î transportées de fùrear par l'abus de la

le, comme eau- ^ ' «^ *

•e de la r^ge. liqueur enivrante dont il fut l'inventeur, Tho-

Qoroient non. seulement par une joie effrénée, mais même par la pétulance la plus impudente , et qu'on appeloit les Enrugées , d'après le dieu même qu'elles ado-

roient('^), ces relations, représentées dans les fêtes

qu'on câébra par la suite en l'honneur de Bacchus dans presque tous les villes et bourgs de la Grèce , le fout déjà connoibre comme un perturbateur delà tranquillité publique plutôt que comme un bienfaiteur du gçnre humain. Et , pour BOUS convaincre que cette manière de le représenter appartient aux siècles que nous parcourons présentement, nous n'avons qu'à jeter les yeux sur l'endroit remarquable dans le sixième livre de l'Iliade , où Homère donne à Bacchus l'épithète Ae furieux ou à'enragé{^^); tandis que des traditions , comme celle des Achéens , suivant laquelle le seul aspect d'une statue de Bacchus étoit suffisant pour priver les hommes de l'usage de leurs sens (^') » ou celle qui représente Bacchus plongeant dans la fureur une nalion entière , seulement parcequ'une jeune personne n'avoit pas voulu écouter les propositions d'un de ses prêtres {^% ou celles de Bulès(»»), d'Antiope (»♦) et d'autres, tous transportés de rage par l'influence irrésistible du dieu des fêtes et des plaisirs , font asseï connoitre les idées qu'on se formoit de lui ; de sorte , qu'une fois persuadé de la vérité

('^) Ménades, Thyades. Voyez ces noms et d*aatres chez Strabon, p. 717 fin. 718 in. Corn. N. D. 30. p. 215 fin. 216,217. Sdiol. Apollon. Rhod. I. 473. iElian. Y. H. IH. 40. £ustatb. ad II. p. 982. 1. 10.

(") IL Z. 132. (") Pans. VII. 19. 3. cf. 20. 1. (") Paus. VIL 21. 1. (»») Diod. Sic. T. I. p. 371.

[^^) Paus. IX. 17.4.

de récits oomme celui à Tëgard de l'infortané Icare , qui devint avec sa fille la victime de rintroduction des dons réjouissants de Bacchus(^^), on n'aura pas eu de peine à agréer le titre de coupe de Jupiter sauveur, qu'on donna par la suite à la coupe remplie de vin mêlé d'eau , et à le préférer même à celle de vin pur , consacré à l'A* gathodémon(^^) , manière de voir qui engagea certaine* ment Amphictyon , roi d'Athènes (s'il nous est permis d'ajouter foi à ceux qui rapportent cette particularité) , à ériger un autel aux Naïades , à côlé de celui consacré à Bacchus , comme un symbole de la nécessité de tempérer par l'eau les qualités nuisibles du breuvage inventé par ce dieu. La conviction de ces qualités nuisibles étoit même si forte qu'on racontoit que le même prince plaça dans le temple des Heures un autel consacré au Bacchus debout , comme s'il y avoit eu quelque chose de remarquable qu'un des habitants de l'Olympe put se tenir sur ses pieds et ne tombât pas à la renverse , paroles effets de sa propre in« venlion(*^).

(*«) ApoUod. III. 14. 7.

(>^) Diod. Sic. T. 1. p. 249. Agathodémon étoit le nom qa*on donna fMur la suite à Bacchus , et qu*il méritoit sans doute , lors^ qu'on le considéroit sous le premier point de Tue dont nous venons de parler. Voyez les poètes cités par Athénée, XV. 47 sq. Le médecin Philonide rapporte que la coupe de fin mêlé fut consacré à Jupiter, parcequ*une pluie suryenue lors d* un festin qu*on célébroit en plein air ayant rempli d'eau les coupes de yin, on se serrit par la suite d'un semblable mélange pour prévenir les mauvais effets de Tusage du vin. ap. Athen. XV. 17. Observons encore qu'on donna aussi quelquefois le nom d' Agathodémon à Jupiter lui-même, comme dans le fragment de Diphile, ap. eund. XI. 73.

(^^) Eustath. ad Od. p. 625. 1. 30. Cette rage étoit, pour ainsi dire , de rigueur, dans les fictions qui se rapportent à la mythologie de Bacchus. Chez Eschyle Sémélé étoit furieuse durant sa grossesse , et sa fureur étoit même contagieuse. Toutes les femmes qui touchèrent le ventre de Sémélé en furent attaquées, ap. Schol. Apoll. Rhod. I. 636. Platon (de Leg. II. T.VIIL p. 99. éd. Bipont.) parle d'une tradition suivant laquelle les fureurs habituâtes de Bacchus furent considérées comme les effets de la vengeance de Junon.

Et que deYimt rAgathodémon , lorqu'on le Toit g^efforoer à vaincre la résistance qu'on opposa à son coite nouvellement établi ! Il est vrai que chez Homère le téméraire Lycurgue , dont la voix menaçante inspira une si grande frayeur au pauvre Bacchus qu*il alla chercher un refuge dans les bras de Thétis , reçoit son châtiment de la main de Jupiter (^®)) tandis que le récit qu^on noua fait de Baochus aveuglant lui-même Lycurgue au point de prendre son fil&Dryas pour une vigne et qu'il tua , en voulant couper les branches avec une hache , après quoi Lycurgue fut déchiré par des chevaux (^^), n'est certainement qu'une addition de quelque poëte tragique: mais les rapports nombreux de femmes transportées de fureur par l'influence de Bacchus (^^) , aussi bien que la fable du supphce cruel de Penthée , qui fut mis en pièces par sa propre mère , qui , dans sa fureur , le prit pour une béte féroce et ne reconnut son -erreur que lors qu'il étoit trop tard , de manière que cette femme infortunée fut punie bien plus sévèrement de sa fidélité au culte du dieu que Penthée de son impiété ('*), cette fable , mentionnée et chantée à l'envi par les mythologues et les poètes , prouve assez combien le jour sous lequel Bacchus fut représenté par ses adorateurs étoit peu digne de lliumanité , je ne dirai pas d'un dieu , mais d'un homme qu'on vouloit

(*») Hom. IL Z. 130 sq. ^ (^») ApoUod. m. 5. I. Chez Diodore (T. I. 234.) Bacehns crève les yeux à Lycurgue et le crucifie. Chez Sophocle (Ant. 946 sq.) il le renferme dans une cayerne. cf. Schol. ad h. L

(3p) Voyez la fable des Miayades, Anton. Lib. iQ. JSIian. Y. H. m. 42. On connoît la charmante- imitation qu'en a faite Oyide, dans se& Métamorphoses r II n*est donc pas étonnant que quelques-uns Talent représenté comme la cause de la mort d'Orphée. £rat. Catast.24.

