‹ Histoire de la civilisation morale et religieuse des GrecsChapitre 14 sur 29 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

QttaIHés îatellecladles et morales des dÎTÎnitei Gsôeté. Amour du beau. — Moralité. ; — ( sur la providence. — Défauts de leur manîèr< la providence. — Défaut de généralité. — Di Des opinions sur les causes 4a mal. -^ Coucli 4es anciens Grecs sur le destin. — MoZqa , Al tion primitive. — Signifie quelquefois préde; sidérée comme suite de la volonté divine. — dispositions d*ttn pouvoir suprême ^tingué et des autres dieux. — Personnification de la ports entre le destin et le pouvoir dès dieux, soin âes dieux pour manifester leurs dessei l'aTenir. <-*— Opimons sur la justice divine, par les dieux, pour les crimes compûs coni Injustice et cruauté de ces châtiments. — I dans Texercice de la justice divine. — Soin de^ les horajDues à s'aequittM^ de leurs obligatioo favorable des opinions sur la justice diyine. • croyoit plus spécialement chargées du soin d*e] Les Furies.

Qualités intel^ Pf 0U8 lirons fait oonnoltre 2 mSlles^di- P™cipalcs divinités desanci vinités. les «iédes héroïques. Aprh

général de l'extérieur et des différentes fi les de ces divinités , nous avons làdié sphère d'aotîvité repartie à chacune d'e opinions de leurs adorateurs. Il eut été parler des dieux en particulier , sans nov idée de leurs attributs extérieurs , que i facultés .intellectuelles et de leur moralil avoir examinés dbacun dans ses fonctic caractère particulier. Voilà la raison pou oru devoir interposer cet examen spécial ches générales , ayxquelles nous revenons

En rapprochant les traits que nous avons remarqué dans l'esquisse que nous Tenons de tracer, et en y ajoutant d'autres dont nous n'avons pu faire mention , nous pourrons nous former une idée de la 'manière dont les Grecs se représentoient leurs divinités considérées comme êtres intellectuels et moraux; et, lorsque nous aurons ensuite recherché quelles furent les .idées qu'on se formoit de leur manière d*agir avec les mortels, et quelle conduite ces mortels observoient envers elles , nous nous serons frayé le chemin pour déterminer quelle impression ces mêmes divinités ont pu faire effectivement sur leurs adorateurs , et par conséquent que^ ont été les rapports entre la religion et les moeurs.

Sàçene» Nous avons vu que les dieux surpassoient les

hommes en forces et en beauté , que leur pouvoir s'étendoit sur les phénomènes de la nature aussi bien que sur réconomie animale. Mais ils les surpassoient aussi en facultés intellectuelles. Homère fait souvent l'éloge de la sagesse de Jupiter , de Minerve , d'Apollon. Jupiter est le plus sage de tous les dieux et de tous les hommes ('). Il est supérieur aux autres habitants de l'Olympe , non seulement par ses forces , mais aussi par sa sagesse (^). Nous avons vu que Minerve et Yulcain sont les divinités prudefates par excellence. Galypso avoue que les dieux la surpassent en sagesse et en prudence (^). La personnification de rintelligence , l'éloge de la sagesse de Perses et de lïérée , dans la Théogonie , sont autant de preuves du prix que les Grecs attachoient à cette perfection dans leurs dieux. Mais nous avons aussi vu quelle fut la nature de la sagesse des hommes, dans ces siècles primitifs. Et, comme les dieux étoient formés sur le modèle des hommes , il ne nous parottra pas étonnant que la sagesse des

(*) Hom. IL Jy. 631. Hes. Th. 656.

{») Hom. II. iV. 355. (») Hom. Od. B. 169, 170.

4ie]ax y cQimoe oelle dés mortels , coiisistAl pow H j^upturt dans la;<3onooi98anoe des éyèaeoiiepts qiû ëtoiebl ^lEinyas daps;le«iel et çur la terre (^)f da^s une oertairie prudcnoe,' uae .adresse, qui se travertissoit souvent en finesse. et en supercherie. Nulle part la sagesse de Minerve n'est si bien caractérisée que dans les éloges qu'elle donne elle^-méme aux ruses et aux subtilités d'Ulysse : » Entre les. hommes /' diireUe,; » c'est toi- qui est le plus finr et le plus adroit; parw les divinités c'est moi (^)." r

. ..P^.iméme que les hommes , les dieux n'étoient pas toujours .sages : souvent même ils étaient simples et puérils, Jupiter y le plus sage de tous les dieux , demande l'avis d'un simple mortel pour .trouver un mpyen de se réconcilier avec son épouse , qui l'avoit abandonné h cause de certaine querelle qi^'ils avoient eue enseipable. Et, lorsque nous vojons que le conseil qui devoit rétablir la paix entre les. deux premières divinités de l'Olympe consiste dans la ruse de montrer à. Junon une poupée habillée et couverte d'un voila» pour lui faire croire que; c'était une amante de J;Upiter , ce q^i fit que Junon , toujours . pleine de soupçons , se hâta de découvrir la tête de sa prétendue rivale,^ s'aperçi^t de son erreur et devint par là plus traitable (^) , il me semble que nous pouvons avouer que les traditions ne le qédoient pas aux poètes , et que ceux'-ci u'avoieat pas à craindre de blesser le sentiment religieux de leurs compatriotes par des fictions comme celle de rOlympe entier qui éclate de rire en voyant Vulcain boiteux remplir les (Revoirs de Télégante Hébé , ou par le récit que Jupiter et Junon prirent Tirésias pour arbitra dans une querelle que nous n'oserions pas même prendre

(^) La sagesse est ordinairement caractérisée par l'expression de

savoir beaucoup, Voyez les endroits cités et IL ^* 440. La sagesse

des Sirènes est la même que celle des poètes. Elles sayent ce qui

est arrivé à Troye et dans les autres parties du monde. Od. M. 189.

(^) Hom. Od. J^. 291 sq. (^) Paus. IX. 3 in.

pour figét dfme comédie ('): Là gi^av^ Prosertriiie , |oii*- «tit avec une de , évènetiieDt qui patut d'une si grander kuportanoe qu'en crut deToir en perpétuer le souvenir par un temple el une statue ('), Saturne qui fiit' assez bon pour croire sa femme , t6rsqu*eUe lai dit qa^dfe a^oit mis au- monde un poulain (*), toutes ces'nîàîs&^ ries pouToient-elIes être prises au sëriéiix?* IPàyons» BOUS pas TU Aurore, demandani à lupitér' l'iminortalitë pour son amant » mais oïdljliant de le pr£è^ dé te préserver dès incommodités dé- la vieillesse?' Éttfin ces dieux , éi ftages et si prévoyants , sdnt-ils plus ^e dé* grands en&nls , Idrsque , pour se troibpeY les tais les au-» très , ils se karbonSlent te viSAge , aân de se i^éndre méemiuoissables ; et< quelle idée devons' nous nous former de leur perspicacité, lorsque nous vdyons qu'un moyeii aussi simple et aussi puéril suffit pour les emjpéc&er de se reconnottre ('^) ? Et , si, dans Hotnèrè, le retranébement des Grecs excite l'en vie des dieux, nous pouvons admettre comme utie tradition qui ne dément pas le génit^'^de ces siècles primitib celle que nO«^ trëuvi^ds diez ùU'atkeur plus récent , savoir qufe JupHar s^éldnna et rhabilëté d'Ériclitlionius , lorsqu'il le vit affder des (£e^aux à un Clltr(*«). r

Gn«fé.A<Mirr Mais, si les dfettx des^ Grecs rèssèmbloienf

4lll OCJUl*

à leurs adorateurs , par la simplicité et la Biûveté, ils n'étoient pas moins gais et f<^tres , ils n'a»

y) Hésiod. ap. Apollod. III. 6. 7. Là çtaestion étoit: ^éxê^fts

%m<i yviHi:»aç ij rèç âvâ^aç ijifod-a» jnàlXoT i'» vaVç tfvvsala^ cvfi./3aivo^. Tirésias pouvoit en juger , parcequ'il avoit été homme aassi bien que femme.

{») Paus. IX. 39. 2.

(^) Paus. VIII. 8. 2. La foi implicite du bon Pausanias ne lieçt pas contre Tabsurdité de ce conte. H est entraîné ici: malgré loi à l'allégorie.

('•) Je rtVLx parler de la manière dont IMane essdjoit de se soustraire aux poursuites de TAlphée, dont Par déjà parlé phis haut. Paus. TL 22. ô, (»'> Erat. Catast. 13.

Toient pas mains de WHsibHRë pourla beauté et pcmr lus jouissances que procure la poésie , ta musique et la d^nse. Nous en ayons d^ tu des exemples eu ce que nous avons dit de leurs banquets et de leurs amusementsv Lorsque Proserpine s'amuse avec une oie , il n'est pas étonnant qu'elle soit attirée dans le pi^e par son goût pour de belles fleurs ('^). La grave Minerve jeta la flûte qu'efle venoit d'inventer , parceque Fusi^e de cet instrument alléroit la régularité de ses traits (' ^). Les déesses étoient si jalouses de leur beauté qu'elles punissoient sév^ment le» mortdles qui osoient se comparer à elles sous ce rapport (' ^). Pro* terpine et Vénus se disputèrent la possesnon du bel Ado^ nis C). Certes cette sensibilité pour les charmes delà beauté alloit plus loin qu'on ne l'auroit approuvé dans des mortels. Mais Ganymède (» ^) , Phaêlhon (' 7), Oitus (' •% Hylas(*^), qui furent enlevés par des divinités éprises de leur beauté , obtinrent par là le bonbeur des immortels et quelquefois même une place parmi les halntants de l'Olympe. Junon , qui oublia les devoirs d'une mère , par aversion pour la laideur de son enfiBmt(^^) , n'étoit certainement, pas aussi excusaUe.

(»*) Hymn. Hom. IV. © sq. ef. Straib. p. 394. ^. ('^) Apollod. I. 4. 2. cf. Palaeph. incred. 48. Melanippides ap. Athen. XIY. 7. Cornutus (p. 188.) en donne une autre^ raison.

(*^) Cassiépée et les Néréides. Apollod. L 4. 3. Minerve et Méduse, ib. C^) Apollod. m. 14. 4.

[^^) Hom. II. T. 234 sq. cf. Hymn. Hom. III. 203 sq. Eratosth. Catast. 26.

(»') Hes. Th. 985 sq. ('») Hom. Od. 0- 250.

('^) ApoUod. I. 9. 19.

(^^) Hom. II. 2r. 396 sq. Yulcain se yengea de sa mère, en lui fidsant présent d'an siège ayant la faculté miraculeuse de la retenir

rdes liens indissolubles, aussitôt qu'elle y fut assise. Pans. I. 20. Peut-on se^ fâcher tout de bon contre des dieux aussi niais, même dans leurs yengeances? Et que dirons nous du peuple qui immortaliioit le souyenir de ees fictions par des monuments publics!

Moralité. Toutefois il est assez oonnu que la moralité des diyimtés greoques laisse beaucoup à désirer (^ ') . On n'a qu'à ouvrir Tlliade ou l'Odyssée , et chaque page de ces poèmes nous en offrira des exemples. Gomment qualifieroit-on le ménage où les époux se diroîent des injures aussi grossières que celles dont Jupiter et Junon se chargent mutuellement ? La déesse la plus célèbre par sa sa* gesse manque entièrement de respect à son père (^^). Jupiter lui-même oublie sa dignité et ce qu'il doit aux autres dieux, lorsque, transporté de colère, il se démène comme un furieux et chasse ses propres enfants de TOIympe. Bien que le caractère de son fils JHars lui inspire une juste indignation , il n'a cependant garde de le châtier , seulement parcequ'il est son fils (^'). L'histoire des dieux offre à tout moment des exemples d'adultères et des dérèglements les plus choquants. Jupiter ne craint pas de se

vanter de ses conquêtes dans la présence de son épou- 8e(^^) , qu'il avoit séduite , comme lesautres , avant d'avoir obtenu des parents le consentement de son union (^'). Quelle idée Csiut-il qu'on se forme du père des dieux et des hommes , lorsqu'on apprend que l'Aveuglement est sa fille ainée(^^)? Que dirons-nous de ces dieux qui se battent entr'eux , qui se moquent l'un de l'autre , qui s'accablent d'injures , et surtout de leur chef , s'amusant de ces désordres (*')? Et , lorsque nous jetons les yeux sur ces fictions absurdes qu'on trouve dans l'histoire du Ciel et de

(^') Comme àqtTij ne signifie pas vertu , il est aussi évident que Jupiter n*est pas appelé ^eây àçtçoç (Hom. II. ^• 154. S> 213.) parcequ*il est le meilleur des dieux, mais seulement parcequ'il est le plus forl et le plus puissant,

(«*) Hom. II. e. 360 sq. {^^) Hom. II. E. 890 sq.

{^^) Hom. II. S. 315 sq. (**) Ib. 296 sq.

(^^) Hom. II. T. 91 sq« Il n*est pas étonnant qu'on se soit avisé d'admettre un bon et un mauvais Jupiter , le premier père de Minerve et des Prières , l'autre père de Mars et d' Até. Eustath. ad H. p. 675. 1. 10. («') Hom. IL <P. 388.

la Terre , de Saturne et de Rhëa , il est en effet diffioilo de se défendre de Tenyio de sauver Thonneur du bon sens par le moyen de rallégorie. Homère loue la vëracitë et la fidélité de Jupiter ; Minerve , Apollon , Neptune sont souvent très sages et très raisonnables ; Vulcain s'accjuitte du devoir de la reconnoissance envers Thétis ; Latone est douce et compatissante ; Nérée est ouvert et sincère : mais quelle impression peuvent faire ces qualités louables , lorsque nous voyons la conduite de Jupiter envers Pror méthée* et lo et de Junon envers Hercule , lorsque nous voyons comme Minerve et Mercure se glorifient de leurs friponneries et de leurs parjures , lorsque nous voyons qu'Hercule , qui mérita le ciel par les services qu'il rendît aux mortels et dont on exaltoit , non sans raison , la gé« nérosité (a») , n'avoit pas hésité de ruiner une ville entière, à cause d'une princesse qu'il n^avoit pu obtenir en mari* âge , de se servir de flèches empoisonnées , ce qui chez Homère est représenté comme un crime énorme , et d'insulter ouvertement au droit des gens , violence qui fut éternisée par les monuments publics (^^): quelle impression , disons-nous , peuvent faire quelques actions louables ,

{^^) On racontoif quMl avoît , défendu la soeur de son ennemi Eurysthée (Diod. T. I. p. 258) , qu'il avoit proposé comme prix dans les jeux olympiques une simple couronne de feuilles , parce-

3 ue lui-même n'aycit exigé aucune récompense des bienfaits dont ayoit comblé le genre humain (ib. p. 260.). Chez Plutarque (Thés. T. I. p. 14. éd. Keisk.) il se condamne lui-même à Tesclarage, pour expier le meurtre d'Iphitus. Diodore, qui d'ailleurs est le panégyriste constant d'Hercule, diminue un peu le prix de s%% faits d*armes, en disant qu'il poursuivit les bétes féroces , par suit6 de l'aTersioa qu'il en aroit conçue , lorsque Junon envoya des serpents pour l'étouffer dans le berceau. T. I. p. 263.

(*^) Paus. IX, 25. 4. Hercule ç^voxoXéçfjç, parcequ'il avoit coupé les nez aux ambassadeurs des Orehoméniens , qui venoient fixiger le tribut ordinaire que les Thébains étoient obligés de leur payer. Nous ne parlons pas maintenant de son intempérance et de sa voracité, célébrées à l'envi par toute l'antiquité. Voyez les endroit$ cités plus haut, T. I. p. 125. not. 88, auxquels on peut ajouter Âthen. X. 1 , 2.

parmi oae foule d'injustioes et de oruaatëfl , lorsque Mars est représenté comme un homicide , Baçchus comme un ivrogne et Vénus comme une prostituée • • • U y a peu de profit dans Ténumération de ces yices et de ces crimes des divinités, qui d'ailleurs né sont que trop connus; mais, quoique nous ne puissions les voiler ni les excuser , il y a cependant ici quelques réflexions à faire , qui nous mettront en état de mieux juger de Tinfluence qu'une religion en apparence aussi peu morale a pu avoir eue sur les moeurs.