(»») ApoUod. m. 5.2, 3. Eurip.Bacehae.rrono.XLlV-ILTI. Voyet aussi la tradition des femmes argiennes, qui, transportées de fureur « mirent à mort leurs propres en&nts, ehezk même, XLVIL 475 sq.

faire passer pour le. propagateur de la oivilisation et comme l'instituteur du genre humain. '

Son origine. Cette manière inconvenablc de représenter l'un des dieux les plus bienfaisants qu'aient adorés les Grecs s'explique néanmoins assez facilement par la nouveauté de son culte aussi bien que de l'invention dont il fit part à ses compatriotes. On conçoit aisément que les effets étranges de l'abus du vin chez un peiqile encore ignorant et barbare a dû exciter un étonneipent universel , et que, si longtemps après on a cru pouvoir trouver dans l'usage fréquent du vin de Tbrace la cause de la démence du roi Gléoipènès , il n'est pas éionnant qu'à la première intro* duction de ce breuvage on regardât ses effets surprenants sur l'économie animale comme des phénomènes surnaturels qu'on attribuoit à la colère de la divinité. Encore n'est-il pas plus difficile d'imaginer qu'une innovation aussi importante que l'introduction d'un cuite rendu à l'inventeur d'un breuvage souvent aussi nuisible aittrouvé une résistance assez vigoureuse dans les différents états de la Grèce. Voilà donc l'origine de ces récits de guerres entreprises par Bacchus , d'actions de vengeance , de cruautés et de supplices en tout genre , de séditions et d^émeutes excitées dans les villes et les bourgs dont les femmes , ayant d^abord embrassé le culte de Bacchus avec le plus de ferveur, oouroient les champs, commodes effrénées» déchirant et renversant toutce qu'elles Ir ou voient sous kurs mains; tandis que , d'un autre c6té , les fictions qui représentent Bacchus sous un jour plus favorable doivent leur existence à rétablissement définitif de son culte ,* adopté insensibliv ment par tous les états de la Grèce y et à rexpérience des effets salutaires d'un usage modéré de la liqueur du jeune dieu. Voilà ce qui me semble expliquer pourquoi Bacchus est représenté de préférence sous le premier point de vup dans les traditions les. plus anciennes, et pourquoi les fiables qui le font connoitre comme un dieu doux et bien-

faisant appartiennent presque toutes à des aièdes plus récents (' ^). , Voilà 9 enfin , ce qui explique la diflTërence des traditions à l'ëgard de l'origine du cidte de Bacchus. OpinioM des La rësistance qu'il éprouva d'abord donna.

Grecs il cet

égard. naissance aux traditions concernant Lycurgue,

Penthëe, Persëe(^'), les filles de Minyas('^), les soeurs de Sémélë(^'), traditions qui ont peut-être inspire à Onomacrite Tidëe de représenter Bacchus comme attaqué lui-même et maltraité par les Titans (^^)y fiction qui par la suite donna lieu à des explications tant euhémériques (^^) que physiques (^'), les unes plus absurdes et plus ridicules que le» autres.

(*^) M. Yoss « dans son ouvrage posthume, Mythologische Forschungen , heransgegeben von D'. H. G. Brzoska , tâche de proayer que le non Bdxxoq est aussi d*origine plus récente. Sans noas arrêter à examiner ses raisonnements , nous nous contenterons d*obsenrer que le seul passage du siiième livre de T Iliade cité plus haut suffit pour prouver la vérité de Topinion que nous veDons d*émettre.

(»*) Patts. IL 20. 3. ib. 23. 8. Suivant Eustathe (ad II. p. 982. 1. 10.) Persée l'avoit jeté dans Teau.

(»*) Anton. Lib. 10. iElian. V. H. III. 42. (»») Apollod. IIL 4. 3. (««) Paus. VIII. 37. 3.

(s7) Diod. Sic. T. I. p. 391. cf. p. 247. Cet auteur attribue cette fiction à Orphée. Bien que le nom qu*on y donne à Bacchus (Sabazius) soit thrace d* origine , cependant nous n*aurons qu*à nous rappeler ce qui a été remarqué plus haut à Fégard d*Orphée, pour nous convaincre combien le témoignage de Pansanias mérite plos de ibi que celui de Diodore, pour ne pas dire que le Bacchos dont il est ici question est entièrement différent du fils de Sémélé, puisqu'on le fait passer pour un fils de Cérès ou de Proserpine, ee qui rend encore plus probable qu'il ne dmt son existence qn*à une explication allégorique de la nature et des attributs du dieu de Thèbes. Diod. T. I. p. 231. cf. Cic. N. D. II. 24. Mais iln'est pas encore temps de débrouiller tout ceci. II n*en pourra être question que lorsque nous parlerons des mystères. J*en avertis mes lecteurs, afin qu'ils ne soient trompés dans leur attente en voyant que j'emploie un petit nombre de pages à parler d*un dieu dont d*autres auteurs ont rempli des volumes. Je remets aussi à cette occasion de dire quelque chose du résultat des recherches de ces savants , et spécialement de ceux de M. Creuser et de M. RoIIe.

(»•) Corn. If. D. 30. p. 220. cf. Tzetz. ad Lycophr. 208.

D^un autre oAté , la reoonDoissanoe de Tatilitë des bien-» faits de Baccfaus fut cause que les différents états de la Grèce se disputèrent llionneur d'être la patrie du nouveau dieu , ou au moins le lieu où il fit le premier connoitre son invention.

Cest ainsi qu'on prétendit en Étolie qu'Oenée(*^) et en Attique qu'Icare (^®) avoit reçu la première vigne de la main de Bacchus. C'est ainsi que les Argiens assuroient que Bacchus avoit passé des lies de la mer Egée dans leur province , avec une armée de femmes qui l'accompa-* gnoit('^'). En Laconie on disoit que Bacchus, encore enfant, avoit été jeté sur la c6te de ce pays, avec sa mère, dans le coffre où Cadmus les avoit enfermés , et qu'il y avoit été élevé (^^). Les Patréens assuroient que Bacdius avoit été élevé en Achaîe(^'). Les Éléens prétendoient que ce fut chez eux que fut découvert la vigne (^^) , et que le culte de Bacchus fut introduit le premier par son fils Narcée (^'). Et , pour no pas parler de Tbèbes , ville qui sembloit avoir le plus de droit à revendiquer l'honneur d'être la patrie de Bacchus (^^), Naxos , Téos, Èleuthères , Icarie , la Crète , les alentours de l'Alphée s et plusieurs autres lies et cantons de la Grèce se disputoient cet honneur (^'). Et , lorsqu'on ne poovoit all^fuer rien de plus solide , on rapportoit au moins à son pays la première institution de quelque cérémonie en usage dans

(*^) Hecataens Miles, ap. Athen. IL 1. ApoUod. L 8. 1. (^<>) Apollod. III. 14. 7. fr. Eratosth. p. 114. éd. Schanb. Schol. Hom. II. X. 29. Sehol. Hom. Od. E. 272. p. 199 fin. Tzetar. Chil. lY. 157 sq. Suivant Pansanias (I. 2. 4.) le culte de Bacehns ne fut introduit en Attique que plus tard par Pégase.

(41) Pans. II. 22. 1. cf. ib. 20. 3. ib. 23. 8.

(**) Pau», m. 24. 3. (-*») Pans. VU. 18. 3.

(44) Theopompus ap. Athen. I. 61. (4*) Pans. Y. 16. 5.

(^^) Pansanias (IX. 25. 1.) dit aussi qu*on prétendoit à Tbèbes

que leur canton vit naître la première vigne. On racontoit qnelqne

chose de semblable à Gythium en Laconie. Pans. III. 22< 2.

(4^ Diod. Se. T. I. p. 235 , 372 , 391 .

les fêtes de Baoohus(^*), Ces prëlentioDs alloienl même si loin qu'on assuroit que Baochus avoit enlrepris des expëdiUoos en Syrie» en Egypte (^^), dans les Indes C®) même , pour y répandre les bienfaits de la dvilisation.

Origiae tepten* La difficulté que la comparaison de ces ehui. prétentions avec les traditions mentionnées

plus haut semble nous suggérer > lorsque nous voulons répondre à la question sur l'origine du culte de Baochus , disparaît entièrement par un témoignage qui ne nous laisse aucun doute à cet égard. Je veux parler du morceau classique de Strabon où il démontre que les oérémonies du culte de Baochus avoient un rapport intime ayeo celles que les Phrygiens avoient empruntées aux habitants de la Thrace , et qu'ils introduisirent dans le culte de Gybèle. La ressemblance entre les cérémonies cotyt* tiennes et bendidiennes en Thrace et celles'qu'on célébrait en Phrygie , l'origine commune de ces dernières et des cérémonies orphiques , attestée par Strabon (^ '-) et par le bon sens , puisqu'Orphée étoit Thrace lui-même , les traditions qui représentent Bacchus instruit par Gybèle , dans les lustrations et les mystères (^^) , le nom même qu'on donnoit à Bacchus en Phrygie , savoir Sabazius , qui étoit aussi son nom en Thrace (^ ^) , les ràf^rts fréquents

(4<) Comme les Messéniens, p. e. , Paiis. lY. 31. 4. (♦^) ApoUod. ni. 5. 1.

(««^ Diod. Sic. T. I. p. 151, 232, 234, 235. ef. Eurip. B«ech. prolog.

(") Strab. p. 719 — 722, où ron trouTe les preuves de tout ce qae j*ayance ici. Suivant la tradition mentionnée par Biodore (T. I. p. 234.) Bacchus enseigna ses mystères à Tharàps, qui les transmit à son fils Oeagre, dont Ocphée les reçut.

(»*) ApoUod III. 5. 1. Schol. Hom. II. Z. 130- D'après Arrien (ap. Ëust. ad II. p. 1103 in.) la Sicinnis, danse qui appartenoit aux fêtes de Bacchus Sabaxius, fut ainsi appelée d*après une des nymphes de Cybèle.

('») Casaub. ad Strab. p. 721. n»t. 2.

à l'égard d-ua dieu de Thràoe , que les auteurs grecs ap* peUent DioDysus (^^) , les relations non moins nombreuses de faits et d'événements de la Tie de Bacchus. dont le tbé^ àtre est constamment en Thràce V — tout cela rend extrêmement probable l'opinion que Saccbus , aussi bien qu'Apollon et Diane , fut d'origine septentrionale , et que son culte passa de la Thrace en Grèce, en partie par l'intermède des Pbrygièns , qui avoient puisé à la même sour^^ ce(^*).

Jvgemeiic wr Cependant, quoique l'origine septentrioceux'^qui crd- ^^^^ de Bacobftîs me semble la plus probable ent retrouver qi quoique j'aie la -satisfaction de me Toir ici gypte ou dn' d'accord avec cpidques savants d'un grand ^*®' mérite- (*^), nous ne pouvons paS^ nous dis*

(S4) Herod. Y. 7. YII. 111. Macrob. Satarn. I. 18. p. 309. dl p. 311.

(s^) On disoit que Timage de Bacchas JSsjmnète avoit été transportée de Phrygie en Grèce. Paus. YII. 19. 3. La manière dont Strabon parle du culte de Sabazios à Athènes (p. 722 fin. 723 in.) rend éyident qu*on Ty regardoit comme originaire de la Pbrygie. La différence dans la manière de représenter Bacchus me semble encore indiquer qu'il a passé d*une contrée froide dans un climat plus doux £t plus agréable. ComnMni, en effet, expliquer autres ment qu'on ait dépouillé Bacchus de ses Içngs vêtements et de sa barbe touffue, et qu*on Tait représenté comme un beau jeune homme nud ou au moms a peine couvert d*une nébride. Et cependant suivant quelques<-uns le Bacchus vêtu seroit le Bacchus indien l Yoyez, sur ces fictions, Paus. Y. 19. 1. Diod. Sic. T. L p. 232* Corn. N. D. 30. p. 217. cf. Hug, ûber den Mythos, p. 3(3, 37. Il est très remarquable que Thistoire de Bacchus , telle que Ta racontée Ifonnus dans son poème étendu, intitulé les Dionysiaques^ prouve à Tévidence que ce poète avoit absolument la même opinion sur l'origine de Bacchus. Chez lui ce dieu naquit à Thèbès , il est vrai, maiè il est élevé chez Rhéa en Phrygie, et il n'introduit sa religion en Grèce qu*après son expédition contre les Indiens. Partout les Bassarides phrygiennes j enseignent son culte aux fenmies grecques. ,

(5^) Clavier, Hist. des prem. temps de la Grèce, T. I. p. 205 sq. Millier, Orchomenier, p. 382 sq. , qui regarde le nom de Zogreu* comme thrace d*origine , et qui parolt assigner aux traditions qui 86 rapportent à Baeehus une antiquité plus reculée que j*ai cm

penser , oe me semble , de faire quelque mention des témoignages qui paroissent s'opposer à nos vues , pour nous assurer s'il ne faut pas aooorder à d'autres nations quelque influence sur le culte de ce dieu.'