D'abord l'immoralité des dieux n'a pas pu paroitre aussi choquante aux Grecs qu'elle le doit paroitre nécessairement à quiconnoit le rapport intime entre les notions de divinité et moralité , parla raison trèssimple que ce rapport leur étoit entièrement inconnu (^ ^). Les phénomènes de la nature et les sensations et passions du coeur humain que l'homme encore sauvage et ignorant s'est accoutumé à regarder com- * me des divinités , parceque leur pouvoir surpasse le sien , ne sauroit faire naitre en lui aucune notion de moralité. Au contraire ces phénomènes ont souvent quelque chose d'arbitraire (nous parlons maintenant dans la supposition qu'on les regarde comme des personnes) , d'injuste même, et combien plus encore n'en ont les passions et les désirs ? L'essence de la divinité est le pouvoir de produire des effets qui surpassent les forces ou l'adresse de l'homme; et, comme ces effets peuvent être aussi bien nuisibles que

(*^) Yojez, à ce sujet, Heeren, Ideen» T. YI. p. 72. Bôttiger (Kunstmjthol. p. 212.) dit très bien: x>Dabei ist den Griechen die Idée, ihren Gott als Yorbild der Moral aàfzustellefi , vôllig fremd; aber eben daram konnie aucHder Nachtheil, der aus den Schwachen der Gôtter anf die Moral ihrer Yerehrer ûberging, gar nicht so bedeutend werden.** Il fait remarquer très à propos qne le diristianisme suit la route opposée. Suivant sts préceptes rhomnCe doit devpnir semblable à dieu ; il doit renoncer à tout ce qui tient au monde et à la satisfaction de ces désirs qui Téloignent du modèle de sainteté qu*il s*est proposé d'imiter. Chez les Grecs, au contraire , les dieux tiroient eux-mêmes leur plus haute perfection de * la ressemblance avec tout ce qui dans les hommes flatte les stxts.

inenfidcuints , il n'y a aucune raison de se borner à ces derniers et de n'attribuer aux dieux que le désir de faire du bien(^'). Cette manière de raisonner adùresiterla même à Tégard des dieux personnels qu'on substitua par la suite aux phénomènes et aux sensations. L'homme étant le modèle de ces nouveaux dieux , la plus haute perfection qu'on crojoit pouvoir leur attribuer étoit un degré éminent de tout ce qui rendoit un homme l'objet de l'admira* tion et de l'envie de ses semblables. Or il ne doit pas paroltre étonnant que , dans lesf siècles primitifs de la Grèce , la justice , la générosité , la tempérance n'aient pas toujoiurs ^të du nombre des qualités qu'on admiroit le plus. Et 4'ailleurs chaque dieu conservoit en grande partie les attributs qu'on avoit remarqués d'abord dans les phénomènes de la nature ou dans les sensations auxquelles on les avoit substitués. On haîssoit donc Mars et Pluton , parcequ'on faaissoit la guerre et la mort. Bacchus et Vénus étoient aouvent les causes des plus grands malheurs , pàrceque l'abus de la liqueur de l'un et les dérèglements de la passion qu'on attribuoit à l'influence de l'autre produisent souvent les désordres les plus effrayants. Il n'y eut que quelques hommes éminents qui relevèrent l'image qu'on s'étoit formée de la divinité par des traits sublimes de sagesse et de vertu, mais ces traits épars ne changeoient rien à l'ensemble de la fiction. Quelque sage , quelque généreux qu'Homère nous dépeigne quelquefois Apollon ou Minerve , ces vertiis n'étoient pas plus propres à leur nature qu'à celle du foible' mortel. La possibilité de faire du mal étoit toujours là , même aussi bien pour les dieux qu» pour les hommes ; mais , si ceux-ci avoient compris combien cela est incompatible avec la nature de dieu , ils n'auroient jamais reconnu l'autorité d'êtres aussi peu di-

. (^') Chez Homère le monstre Chimère est ^^roi^ yéitoç» Hom. n. Z.ISO, Charybdis est appelée (frce {Oà. M.23b.),Scjïkà&d*

ifavov nanéy» ib. 118.

gnes dtt nom qu'ib portoient , ou ils s'en seroient moqué , comme firent par la suite les philosophes et les poètes comiques. Le respect qu'ils avoient pour eux étoit la meilleure preuve qu'il ne leur manquoit ri^ , dans leur opinion , de ce qui pouYoit les en rendre dignes. Eocore faut-il ne pas perdre de vue la difiiérence qu'il y avoit, sous le rapport moral, entre les temps hérdîques et les siècles qui les ont suivis. Dans le siècle de Soorate et de Platon il a dû être plus facile d'entrevoir qu'un Hercule qui s'engagea avec Léprée dans un combat de voracité , ou qui , logé chez Thesti^s , donna des preuves si frappantes de sa force virile , ne sauroit être proposé pour modèle de tempérance et de retenue , que dans un temps où la voracité éloit une qualité nécessaire dans les repas , où la moitié d^un boeuf étoit la ré* compense de la valeur et où l'on n'estimoit guères les'fen»mes que comme des êtres faits pour servir les hommes ou assouvir leur brutale frénésie. Nous reviendrons à ce sujet , lorsque nous parlerons de 4'influence de la religion sur les moeurs (^*).

En second lieu , il est probable (pie plusieurs fables absurdes et dégoûtantes , telles que nous en trouvons surtout dans la Théogonie d'Hésiode , ne doivent leur origine qu'aux rapports inal compris de voyageurs touchant les coutumes ou les cérémonies religieuses d^autres peuples , ou à des métaphores poétiques qui ne prirent un caractère de réalité que parcequ'on avoit personnifié les objets à l'égard desqi^els on les avoit employées. L'histoire de Saturne nous a fourni un exemple du premier de ces cas , la généalogie des objets physiques nous offre , à chaque page , des exemples de l'autre.

En troisième lieu , il s'en faut beaucoup que les intrigues amoureuses des divinités grecques doivent être con-

(^^) £t cependant le rhéteur Caacale , frère de rhistorien Théopompe, avoit parlé da combat d'Hercule et deLéprée dans un éloge de ce héros. Voyez Athen. X. 2 fin.

màérées comme faisant partie d'une chronique scandaleuse , d'abord' paroeque les notions de chasteté et de fidélité conjugale étoient loin d'être aussi développées et aussi épurées que de nos jours ; ensuite , parceque ces intrigues ,, bien loin de pouvoir donner lieu aux suite» fâcheuses qu'elles ont souvent dans la société humaine , étoient pour la plupart considérées comme des effets de la bienveillance divine et comme des honneurs dont se glorifioient les familles qui croy oient Tes avoir reçus (^ ^) et plus souvent celles qui n'en crojoient rien. Tel préfère encore aujourd'hui rapporter son origine au bâtard d'un grand seigneur qu'au fils légitime d'un honnête bourgeois» L'intrigue de Jupiter et d'Alcmène , qui en effet est un objet digne de la plume de Boccace ou de Lafontaine , et qui a aussi été traité à l'envi par les poëtes comiques , tant romains qtie grecs , cette intrigue est chez les anciens poëtes un bien- £ût pour les dieux et les hommes (^^). On étoit si éloigné

(^') Antiope se glorifie d* avoir rqKȎ cUns les bras de Jupiter. Hom. Od. ^. 460.

(»-*) Hes. Scut. Herc. 27.

JLXXijv fA^T^v vçatye fiera çQtolv y og>ça ^«o»0*V ^u£vâoàQi ne* àX<pfjçfjai,y àqijq àkïttijqa {pvrevaij.

Le mojen dont il se servoit pour atteindre ce but est appela ^éc^ %fXa ïqyaj oeuvre divine, Diodore déclare que le motif du commerce de Jupiter avec Alcmène ne fut pas le désir de la posséder , mais celui de donner la vie à Hercule (T. I. p. 254.), quoiqu'il ajoute que ce fut une exception à la règle générale. Mais que Ton considère un moment la morale de ce récit. Jupiter, voulant'donner à ce commerce un air de légitimité {/^eXôfifyoç T^y ^^TrtyrAoxiyy ntoiAi^tuoy Tiouijaaad^ai.)^ ne voulut pas contraindre Alcmène à le recevoir, et sachant qu.'elle étoit trop sage pour asréer ses hommages de bonne Tolo9té , il la trompa en prenant la lorme de son époux. Cependant Jupiter prouva qu*il pouvoit se contenir quand il en avoit pris la ferme résolution; car, après Alcmène il n'a jamais voulu s'adresser à aucune autre mortelle, afin que son plus be} oeuvre fût aussi le dernier (ib. p. 260.). Si ces opinions sont deDi« odore ^ ou au moins plus récentes que les siècles héroïques , elles prouvent à plus forte raison ce que nous avons avancé à Tégard de celles-ci ; car la morale n*aura pas été plus pure on plus raisonnable dans ces siècles à demi-^barbares que dans ceux qui les ont suivis.

de trouver quelque chose de honteux dans ces histoires dos amours des dieux qu'on ne craignit pas de demander ouvertement à Apollon , dans son temple à Delphes , qui ëtoit la mère d'Escuiape , et Apollon se formalisa si peu de cette question qu'il daigna y répondre avec une darté qui d'ailleurs ne caractérisoit paft ses orades. Il dëdare 9nte c'était l'appaùêante Caroniè , /a fille de Phlëgyas ^ qui ^ lui ayant accordé ses dernières faveurs ^ avoitmis au monde Esculape , les délices du y enre humain {^'). Si dpnc Hercule jouissoit d'une plus grande considération paroequ'il n'étmt pas le ffls de Tépoux de sa mère , mais du père des dieuiC et des hommes , il n'étoit pas étonnant qu'une foule de héros ne fussent regardés que comme les fils adoptifs , pour ainsi dire , de leurs pères et comme les véritables rejetons de la race illustre de l'Olympe (^^)« Cette considération alloit même si loin que , dans quelques états , les bâtards des di^ux avoient le pas sur les fils l^itimes des rois , pour la succession (^^)«

Enfin y il faut toujours se rappeler que plusieurs rédts d'actions honteuses des dieux ne sont pas des traditions populaires , mais des inventions de poètes plus récents ou de soi-disants grammairiens. Et , quoique ces novateurs aient pu toigours se défendre par l'exemple qu'ils trouvoient dans les anciennes traditions , il n'en est pas moins cer» tain qu'ils ont renchéri sur l'absurdilé de ces traditions

(^^) Paus. II. 26. 6. L'orade étoit conçu en ces termes :

Jl /iéya x^QiAa fiçoj9Vq- fiXaçùv. jdeaXfiTfi^è nâdv ^ Ifiêçofoaa Koçtoylç eyl xoavay Eni^âaiçù)*

(*^ Voyez, p. e. , Paus. X. 6. I. (Test ainsi que Méléagrc, fils d'Oenëe et d*Althée, fut réputé fils de Mars. ApoUpd. I. 8. 2.

(*^) Paus. IL 34. 5. On trouve chez le même auteuf un exemple frappant de Textréme facilité arec laquelle cts récits d'intrigues amoureuses entre des dieux et des femmes mortelles ont pu naître. Augias, ditPausanias, tioii \t^ à' Éléta ÇHk^Zoq); mais, pour rendre sa naissance un peu plus illustre (ol â^ àTritaefi'fé'PovTeç rà ' h «^Tè^), on changea tout simplement ^HXêtoç en "HUoç; et voilà Augias fils du SoletL V. 1. 7.

4t'uiie man^re inexcusable (3®) , ponr ne pas dire qu^. FextraTagance d6s fables authentiques est déjà assez graiide •Mans les augmente^ par lés fictions postérieures.

Mak , lorsque nous disons que les rapports entre les notions de divinité et de moralité étoient entièrement iiïconconnus aux auciens Grecs , nous ne prétendons nullement assurer qu'ils fussent aussi dépourvus du sentiment moral pour ne pas préférer des dieux justes , généreux et sobi^s à leurs divinités souvent eruelles , passionnées et kbruties» Le sauvage respecte le grand Esprit comme jug^ de ses jetions , tandis qu'il accable ses fétiches d'injures et de coups ; ainsi le Grec rcconnoissoit l'existence d'Unb loi suprême , qu'il {daçoit autdessus des divinités imparfertes qu'it adoroit, '• . > ■

Comment expliquer autrement que les dieux , aussi ïà&n que .les hommes , se donnoient des gages de la sih* eétiié de leurs intentions et se lîoient mutuellement par des serments ( ^ ^) ? Pourquoi Irid représenteroit-elle à Neptune qu^ vaut mieux être indulgent que sévère et opiniâtre , et que les Furies embrassent toujours la cause du frère aine contre les au^es , lorsque ceux-ci lui manquent de reS'pect (*°) ? Hésiode ne déclare-t-il pas ouvertement que |bs Parques pimissent les tr|insgressions des dieux aussi bien que celles, des; hommes (^') ? Et, si nous pouvons re<*

(^^) Je ne yeux pas fatigaer inès lecteurs par des exemples de ce que j*aTance ici dans le texte. Au surplus , je les reuToie à la plupart des certes de Ftolémée et de Taetzès. On trouvera un échantiUon de ce que produit une iniagination corrompue et déréglée chez hi dernier, ad Lycophr. 212.

{^^) Som. Il; ^* 272 iff, O. 36 sq-. Dans les mythes astrono*' miques les dieux font un traité ensemble et le sanctionnent par un sacrifice et un serment solemnel. £rat. Catast. 39. Schol. Arat. 402. Nous avons tu que les dieux parjures sont punis comme les hommes. Hes. Th. 399 sq. 78 'i sq.

(.***) Hom. II. O. 203 sq.

(^') Th. 220. Aït* àvâqàif Tê ^ftâv tc ffaçatfiaaiaç^i^ijifsûau

garder comme une tradition andeoDO le récit que Ton trouve chez AntODinus Liberalis , portant qne les Par* ques et Thémis défendirent à Jupiter de tuer le téméraire qui aToit osé pénétrer dans la caTome où il a voit vu le jour , disant qu'il n'étoù pas permis qu'on mourût en ce lieu , si nous pouvons alléguer ioi ce récit , ne fpurniroitil pas une nouvelle preuve de Topimon attestée d'ailleora par lei anciens portes que Jupiter lui*méme étoît souoiif à la loi commune de la moralité (^^) ? Mais que parlonsnous des dieux « les bommes même , lorsqu'ils vouloient •'exhorter à la vertu , n'alléguoient-ils pas l'exemple de ces dieux qui se rendoient odieux par leurs défauts (^') ; et , ce -qui. est enoore plus frappant, la vertu des hommes n'est^elle pas considérée comme le modèle des dieux , loraqu*Ulysse dit au dieu du fleuve: » Un malheureux a av^M* droit à la pitié- des dieux '' (^^) « c'est à dire : :les dieux ne sont pas moins obligés d'avoir ptié d'un malheureux que les hommes. Leur pouvoir, il est vrai, semble les «flraachir de ces devoirs , «mais le mortel qui ne sauroit 4i'j > soustraire^, sans faure violence à son seniimeôt moral , i^ . comprend • pus qu'il en seroit autrement avec des êtres qui le surpassent sons tant de rapports ^ - Opioioiu des T^ovi» avons peui^tre anticipé en qudque

Grec» sur la *^ * a

proYklenee. sorte sur les réfiexious> . que nous aurons à

faire sur l'influence que les opinions religieuses des Grecs pouvoient exercer sur leurs moeurs ; mais , comme il est difficile de séparer exactement toutes les par* lies de notre sujet , il étoit presque impossible de ne pas nous engager dans quelques remarques sur le rapport entre la religion et la morale où. il eal^ question de divinités qui sont entièrement formées sur le modèle des hommes.

(*'*) Anton. Lib* 19; O^ yd^ ^ Bûyw wèràO^^ O-avtpy èâha*

C^) Hom. Il, /. 158 $({. C'est l'exemple de Platon, haï des dieox et des hommes, parceqa'il est inexorable, proposé à Aehille, poiir le détoarner de son .opiniâtreté.

(^♦) Hom. Od. E. 447 sq.

Nous TetonroouB main^nant à notre sujet , et , oomme nous avons expose les opinions des Grecs sur les qualités inteUeor tuelles et morales de leurs dieux , nous allons maintenant rendre compte des idées qu'ils se formoient de la manière dont ces dieux gouvernoient le monde et régloient le sort des humains.

Lé sentiment de dépendance de la divinité naît, pour ainsi dire , avec la * conviction de son existence , ou , pour parler plus exactement , c'est ce sentiment qui' conduit Thomme à considérer comme un être suprême Tobjet ou le phénomène dont les* effets surpas* «eut son pouvoir «t influencent son sort. Nous avons vu que^ l'intérêt et l'amour-propre sont la source la plus na* turelle de la religion. L'influence du soleil sur la nature et sur l'économie animale a été la cause du culte qu'on lui a rendu. Le fils de la nature qui sait que la semence qu'il a déposée au sein de la terre ne sauroit germer ni porter des fruits à moins que la pluie ne l'arrose , et que sa récolte ne répondra pas à ses espérances si les ouragans et les tempêtas n'épargnent ses moissons , élève involontairement ses mains vers le ciel, pour le conjurer de modifier les pluies et les vents de manière qu'ils répondent à ses Aé^ sirsl Lorsqu'il voit la. foudre qui frappe tout-à-coup le chêne majestueux et souvent avec lui l'infortuné qui avoit <dierché un. refuge sous son ombrage , son coeur lui dit que c'est une main invisible qui lance ce feu terrible et qui produit des effets que nul mortel ne sauroit ja* mais produire (^'). Une passion irrésistible se rendelle maîtresse de l'ame d'un homme d'ailleurs vertueux et le conduit-elle à une perte certaine , aussitôt son imagina-

(**) C'est encore à rimmortel interprète de la nature, Tinimitable Homère, que nous empruntons son langage:

Ilq <f' od-' VTtb nkfivijq utaTqbq Jt>6ç i^tçlTtij dçvç

*E\ aiÙTijq * ibv â^ cv^êQ €;f** ^çdaoç y oç mif ïd^vtu, *£yyifç iây * vnXtTfoç ai ^»ôç f^eydXoto neoavvéq *

"Jtt — - II. s. 414 sq.

tkm , frappée par un phénomène aussi étrange , prèle à la passion même une volonté et du pouvoir sur le ooeur de l'homme , et il cherche les moyens pour apaiser ou pour modérer sa fureur.

Or , si l'on peut attribuer de Vintelligencc et des actions volontaires aux parties de Tunivers , aux phénomènes de la nature et aux passions du coeur «humain , et s'il est possible de croire • qu'elles dirigent le sort de l'homme , on peut juger combien ce sentiment a dû être plus fort et plus dévdoppé à l'égard de ces êtres qui furent regardés comme entièrement détachés des oligets qu'on avoit d'abord ador^ eux««têmes. Ce n'étoit plus le ciel qui donnoit la pluie et le vent , ce n'étoit plus la mer qui agitoit ses flots et qui Coisoit périr les navires qui se hasardoient sur son élément, ou les conduisoit à bon port: c'étoient des êtres d'une grandeur et d'une beauté étonnantes , doués des faculté les plus admirables d^sprit et de corps , présidant à oes^ divers âéments et aux phénomènes qoi s'y formc^nt , et qui , outre les moyens que ces éléments et ces phénomènes mettaient à leur disposition , jouissoient encore d'un pouvoir étendu tant sur la nature entière que sur l'homme en particulier et qui , étant , pour ainsi dife , hommes euxmêmes et ayant leurs intérêts divers , leurs inclinations et leurs désirs , leurs aversions et leurs haines , sortoîent bien souvent de la sphère d'action qui leur avoit été d'abord assignée , et prenoient une .part très active aux affaires humaines. C'est ainfsi que se développa la' pensée d'une administration divine , bien éloignée à la vérité de ca que nous entendons par providence, mais qui 'avoit bien jdus de développement que l'idée qui se bornoit ex* clusiyement aux effets ordinaires des phénomènes physiques. U n'est pas nécessaire de répéter les preuves de la conviction qu'avoient ies^ Grecs sur l'influence des dieux sur leur sort. Le? réflexions que nous avons faites sur les fonctions spéciales de chaque divinité nous en ont offert à chaque moment.