Il pourroit même paroitre impardonnable de parler de Baodms et de ne rien dire d'Osiris , parceque l'identité de oes deux divinités semble si avérée à qudques savants qu'il leur parolt absolument inutile de chercher Torigine du fils de Sémélé ailleurs qu'en Egypte.

Je ne crois pas que nous connoissions au juste la nature et les attributs de l'Osiris des Égyptiens. Pour s'en convaincre on n'a qu/à jeter un coup d'oeil sur les différentes opinions qu'on a .émises k son égard, r ^t que j'ai rassemblées dans mon ouvrage sûr la civilisation morale et religieuse des Égyptiens (^^). Toutefois il est certain , comme je l'ai prouvé dans le même ouvrage , qu*Qsiris n'avoit pas découvert la vigne et qu'il étoit l'une des divinités de l'empire des morts (^'). Par conséquent l'attribut caractéristique de Bacchus manquoit à Osiris , et ce qui distingue Osiris des autres dieox n'a jamais été attribué à Bacchus. Cependant Hérodote nous assure que les Grecs avoient emprunté à Osiris le nom qu'ils donnoient à Bacchus 9 et qu'ils célébroient en son honneur des cérémonies qui avoient beaucoup de ressemblance avec celles qu'Osiris recevoit en Egypte , et spécialement la phallophorie , usitée dans ces fêtes , coutume qui auroit été transmise aux Grecs par Mélampus. U ajoute que ces cérémonies

pouToir leur attribuer. M. Yoss , au contraire, dans Touvrage cité plus haut (note 32) , ne croit pas que Tinfluence des cérémolûes phrygiennes appartienne aux siècles reculés dans lesquels j*ai cm devoir la placer ; mais d^aiUeurs Jes profondes recherches de ce sar vaut confirment pleinement mes opinions sur Torigine du culte de Bacchus. \

(^') Gedachten over het verhand tusschen de godsd. en zed. beschaving der Egypt. , p. 99 sq. 108 sf{,

(«•) Ib.p. 113, 330^.

diff^fûient de celles en usage en Crrèoe » el qu'dles étoi«it d'origioe pltis rëo^ite > d'où il ooQoIut'qu'elles aybient été empruntées à l'étranger (^^). Les Égyptiens qui furent conseillés par Diodore étoient du même avis à Ti^rd.de Torigine des cérémonies bacchiques, mais, quant à la manière dont les Grecs les auroient reçues, ils ne s!a(^ cordqient ni entf 'eux ni. avec Hérodote* Gar.taxii6til8.Ie8 faisoicot transporter en Grèce par. Hélampns (.^.°) , .taHiftt par Orphée (^') , tandis que , selon Hérodote , Mélampus les aur<Ht reçues de. Gadmus; , .

Nous né dirons' rien, maintenant de rincertilude qui règne encore à l'égard de tout.oe qu'on; raconlef des expéditions de Cadmus ni de l'afasv^rdité de touU^s ces.-febles 4e cérémonies égyptiennes transmises en Grèce par des voyageurs. Il suffit de. faire reman)uer le ridicule de ce conte des préires égyptiens concernant le bâtard de la fille de Gadmus qui auroit reçu après sa mort le nom et le culte d'une des plus grafndes <tivinités d'une nation étrangère. Il ne resteroit donc que la ressemblance des phallophories^ et la transoussion du nom d'Osiris dont parle Hérodote ^^^). Cependant , lorsque nous voyons qu'Hérodote lui*méme avoue que les Grecs ont reçu le Mercure phallophore des Pélasges , et que Diodore n'hésite pas à faire remarquer que le culte du phallus étoit très répandu parmi les nations de l'antiquité (^'), il me semble qu'il a toujours de quoi

(S 9) Herod. II. 48, 49. cf. Plut, de Is. etOsir. p. 4a9. Lorsqu'on lit la de3cripiion de ces cérémonies chez cet auteur, on seroit tenté de croire qu'elles sont venues de la Grèce en Égjpte.

(<^°) Diod. T. I. p. 109. cf. p. 105. (") Diod. T. I. p. 26,27.

(^^) Herod. II. 52. Les cérémonies pythagoriennes, qu'on appeloït également orphiques, ressembloient aussi aux égyptiennes, selon Hérodote (ib. 81.) : mais cela ne nous regarde pas,, dans cet endroit. > .

(^') Diod. Sic. T. I. p. 98* Je crois qu'en tout cas on aimera mieux avouer l'influence du culte égyptien que de faire dériver le culte du' phallus de faUes aussi insipides et aussi dégoûtantes if»

nourrir' boIp»- soeptidsiiie sur ' une* question aussi diffidie à résoudre.' Quant au rëoît d'Onomacoîte que Baoohus fut dëohiré par les Titans (^^) , s'il n'a pas été si évident qu'A doit son origine k une explication allégorique , on pourrai t croire qu'il dût son existence aux fables d'Osiris et d'Adonis ; mais ^ en tout oas , l'origine récente de cette innovatkm' dans la ' niythologie bacchique ne sauroit nous loréter. ici ,. crti: nous m Teoherehons la première origîne'(^'). '^

Après les réflexions que nous avons faites d'abord sur la prétendue dérivatioa desi fables grecques de la mythologie dé'FIndostan , il ne sera' pas nécessaire de prouver de nbûveao queJes chroniques inveniéeë après Alexandre le Grand ne méritent icr aucune aittention.

Je ne crois pas non pUis que le dieu des^ Arabes « Uro- Utl , à qui Hérodote donne le nom de Bacchus (^^) , et qui est probablement le mèihe que le Baal des Phéniciens , doive nous arrêter , dans ces recherches. Il est bien certain que Bacchus n'est ni Baâl ni Urotal.

Quant à Adonis , comme il paroit être le même dieu , ou au moins avoir la même origine qu'Osiris , tout ce qui

celles qu*ôn troare, p. e., che^ Tzeteè^, ad Lycophr. 212, et qai n'ont pa&sans raison etcîté Ik bile des pères de réglisè.

(^4) Voyez Plut, de Is. et Osir. p. 440 et Diod. Sic. T. I. p.

(^^) Selon M. Hug (iber denMythos, p. 46 et 145.) Bacchus Tient tout droit de TÉgypte. Bacohas est Osiris et Lyciurgue Typhon. L'histoire de Penthée indique Tairersion qd'avôient les Grecs pour les cérémonies lugubres d Osirîs. Diodore (il vaut bien la peine de comparer ici ces deux opinions) envoie Osiris en Thrace, ou il le fait Tainquèur de Lycurgue, Tennemi du Bacchus des Grées, T* I. p« 23. Le savant moderne change un Grec en Égyptien , Tautéur ancien* un Égyptien en Grec. M. Bochart (Canaan L 18. cf. 19.) veut que Bacchus fut Nimrod et que Cadmus transporta son culte de la Phénieie-en Grèce. Ses arguments se fondent principsdeûient suif la prétendue dérivation des noms grées de l'hébreu. (^) H^rod. IIL 8.

a ëtë dil de ce dernier , trcmyera son application à l'égard de ramant de Vénus.

Enfin on me passera de ne pas démontrer que la chronique concernant le Bacchus de la Libye , tirée par Diodore (à ce qu'il prétend) dés écrits de Thymète , contemporain d'Orphée , qui auroit fait un voyage à Nyses en Lïbje (^ ^) , n'est autre chose qu'un ramas de fables etthémériques , qui ne méritent pas plus notre croyance que les mensonges de Jambule et d'Euhémëre lui-même , à regard de l'Ile Panchée(<5«).

GoncIusioD. Bacchus , l'inventeur de la culture de la vigne et des arbres fruitiers , dans les contrées au nord de la Grèce, Ibt élevé après sa mort au rang des dieux. Le culte qu'on lui avoit voué dans sa patrie fut transporté avec son invention en Grèce aussi bien que dans l'Asiemiheure. En Grèce, l'une des contrées les plus voisines de la Thrace(^^), se l'appropria entièrement et le it passer pour un descendant du fondateur d'une de ses vilr les les plus célèbres. Dans l'Asie-mineure son culte se confondit avec celui de la déesse dont la religion étoit une réunion de cérémonies septentrionales et asiatiques , une fille , pour ainsi dire , des cultes de la déesse de Babylone et de celle de la Tbrace. . Dans l'Asie-mineure le nouveau dieu retint les noms qu'il avoit en Thrace , savoir Sabazius et Zagreus , noms qui passèrent aussi en Grèce avec quelques fictions et cérémonies qui d'abord n'avoient été transmises qu'en Phrygie ; mais d'ailleurs la Grèce donna au même dieu le nom de la divinité égyptienne qui paroissoit lui ressembler le plus , et adopta en même temps quelques cérémonies de son culte .

(^') Voyez la grande différence d*opinions surla situation de cet endroit si célèbre , dans la mythologie de Bacchus , dans les auteurs eités par Hog, ûber den Mythes , p. 33.

(<ï*) Diod. Sic. T. 1. p. 230-244.

(^^) Nous ayons déjà tu qa^anâensement on étendoit les frontières de la Ihrace josques en Béotie.

Voilà , J6 crois , le simple réraltat que nous donne l'examen de l'origine du culte de Bacchus. Nous ne parlons pas maintenant des fictions par lesquelles sa mythologie fut défigurée par la suite (^®). Nous nous sommes contenté d'ailleurs d'effleurer ici cette matière. Les points de vue les plus importants qu'elle o£fre seront développés lorsque nous parlerons des mystères , tant de Bacchus que des autres 4iYinité8.

Hereulo. La chronologie des mythologues place l'apo*

théose d'Hercule après celle de Bacchus. Mais les bornes que nous ayons cru devoir nous prescrire , dans cette première partie de nos recherches , nous empêchent de nous étendre à son égard. L'histoire des faits d'armes et des autres actions d'Hercule en est exclue par la nature mémc^ de notre ouvrage , puisque nous ne considérons Hercule que comme divinité ; et l'influence qu'il a eue sur les hommes après son apothéose ne sauroit nous occuper ici, puisque nous n'en trouvons aucune mention chez les anciens poètes ni chez les mythologues qui ont rapporté les traditions de cette époque(^'). Cependant, comme il est certain qu'Hercule fut reconnu comme divinité , dès les temps dont nous nous occupons dans ce moment , nous n'avons pu le passer entièrement sous silence , ne fût ce que pour dire quelque chose de l'origine de son culte. Nous ne parlerons donc pas des monstres et des brigands

('?) Pour se convaincre comment on a pu multiplier rezistenee d*une divinité , il n'y a qa*à jeter un coup d*oeil sur les Bacchus différents dont parle Cicéron, N. D. III. 23.

(^') Il est vrai qa*on attribua à Hercnle durant sa vie des miracles qui ne paroissent pas indignes de la divinité, p. e. la manière dont il récompensa Thospitalitéd^Admète, et celle dont il punit le défout de courtoisie de la femme qui voulut lui donner de Tean , pour empêcher que son mari ne s'aperçut de ce qu'elle eut ouvert le baril de yin qu'il avoit dauis sa maison, dont parle Alcimus de Sicile (ap. Athen. X. 56.) : mais ces exemples sont rares , raison pourquoi nous nous réservons d'en parler lorsqu'il sera question d'Hercule comme divinité*

qni tombèrent sous «es coups , desi extermina (^^) ,. des stcrifioes hiunalE des pays qu'il rendit habitiâ>Ies (^^] changea le cours , des campagnes qu' sources qu'ilindiqua ('^) , de ses instit dr les horreurs de la guerre (^5^):

terons de dire que ^ comme Baochus ses découvertes utiles , Hercule , fili ;|nène(^®), fut jugé digne ^u mém l'usage bienfaisant qu'il fit de sa fci de son courage invincible , en exte qui , dans les siècles primitifs de 1; ses campagnes encore pour la plup purgeant des brigands qui entravoient férentes peuplades et menaçoient h.

leverser la société naissante. Ajout magnanime ne fut pourtant pas exei sou siècle , et qu'il commit quelqi violences qui , dans des siècles plu roient mérité un nom bien différent de < porains l'honorèrent , mais que la post oubliant ses écarts et flattant sa i gloire d'un de ses ancêtres , lui attribi <M)nquétes , mais aussi des actions à couvertes , des institutions qui appart qui n'existèrent jamais que dans l'ims les célébrèrent (^')« Toutefois tous

f «) Strab. p. 912. Eustath. ad II

(78) P. e. Dion. Hal. p.