Nous rassemblerons sous ua geul point de vue ïas résul* tais de ces réflexions , en y ajoutant ce qu6 nous ayons cru devoir réserver pour cette investigation générale.

Les dieux excrçoient d'abord une influence sur le sort des hommes par les moyens qui étoient à leur disposition , ^i vertu des fonctions particulières qui étoient assigùées à chacun d'eux.

En second lieu ils le faisoient pdr ces facultés qui leur étoient communes à tous, par leurs forces gigantesques.^ par leur indépendance des lois de la nature , par leur pou^ voir de prendre une /autre' forme , de sô rendre invisibles , de se déplacer avec une célérité incompréhensible etc. , et surtout par leur influence immédiate , non seuleYnent sur * le corps de rhomme , mais aussi sur sa volonté et ses in;dinations« Défaute de leur Mais ce qui distingue cette notion depro*

manière de se . , j. . j „

représenter la videuce divine de celle que nous nous en somproTidence. jj^^g formée d'après les lumières qui nous ont été accordées , c'est que l'influeiace des dieux n'étoit pa» . regardée comme générale et qu'elle ne pouvoit jamais être uniforme. Examinons un peu plus exactement ces deux •défauts*

Défaut de gé- Le polythéisme exclut, par sa nature, toute

idée d'un plan d'administration générale et uniforme des affaires humaines^ Quoique l'on crût que les dieux pouvoicnt agir sur la volonté aussi bien que sur lea circonstances extérieures des mortels , on ne croyoit pas qu'ils le faisoient toujours et dans toutes les occasions > et on étoit même très éloigné de penser que tout fût soumis à l'administration divine. Il y a , il est vrai, des endroits dans les poèmes d'Homère qui paroissent nous donner le droit de croire que ce poète sublime a eu devant l'esprit ridée d'une providence générale. Par exemple ce discours d'Ulysse , où il assure que la force et le bonheur des mortels dépendent des dieux , aussi bien que leur foiblesse et

leurs adyersitéi , et que leurs intentions même se règlent entièrement sur les cireonstances dans lesquelles ils sont placés par oes puissants administrateurs des affaires humaines ('*^^) > et, encore > ce passage de l'Iliade où il est dit que les désirs et les inclinations de l'homme dépendent de l'influence de la clivinité , même dans les choses les plus indifférentes (^^) : mais une foule d'endroits qu'on peut opposer à ces traits rares et peu fréquents démontrent que nous les devons plutôt au génie élevé du poète qu'à la croyance populaire. C'est ainsi que le même poète distingue très exactement les événements amenés par le pouvoir des dieux et ceux qui sont occasionnés par les hommes, lïestor , pour prouver l'utilité de sa tactique , fait remarquer que par elle on pourroit s'assurer si le mauvais succès de l'entreprise étoit une suite de la volonté des dieux ou de la lâcheté et du défaut de talent des hommes(^"). Diomède parle d'ennemis que dieu lui livreroit et d'autres qu'il pourroit atteindre lui-même (^^). Hésiode distingue les biens qu^on prend soi-même et ceux que les dieux nous accordent (^^). Apollodore ne sait pas s'il doit attribuer la réponse que donna Jason à Pélias , relativement à l'expédition des Argonautes , à Tinfluence de Junon-, ou à une pensée qui lui vint par lui-même (^ >). Béfaut d'uoi- Mais , quand même cette providence s'éten-

droit à toutes choses , quand même elle seroit géûérale , le génie .du polythéisme ne permet pas qu'elle ait jamais été uniforme. Il est souvent question des dieux , en général , il est vrai , ou de Jupiter et des dieux (^^) • Jupiter , Minerve et Apollon semblent aussi exercer une

(♦^) Hom. Od. S. 124 sq. (^^) Hom. IL A. 544.

(^») Hom. II. B. 367 sq. (^^) Hom..Il. Z. 228.

(5°) Hes. Op. 320.

("J Apollod, I. 9. 16. E'ixe êTtfX&ov aXXwç, eïrt âtà /it^v^v

(«^) p. c, Hom. n. A. 17. 11. ^. 120.

&fâv êv yévaa^ xfZra^» P. 514.

érection plus gënërale et plus étendue que les autres divinités : mais on conçoit aisément qu'il est impossible de supposer un€ direction uniforme des affaires humaines parmi un si grand nombre de dieux dont chacun a ses yues et ses intérêts particuliers , Intérêts qui souvent ne sont rien moins que conformes à la dignité et à la majesté divine. Junon s'intéresse pour les Grecs avec une animo- -sité contre leurs ennemis qui exclut toute idée d'un amour universel du genre humain (^^). Vénus menace Hélène de tout le poids de sa colère divine , si elle ne veut pas écouter la voix de l'adultère qui l'avoit enlevée (*^). Neptune craint que' la gloire du retranchement élevé par les Grecs n'obscurcisse le souvenir des murs qu'il avoit bâtis lui-même avec Apollon (^^). Or , comme chacun agissoit d'après ses vues et ses intentions , il étoit possible que ces vues et ces intentions fussent contraires les unes aux autres* L'administration des affaires humaines étoit dono non seulement pas uniforme , mais souvent contradictoire, ce qui signifie à peu près la même chose que si l'on disoit qu'elle n'existoit pas. Minerve conseille à Diomède de se retirer., avant qu'A ne survienne quelque dieu qui réveille les Troyens(*^). Et, en effet, Apollon les réveille, mais , heureusement pour Ulysse et Diomède , il vient trop tard. Apollon fait tomber le fouet de la main de Diomède : Minerve le lui rend(*^). Neptune poursuit Ulysse : Minerve le favorise. La moitié des habitants do l'Olympe défend les Grecs , l'autre moitié les Troyens. La supériorité de la sagesse et de la puissance de Jupiter qui domine les efforts particuliers de toutes les autres divinités et qui ramène tout au but qu'il s'est proposé , est entièrement l'ouvrage du poète (^'), et, cependant cette supéri-

{") Hom. II. B. 157 sq. (5*) Hom. II. T. 413 sq.

(*«) Hom. n. H. 443 sq. («^j Hom. li. K. 509 sq.

(57) Hom. II. 3^.383,390.

(^^) Le projet de Japiter, rezécution du /Éyhq â^ irtXtle'^o

orité même ne serl qu'à faire ressortir TimpréToyanoe et la foiblesse de ces êtres qui forment le conseil suprême à qui est dévolue la direction des affaires de ce monde. Et , encore , si Ton pouYoit considérer tous les autres comme des ministres subalternes de la volonté de Jupiter, ou comme des génies agissant chacun pour son compte^ mais tous soumis , en dernier ressort , à son pouvoir suprême : — mais ce pouvoir suprême est souvent contrarié par les autres , et le père des dieux et des hommes est la dupe des intrigues de son épouse et d'une passion qui oouvriroit de honte up simple mortel , si elle lui faisoit oublier ses propres projets , comme cela arriva au monarque de rOljmpe. Il fallut donc que les Grecs fussent persuadés non seulement qu'il pouvoit y avoir des dieux maîtres de £iire réussir leurs entreprises , mais qu'il y &i eut aussi bien d'autres qui s'efforçassent de les fetire éohouer , seulement parcequ'elles ne leur plaisoient pas , ou paroequ'elles étoicnt contraires aux intérêts de leurs favoris. On pouvoit même supposer qu'un dieu qui avoit embrassé le parti de quelque mortel changeât d'avis à son égard , ou que l'homme qu'il avoit contrarié d'abord reçut par la suite des marques de sa faveur (*^). Après la révolution qui rendit Jupiter maître du trône céleste , ce nouveau monarque de Tunivers étoit non moins ennemi du genre humain que des Titans qui s'étoient opposés à son âévation; et le bienfaisant Prométhée., qui avoit voulu préserver les foibles mortels des effets de son-courroux , devint lui-même l'objet de sa haine: et cependant ce même dieu fut par la suite le protecteur non seulement d'uùe infinité d^individus ^ mais de plusieurs familles et de nations entières. Mais encore , c&même Jupiter n'hésita pas de sacrifier la vie de ceux qu'il protégeoit pourattein-

fial-^ , est indiqué d*aiie manière très claire dans les eitdroits remarquables, U.Ô* 470. sq. O. 49sq. 592 sq.

(«^) Hom. IL K. 45. ^

dre l6 but qu'il s'étoit propose , ou pour avancer les iatëréts de celui qu'il fayorisoit plus que les autres. €'est lui qui , dans Homère , ranime le combat , et qui fait tomber du cid des gouttes de sang , en signe de son intention de précipiter un grand nombre de Grecs dans le sombra empire de Pluton(^^). Et que dirons-nous de ce pacte abominable entre le même dieu et son épouse *, dans le quatrième livre de llliade? Jupiter, tout en avouant qu'il ne comprend pas ce qui peut Justifier la bainc mortelle que Junoa portoit au roi Priam et à sa famille , et déclarant qu'il les chérit plus qu'aucune autre famille royale , parcequ'à Troye ses auteb ne manquoiçnt jamais de graisse ni de libations , les livre cependant à sa vengeance , sous condition qu'à son tour elle ne s'opposera pas à ses desseins , lorsqu'il voudra détruire une ville qui lui est chère , condition que Junon accepte sans hésiter , en donnant tout de suite à Jupiter le choix entre Argos, Sparte et Mycène(^').

En effet , Vulcain avoit bien raison lorsqu'il dit que les foibles mortels ne valent pas la peine qu'on trouble la joie d'un banquet de rO[ympe(^^); et Ton conçoit aisément que le malheur seul rendit quelqu'un odieux aux yeux de ses semblables , parceque c'étoit signe certain qu'il n'étoit pas aimé des dieux (^ ^). Certes , avec de telles opinions , on a pu croire , sans craintte de faire tort aux dieux , qu'ils exigeassent que leurs adorateurs arrosassent leurs autels de leur sang(^ ^), que des innocents tombassent victimes de

(«**) Hom. II. A. 52 sq. (^^) Hom. II. ^. 30 sq.

(^^) Hom. II. ji. 573. Il paroît que Jaifon lui rappelle ses propres principes , lorsqu'à son tour il prend la chose au sérieux:

*A&àvaxoif &t9V éde fiçoraïf ivtna çv^tXi^êbV* H. ^* 379.

(^^) C'est la conclusion qu*Ëole tire des malheurs d'Ulysse. Hom. Od. K. 72 8({.

(^^) Nous trottverons.plttsbasl'oeeasion de traiter cette matière plus en détail. .

la jalousie d'an des maîtres de Tanivers (^') ou de leur désir de se yenger d'un outrage qu'ils n'osoient rendre à celui dont ils Tavoient reçu(^^). Or qu'étoil-ce donc sî un dieu tuoit quelqu'un par malheur (^^); oclaneyaloit certainement pas la peine d'en parler.

Detopîoionisar Après' les réflexions qu'on vient de lire mal. on n'aura pas même besoin d'alléguer la

conviction que les dieux , comme les arbitres du sort de l'homme , permissent lé mal aussi bien qu'ils étoient les auteurs du bien , 'pou,r justifier ces plaintes amères sur la sévérité , la haine et la cruauté des dieux qu'on rencontre à chaque pas dans les ouvrages des anciens poètes (^ ') , et pour expliquer qu'on étoit d'autant

(^<) Lencîppe, qui trouva la mort par la? jalousie d'Apollon. Paus. VIII. 20 fin. Parthen. 15. Hyacinthe, qui mourut yictime de la jalousie de Zéphyre.

(*^) Apollon, qui- tua les Cyclopes, parceque Jupiter avoit foudroyé son fils Êsculape. ApoUod. III. ](0. 4. Diod. Sic. T. I. p. 315. Palamède avoit bien raison, lorsqu'il refusa d'apprendre la médecine de Chiron, selon Pliilostrate'(Heroïc. X. 1.), disant:

(^^) Comme Diane, qui tua Cenchrias par mégarde. Paus. II.

(*8) P. e.Hom. II. 5. 11 1 sq. 375 sq. Z. 282 sq. ^. 69 sq. Od. A. 234 , 244. ^. 430 sq. 457 sq. V. 210 sq. , quoiqu'il ne faut jamais oublier que les personnages qui parlent ici sont ordinairement accablés par le sentiment de leur infortune ou pénétrés d'indignation. Mais il n'est pas moins remarquable que cette liberté d'expression envers les dieux étoit toujours réunie avec la convicti* on intime de leur influence même sur les plus petites choses. Ménélas brise son épée. Il pense aussitôt à Jupiter, comme à l'auteur de tout ce qui arrive; mais il n'hésite pas de l'apostropher en ces termes :

Zev Tcàrfq , otpç àtXo &fâv èXoat^çoç àkXoç / U. 7^. 365.

n me semble qu'il n'en faut pas plus pour nous convaincre que le titre de Père^ donné à Jupiter, n'est pas équivalent à la même dénomination dans le Nouveau Testament , et que Diodore fait trop d'honneur aux anciens Grecs, lorsqu'il pense que ce nom indique le fioin de Jupiter pour le bien-être du genre humain. T. I. p. 388. Procltts (ad Hes. p. 46 vrs.) en fait même le père des orpheline.

phis porté à attribuer ses malheurs au ciel qu'ils ëtoient plus imprévus et plus accablants (^^). Cependant il ne faut pas perdre de vue la conviction dont je viens de parler. Les anciens Grecs attrîbuoieat à leurs dieux le mauvais succès d'une entreprise , sans les regarder pour cela comme des êtres malfaisants , à peu près comme nous reconnoissons la main de Dieu dans nos adversités aussi bien que dans le bonheur (^^) . Aussi la nature de chaque divinité j cenduiwrit naturellement. Apollon pouvoit donner la santé , mais il pouvoit aussi frapper par une mort imprévue. Septune pouvoit affermir les villes et les édifices , mais il pouvoit aussi les renverser par des tremblements de terre. Oinerve pouvoit donner la victoire , mais elle pouvoit aussi mettre -en fuite les armées les plus formida* blés (^')* Jupiter tient à ses côtés deux vases , où il puise le bien et le mal qu*il distribue parmi les mortels. Cependant (et voilà une preuve remarquable tant de ce sentiment tragique qui dominoit les Grecs , dès les temps les plus reculés , que de Tinsuffisance de leurs opinions sur Tadministration divine) , cependant , quoiqu'il mêle le bien avec le mal ^ jamais il ne donne le bien tout pur, comme le mal (J ^). Aussi , quoiqu'Homère représente Jupiter se plaignant de

\^^) P. e, Hom. II. <P* 523. Une maladie estToeuvre d'ans diviaité courroucée (çvyêf^ôq âaifi&yy). Od. £• 396.

(7<') P. e^ Hom. Od.^. 195. cf. Od.Jtf. 371 sq. La eonviction dont je parle est souvent exprimée d*une manière claire et précise, p. e. Od. A. 444 sq. ^. 236 sq» Jupiter et ICeptune peurent faire périr les navires.'

^Ev ToZç yàç t/Ao.ç içlv 6/iâç àya&wv re uauwy Tt* Hes. Op. 669*

Souvent ce n*est qu*une façon de parler, lorsqu'on attribue spn malheur, ou même ses erreurs , à la divinité. Ulysse, ayant oublié son manteau, dit: naqà ^' ij7taq>ë âai/ioiy» Hom* Od. ?- 488.

(7') Voyez cette réflexion chez EustatL ad 11. p. 420. 1. 40. cf. p. 996 in. ad Od. p. 786. 1. 50. Schol. Hom. II. T. 68. C*est absi qQ*Hésiode admet une bonne et une mauvaise Émulation, une bonne et une mauvaise Renoinmée. Op. 15 sq. cf. 18 , 761 sq.

(^^) Hom. 11. /2* 527 sq. Je crois au moins que c'est là le sens des paroles du poëte.

TiDJostioe des morlds qui donnoient aux dieux la iante des eflfeto de leurs propres iniquités ('^) » cependant on trouve des exerapU^s assez fréquents de consolations tirées de la nécessité de se soumettre au malheur , parcequ'il- est inévitable et tiu'il est ime suite de la volonté des dieux , qui , vivant eux-mêmes heureux et contents , ont réservé pour les hommes les soins et les peines (^^).

Mais , en second lieu , toutes les divinités n'étoient pas également portées à la sévérité. Quelle difiérence , sous ce rapport » entre Minerve , Gérés , Bacchus » Mercure , Yulcain , d'un côté , et Pluton , Mars , Até , Typhon et les Kères ou déesses de la mort , de l'autre ('^) !

Les Grecs , il est vrai , n*ont jamais connu le dualisme des peuples orientaux (^^) , mais , en comparaison de Typhoa et d'Até , les autres divinités sont en e£fet des êtres bien-

{^^) Hom. Od. -^. 32 sq.

(^♦) Hom. II. /i. 522 Sf{. àlyta r J^i^çr^ç

'£v &Vfiâ naraxeZa&a* iàaofttv , àx'^ifj^tvoi Vëo. O^ ydç T>ç ^çf£»Ç Tgiltvap xçveçoio yoo^o* *'i2ç yà^ iurêuiaaavvo ê'tol âetloZat fiçovoZa* , Ztaëiv àx'i'VfiéifObç ' avvol ai t* àx'^âéêç tloU

Quelle sombre idée ne renferment pas ces paroles (Hymn. Hom. IV. 147sq.); pu hxkï soufirir les malheurs que les dieux nous entoient, puisqu'ils sont les plus forts.** Un peu plus loin (ts. 217.) le dernier hémistiche est conçu en ces termes: iTrl yàç ^tfybç çtièxéi^^ »(ZTtu» ^Puisque le joug nous a été imposé.** cf. Hymn. Hom. 1. 189 sq. et les endroits cités par Ruhnkenius ad vs. 147.