(7^) P. e. Strab. p. 37f

(7*) P. c. Paus. VIII. J

(7tf) P. c. Paus. II. 32. 3. Voyez, en g

p. 264 sq. {77) ^Uan. V. H. XII.

(7») Hom. II. S, 323. T. 98. Hes. Th

(7^) Je ne crois ^ qu'il SMt néeessaii

denl en oe point qu'après une vie remplie de dangers et de fatigues , lerminëe par une mort terrible , . Hercule monta 191 séjour des dieux immortels et j reçut la récompense de tous ses travaux par la jouissance du bonheur câeste et par Tamour de l'une des plus belles déesses ('^). SoiiH>ri^ae. U ne nous reste donc qu'à fure quelques réflexions sur son origine. Ces réflexions pourroient parottre superflues, pour peu qu'ou'^s'en tinC aux traditions assez olaires de la mythologie grecque , qui représentent Hercule comme le fils d'un dieu grec et né à Tbèbes en Béotie : m^is on sait que les divinités indigènes de la Grèce aussi bien que les héros qui naquirent sur son sol ont été transplantés par des auteurs tant anciens que modernes dans des terres étrangères , pour assurer à celles-ci l'honneur de les ayoir fait oonnoitre aux Grecs. Ne f&t oe donc que pour nous déclarer contre une absurdité aussi choquante , il faut que nous nous expliquions à cet égard ^ d'autant plus qu'il y eut un Hercule Cretois et un Hercule phénicien, qui ont été confondus par les Grecs eux-mêmes avec Itax héros thé-

cité par Athénée (XIL 6.) , qui Tottlai faire passer les expéditions militaires d'Hercule pour des inventions postérieures à Homère et Hésiode. L'intention manifeste de cet auteur de dénigrer la mémoire du fib d*Âlcmène pourroit nous suffire pour apprécier à sa juste yalôur une opinion aussi '.contraire au témoignage de toute r antiquité. Il ajoute que Stésichore fut le premier qui le représentât armé de la massue et couyert de la peau de lion. C*est possible : mais alors Stésichore a mieux observé les moeurs de ces temps reculés que Tauteur qui lui en fait un reproche.

(»°) Hom. Od. A. 609 sq. Hes. Th. 950 s({. cf. ApoUod. IL 7. 7 fin. Diod. Sic T. I. p. 284. On avoit représenté son apothéose sur le marche-pied du trône d* Apollon à Amycles. Minerve et plusieurs autres dieux Vj introduisoient dans le ciel. Pans. IIL 19. 4. Le caractère sublime d'Hercule est très bien exprimé en ces termes, dans le Scutum Herculis (vs. 29.): &ê&^ %aï àv&ç&n»v <içf ç àXnTijfiti. Voilà aussi pourquoi, non content de le représenter délivrant la terre de monstres et de brigands, on le fit encore défenseur du ciel contre les Titans et les Géants, et délivrer de captivité un des inunortels les plus puissants (Prométhée).

Imitf , qiïoiqti'ihp fiMent des perdOfii:

'Quant att'premièf^ tioltu enavoi

fOerctde èvê mont Ma , Vim dés I

Jte èémmùn sree le fils d'Alcmène ("^

est céfùî qui |)ortoît te 'ùota de Hdkar

Pappellent totit diiùplètttent Hènenle (<

qûé les PhëiHoiehs lui eottsftcrèrcÀit ui

Thasus , et' il ajofttte que quelqûed-ti

Âsttngttoient de Tlforcule Cbébain ,

dympien et 'par des oérëmonies ns

des dieux , tandis qu'ils ne ttouwent i

fcs honneurs assignés aux héros ('^).

Nous croyons Cscilement que le

irauspoirté dans leurs cdomes et dat

timcs sur les odtes et les 4es dé la 6r

qui parait avoir été l'un dés princip

nératiom Nous ^ en avons allëguë c

nous avons parlé de- lUerode de ]

même prouvé que les Grecs ont attri

Hercidie des temples et dés autels

irroient élé dèsttiiés au culte chi Da

niémeîe(^'^)r mais justement parce

(»') Voyez T. I. p. 2 (•») Hcrod. n. 44. Strab. p. 1098. ^ Maicrob. Saturn. 1. 20. p. 320. On retrou colonies des Phéniciens^, p« e« à Gade9-(Dio Carthage (Polyb. VII. 9. 2, 3. Diod. Sic. (Theol. Cent. I. 34. p. 131, 132.) admi eiens, le Melkarth et un Hereule déifié. '. ayons déjà assee pour n'en pa$ intenter de

(«») Herod.1.1.