(^') Voyez surtout la description de ces dernières , Hes. Sent. Berc. 248 sq. 263. On inventa par la suite une sorte de spectres , Lamia, Gkyrgo, Éphialtès, Mormolyce (voyez Strab. p. 32. B, <f. Eustath, ad Od. p. 439. 1. 10.). Voyez , à Pégard de la différenee dont je parle , Eustath. ad II. p. 1265. 1. 20. H y a des dieux qui se .touent entièrement au bonheur des mortels, comme Leucoihée. Eustathe (ad Od. p. 235. 1. 20.) dit qu'elle eut pitié d*Ulysse , pareequ'elle avait été homme elle-même. C*est bien trouvé, mais il est plus juste de dire qn*en sauvant Ulysse elle ne fit que s'acquitter des devoirs de sa charge.

(^^) Voyez, à èet égard, Buttmann, Mythologus* T. II. p. 25 sq.

faisants (^^); et, quoique les exemples de haine et de persécution ne manquent pas dans les anciens poètes , on y trouve aussi plusieurs preuves d'une amitîë sincère des dieux envers les hommes , même sans compter les bienfaits que chacun d'eux leur accordoit selon la nature de ses foncti^ ons particulières. Junon favorise Achille et Agamemnon('®). Uinerve est toujours à côté des héros les plus oélèbres des siècles héroïques , Hercule , Thésée, Tydée» Bellérophon , Diomède , Achille, Ulysse. L'Uiàde entière est une preuve du soin que prend Jupiter de Ilionneur d'Achille. Yulcain protège les fils de son prêtre , par amitié pour leur père. Minerve prend soin de l'éducation d'Érechlhée (^^) , Cérès de <5elle de Démophon(*®). Vénus protège Enée. Neptune &it un rairade pour Thésée, pour donner à Minos une preuve édatante de son amour paternel (^'). Combien de héros qui, abandonnés parleurs parents dans leur enfance , éprouvèrent la bonté divine qui leur envoya quelque animal sauvage pour les nourrir et pour les protéger contre les dangers auxquels ils étoient exposés (^^). Les exemples ne manquent pas du soin par-

(^^) Ceux qui donnent le bien, â&T'^çêç Umv. Ainsi les vents nuisibles sont enfimts de Typhon, les autres des dieux. Hes. Th. 871 w{.

f ») Hom. II. d. 196. (^^) Hom. IL B. 548.

(*^) Hymn. Hom. lY. Voyez aussi l'histoire du fils du roi Plemnis , le seul qui lui resta de tons 9tn en£uits , qui moururent Tnn après Tantre, et dont Cérès daigna prendre som ponr le garantir d*nn sort semblable. Pans. II. 5 fin.

(«ï) Paus. I. 17. 3.

(^^) Il faut cependant avouer qu'il paroit <pie le désir du mer*veilleux a souvent plus.contribué à l'invention de ees fictions que la eonvietion du soin de la divinité pour le genre humain. Atalante et Paris furent nourris par une ourse (ApoUod. III. 9. 2. ib. 12. 5.), Téléphus par une biche, Esculape et Jupiter lui-même par Une ehèvre (Pans. II. 26. 4.), Hercule par une chatte (Eust. ad II. p. 1239. 1. 30.) ^Pélias^par une jument, Égisthe par une chèvre, Pindare par des abeilles, Nélée par une chienne (i£lian. Y. H. XII. 42, 45. XIII. 1. Sch'ol. Hom. II. JT. 334.). Beméme, chez les Barbares , Sémiramis lut élevée par une colombe, Romains et Ré-

tioulîer qae les dieux daignoient prendre des animaiix mêmes (•*).

Coûclusion. Mais » encore une fois , tout cela ne prouve que le soin que prennent les dieux du sort de quelques individus; et la protection même qu'ils accordent à des villes ou à des nations entières est toujours marquée par une faveur spéciale , et souvent par une grande par» tialité , pour ne pas dire qu'elle est souvent plus motivée par l'intérêt des dieu^ mêmes que par le bien-être de ceux qui en sont les objets. Les dieux partageoient entf'eux la terre, afin que chacun eût une part des hommages de ses habitants (® ^). Ils se disputoient entr'eux les plus beaux pays et tàchoient d'en séduire les habitants par des promesses et des bienfaits (*';. Quelquefois les dieux, qui avoient été oubliés dans le partage firent sortir des iles du fond de la mer, pour ne pas être privés de leur part ('^). Chez Homère Jupiter est le seul qui paroisse s'intéresser plus généralement au sort des humains et dont la partialité n'est pas si grande pour une nation ou pour une personne qu'elle exclue toutes les autres de ses soins paternels. Quoiqu'il s'intéresse pour Achille , il a cependant pitié d'Hector ("^). Il ne hait point Patrocle, quoicpi'il aime Sarpédon(*®).

mus par une louve, Cyrus par une chienne. On aUoitmêmesi loin qu*on racontoit qu^Acrisius ayoit été mi* au monde par une onrse, Ëustath. ad Od. p. 834. 1. 40 fin.

("^) P. e. la fable d*Halcjoné , pour laquelle Jupiter ordonna qu'une fois au moins par année le beau temps se maintiendroit pendant quinze jours consécutifs , pour lui donner le temps de couver ses oeufs. Schol. ApoU. Rhod. 1086.

(«4) Herod. VIII. 55. ApoUod. III. 14iiï. — *V aïç lê^éXXoy

tXf*"^ Tt/*àç iâiaç i'xaçoç»

(^^) Voyez des exemples de ces querelles, p. e. entre Minerve et Neptune, au sujet de Trézène^ Paus. IL 30.6, entré le Soleil et Neptune, au sujet de CorinUie , ib. II. 1. 6, entre Junon et Neptune, au sujet de TArgolide, ib. II. 15. 5. On en conservoit le souvenir par des monuments publics , ib. I. 24. 3 , 5. ib. 26. 6. cf* 27. 2. (8<^) Pind. 01. VIL 100 sq.

(«^) Hom. II. Z. 318. P. 201 sq.

(»») Hom. II. P. 270 sq.

Il s'intéresse également pour Ajax et pour Hector (" ^) . Et néanmoins Jnpiter , le dieu de tous les Grecs (Panelleni- U8)(^°), est encore si éloigné d'une Providence générale et uniforme , qui d'un amour égal et impartial embrasse tout le genre humain , que le polythéisme est éloigné de la doctrine d'un seul Dieu , monarque suprême de Tunivers(^'). Le dieu, qui, pour honorer la mémoire d'un seul objet de sa tendresse , pouvoil permettre qu'une foule de combattants s'entr'égorgeassent sur son corps (^*) , he méritoit certainement pas même le nom de Dieu de tous les Grecs , et bien moins encore celui de Père de tous les humains. Hais aussi éloit-il impossible que les dieux des Grecs , qui ressembloient entièrement à leurs adorateurs et dont la société étoit Timage fidèle des états grecs , n'aimassent et ne haïssent avec la même vivacité que les Grecs eux-mêmes , et qu'ils n'administrassent les affaires humaines chacun selon ses intérêts et son bon plaisir. Quant à la manière dont leurs adorateurs dévoient ïes envisager , la même réflexion .que nous avons faite sur la moralité des dieux pourra nous servir à nous tranquiliser sur les suites fâcheuses que des idées aussi imparfaites à l'égard des dieux et de la providence pourroient avoir sur le coeur de Thomme. En effet les Grecs n'avoient aucune raison de se plaindre de leurs dieux. Us étoient Toeuvre de leur esprit. Tout en avouant leurs défauts 9 leur partialité', leur inconstance, ils étoient persuadés que o'étoient eux qui pouvoient pourvoir

\C9) Hom. II. Jï. 280.

(^®) On veut qu*Éacus lui eut déjà offert des sacrifices , Paus. I. 44.13.

(^') La conyiction de la partialité de Jupiter est «exprimée d'une manière naïve dans la prière des Grecs, ayant le combat d'Ajax et d'Hector : »Q notre Père Jupiter ," dirent-ils , en élevant les yeux ^u ciel, »donne à Ajax la victoire et une gloire immortelle ; mais, si tu aimes aussi Hector et si tu prends ég^alemeot soin de lui, accorde alors la force et l'konneur à l'un et à l'autre I " Hom. II. ff- 202 sq*

(^*) Hom. IL 11. 567 sq.

à leun besoins et satisfaire leurs déûn» OoMiaiit leur» passions et leurs yioes, paroequ'iis ne oomprenoîent pas la possibilité qu'ils n'en eussent pas , ils ne Toy oient en eux que des éires puissants et immortels , jouissant d'un bon-* beur intarissable , délivrés des soins de leur subsistance , doués de forces sumatureUes et élevés au-dessus des caprioes de rinconstante fortune, Cétoient à eux , ils le sa* Toient , que le foible mortel , soumis à toutes les peines et à toutes les vicissitudes de sa vie , devoit adresser se» voeux , s'il désiroit que sa récolte répondit à ses espéran* ces f qu*il remportât la victoire sur ses ennemis , que se» possessions , exposées dans un frile esquif à la fureur des tempêtes et des orages, parvinssent saines et sauves à leur . destination ; et , si la multitude de» êtres dont il devoit reconnoUre le pouvoir Tembarrassoit quelquefois et l'oUigeoit à multiplier ses hommages , cet inconvénient avoit encore ses avantages , puisque , dâespérant d'obtenir la faveur d'un de se» maîtres , il avoit toujours la consolation de pouvoir espérer qu'il fut assez heureux pour intéresser quelque autre en sa faveur (^^). Et « faut-il lo dire, quelle est la nation, même parmi celles qui sontédiûrées par la meHleure de toutes les religions , qui sait s'élever entièrement jusqu'à la notion, d'une providence générale , impartiale , embrassant d'un amour~ égal toute» les parties de l'univers et tous les peuples de k terre ? Quelle est la nation , en état de se débarrasser entièrement du préjugé de croire que la Divinité prend nn soin particulier de ses intérêts et qui n'exige pas en effet pour soi cette même partialité qu'elle désapprouve en principe? Quelle est la nation o& le Dieu du ciel et de la terre ne

(^^) Paris tâché de coasder Aélède sur sa défaite, en loi r^résentant que , si Ménélas venoit de remporter la victoire par la &- Teur de Minerve, il ne désespéroii pas deleyaincrfiàsontoor, parcequ'il avoit aussi se$ dieux qui le ÊiTorisoient (mra^ yà^ ^<W «►a» x«i ij^zv, Hom. II. r. 440 sq.).

devient âoQTeiit le Dieu d'Abrtham , dlsaâo et de Jacob , ou même le Jupiter-Panellenius ou Gapitolinus des anciens? Opînioni des On a cru que les Grecs , sentant combien

ancieDs Grec» j. /» • .^

sur le destin, l^^rs dieux étoient peu propres à gouverner

le monde, avoient ^imaginé une administration suprême , placée au-dessus des dieux mêmes , et que c'est, cette administration qu^ls ont appelée le Dedtin; Voyons à quel point cette opinion est soutenable, Mùïoa. Aiaa Les anciens poêtes font souTcut usage dcs exr

etc. Siçnifîcati- , ^ ^ ? j / / ^

On primitiye. pressious [AOiçecj aiaa^ Tù nfnQwiiéyoy (part,

sort^ ce qui appartient à quelqu'un ou ce qut lut est destiné ou assigné). Ainsi les dieux ont assigné à chaque mortel une certaine portion de sommeil , c'est à diire ^ d'après l'ordonnance des dieux, chaque mortel a besoin de dormir pendant quelque temps (^^). Ainsi iaùXqu signi^ fie souvent tout simplement le sort d'un homme , ce qui lui arrive (^^). De même mn^iihov{^^) , eifiuQfiépap (^'). KjxKfj altsfi ne signifie quelquefois autre chose que par malheur, defnauvaise^heurei^^^).

(9^) Hom. Od. T. 591.

*jàXX' ê fàq Ttoiç ïçi^v àvTfysç ^fifiivat altif '/âif&çétTraç * inl ydç to» éxàçm fiotçav t&fjHai>

(»*) Hom. II. S. 120.

cf. Hes. Op. 745. • dAo^ yàç in^ oférSt fioîça x^Tt'XTa*.

^ («»«) Hom. H. r. 308.

Zêvç f&iv Tfov Toye oïâê huI à&âyarop -B-fol aXXo* ,

C'est encore plus éyideat où ICeptune s'appelle ia6/ioçoç et 6/*^ ^TêTf^w/ihoç aXaji de Jupiter. II. O. 209.

{^7} Ulysse dit , dans la tempête qui rayoit accablé , Od. i:. 312 :

Nvif ai fift XfvyaXi^ ^avàrm tkfiaçro àX&iftu»

Ce qui signifie absolument la même chose^qve ce qu'il aroit dit un moment auparavant ^ ys. 305:

• •— iriîy féok aaç aîvevq oXe&goç»

(^«) Hom. 11. E. 209.

Ta ^a naxy aXati à^b TraaadXs dyxiXa to^ol Ainsi a*(ri7 iv dçyaXéfi , dans le malheur (II. X. 61.) ^ et rôn éij

SignUk quel* SoQTent aaisi 0C8 expresBioBS signifient ce dtetiiiatioQ. qui a ëlé fixé d'avance ('^). Polyîdus avoit

prédit à son fils Eùcbénor qu'il mourroit d'une maladie dans la maison paternelle , ou qu'il seroit tué devant Troye , sans qu*on voie qui fut l'auteur de œtte disposition ('^^)« C'est ainsi qu'on parle d'une colombe qui n'étoit pas prédestinée à être atteinte par un autour qui la poursuivoit (' ^ ')• Prêtée dit à Hénélas qu'il n'étoit pas prédestiné pour revenir dans sa patrie et revoir ses amis , avant qu'il eût sacrifié des hécatombes au fleuve Egypte (le Nil) ('^^}. Minerve ordonne à Hercule de blesser le dieu Mars , mais de se retirer aussitôt après , paroequ'il n'étoit pas prédestiné à s'emparer de ses chevaux ni de ses armes ('^^)* Il parolt , par ces exemples et par d'autres qui suivront , que ces expressions se rappoiient à des événements de tout genre , heureux et malheureux ; mais elles sont employées de préférence à l'heure delà inort (' ^^) 9 comme nous le verrons bientôt.

Cette prédestination (si j'ose ici me servir de ce terme) est ordinairement regardée comme certaine et inévitable; Hec* tor console son épouse allarmée , en disant que personne

^a uauif Jtbç aloa ^ruQfçtj , le malheur envoyé par Jupiter (Od. /• 52. cf. Od. ^•61.). jiijtâoç alaa est la part du butin (II. 2r. 327.}. jâlûi^fiov ëlvay n'est souy eut qtt*arr/9^ acetdersy p. e.

0&ia&at ivi Tqoijj. — — II. I. 245.

{^9) ninq^a^. Hom. ifl. s. 329. ("*») Hom. II. N. 666 sf{. ("^) Hom. 11.^. 493 si{, Aîa^fj^o^.

(xoa^ Hom. Od. d. 475. è yâç xoi> ttçIv /lozça cet. cf. Od. Or 117. ("») Ma^iioy. Hes. Scut. Herc. 336.

('^^) II y a même un endroit où ^<$(>0»;ioç ne signifie autre chose que morieL Apollon dit à Achille : » Tu ne me tueras pas , parceque je ne suis pas mortel , parceque je ne suis pas prédestiné à mourir." ÇEmï H%i>h fiôçai'tiôç tlijn, Hom. 11. X, 13.) Mais ce mot signifie aussi simplement <?^«/<W, </J^7yn^. Antinous dit: » Que Pénélope épouse celui, 6'ç %ty TtXeZça tto^o» xal fiéça^fioç lÈX&ok.^* Od. ^r. 392. Quelquefois fioZça est le bonheur > lorsqu'on Toppose p. e. à dfi/éo^k'tl y malhmir^ Od. T* 76.

ne le fera descendre dans l'empire de Pluton , si œ sort ne lai est réservé par sa destinée , mais que nul aussi , courageux ou timide, ne sauroit éviter son destin ('^^). Ulysse ranime le courage ,de ses compagnons de voyage , en leur assurant qu'ils ne mourront pas avant le jour fixé ('^^). Cependant cette règle a ses exceptions , ce qui probablement est cause qu'on croyoit le secours des dieux nécessaire pour amener le résultat fixé d'avance. Les anciens poètes remarquent assez souvent que tel auroitfait telle action , ou seroit tombé dans quelque malheur , contre sa destinée , si les dieux n'en eussent dirigé le fil (' ° ^) » et Ho* mère assure qu'une fois même les Grecs obtinrent cfiPectivement la victoire 9 contre leur destinée ('^®). Pour empédier quTlysse ne tuât Sarpédon , parceque . ce n'étoit pas sa destinée, Minerve détourne son attention vers les Lydens('^^). Apollon ordonne à Patrode de se retirer, parceque sa destinée ne portoit pas qu'il détruiroit la viUe de Troye(^'®). Minerve amène Hector a t^yo2^r/î;r^, c'est à dire au jour où il devoit mourir suivant sa destinée (^ * '). Ifeptune exhorte les autres dieux à sauver Énée , parceque c'étoit sa destinée , et que Jupiter prendroit en mauvaise part qu'Acfaille le tuàtC^). Le même dieu ranime le courage d^Achille , dans le combat avec le fleuve Xanthus, en lui donnant l'assurance de sa protection et de celle de

(«*»») Hom. II. Z. 486 sq. ("*) Hom. Od. K. 174 s({.

(I07) 'TTffçf^oçoy. Hom. II. T. 30. ef. 0. 517. Od. E. 436. Lorsque les Héradides, du temps de leur première expédition dans le Péloponnèse , furent accablés par une maladie pestilentielle , l'oracle déclara qu*ils avoient commencé leur entreprise, ttçô tS aiovToç. Apollod. II. 8. 2.

("•) Hom. 11. //. 780.

(»°^) Hom. II. i?. 674 sq. JlfV*/*«*-

("*») Hom. II. n. 607 sq. Alaa*

^zizj Qqui^ J}^ o. 613. Moça^fiov ^M<^Ç*

('"} Hom. II. T. 300 sq. ^^ eH ici évidemment yéç. Moq*-

Hinerre , sons Tapprobation de Jupiter , paroeqn^fl n'étoit pas prëdestmé à trouver la mort dans cette occasion (* ' ^). Jupiter envoie Mercure pour intimer à Calypso l'ordre de laisser partir Ulysse , parceque sa destinée est de retourner dans sa patrie , enrichi des présents des Phéaciens f ^). GoDsîdéréeooin- (^ passages semblent nous donner le droit

me suite de la , i ■• ..

▼olonté dîTîne. de soupçonner que ce secours des dieux est

sous-entendu dans ceux où il n'en est fait aucune mention , passages dont nous venons de citer quel* ques-uns. Ce soupçon devient presque certitude , lorsque nous voyons que dans d'autres endroits cette prédestination est en effet attribuée à la volonté des dieux. Jupiter avoit résolu que Patrocte ne prendront pas la ville de Troye , mais il Tauroit fait contre cette prédestination de Jupiter , si Apollon ne l'en eût empêché (' ' ^). Cette prédestination est souvent appelée d^iacpecrop , ordonné par les dieux (' ' ^). JujHter appelle aidsi sa résolution d'accorder la victoire à Hector , jusqu'au moment où Achille retourneroit au combat C^). Les expressions iioIqu et ctlcfa indiquent très souvent les effets de la volonté divine ^ puisqu'on les trouve jointes au mot de ^k&v , des dieux. Non seulement Hélénus alloue la volonté divine , lorsqu'il assure à Hector qu'il ne doit pas encore mourir C ') , mais la destinée même est souvent appelée destinée de Jupiter C ^). L'expression i^oïqu d'mp est presque personnifiée dans l'endroit où il est dit qu'elle avoit fixé le moment auquel Qytemnestre succomberoit à la séduction d'Égisthe {^^^), et où Ulysse assure que ce fut cette (ioXqk^ aussi bien que les crimes des prétendants de Pénélope , qui avoient causé leur

(<'») Hom. II. «P. 288. s^. Alttkikoy.

(<'^) Hom. Od. £. 41 sg. Afo^^tx. cf. 113. jûaa» ("«) Hom. n* P' 321. *T7Klq J^i^ aïaa^. ("^) P. e. Hom. Od. ^. 561 sq. 564.

("') Hom. n. ©. 477. ("») Hom. H. H. 52 sq.

("^) Hom. II. P. 321. J,bç alaa.

("^) Hom. Od. r. 269.

perte ('^')« La comparaison de plusieurs passages peut nous convainore que l'expression la destinée des dieux est synonyme de la vohrUé des dieux {^^^). Ceci devient en* eore plus évident par la fiction connue de la balance dont Jupiter se servoit pour peser le sort des nations et des combattants {^^^)* Lorsque Jupiter alloit peser le sort des Grecs et des Troyens , il avoit déjà pris la résolution dliumilier les premiers : le résultat de l'opération décrite par le poète n^est donc autre chose que Tindication des effets de cette résolution prise longtemps auparavant. Aussi la balance de Jupiter est synonyme de la volonté ou du déci^t de Jupiter {^ ^^) j et c'est principalement avec cette balance à la main qu'il est le dispensateur des chances de la guerre {^^^^y.

("«) Hom. Od. X. 413.

Jifla) ^Tn^q Jpoç alaay et vjtiç etày , p. C. Hom. 11. P> 327. La significatioii de rexpression connue vTrèç /léço'p estéridente

£ar l'endroit de TOdyssée (<«4- 34.) , où Japiter se plaint que lesommes accusent les dieux d*étre la cause des malheurs qu'ils s*at-> tirent eux-mêmes, par leurs folies; vTti^ fiS^ov y c'est à dire, au-dessus de ce qu'ils anroient du souffrir , d'après la volonté des> dieux.

("») Hom. II. 0. 69sq. cf. 72. éi^re d'aïa^Mo* ^t^aq^Axa^ mr. cf. II. X. 209 sq.

("^) Hom. 11. <^* 658. yri» yàç Jyhq îçà xàXayxa»

(i^S) Hom. II. T. 223. iivi^r nXiytia^ %&larta

Zfvç , Sot* dtfeçânmv TafAÙffq TfoÂéfAObo xêvxtxxakm

On voit par là que le sayant Heyne se trompe lorsqu''il dit, à l'égard de cette fiction : »Revocandum autem in animum JoTem fata non pro lubitu oonstitnere, sed jam constituta exquirere et examinare." Kifo n'est ici autre diose que le êort^ comme dans cet endroit de- Sophocle (Traeh. 454. ) :

VtvâtZ xaXêZaeat y nt^^ vi^ôatçnr ê xaA^. Eschyle changea dans la sxàie ces sorts en ameê{^vxa^)j qu'il représenta conmie placées dans la balance que Jupiter tenoit à la main, dans le comJbat de Memnon et d'Achille. iEschyL ap. £ustath. ad IL p. 580. 1. 40. 11 paroit que cette fiction a été imitée dans une peinture de yase dont parle MiUin , Peint, de Vas. L 19.^ 0al. MythoL Tab. CLXIY. hg. 597.

AU

Gomme tuile dei Cependant il y a d'autres endroits qui d^'/n'^oL'^^^^^ prouvent que la prédestination du sort de» prème, dUtin- hommcs dont il est si souvent question chez

Îué de celui de __ , , , -i/ •■

upiter et des Homère et chez les autres poètes dépend

eutrer dieux. j^^^gj ^^^^ pouvoir distinct de celui de Jupiter et des autres dieux. Jupiter se plaint amèrement de la destinée de son fils Sarpëdon , suivant laquelle il devoit trouver la mort sous la main de Patrocle , et Junon assuré qu'il y avoit dëjà longtemps qu'il avoit été prédestiné à ce malheur (**^). Neptune savoit qu'il pouvoit poursuivre Ulysse et lui susciter toute sorte de désastres , jus'qu'à ce qu'il fat arrivé dans File des Phéaciens , mais que sa destinée vouloit que l'arrivée dans cette Ue fût le terme de ses infortunes ('^^). En conséquence Leucothée déclare à U« lysse que Neptune , bien qu'il le hait mortellement , ne pourroit jamais ,1e tuer ('**), et Polypbème prie ce dieu , son père , d'empéchcr qu'Ulysse ne retourne, dans sa patrie , ou , si cela n^étoit pas conforme à sa destinée , de faire au moins en sorte qu'il y arrivât aussi tard que possible et qu'il perdit auparavant tous ses compagnons de voyage (^»î>).

Cependant on pourroit expliquer cette destinée comme l'effet d'une convention mutuelle des dieux ou d'une résolution de la majorité , et l'endroit cité , où Neptune , en voyant qu'Ulysse approche de l'Ile des Phéaciens , soupçonne que les autres dieux ont changé d'avis à son égard, paroit confirmer celte supposition : mais la personnification de la destinée que l'on trouve chez Homère , comme chez les autres poëtes , dont nous parlerons bientôt, et les traditions consignées par Hésiode ne nous permettent pas de douter de l'existence d'une destinée indépen-

("^) Hom. II. n. 433, 441. Hàla, îT*^ça»/*€Voy aUf,.

("') Hom. Od: JE. 286 sii. (i^») ib. 341 sa.

("^) Hom. Od. /. 530 sq.

^ante de la yolonté, des dieux* Bans ces tradttîoDs lés dieux les plus puissants lui étoient soumis. La desti* née de Saturne. portoii qu'il seroit détrôné par son fils (^ ^^), oelle de Jupiter qu'il ne pourroit vaindre les Titans sans le secours des Centimanes('^') et que le fils qui naitroit de Métis le déirôneroit à son tour('^^). Et que ces destinées ne soient pas des résolutions des autres dieux cela est évident , n'étant connues que des ditini^ tés célèbres par leur connoissance de Tavenir; Jupiter lui-même n'en eût rien su , si la Terre ne l'en eût averti. Il est clair, par ces passages , que la action de la nécessité 9 si naturelle chez le malheureux qui y trouve souvent la consolation la plus efficace dans son infortune , avoit persuadé aux ancien^ Grecs d'admettre une sorte de prédestination qui ne dépendoit aucunement de la providence divine et qui souvent même étoit placée au dessus du pouvoir des dieux (' ^ ^). Mais , comme l'origine de cette con-

('»*>) Hes. Th. 464. TfiTrçûno. cf. ApoUod. I. 1. 3. ('»') Hes. Th. 627 sq. cf. Apollod. I. 2. 1. ('^') Hes. Th. 891 sq. J?t>açTo. Yojez ^ussi la prédiction à Tégard de Thélis, Âpollod. III. 13. 5. Ces prédictions furent représentées dans la suite comme autant d'oracles, p. é. celle que les dieux ne pourroient exterminer les géants sans le secours d*im mortel. Apollod. 1. 6. 1. ToVç âè &êoZq X6y*>ov ^v , V7t6 â-fûv fièv ^17*

âiva Twv ytyàyvojy ànoXioB^au âvvda&ai, etc. On les exagéroit

encore d'une manière ridicule, p. e. dans la fable du chien qui Revoit atteindre tout ce qu*il poursuirroit, et du renard qainepoafroit être attrapé par aucun autre animal. On racontoit que , lors* qu'on eut mis aux prises ces deux animaux, Jupiter étoit dans une sii grande perplexité, par l'impossibilité d'accorder leurs destinées contradictoires , qu'il ne trouva d'autre moyen pour se tirer d'affaire que de les changer tous les deux en pierre. Apollod. II. 4. 7. Dans Eratosthène (33) il place le chien parmi les astres.

(Z33) C'est encore entièrement le langage de la nature , lorsque nous lisons : »Asius ne voulut pas abandonner ses chevaux ni leur conducteur , mais il s'approcha avec eux des vaisseaux. L'insensé ! car il étoit certain qu'il ne reviendroit jamais des vaisseaux dans la ville de Troye ! " Hom. II. -W. 110 sq. (»d' c^ i>*;Af). N'est-ce pas ainsi que nous parlons tous les jours? »C' étoit son intention , mais il ne devoit jamais l'exécuter; — eda ne pouvoit pas être ; — il étoit éerit là haut" etc.

tmMîoo est plutôt on sentiment obscur qa*une persnaskm fondée sur lo raisonnement ou sur. l'obsenration , il ne doit nullement paroitre étonnant quVîlIe ne soit pas partout égale ni uniforme , qu'elle paroit confondre quelquefois les effets de cette prédestination avec ceux de la volonté divine , et surtout que les mêmes expressions servent sou-* yent à indiquer les uns , aussi bien que les autres. Gepen* dant il ne me paroit pas impossible de déterminer les rapports entre cette' prédestination que nous appellerons h Destin , à Texemple des auteurs qui ont traité cette ma^ tière , et l'administration divine , diaprés les opinions des Grecs. Seulement il est nécessaire de ne pas perdre de vue les observations suivantes qui me semblent , pour ainsi dire , autant de ooroUaireâ du raisonnement qu'on vient de lire. .

En premier lieu le destin des anciens Grecs n'étoit pas plus une administration générale et uniforme que la provi* dence des dieux. Encore n'étoit*ce pas l'effet d'une disposition invariable et inévitable des choses humaines ou de la combinaison et de la connexion naturelle de causes et d'effets , telle que so le représentoient dans la suite les Stoïciens. G'étoit bien moins encore une suite des mouvements et de la position relative des astres , comme chez les peuples orientaux (***).

En second lieu il est évident , par les endroits cités , qu'il ne faut pas penser d'abord au destin partout où l'on trouve les mots fioiQcCf aiaa, nin^iUvov ^ iliAaqiUvov.

Enfin il est clair que le destin est bien évidemment distinct de la volonté des dieux. Il est nécessaire dé rappeler cette observation apparemment si peu. douteuse, parceque quelques auteurs se sont servis de cette supposition pour trancher net toutes les difficultés qui semblent entraver la

(id4j L'opinion d'un scholiaste qui explique ainsi le ^e«T h yévack xc^Ta» n'aura certainement pas grand poidSé Sdiol. ad Od. A* 267.

qae$tîoa concernant les rapports entre ces deux jmîssiud* ces(^**).

Personnification Hais, avant d'entreprendre de les détermide la destinée. . ^er , il est absolument nécessaire de faire connoitre un développement important de la notion de prédestination , parceque cette connoissance contribuera efficacement à faciliter la réponse à la question que nous nous sommes proposée. Il seroit certainement étonnant que les Grecs , qui , parla vivacité de leur imagination , étoient portés à personnifier tous les objets qui les environnoient et à donner à ces personnes leurs inclinations , leurs défauts , leur caractère , se fussent contentés d'un être entièrement immatériel. Ils personnifioient leurs sensations, leurs idées , et jusqu'aux situations dans lesquelles ils se trouvoient. Ils n'en pouvoient faire moins pour cette prédestination , pour ce Destin dont nous venons déparier. On se la représentoit comme une déesse , Al^aa^ MotQUy KijQ, et , d'après la licence ordinaire de ces fictions , on multiplioit son existence et on admettoit. autant de ces déesses qu'on se représentoit de situations dans lesquelles l'homme peut se trouver , d'après le sort qui lui a été destiné. C'est ainsi qu'on admettoit plusieurs Lucines et plusieurs Amours , pour exprimer les phases variables des sensations physiques dont ces divinités portoient le nom.

Je dis que cette Déesse fut appelée Aisa, Moira, Ker , puisque je suis persuadé que ce ne sont là que des noms différents d'une seule et même' déesse ('^^). Car la

( ' ^ ^) Lorsque Gornutus (1 3) appelle Jupiter la /trotça ou Eustathe (ad Od.p. 14.1.40fiii.)le même dieu Tô el/t^aç/M^i^ov ^ nom qu'il donne également à Apollon (ad II. p. 377. L 30. cf. Schol. Hom. II. T. 127.) , ce ne sont là éyidemment que des explications aUégoriques aussi absurdes que toutes les autres qu'ils nous proposent comme pour choisir, et suivant lesquelles Jupiter seroit le ciel, le soleil ^ rintelligence, Téther, Tair.

(<8tf^ On le voit par la comparaison des endroits suivants :

di«linotion qae fait Hëdode entre les Moires et lés Kb^ resC^) ne sauroit nous arrêter ici, puisque nous TOjons qu'il représente encore , comme un être séparé , le Moçoç ou le sort et qu'il admet pardessus tout une autre déesse Ker ('^*) 9 oe qui toutefois ne sont pas les seules preuves de son désir de multiplier les personnifications (' * ^) 9 tandis que , dans d'autres endroits, il ne distingue pas les Moires et les Kères plus qu'Homère , puisqu'il leur donne les mêmes noms , Clotho , Lachesis et Atropos (' ^^). Cette Moire ou déesse du destin déterminoit , dès la naissance de chaque mortel , la mesure du bien et du mal qui seroit son partage dans oette vie , aussi bien que le terme même de son existence. Les poètes désignoient cette dé-

Hom.Il. r. 127.

— . iiçfçov avr* ta TttLotTa^ âitaa ot Aïaa Hom. II. JL 209:

tSf â' &ç 9ro^» MoZça xçcctcui)

Hom. II. -W. 113!

'urfv à7tovoç4jati,v

Hom. Il, -y. 117.

Ovâè yàç êâè fiifj 'îfçaxXijoç tpvyt Kijqa ^

*AXXà i MoZo' iddf^naat. — « (»»^) Th. 217.

C') Ib. 211. M-&ço<: est ordinairement synonyme àtMotça^ p. e. Hom. II. X 486.

('^^) On en trouve une assez remarquable citée par Clericus à l'endroit cité.

(<«'') Th. 904. Âpollodore (I. 3. 1.) fait la même chose. Dansle Scutnm Hercnlis (ys. 248 sq. cf. ys. 258 sq.) Clotho, Lachesis et Atropos sont distinguées des Kères. On me dira que Tuu de ces passages aussi contradictoires est nécessairement interpolé. J*en conviens facilement; mais comme, pour choisir entr*eu:iiç, il faudra s* en rapporter à Tautorité d'un auteur plus ancien ou plus digne de foi , et que cet auteur est bien sans contredit Homère , nous en sommes encore réduits à son témoignage.

termination par Texpression d!entrettsê€r dans le fil de la vie{^^^). D'après Hécubc la Moire avoit entretissë dans le fil de la, vie d'Heotor que son corps scroit la proie des chiens ('^^). D'après la tradition, telle que l'ont conservée ApoUodore et Diodore , les Moires avoient donné à Althëe le fragment de bois dont dépendoit la vie de son fils ('^^)> D'après Pausanias un ancien auteur auroit représenté Lucine comme la déesse du destin , puisqu'il l'appelle la bonne fileuse C'**) , fiction qui n'a rien d'absurde, parcequ'on pouvoit très bien donner l'emploi de déesse du destin ou de Parque à la divinité tutélaire des femmes eu couche \ aussi ne manqua-t-on pas de donner encore plus de développement à cette idée , en fixant la prédestination du sort de l'homme non seulement au temps de la naissance , mais même à celui de la conception , puisqu'on appelait Venus , la cause de la passion qui sert à la «onservatîon de l'espèce, la plus âgée des Moires ('^^). En tout cas , ces fictions , ou celle qui représente ces déesses comme filles de la Nuit('^^), semblent plus conformes «à leur dignité et à leur pouvoir que celle que Ton trouve dans un autre passage d'Hésiode , où elles sont filles de Jupiter et de Thémis et soeurs des Heures ('^^).