(•-*) Voyez T. I. p. 256. not. 92. Ajou

très frappant. Fausanias assure, comme H

adoroient le même Hercule que les Phéi

statue d^HereuIe^ érigée àOlympiepare

opii» font remiiniiier wUe erreur , et parooqne d'auires (comme Hérodote dans l'endroit cite) approuvent Ia:dÎ8^ tindion olMervée par ceux qui ëtoient mieux instruits , nous pouvons être certains que le dieu de la Phënicie est aussi différent du héros tbébain que le métall^rge du mont Ida. Le témoignage d'Hérodote est d'ailleurs confirmé tant par Diodore que par Paus/anias. Tandis que les Thébains ^ d'après Diodore , n'adoroient Herqule que comme héros ^ les Athéniens les premiers lui. assignèrent les^honneurs du culte divin C)« et Pausanias dit qi|e cette coutume fut intrçdui^ la première à Sicyone par un certain Phes- ^ (*^) «. ^t; dans l'Attiqpie par les habitants du boui^ de Marathon (*')• D y a un autre endroit du même auteur qui 4onne , pour, ainsi dire , la def du témoignage d'Hérodote. ' Pausanias dit, dans cet endroit, qu'Iphitus , couiemporain de Lycurgue , ; persuada aux Éléens d'offrir des sacnfices à Hercule , qu'ils avoient x>onsidérë jusqu'alors comme leur ennemi à cause de ses expéditions hostiles en £lidQ.(^*). Par conséquent, lorsqu'Hérodote assure que quelques-uns parmi les Çrrecs accordèrent les honneurs du culte divin à l'ancien Hercule (c'est à dire à celui de la Phénicie) , tandis qu'ils ne considéroient l'autre que comme héros , il ne sauroit parottre douteux qu'il n'ait eu en vue les Éléens , qui , quoique persuadés par Iphitus de rendre quelques honneurs à Hercule , ne purent cependant se résoudre à lui assigner le rang qu'il avoit dans le reste de la. Grèce.

Après ces réflexions je ne crois pas que cette infinité d'Hercules qu'on a cru retrouver chez presque toutes les

toit la massne et Parc de THercale grec. Pausanias ajoate qu*après qu'ils eurent cammencé à faire partie de la aation grecque ils adoptèrent aussi le culte du fils d'Amphitryon. Y. 25. 7.

{»«) Diod. Sic. T. I. p. 384. («*) Paus. IL 10. 1.

(•'') Paus. 1. 15. 4. («») Paus. V. 4. 4.

MQO jeea ayante .qui ccoient relsouTer jeet Herpulie dans Ésan^, Sanoisw. JQ8ué(^7} ouBoildha(^>).

Gooiiae Bacobos el Heronde obtinrent la- dignilé diYÎiie .dans lo6 *previiers siècles de b Grèee , le ménie tumneor iîitAooordéiMgrlasuiieiEsGulape, fils d'ipolLoo , et aux finères jumeaux ^e JupU^ et de Léda , Castor et PoUuqi; ; mais , oomme ces- peraoanages jie •saat.pas encore déifiât diez Homère , au moins dans FIliade j et comme nous ne jtrouYons encore Jneu., dans cette époque , àrrégarddelenrs propriétés diiônes (^ ^) , je crois que nous ferons \mn. d& les remettre À la secondepartie de cetrouvrage. I^ucoihée et • Il -.ne nous reste qu'à dire quelipiesmots ,dç deux ou trois, personnages. déiiiés qui appartiennent à cette époque • Le premier est Lcucothae , qui sauTa Ulysse au moment où il alloit périr dans les ilôts, en lui donnant une ceinture qui le gamntit de leur fureur et le $|t arriT|^|r sain et sauCaur la plage. Leuootbée es^ jreprésentée ici comme une déesse qui étoit inforjjjnée du amrt d'Ulysse et qui pQUVoit sauver les malheureux naufragés , même ep. 4^ît,f^ Neptune. ; ma]Vlepoëte>ajou(eiexprea>

(^r) Tosft. Tbeel. Cent. 1. 22. p. 87. ib. 26. p. 97.

(»») Ritter, Vorhalle, p. 349 sq. 368 sq. (^) Voyez , sur Esculape , Hom. II. B. 731. ^. 193 sq. A. 518. Sar les Dioscures , II. B. 236. Ce dernier endroit a même fût doafer de rauth^oticiié i^Od. A. 301-^-303, où il est ipiestion de la présence alternative de Castor et de Polloz dans Tempire des morts , et où il est dit qu'ils jouissent d'honneurs semblables à ceux qu'on rendoit aux dieux. Pausanias (II. 26 fin.) conclut très mal à propos . d'un autre endroit d'Homère (II. à^ 193 sq,) qu'Esculàpe aif été Considéré comme diyinité dès sa naissance. Hormis les tables chronologiques des apothéoses qu'on trouve chez Hérodote et Apollodore t dont nous avons'déja parlé plus haut, on en trouvera encore une autre, très détaillée , chez Augustin, de Civ. Dei, XVIII. 8 — 14 ; car les pères de l'église regardoient tous le« dieux comme des hommes 4éifiés. cf. Clem. Alex* Strpm.'I. p* 379^«-384>oà Ton trouve lé fragment d' A|eUodore. .

sëmeot qu'elle aroit été auparavant une feknme > Ino ^ fille de CadmuB(»°<>).

Les mytbcdogues rapportent qu'Ino avoit été déifiée avec son fils Mélicerte , qui reçut le nom de Palémon , après qu'elle se fut précipitée dans la mer , avec cet enfant « pour échapper aux poursuites de son époux Athamas , rendu fiurieux par Junon , pour le punir de ce qu'il avoit reçu le jeune Baochus dont Jupiter lui avoit confié Téducati-

Le culte de ces divinités marines se lia par la suite très intimement avec celui de Neptune. Nous verrons , dans l'époque suivante , qu'on leur attribua non seulement la faculté de prédire l'avenir , faculté qui étoit presque générale parmi les divinités de cette classe , mais qu'on leur donna même une part active dans l'exercice dé la justice divine. Tout cela du reste n'appartient pas aux siècles dont nous nous occupons.

Ariitée. On compte encore parmi les divinités bien-

bisantes qui avoient vécu autrefois avec les mortels Aristée, fils d'Apollon et de Gyrène, qui^ ayant épousé Autonoé , fille de Gadmus , fut le père de Tinfortuné Acr téon ('^^) 9 dont il regretta si fort la mort qu'il quitta sa

("*) Hom. Od. E- 333 sq.

(s^<) Cmî da moins est une de ces traditions qui ékHent en TOgue sur son eompte. £lle est raj^rtée par Apollodore , III. 4. 3. On en trouyeune antre, ib. I. 9. I. cf. Pans. I. 44. 11 , 12. et IL 1. 3,7. Schd. Od. £• 334. Selon les Rhodiens Leueothée étoit Ha- Ha, soenr des Telehines, aimée de Neptune et par lui mère de la nymphe Rhodes. Diod. Sic. T. I* p. 374. Selon quelques-uns elle se fit cennoltre d'abord comme déesse, sur la côte de la Messénie. Paus. I?. 34. 2. Les Mégariens prétendoient que dans le principe elle fut adorée comme déesse marine, dans leur canton. Pans. I. 42 fin. Oh disent que les jeux isthmiques furent instituées en riumneur de Palémon. Yoyez le récit détaillé des ayentures et de * l'apothéose de Leueothée chez Nonnns , dans le neuyième et dixième liTre des Dionysiaques.