('*») Hom. n. T. 127. &is<sa ol Aiaa

(ï**) Hom. IL /l. 209 sq.

(148) Apollod. I. 8. 2. Diod. Sic. T. I. p. 280. (;'^*) Paus. VIII. 21. 2. cf. Sieb. ad h. 1. Dans la suite les Moires sont accompagnées de Lucine. Anton. Lib. 19.

{»4$) Paus. I. 19. 2. ('**; Hcs. th. 217.

(^♦^) Ib. 904. Ce poète fut le premier à introduire les trois Moires ou Parqa<^, Clolho, Lachesis etAtropos, dont les noms indiquent éyidenmient rinévftabilité du sort entr^tUsé àzns le M de la vie. Les endroits d'Homère que nous avons cités prouvent que, bien que les noms soient d'origine plus récente, Tidée n'en est pas moins ancienne. Homère se sert souvent du mot iTtexkâaatfTo , et Patrocle dit (II. V. 78.) :

— àXX' ifiè iity xijç

Dans le passage Od. H» 197 je préfère la leçon alaa xataxXâ&yci'

Hais poursuivons. Les Moires ne donnoient pas seulement le bien jet le mal aux hommes ('^*) , idée qui fût étendue jusqu'aux inclinations et à la yolouté , de sorte qu'Agamemnon pût attribuer à la Hoire la faute de sa conduite peu raisonnable envers Achille (**^) , et qu'Apollon même déclara que les Moires avoient donné la pet^ tiencc aux mortels (' ^°) , mais elles contribuoient aussi à l'exécution de leurs décrets. Ce fut la Moire qui conduisit Amphius au champ de bataille , où il trouva la mort sous lé glaive d'Ajax ('**). Ce fut-elle qui engagea Tlépolème , fils d*Hercule, à attaquer le brave Sarpédon (***). Pisandre et Dioréé furent entraînés à la mort par la déesse du destin C^). Ljcaon, fils de Priam , est persuadé que c'est-elle qui Ta fait tomber dans les mains d'Aclnl^ le(^**) , et, d'après Hotaère, cefut-eDe qui fit qu^Heetor attendit Achille et s'engagea dans le combat qui devoit mettre un terme à ses exploits (^ * *). Deux Kères ou Moires conduisoient Achille au terme de son existence , l'une qui le frapperoit la première , mais qui lui apporteroit une gloire immortelle , pourvu qu'il persistât à prendre part à la guerre de Trojé , l'autre qui lui accordéroit une existence plus longue , mais ignoble et obscure , s'il re^ tournoit dans sa patrie (' ^^). Le sage Mérops , qui connoissoit l'avenir , voulut en vain détourner ses fils de leur désir d'aller prendre part à cette guerre : poussés par les Kères ils furent sourds à sa voix et rejetèrent sescon-

fiaqtVa , en omettant le vers soiTant. Alaa et naraxXœ&eç seroit une eonfusion dont on ne trouve pas d'exemple dans Homère. Voyez d'ailleurs, sur les noms des Parques, Schol. Hes. p. 179, vrs. et Corn. N. D. 13. p. 156.

(»48) Hes. Th. 219, 905. ('*^) Hom. II. T. 87 sq.

l^so) Hom. II. /2. 49. (»") Hom. D. ^. 613 sq.

(»«») Hom. II. £. 629. (»«») Hom. II. ivr. 602. J. 517.

("♦) Hom. II. *. 82 sq. ('") Hom. IL X. 5.

('^^j Hom. II./. 410 sq. On voit, par cette fiction, qu'on appelle ordinairement le destin conditionnel, que tout ne dépendoit pas de la destinée, cf. II. i^. 665 sq.

seîls ('^^). En général o*ëtoient les Këres qui menoicnt lee hommes à la mort("^), opinion si généralement reçue que leur nom étoit presque synonyme de mort (' ^^) t et que TexpressioA hair quelqu'un comme Von hait la noire Kèr avoil passé à peu près en proverbe (' ^**). Voilà aussi pourquoi <xX\ie déesse est représentée sur ie bouclier d' Achille avec des Tétements ensanglantés et occupée à tuer les combattants (' ^ ') , fiction exagérée, comme de coutume , par Tauteur plus récent du bouclier d'Hercule , où les Kères se disputent les corps des combattants qu'elles déchirent avec leurs ongles et dentelles sucent le sang('^^). Chez Hésiode les JHoires punissent les transgressions des dieux et des hommes ( ' ^ ^). Si ce passage est authentique , je crois qu'Hésiode a confondu les Moires avec les Furies , confusion dont on trouve plusieurs exemples dans la ani-

(><^) Hom. IL B. 830 sq. cf. wtf»329jq. (»•») Hom. Od. S. 207. II. B. 302.

(»5^) Hom. II. A. 360. "d'Ktvaxo Kfjqa ^éXa^yai^. cf. B. 859^ II. M, 116. Ilçàa&ey y^Ç M'^y MoZça âvatjvvfioç àfig>txàXvilitv*

et II. i?* 553. "ta â' al&à t/Jloç S-atàtoio nàXviptif*

eu IL H* 350. ■ '■ &aifdvs ai fièiaf^ véçoç dfi^exdXviiftv»

On disoit encore K-^çfq &avdToi.o , p. e. en voulant désigner une certaine manière de mourir , comme :

' fivQiui. ILiKl.326.

On ajoutoit au<si gtovoq à ntjQ , p. e. ip6ifoy nal Hijça çiç^cok ,

IL r. 6. cf. IL B. 652 , comme aussi e-dvaxoq à Moîçu .*

' toy ai uaT* oaoê EXXafie Tvootpvçtoq -O-dyaToq xal MoZga noaTMK

U. i:-82. cf. IL r. loi. K K . ^

C^o) De Paris: ^looy ydq cqiiVTtSM^ à'Jiifix^tTù Kfiqï fitXalyfi^

D* Antinous: *AvTlvooq ai fidXi^ça /leXahjj Ktiûï êotx€if»

Od, p. 500. * ("«) Hom. IL 2'. 535 sq.

('<^*) Hes. Scut. Herc. 248 sq. Les dents et les ongles éloient aussi très visibles dans l'image de la Kèr qu'on voyoit à côté de Polynice , combattant avec Ëtéocle ^ sur le coffre de Cypsélns« Paus. V. 19.1. Lycophron, oubliant entièrement l'ancienne fiction^ les représentoit comme boiteuses, pour indiquer l'issue incer- .iaiae des étènemeats. ap. Eustath. ad IL p. 675 in«

<'*^») Hes. Th. 220.

te ('^^) , mais qui a été constamment évitée par Homère. Rapports entre Après CCS réflexions il nous sera plus fapouvofr des cile , j*espère , de déterminer les rapports dieux. entre le deslin et le pouvoir des dieux.

Nous avons vu , d'abord , que les expressions connues de fiotça y alaa ne désignent pas toujours le destin , mais presqu'aussi souvent la détermination du sort de l'homme par la volonté des dieux. Ajoutons que l'expression d'entretùser est encore employée pour les dieux aussi bien que pour le destin (' ^^). Mais même , lorsque la Moire est personnifiée et par conséquent séparée des dieux, ceux-ci agissent de concert avec elle et cherchent à amener les mêmes résultats. C'est ainsi que Patrocle assure qu'Apollon et la Moire étoient la cause de sa mort (' ^^). En disant que Patrocle eût échappé à la Kèr , s'il eut voulu écouter le conseil d'Achille , il ajoute que la prudence de Jupiter surpasse toujours celle des hommes ('^^). Il est évident par là que la prudence de Jupiter l'empêcha d'échapper à la Kèr. Agamemnon rejeté la faute de son imprudence sur Jupiter et sur la déesse du destin (' ^^). Cette déesse et une autre divinité apporteroient la mort à Achille (' ^®) , et lui-même s'exprime en ces termes : » J'attendrai la Kèr, ainsi qu'il plaira à Jupiter et aux autres dieux immortels ^('«^).

Mais il arrive aussi quelquefois que les intentions des dieux et des Moires ne s'accordent pas. Or , à l'exception

('^') Philostrate , p. e., attribue aux Moires la disposition du fanal sur la côte de TËubée qui induisit en erreur les Grecs et leur fit faire naufrage. Her. X. 1 1 . Neptune liyre Tirésias aux Moires, afin qu'elles prononcent sur la peine qu'il dut subir. Eustath. ad Od. p. 407.1. 10.

Ji<y4j Hom. Od.-«^. 17. T^ ol àçtcttkùcavto &eol oïxoyâeviea^tu»

Voyez d'autres exemples Od. T. 208. ^* 207. S. 579. ^* 138. Uljsse parle ici de sa vie entière et de sa mort. H. 64. T. 195.

('^«) Hom. II. n. 849. ('^^) Hom. II. JI. 686 sq.

C^O Hom. II. T. 87. ('^«) Hom, 11. T. 410. cf, 417.

[^<^») Hom.Il. -2*. 115sq.

d^un seul passage que je citerai tout-à-l'heure , c'est la doctrine constante de l'Iliade et de FOdyssée que le pou* Toir des Moires est subordonne à celui de Jupiter et des autres dieux. Jupiter les empêche de faire mourir Sarpédon , dans son combat avec Tlépolème('^^) et dans l'attaque sur le retranchement des Grecs C *) , et il Tauroit pu faire une troisième fois dans son combat contre Pa* trocle (' 7*). Neptune , en encourageant les dieux à venir au secours d'Achille , ajoute : }> Après cela qu'il subisse le sort que la Moire a entretissé dans le fil de sa vie '^("^*). Par conséquent la Moire ne pouvoit lui faire du mal qu^au^ tant que Neptune et les autres dieux vouloient bien le permettre. Vénus éloigne les Kères de Paris (*^*). D'après Hésiode les Moires tenoient même leur pouvoir.de Jupiter ('^^), ce qui est conforme à la tradition des Arcadiens , suivant laquelle Jupiter envoya les Moires, comme des déesses soumises à ses ordres , à Cérès , pour apaiser sa colère (*^^). Neptune s'étonne de ce qu'Énée ose combattre Achille , celui-ci étant plus favorisé des dieux , de sorte qu'il auroit pu arriver qu'Énée fût vaincu , même contre sa destinée ('^^). Mais aussi, d'après toutes les preuves que nous fournissent les auteurs de la haute opi* nion qu'on avoit du pouvoir des dieux , on ne sauroit douter qu'on ne leur attribuât celui de sauver quelqu'un du trépas (' ^ ® ) ou de le faire mourir (* ^ ^).

(»7o) Hom. II. jP. 662.

(«7') Hom. II. M. 402. ('71) flom. II. //. 433 sa. i^^^) Hom. II. T. 127 sq. cf. Od. IT. 191—197. (»74) Hom. II. ^. 10 sq. (^^s) Hes. Th. 904. {^76) paus. VIII. 42. 2. ('^7) Hom. II. T. 332 sq. (<7d) Les Grecs prioient les dieux de les garantir de la mort > dans le combat qu'ils alloient livrer aux Troyens , Hom. II. B. 400

Ji79j Hom. II. S» 464.-^ to» yà^ ça ê-(ol fiàXëvaat/ oXe&çov.^

Od. r. 241. àXXà ol 'ijâfi

0çàaàavT^ à&ayaTOt> ^di^aToy xat Kij(>a /j^éXatvav.

B n'7 a qa*UQ endroit, aToas-nous dît, qui senjbhr inaTor le ooniraire de cette noaoière d'eoYÎKiger les ra{H ports entre le pouvoir de0 Moires et eelui des autres dîn^ nitos. Dans TOdyssée IHinenre assure qu'une fois que la Moire s'est saisie de quelqu^n , les dieux méques ne sont pas en état de le garantir do trépas (' *^^)* Les traditiona de Tantiquité offrent plusieurs preuves qui attestent que cette opinion étoit assez commune. On racontoit qu*Apol* km dût prier les Moires d'aoeorder la vie à Aloeste , ai un autre voulut subir la mort à sa place , au moment qui avoit élé fixé comme le terme de sa vie (' * '} , et que lea Moires retinrent mène le braa de Jupiter , lorsqu'il voulut ebfttier les audacieux qui avoient osé pénétrer dans sa grotte (' *^). L'bistoire du Ciel , de Saturne et de Jupiter, dans la Théogonie , plusieurs traditions qui font le sujet dee chefiMl'oeuvre de la Muse tragique d'Athènes , dea événements même qui appartiennent entièrement à llûstmre , rapportés par Hérodote et d'autres auteurs , ren* fiarment la même doctrine , .comme nous le verrons dans la suites Mats l'endroit cité de l'Odyssée est la seule preuve que nous en trouvons dans Homère. Je crois donc que > quoique les nombreux exemples qu'on trouve de cette opinion chez les autres . auteurs semblent nous donner le droit de croire qu'elle existât dès les temps les plus an* ciens , la contradiction directe entre oe seul passage et le. génie constant des poèmes d'Homère doit nous faire agréer l'avis de ces savants qui regardent ce passage comme interpolé ('•'); et , s'il nous est permis de ne pas nous arrêter làrdessus » nous pouvons assurer que la doctrine d'un destin inévitable auquel les dieux même sont soumis , telle que nous la trouvons dans les auteurs d'un âge plus

('.«<>) Hato. Od. -T. 236 sq.

('•^) ApoUod. I. 9. 15. Eurip, Aie.

('•^) Anton. Lib. 19.

(«•») cf. Schol. Od. r. 232.

rèoeni, .ne #e trouve pa^ encore d'après les opinipiis qu'il a suivies jdes disses ordinaires, qui peu\ tardées dans leurs desseins commi qui , en quelque sorte , dépendeni Avouons, cependant que cette les fables rapportées par Hésiode p^^tiennent \ Tépoque dont non tenant , ce, qui js^ mç semble pai que la doctrine du destin # bien chez Homère , est cepeodant très i Opinions sur le Sjais, d'après les

soin des dieux ..

pour manifbs* dieux ne se çontento] ter leurs des- ^^^ mortels , quelci

seins et pour ' t ^l

4évoiler Taye* aussi Gonnoitre leuni °"^* loient Tavenir , les \

qui les menaçoient, les détourni deuses ou de projets insensés :

^ient persuadés de l'existence d'il Il sera sans doute superflu de f£> nions étoieat la suite du désir mén désir oon^mun \ tous les hommcii ïeinenl; de l'incerUtvide et de Tii 6t par conséquent Wen excusabl; la vie agitée et parmi le9 révoluti miers siècles de leur existence (' iiuelque danger imiBioent , l'esp.' bonheur souhaité depuis longtemji d'avance l'issue d'une entrepriai tout cela rend Thomme attentif \

C*^) Homère n'est cependant pas sous ce point de yue. D*après leréi {1. 6. 2.) , elles prennent part au comi) \ de Jupiter contre Typhon (I. 6. 3.)*

- (*®«) "Hèv âè xai TÔ TTv&ia&at ^ 'A&avâ%ob f âfyXàv xë nul il

ncnt , et , comme les phénomènes physiques ont lears présages , qui , observés* par l'expérience , nous mettent en état de les prédire avec plus ou moins de fondement , il n*éloit pas étonnant qu'on s'imaginât qu'il en étoit de même pour les événements de la vie humaine ('•*). Nous ne parlons pas ici de la révél9tion immédiate de la volonté des dieut. Nous avons déjà vu , et nous verrons plus clairement dans la suite , quelles furent les idées sur le com^ merce entre les dieux et les hommes et sur les moyens dont les premiers se servoient pour faire connoître à cëux-d leur volonté ou celle d'autres divinités, pour les conseiller, les encourager , les avertir , les protéger. Ce genre de révélation n'existoit , à proprement parler , que dans les ouvrages des poètes et dans les traditions ; car , bien qu'on en reconnût la possibilité , bien qu'une imagination exaltée put croire en avoir eu des preuves sensibles , on conçoit pourtant aisément que dans la vie réelle le commerce supposé avec les dieux dût se borner en grande partie aux révélations médiates de l'avenir. Nous ne dirons pas davantage des oracles, dans cette premièrepartte de notre ouvrage, pour les raisons alléguées plus haut ('"^). Nous nous bornons donc aux avertissements que l'on croyoit recevoir des dieux , lorsqu'ils n'étoient pas en présence des mortels , en passant sous silence la manifestation immédiate de leur volonté , et la révélation traùsmise par la bouche des devins.

Rien n'étoit d'abord plus facile que de prendre les phénomènes physiques pour des indications de la volonté divine et pour des signes de l'avenir. La foudre tombant du ciel , lé tonnerre éclatant au moment où l'on avoit pris quelque résolution importante , ou que l'on commençoit

^iBa^ L'arc-en-ciel, qu* on regardoit comme un présage des orages, annonçoit aussi la guerre , à ce que l'on croyoit, Hom. II. ^* 547 sq.

(^•7) Voyez T. I. p. 324.

rexécutioti de quelque projet, ne pouvoit manquer d'attirer l'attention d^hommes avides de connoilre l'avenir et persuades- du pouvoir et delà prévoyance delà divinité. La foudre qui traversoit les airs au moment oh l'armée greo* ique s'embarqua pour l'expédition contre la ville de Troye. leur parut une marque de l'approbation de Jupiter (*••). Une pluie rougeàtre , phénomène assez connu , quoique expliqué de différentes manières par les physiciens , étoit regardé comme le précurseur d'une bataille sanglante (' ®^). Ulysse se réjouit lorsqu'il entendit le tonnerre au moment où il alloit tendre l'arc qui devoit être l'instrument de sa vengeance (*^®).

Après les phénomènes physiques il paroit qu'on a attaché de bonne heure le plus d'importance au vol et aux mouveipents de certains oiseaux. On conçoit facilement que ces animaux, qui, vivant dans les régions de l'air, semblent voisins des dieux et dont le mouvement est aussi rapide que l'apparence est souvent imprévue , aient pu être regardés comme des messagers célestes , descendus de la demeure des immortels pour annoncer leurs desseins aux habitants de la terre. Peut-^tre Caut-il expliquer de la même manière l'opinion que plusieurs divinités prenoient un soin particulier de quelque oiseau ; et cette opinion , une fois admise , a dû encore confirmer la conviction que la présence imprévue de tel oiseau fut un signe de l'approbation de la divinité qui le chérissoit (' ^ ' )•

('88) Hom. II. iî. 350 sq.

(ï«^) Hom. II. ^. 53 sq. Hes. Scut. Herc. 384 sq. Dans II. IT. 458 sq, le même signe est un hommage rendu par Jupiter à la mémoire de Sarpédon y mais ce n*en est pas moins une marque de son affliction à cause de sa mort.

(^n Hom. Od. *. 413 sq.

(■^*) C'est ainsi que rapparition de l'aigle est regardé comme un bon augure, donné par Jupiter, Hom. II. @* 247 sq. iV. 822 sq. Minerte envoie un héron à Ulysse et à Diomède , en réponse à leur prière. II. JST. 274. Porphyre (Abstin. III. 5. p. 226 fin.) émet la même opinion. Il ajoute que les oiseaux sont mieux in-

n n'est pas plus étooDant qu'on observât la cari que le vo} àm oiseaux. Ou n'a qu'à se rappeler les effets de la sur perstition , même de nos jours , et on comprendra Saciler ment que des songes, des sons imprévus ('^^} etjus<qu'aux accidents les plus simples et les plus naturels ('^^) ont pu exciter Tattention d^bommes crédules et avides d^ oonnottre l'avenin j!Ious avons déjà vu quelle étoit sujr le peuple l'influence de ces hommes éminents qui « par leurir oonnoissanoes et leur habileté, avoient acquis la réputation de sages , nous avons vu qu'i)n les regardoit entr'autres comme les interprètes de la volonté divine , et que l'expU- * cation des signes par lesquels cette volonté se manifestait , aussi bien que la prédiction de l'avenir , £aiaoit une grande partie de leur science. Pfon seulement ces. sages , lorsqu'ils avoient gagné la confiance de la multitude , pouvoient se servir de quelque signe éventuel , pour conduire à leur gré les inclinations d'une multitude .ignorante et superstitieuse (^^^) 9 mais , voyant accroître leur autorité par la

struits de la yolonté divine que les hommes, cf. Orig. e. Gels. T. I. p. 569. C. Le scholiaste d'Homère (ad II. @* 247 %^,) fait mention d'un récit où Taigle «ë montre à Jupiter lui*méme, dans la Gigantomachie. Aglaosthène (ap. Eratosth. Cata^t. 30.) place cet éyène*ment dans la Titanomachie. L'un et F autre conte prouvent combien par fois on altéroit les anciennes traditions.

e^^} ^.èç ^OOtf.

(*^^) L'éternuement, p. e., Hom. Od. P« 541 sq. et Eustath. ad 11. p. 547. 1. 20 et ad Od. p. 647 in. On trouve , dans cette époque comme dans la suivante , des exemples de présages funestes. La mort d'un roi des Phigaléens , arrivé peu de temps après qu'une statue de Cérès avoit été consumée par les flammes , étoit suffisant^ pour faire croire que cet accident avoit annoncé Tautre. Paus. VIIL5. 5.

^i94j (3'^gt ainsi qu'un aigle, blessé par up serpent qu'il tenait entre ses serres, pou voit servir un général habile, quinejugeoit pas à propos d'exposer sa gloire nouvellement acquise aux hasards d'une bataille dont Fissue lui paroissoit douteuse, en représentant à son armée que ce signe indic^uoit que souvent un ennemi vaincu pouvoit encore être dangereux* Hom. II. M. 200 ^> Voyez un autre exemple , Od. B. 146 sq. T. 524 sq. Le passereau et ses huit petits désignoient les neuf années que les Grecs dévoient passer devant Troye. Hom. II. B. 308 ^^.

orédulité même de ceux qui les ëooutoient , ils ne tardèrent paa à établir en système les signes de l'avenir. Bientôt oe n'^toit plus la même chose si la foudre se montroit de tel c6té du ciel ou d'un autre , ni si les oiseaux voloient en groupes ou séparés les uns des autres. Bientôt chaque entreprise , chaque occupation dont on vouloit connoitre rissue avoit son signe, son oiseau particulier ('^^). On idioit même si loin , comme nous Tavons déjà vu , qu'on prêtoit à ces animaux un langage intelligible pour les interprètes de la volonté divine (J-^^).

On conçoit aisément que Tincertitude de cet art conjectural ne contribuoit pas peu à multiplier les exceptions et les cautions nécessaires pour excuser ses preneurs , lorsque l'expérience prouvoit la futilité des règles de leur système ou que l'issue ne répondoit pas à leurs prédictions. Voflà pourquoi les songes étoient divisés en véritables. et en trompeurs, comme nous l'avons vu auparavant. Voilà pourquoi il étoit nécessaire de prétendre que les dieux ne vouloient pas toujours satisfaire pleinement au désir de» hommes de connoitre l'avenir ('^^), opinion à laquelle d!aillettrs le peuple lui-même n'étoit pas étranger ('^®).

Ce désir , l'amour du merveilleux et les fictions des poètes changèrent enfin les simples indications de l'avenir en

('^^) Les jours mêmes deyenoient Tun plus propre à telle occupation que Tautre. On n*a qu'à se rappeler la dernière partie des Oeuvres et Jour^ d'Hésiode. Je crois néanmoins que ce développement des superstitions dont nous parlons appartient à l'époque suivante.

(^^^) ApoUod. I. 9. 11 , 12. III. 6. 7. Ce sont les exemples de Mélampus et de Tirésias , cités plus haut.

(*^^) Le récit que Phinée fut puni par la perte de sa vue, pareequ'il avoit abusé de sa divination , pour révéler plus que les dieux n'avoisnt voulu faire connoitre , est bien évidemment une fiction j des devins eux-mêmes, pour soutenir l'autorité de leur art. Apol- / lod. I. 9, 12. Yoyez aussi l'exemple de Tirésias, ib. III. 6. 7. f

^xp8^ C'est ainsi que l'image que Pénélope vit en s^nge no pou- . voit paç lui dire si Ulysse vivoit encore» Hom. Od. ^« 836 sq*

autant de miracles (^^^). C'est ainsi qu'on racontoit que les peaux des boeufs du Soleil , tués par les compagnons d'Ulysse , se mirent en mouvement d'elles-mêmes , et que leur chair , en rôtissant , faisoit encore entendre des mugissements (**®). Les prétendants de Pénélope se réjouissoient, ignorant la mort qui les menaçbit. Aussi ne savoientils pas que pour l'oeil pénétrant du devin qui les observoit leur rire étoit un grincement affreux , que leurs yeux étoient remplis de larmes et que le sang dégoùtoit de la chair qu'ils portoient à la bouche. Théoclymène seul les vit en- Teloppés du nuage de la mort ; lui seul entendit des gémissements 'horribles qui remplissoient la demeure où ils tenoient banquet et dont les murs étoient souillés de sang , les portiques pleins de spectres effrayants (^°*).

Tous ces récits portent l'empreinte de l'époque à laquelle ils appartiennent. La grandeur future du fondateur de l'empire de Macédoine , encore esclave du roi de l'Ulyrie , fut annoncée par l'accroissement miraculeux du pain que la reine a voit la coutume de faire cuire pour lui , et ce prodige parut assez important aux yeux de ce prince pour l'engager à ordonner à son serviteur de quitter à l'instant son royaume (*®*).

Après tout cela il ne fallut pas une trop grande crédulité pour admettre la possibilité qu'au moment où ils alloient quitter ce séjour terrestre les hommes reçurent le don de prédire l'avenir (*°^), et que les dieux se servoient quelquefois des animaux (*°*) et jusques aux objets inanimés pour annoncer aux hommes le sort qui les attendoit(*°^).

Les anciens Grecs étoient donc persuadés que les dieux

(x9P^ Tèçaç, Le simple signe étoit appelé ori^^froy. £astath. ad Od. p. 172. 1. 20.

(aoo) Hom. Od. M. 394 sq. (^oi) Hom. Od. T. 345 sq.

(^^^) Herod. VIIL 137. (*«») Hom. II. n. 843 sq.

(ao4) Hom. 11. T. 404 sq. {^s) Leg chênes de Dodone.

n'avoient pas seulement un grand pouvoir sur leur destinëe , mais qu^ils la leur annonçoient aussi très souvent par des signes plus ou moins intelligibles , soit pour les consoler dans le malheur , -soit' pour les avertir des périls qui les menaçoient , soit par quelque autre motif. La persuasion en étoit si forte qu'elle les engageoit souvent à prier la divinité de leur accorder quelque indication du sort qui les attendoit(*°^). La suite de cet ouvrage nous o£frira de tout cela des preuves bien plus nombreuses que nous pourrions en donner dans ce moment. Opinions sur la Mais ces dieux qui régloient le sort des

justice divine. - . t i / ., . %,

nommes et qui leur devoiloicnt souvent la* venir, prenoient-ils aussi soin du maintien de Tordre parmi le^ mortels ; interposoient-ils aussi leur autorité , lorsque ceux-ci oublioient leurs obligations , soit envers eux , ou envers leurs semblables , lorsqu'ils commettoient des actions impies ou injustes; chàtioient-ils les méchants, et récompensoient-ils les hommes de^bien?

Nous avons déjà pu nous convaincre que les rapports entre les opinions sur la nature de dieu et le sentiment moral dévoient être à peine perceptibles chez ces peuples que l'intérêt seulement avoit engagés à voir des dieux dans les parties de l'univers , les phénomènes de la nature , lei^rs propres sensations ou dans des êtres fictifs , enfants de leur imagination , auxquels ils prêtoient leurs inclinations , leurs passions et leurs vices. Nous avons vu que le polythéisme exclut , par sa nature, toute idée d'unité et de conséquence dans l'administration des affaires humaines. Il ne scroit donc pas] difficile , même si l'examen des attributs et du caractère des divinités de la Grèce n'avoitpas déjà éclairé suffisamment ce point , de déterminer d'avance quelles auront été les idées des Grecs sur cette importante ques^

("<^) P. e. Hom. II. /i. 292 sq. 308 sq. Oà. F. 173 sq. T. 98 sq.

tion. Il se pourroit néanmoins que ce calcul nous tfonipàt , ou qu^il y eut là au moins des particularités à observer sur lesquelles nous n'ayions pas compté. Si nous avons vu qu'il rte pouvoit y avoir aucun rapport nécessaire entre les idées sur la divinilé et le sentiment moral , d'après la nature même de la croyance religieuse des Grecs , nous avons vu aussi que ce sentiment moral existoit , aussi bien chez eux que chez tous les autres mortels , et qu'il main- . tient ses droits dans le coeur du fils de la nature et sert souvent à corriger ses erreurs en religion.

Mous suivrons ici la même méthode que nous avons «uivie lorsque nous avons parlé des opinions sur la providence. Nous rassemblerons les résultats des reflétions que l'examen particulier des divinités' grecques nous a suggérées 9 et nous y ajouterons ce qui nous paf*olt être plus propre à entrer dans le coup d'oeil généifal que nous allons jeter. Sur cette matière.

Peines infligées Nous avons VU que chaque divinité prenoit

par les dieux », , , ^ . # *

pour des cri- d abord à coeur ses propres' intérêts , et mes commis qu'elle chàtioit quiconque nédigeoit de lui

contre eux-mé- * ^ ^. o o

mes. offrir des sacrifices et des libations , qui osoit

lui insulter ou désobéir à ses commandements , ou même qui se croyoit en état de régaler dans l'art auquel elle prénidoit. Nous avons vu d'ailleurs que ces châtiments étoient ordinairement conformes à la nature des fonctions et des occupations de chaque divinité en particulier. L'examen spécial de chaque divinité nous a fourni des preuves sufllsantes de ce que nous avançons ici.

Injustice et cru- Nous avons vu , en second lieu , que ces

Aulé de ces châ- - <A • ^* - a- ^

timents. châtiments étoieùt^, comme ceux mfligés par

les hommes , quelquefois équitables et proportionnés'au crime, quelquefois injustes et crueh. La, crainte, naturelle de l'homme ignorant et superstitieux pour le pouvoir invisible de la divinité , qui lui fait prendre rétendue de ce pouvoir pour la mesure de la sévérité du

châtiment qu'il pouvoit infliger , et qui le porte d'atitant plus à attribuer à la vengeance divine les malbeur&t qui Taffligent , qu'ils sont plus terribles et plus aboablants , celte crainte a souvent fait supposer que le crime du père ou du prince entraine Tinforlune des enfants ou des sujets. Hésiode a exprime cette opinion en termes très précis dan» ses Oeuvres et Jours , où la famine , la peste , là stërilité et une infinité d'autres calamités sont représentées comme des peines infligées à une nalioti entière pour les iniquités d'un seul citoyen (* ® ^) , et où il assure que la postérité du parjure partage avec lui les peines de ses forfaits (*°'). Ces idées sont pleinement confirmées par les traditions* L'armée entière des Grecs fut afiligée de la peste , parcequ'Âgamemnon avoit refusé au prêtre d'ApoUon de lui rendre sa fille (***^). Un monstre dévora les aifants de» Argiens , parceque le fruit des amoui's du même dieu avoit été mis en pièces par des chiens , et, le monstre étant tué, la peste ravagea le pays (*'^). La Grèce entière fut assujettie à une stérilité universelle , parceque Pélops avoit tué Stymphale , roi d'Areadie , mais aussi (il ne faut pas passer ce trait sous silence) l'oracle déclara que la calamité cesseroit dèà l'instant qu'jSlacus , qui surpassoit tous ses compatriotes en piété , voudroit intercéder en leur fa* VéUr (*'*). La sévérité de Crotopus , cpii mit à mort sa fille , parcequ'elle avoit agréé les vOeux d'Apollon , entfaiûa le malheur de tout son royaume. Ses états furent

(^''^) Hes. Op. 240 sq. cf. 260 sx{.

(2°») Hes. Op. 284 sq, cf. Paus. II. 18. 2.

(*^^) Hom. II. A. (aïo) Paus. I. 43.7.

(ai') Apollod. III. 12. 6. p. 253. Paus. I. 44. 13. II. 29. 6.

Isocr. £uag. (Orat. Âtt. éd. Bekk. T. II. p. 214.). ^acus

n'étoit pas seulement pieux, il étoit aussi juste. Les autres

princes de la Grèce se félicitoient de Tayolr pour arbitre dans leurs

querelles, ib. I. 39. 5. Selon Diodore (T- 1. p. 304 sq.) c'étoit une

peine pour le meurtre d*Ândrogée, ûls de Minos, et elle cessoit

partout en Grèce, à la prière d*iËacus, excepté en Atiique. cf.

ApoUod. III. 15. 8. Plut. Thés. 15.

aflSigés par la peste , et oeite oalamité ne cessa pas , même lorsqu'on eût employé le moyen indiqué par l'oracle (^'^). Les Troyens durent expier le crime de leur roi Laomédon (^ ^ ^)* Le sacrilège d'une prêtresse de Diane entraina le malheur du pays qu'elle habitoit , malheur qui ne cessa que par des sacrifices humains qu'on fut obligé de répéter chaque année (^' ^). Toutefois ce fut ici Fimpudicité qui fut punie ; mais à Calydon ce fut la chasteté d'une des vierges de cette ville qui fut la cause du malheur de tous ses habitants (^ ' ^). Une province entière dut expier la faute d'un prince qui avoit blessé la déesse Minerve, sans laconnottre (^'^). Un grand nombre d'innocents dut partager la peine que Ck>ronis seule avoit méritée (^'^), et ni le supplice du coupable ni la piété de ses parents ne purent garantir la patrie d'un fratricide des effets de la vengeance céleste (^' ")• Mais il y a plus. D'après la nature même des divinités grecques il étoit nécessaire qu'elles mêmes fussent souvent les causes des crimes qui attiroient aux mortels le courroux d'autres habitants de l'Olympe. Nous avons déjà vu que Vénus fut la cause de l'infidélité d'Hélène C"'^) , et que Mercure enseigna à son fils Autolycus la fraude et le parjure (**®). Mais nous n'avons pas besoin d'énumérer les forfaits que Vénus fit commettre aux infortunés moictels , lorsque nous voyons qu'on n'hésita pas d'assurer que Jupiter inspira à Oenée une passion incestueuse pour sa fille (^'^'), que Minerve mit à Hercule les armes à la main , pour combattre le prince qui venoit se venger d'une injure sanglante et de la violation la plus infâme du droit des gens (***). L'amour seul fut une recommandation

("^) Con. narr. 19. ("s) Diod. Sic. T. I. p. 286.

("*) Paus. VIL 19. 2. (^'s) Paus. YIL 21 in.

("<^) Paus. Vm. 28. 3.

(^'7j pind. Pyth. III. 64 sq. cf. Schol, {»»«) Paus. VIIL 53. 1. ("^) cf. Hom. Od. J. 261 sq. ("^) Hom. Od. r. 395 sq. {^^^) ApoUod. I. 8. 5. p. 38. * (*") ApoUod. IL 4. H.

assez forte auprès de Vénas pour soustraire les coupables aux supplices qu'ils avoient mérite's par leurs forfaits (***)• Défaut d'uni- Y a-t-îl bcsoin d'indiquer la conclusion na-,

formité dans . ,, , . , . t.. ,

Texercice de la turelie qu OU pcut tircr de tout ceci , qu il n y justice divine, ^y^^ p^g pl^g d'unifornaité dans l'exercice de

la justice divine que dans le soin que les dieux des Grecs prenoient des affaires humaines ? Nous avons déjà pu nous en convaincre en voyant les chastes Nymphes de Diane tour à tour poursuivies par Yâius ou exposées à la colère de leur cruelle déesse , à mesure qu'elles étoicnt plus portées à écouter les conseils et les ordres de Tune ou de Tautre. Oreste et AIcméon furent punis par les Furies pour des actions qui leur avoicnt été ordonnées par Apollon (***). Orion , après avoir reçu la mort de la main de Diane, es élevé aux d'eux par Jupiter (^^^)« Diane fit mourir Ariadne pour avoir écouté les propositions de Bacchus , avec qui Minerve et Vénus lui avoiçnt ménage une entrevue (**^). Selon Asclépiade Phinée , apnès avoir reçu son châtiment de la main de Jupiter , en reçoit un autre de celle du Soleil , parceque de deux supplices que le premier lui avoit proposés , il en avoit choisi un qui n'éloit pas du goût de celui-ci (^^^). On trouve même un

(**3) Con. narr. 10.