{^^*) Pheree. fr. éd. Stûrz. p. 149. ApoUod. III. 4. 4.

patrie et alla s'établir dans Pile de SardaigneC^'). Les andcDS poëtes , il est vrai , ne font aucune mention d'Aristëe , mais l'époque où le placent les traditions semble nous donner Je droit d'en faire ici quelque mention ('^'^)« D'après les détails de Diodore , Aristée fut un des premiers et des plus bienfaisants précepteurs des andeiis Grecs. Il leur enseigna la culture de l'olivier , celle des abeilles , la préparation du laitage et d'autres pratiques utiles , de sorte qu'on ne l'honora pas moins , après sa mort, que Bacdius* On raoontoit même que , tandis qu'il habitoit encore avec les hommes , sa prière suffit pour apaiser la colère des dieux et délivrer la Grèce d'une épidémie qui l'aflBigeoit. Il établit l'agriculture en Sardaigne et rendit cette lie habitable. La Sicile éprouva aussi son influence bien&isante. Il disparut enfin en Thrace , dans les environs du mont Hémus , et depuis ce temps on l'adoroft généralement en Grèce comme une puissante divinité ('^^). Les noms de Namius et ^jigréùs qu'on lui donna , ceux de ses fils , Charmus et Calltcarpus , confirment ces traditions , ou du moins l'opinion qu'on s'étoit formée de lui (***^) , tandis que les titres de Jupiter Aristée «t d'^dfpolhn Agytée , qu'on lui attribua , attestent la recon-

('«) Pans. X. 17. 3.

(S04) Biodore (T. I. p. 238) assure même qu'il prit soin de i*éducatioo de Bacchus ; mais , dans un autre e^idroit (p. 325.) , il échange les rôles. Bacchus y élèfe Aristée. M. Millier (Orchomenier^ . 348) range Aristée parmi les anciennes dirinités arcadiennes et e croît beaucoup plus ancien que la femme qu'on regardoit comme sa mère.

(^«>M Diod. Sic. T. I. p. 324, 325. Glem. Alex. Strom. YI. p. 753. 25. cf. 754. 10. Nonnns a traité en détail ses découvertes, dans le cinquième lirre de ses Dionysiaques.

('^^) Ib. Pind. 01. IX. 115. Quelques-uns yeulent lire *Aq^çai9 pour 'Aâqyça , dans l'endroit de Pausanias, VIII. 4. 1 : si l'on pou- Toit être assuré que cette leçon fut la véritable, il s'ensuivroit qu'il anrpit appris l'art de tisser àArcasi mais cela ne se fonde que sur une donjeeture.

.noîManœ de ses contemporains pour les bien£Edts dont ils lui furent redevables {^^^)*

La nature de cet ouvrage ne nous autorise pas à parler d'autres mortels déifiés, tels que Britomartis ouDictynna('^*) , Hyacinthe et sa soeur Polybëe , introduits dans le ciel par Vénus , Minerve et Diane ('^^) > Amphiaraûs , célèbre par ses oracles C^), et encore moins de ceux qui reçurent l'immortalité , sans qu'on ait jamais appris s'ils ont été déifiés (>'').

('^^) Schol. ApoU. Rhod. II. 500. Quelques-uns parlent même d*un Âristée, fils du Ciel et de la Terre, ib. ApoUonias le représente eomme disciple de Chiron, IL 520 sq, Tojez d^aillears les endroits cités par Siebelis ad Pans. YIII. 4. I.

^xo8j L*inyention des filets qu*on lui attribua, ou le conte qn*elle se j)eta dans des filets pour échapper aux poursuites de Minos , ne me parolt être que le produit d'un essai pour expliquer son nom. Diod. Sic. T. I. p. 392. cf. Strab. p. 733 fin. Elle fut une des compagnes de Diane et a même été confondue avec cette déesse, ib. cf. Corn. N. D. 34 in. Palaeph. 32. p. 72. Les Lacédémoniens, entr* autres, disoient que le temple de Britomartis qui se trouvoit cbez eux étoit un temple de Diane. Pans. III. 14. 2. La cause de cette confusion est que Diane a été appelée quelquefois Dietjnna et Laphria ou Aphea, noms qui étoient aussi propres à Britomartis. Paus. III. 24. 6. ib. IV. 31. ib. VIL 18. cf. Anton. Lib. 40. Suivant quelques-uns ce fut Diane qui lui assura le rang de déesse. Paus. IL 30. 3. Dans un antre endroit (III. 12. 7.) cet auteur fait voir que Ton eonnoissoit très bien la difierence entre Diane et Britomartis. Il j parle d*un temple de Diane et d*nn autre de Britomartis. Celle-ci fut adorée dans les lies de Crète, d*Égine, de Samos et de Céphallénie. Voyez les citations de Meursius , Creta, cap. 3.

('09) Cette fiction étoit représentée sur le marche-pied d'Apollon à Amycles. Paus. III. 19. 4.

C^) Amphiaraûs étoit plus qu*nn héros, suivant Pausanias (VIII. 2. 2.) , qui le place à côte d*flercule, d* Aristée, des Dioscnres, de Britomartis. La conclusion que cet auteur tire de Tapothéose est assez leste. Si les hommes, dit-il, ont pu être changés en dieux , il n'y a rien qui empêche de ermre que Lycaon ait été métamorphosé en loup et Niobé en rocher.

('") Comme Bolina, Famante d'Apollon. Paus. VIL 23.3. Éolé, chez les auteurs plus récents dieu des vents, n'est chez Homère ni dieu ni honmie déifié , mais une espèce de sorcier.

lie culte des HéroB a^parlienl aiiasi peu à oette époque que celui d'Esculape et des Dioscures. En général la plupart des êtres déifiés ne pourra nous occuper que dans la suite de cet ouvrage. La postérité, dégénérée de la ligueur de ses ancêtres , regardcit comme divinités les hommes des siècles primitiis , et » lorsqu'elle n'avoit plus des bienfaits à en recevoir , elle les élevoit au rang des dieux , par admiration pour leurs qualités phyfiques et trop souvent pour immortaliser leurs déprédations et leurs bolences.

Page 1