(aa4) Pherec. fr. 76. éd. Siurz. Eschyle a fait ressortir d* une manière frappante ce défaut d^uniformité dans Texercice de la jus-* tice divine , dans ses Eaménides.

(*^*) Pherec. fr. 35. éd. Stnrz. Palaeph. de incred. 5. Selon Ëratosthéne (Catast* 32.) Orion fut taé par la Terre, cf. Schoi. Arat. 322 et irat. 634 sq. Schol. Hom. II. ^. 486. Schol. Hom. Od. £. 121. Eustaih. ad II. p. 1212. Nicanâre dit que le scorpion qui piqua Orion étoit très petit , parceque les dieux voulurent démontrer que les plus foibles moyens leur suffisent pour châtier les mortels les pins grands et les plus puissants. Arate, quiayoitnn antre but,- en fait un monstre d*une grandeur énorme , qui, en sortant du sein de la terre , fendit les montagnes et les rochers, cf. Schol. Arat. 636 sq.

(aa<^) Pherec. ap. Schol. Od. ^. 320. cf. Pherec. fr. 59. ei Stûrz. - (»a7) Ap. Schol. Od. -W. 69. .

exemple d'une plainte portée par Junon oontre Mercure , qu'elle accuse d'homicide à cause du meurtre d'Argus , tandis que Jupiter épouse la cause de son serviteur (^^^). Hais , encore une fois , il n'y a pas besoin de prouver ce qui est une suite naturelle du polythéisme et de l'anthropomorphisme des Grecs , et dont d'ailleurs l'examen spécial des divinités grecques nous a- déjà fourni plus d'un exemple.

Soin des dieux ]|[ai» , avons-nous dit , le sentiment mo-

pour forcer les . . . , j • j ^

hommes à s'ac* >*<^1 corngea souvent les erreurs des idées quitter de leurs relioeuses. C'est le cAté favorable des opi-

obligations mu- ^ . -

taelles. Côté nioos des Grecs sur la justice divine , qui favorable des o- ^ manifeste prindpalcment dans les idées

pinions sur la t^ «^ , ■

justice diviM. qu'ils se formoient des soins que prenoient

les dieux pour forcer les hommes à s'acqnil* ter des obligation^ qu'ils avoient à remplir les uns envers les autres ; quoique , même lorsque les dieux sont représentés comme vengeant les crimes qu'on venoit de commettre contre eux-mêmes , il arrive souvent qu'ils n'étoient pas plus injustes ou cruels que toute autre divinité qoi punit l'impiété et le sacrilège d'après les règles invariables de Ift justice et de l'équité .

(***) Ap, Schol. Od. iT. 471. Il y en a peut-être parmi ces etemples qui appartiennent à des fictions d'un siècle plus récent. Mais il est évident qu*on y a bien observé le génie des anciennes traditions. ^ Telles sont aussi celles rapportées par Antoninus Liberalis, où une fille, punie par les Moires, est récompensée par Hécate et par Hercule , qui lui assigne même des honneurs divins (29), et cette autre, peut-être l'exemple le plus frappant du défaut qne nous signalons ici , on Vénus inspire à Polyphonte de Tamour pour un ours, parcequ'elle avoit préféré le. culte de Diane au sien, où Diane incite tous Us animaux féroces contre elle, parcequ'elle étoit devenue amoureuse , et où Mercure veut châtier les deux fils de cette même Polyphonte , par ordre de Jupiter , tandis que Mars les défend, qui néanmoins est enfin persuadé de donner son consente- Jnent à ce qu'ils soient métaitaorphosés en hideux oiseaux de mauvais augure (21).

Nous ne voulons pas parler maintenant d^expressions comme celle daqs le premier livre de Tlliade : » Les dieux exaucent les prières de celui qui obëit à leurs commandements "(^^^)> ni de fictions comme celles des Prières , qui récompensent .celui qui les ëcoute , mais attirent les châtiments de Jupiter sur la této du téméraire qui ose les mépriser {*^^): ces expressions et ces fictions doivent être considérées plutôt comme l'ouvrage du poëte que comme des opinions populaires , quoiqu'il soit toujours nécessaire d'avouer que l'autorité du poëte même leur donna , pour ainsi dire , l'authenticité d'articles de foi qui furent adoptés généralement parmi le peuple. Nous nous contentons de faire observer qu'on né peut pas raisonnablement refuser aux dieux grecs le droit de puni/ , par exemple , Ajax de son orgueil , qui le rendit assez hardi pour oser se vanter de se pouvoir passer du secours des dieut ^ afin d^édiapper aux périls qui le menaçoient dans le voyage qu'il alloit entreprendre (*'') J de faire éprouver à CéyxetàAloyone le juste châtiment de leur folle témérité , lorsqu'ils prirent les noms du roi et de la reine de rOl3rmpc(***), de frapper Salmonée par la foudre , qu'il avoit voulu imiter par une vanité aussi criminelle qu'insensée (^ ' ') 9 ou enfin de punir l'audace des filles de Gécrops , qui avoient osé oublier les ordres de Minerve (* * ^).

Cependant , nous le répétons , c'est principalement dans lés opinions sur le maintien de l'ordre parmi les mortels que se. manifeste l'effet salutaire de Tinfluence du sentiment moral sur les idées religieuses. La piété que les dieux exigeoient de leurs adorateurs se bornoit en grande partie à l'observance des obligations du culte , aux sacrifices , aux

(aa^) Hom. II. A. 218. (*«<>) Hom. II. /. 502 sq.

(*»') Hom. Od. J' 502 sq. (^^aj Apollod. L 7. 4.

(*»») Apillod. I. 9. 1, (>»^) IpoUod. III. 14. 6. Pans. L 18. 2.

UbalioiMi et aux autres oërëmonies religieuses (^^^); et, TU le besoiu qu'avoient ces dieux de ces marques de respect et de vënératioH , il ëtoit rare que les châtiments par lesquels ils pumVent les fautes commises à cet égard ne se ressentissent de Tintërét qu'ils y a voient eux-mêmes. Ordinairement les dieux étoient plus justes lorsqu'ils punissoient Tinjustice que lorsqu'ils poursuivoicnt les impies.

Nous passons encore sous silence ces endroits des anciens poètes qui doivent être considérés plutôt comme des preuves de leur manière d'envisager la justice divine que comme des opinions populaires à ce sujet ; cependant , lorsque nous voyons qu'Homère représente Jupiter comme la source du pouvoir judiciaire des princes (**^) , et qu'Hésiode assure à son frère que le même dieu a fait connoltre la justice aux hommes , pour les élever au-dessus des brutes , et qti'il récompense ceux qui l'exercent et punit les transgresseurs de ses lois (^^ ') » nous ne pouvons nous dispenser de croire qu'il n'a rien avancé qui ne soit conforme à la croyance populaire , puisque nous voyons Minos et Lycurgiie , Zaleucus et Gharondas autoriser leurs institutions ' par Tapprobation divine ou même prétendre qu'ils les avoieot reçues immédiatement de la main de Jupiter ou de quelque autre dieu(^^^), tandis qu'une des divinité grecques fut désignée spédalement par l'épithète de l^slatrice(*»^).

Lorsque les traditions nous représentent Jupiter poursuivant les Argonautes , parcequ'ils avoient tué l'innocent Apsyrte (**®) , ou Hercule puni du meurtre d'Iphitus par une maladie et par l'esclavage , et » suivant quelques-

(^^^) Voyez plusieurs exemples de menacés de la colère divine par négligence dans Tobseryation des devoirs du culte, chez Hésiode, Op. 740 sq. 749 sq. 755 sq.

(«3<y) Hoin. II. ^. 239. (^a^) Hes. Op. 274 sq.

(*'') cf. Diod. Sic. T. I. p. 105. (*»^) Cérès Thesmophoros.

(*♦*) Apollod. I. 9. 24.

uns , afin que l'argent pour leqael on l'auroit aehetë servit à dédommager les enfants de la victime de sa violence (^^'); lorsqu^on nous apprend que Minerve juge Tydée indigne de rimmortalité qu'elle lui avoU destinée , à cause de son inhumanité envers le cadavre d'un ennemi vaincu (***; , et que Jupiter punit la cruauté de Lycaon^ om de ses fils (* **) , on conçoit qu'Homère ne consulta pas plus son sentiment moral que les idées du peuple lorsqu'il représenta Télémaque* espérant que les dieux immortels puniroient les injustes (»♦♦) et menaçant de la vengeance céleste les prétendants de sa mère (*'♦*), et lorsqu'il dit que Jupiter témoigna par un signe visible que Télémaque n'espérott pas envaiii(**^) , ou lorsqu'il assura que Jupiter ravage quelquefois, par des torrents, les champs des méchants et de ceux qui méprisent les commandements des dieux im* mortels (^^^) , ou, encore, lorsqu'il mit dans la bouche de Ménélas ce discours par lequel il déclare qu'il ne comprend pas que Jupiter puisse favoriser les présomptueux Troyens(**®) , ou lorsqu'il représenta Hector menaçant Achille des effets de la colère céleste à cause de son inhumanité (**^) , Antiloque cédant le pas à Ménélas , parla crainte des dieux (**^), et Ilus refusant, par le même motif, à Ulysse de lui donner du poison pour ses flèches (**'^).

(^*i) Apollod. II. 6. 1 sq. Diod. Sic. T. I. p. 275 fin. 276.

(^*^) Apollod. III. 6. 8.

(^43) Paus. VIII. 2. 1. Apollod. m. 8. 1. cf. Tzetz. ad Lycophr. 481. Nicol. Dam. fr. p. 41. éd. Orell. Erat. Oatast. 8. Schol. Arat. 91. Pausanias racoate, à cette occasion, d'an anthropophage, qui fut métamorphosé en loup et qui reprenoit la forme humaine , lorsque , pendant un espace de dix années , il aroit pu s*abstenir de ses mauvaises habitudes. VIII. 2. 3.

(*♦*) Hom. Od. A. 378 sq. (*♦«) Hom. Od. B. 66 sa.

{^^^) Ib.l46sq.

(^^^) Hom. II. /T* 385 sq. Quinte de Smyrne a imité ee passage , VIII. 70 sq.

(*48) Hom. II. A". 633 sq. . (»*^) Hom. II. X. 358. ''

(a««) Hom. 11. (P. 593 sq. (**') Hom. Od. A. 260 sq.

Pour se convaincre qu'Homère ënonçoit une vérité gé« nëralement reconnue par le peuple » lorsqu'il déclara que les dieux ne regardent pas avec plaisir les injustes (^^^), et Hésiode , lorsqu'il dit que les dieux punissent la rapine , la fraude , l'adultère , les injustices commises envers les orphelins, ainsi que le mépris de la vieillesse (^^?) , on n'a qu'à se rappeler la tradition suivant laquelle les Athéniens furent condamnés par les dieux à donner à Minos la satisfaction qu'il exigeroit pour le meurtre de son fils Androgée , et cette autre qui représente les Thraces punis par la colère céleste , parcequ'ils n'avoient pas vengé la mort d'Orphée (*^*). Il y a même des preuves de l'opinion que les dieux tàçhoient dq rétablir les désordres causés par les injustices des hommes ou au moins de signifier leurs regrets à cet égard. Pausanias nous a conserve une tradition des Eoliens , suivant laquelle les armes d'Achille , qui avoient été attribuées d'une manière. injuste à Ulysse , furent portées par les flots contre le tombeau d'Ajax , lorsqu'Ulysse les eut peVdues dan^^ son naufrage , comme si la providence les avoit voulu rendre à celui à qui elles appartenoient de droit (^^^). C'est ainsi que la mort de Néoptolème fut reg£[rdé par quelques-uns comme un effet du courroux céleste à cause du meurtre de Priam , qu'il avoit tué auprès de l'autel de Jupiter (*^*^). On racontoit que le même dieu extermina la tribu entière des Phlégyens , pour les punir de leurs rapines et de leurs sacrilèges (**^) , et que Neptune et Apollon descendirent de rOIympe pour éprouver la justice et la vertu de Laomédon , comme Jupiter l'avoit fait à l'égard de Lycaon(^^^;. Ce sont ces traditions qui expliquent le sens de

(^") Hom. Od. S. 83 sq. cf. X. 39 sq. Hes. Op. 187. (^«*) Hes. Op. 320—33'*. (*54) q^^ ^arr. 45.

(*5§j Paus. 1. 35. 3. cf. Pied. Heph f. Hist. poët. scr. p. 324. (^5<5j Paus. IV. 17. 3. («57) Paus. IX. 36. 2.

^ (*«»} Apollod. IL 5. 9. p. 130. Eustath. ad 11.^. 1336 fin. Selon d'autres auteurs c*étoit une peine qui leur fui imposée à eux-mêmes

œ récit ingàiieux suivant lequel Ménâas fit jdacer ^ après la prise de Troie , des statues de Thétis et de Praxidice » la Vengeresse, à côté de l'image de Vénus ^ érigée parl^àris prèsdeGythium(**^).

Mais Tantiquité entière nous est garante que les anciens poètes reproduisoîent fidèlement les opinions populaires , lorsqu'ils représentoient Jupiter comme protecteur des étrangers , des pauvres et des infortunés que la vengeance des familles irritées à cause de quelque meurtre souvent involontaire obligeoient à quitter leur patrie et leur foyer domestique. C'est de Jupiter qui maintient les droits de l'hospitalité que Ménélas attend, dans l'Iliade, le supplice de ses ennemis qui les avoient violés (^^°). C'est en son nom qu'Ulysse implore le secours du cruel Polyphème(*^'). C'est ce Jupiter qui protège les suppli-' ants(^^^) et qui punit ceux qui insultent à leur mal* heur(^^^). Il n'étoit donc pas étonnant qu'on racontât 4iue rimage de Minerve baissa les yeux , lorsqu'on vint s'emparer des malheureux qui avoient cherché un asyle auprès d'elle (*^*). Les obligations envers les défunts(*^*) et la foi des traités, le droit des gens, encore si simple dans jQet âge ignorant , étoient également placés sous la sauve- ^garde des dieux immortels. On invoquoit Jupiter , les Furies et plusieurs parties de l'univers personnifiées comme les témoins des serments et comme les dieux dont on atteadoit le châtiment des parjures (^^^). Les dieux eux-

par Jupiter , et semblable à celle qui rendit Apollon esclave d* Admète. cf. Stûrz, fr. HcUan. p, 145—147.

^ispj Paus. IIX. 22. 2. Quelques-uns croient que Praxidice n*est qu'un épithète dé Proserpine, cf. Siebelis ad h. 1. On les trouve aussi mentionnées au pluriel. Paus. IX. 33. 2. • (»^o) Hom. II. JV. 620 sq. . (^^') Hom. Od. /. 269 sq.

{^^^) Hom.Od.Jï. 165.

(*^«) Hom. Od. JSr. 213 sq. S. 283 sq. H. 422 sq. («**) Strab. p. 405. ^. {^'^^) Hom. Od. ^. 73. (*^<^) Hom. II. r. 104 sq. 276 sq. 298 sq. T. 258 sq. J. 163 sq. 234 sq. ef. iT; 348 sq. cf. II. X. 254.

mêmes ëtoient soumis à cette loi générale. Eux-mêmes , comme nous l'avons tu , s'invoquoient mutuellement comme témoins de la vérité de leurs promesses , et ils attribuoient à Jupiter le pouvoir de les châtier , lorsqu'ils manquoicnt aux obligations contractées (^^^j. Enfin , on étoit persuadé que les dieux accomplissoient les imprécations de ceux qui avoient été maltraités par leurs amis ou leurs proches parents. Il suffira de rappeler ici les imprécations du père de Phénix , dans Homère, d'Althée(^^'), de Minos(*^*), de Pélops , d'Oedipe et de tant d'autres qui ont fourni une ample matière aux chefs-d'oeuvre de la Musc tragique des Athéniens.

Si l'on croyoit que les dieux punissoient le mal , il est très naturel qu'on supposât aussi qu'ils récompensoicnt la vertu ; et il faut croire qu'Homère a non seulement exprimé les opinions de ses compatriotes, lorsqu'il représente Jupiter terrassant de sa foudre les malfaiteurs et les parjures , mais aussi lorsqu'il assure que le noble et modeste Bellérophon fut guidé par les dieux lorsqu'il partit pour la Lycie(*'*^), lorsqu'il représente Nestor espérant que les dieux récompenseront la libéralité d'Achille (*^*) , et Minerve donnant pour motif de la protection qu'elle aocordoit à Ulysse que ce prince étoit sage , doux et raisonnable (*^*); il faut croire , disons*nous , qu'Hésiode n'a fSftit que reproduire les idées religieuses de son temps , lorsqu'il dit que Jupiter , qui extermine les criminels avec toute leur famille, fait partager aussi à la postérité du juste

*AXX^ ayê , âevço &tovq iTtiâmfit&a * roi yàç ëçtçoê

cf. Mes. Sent. Herc. 20 sq.

(^^') Voyez ce que nous avons remarqué plus haut sous l'article du Styx. . (^'^«J Diod. Sic. T. I. p. 280.

(^«^) Ib. p.^05.

('^^) Hom. II. Z. 171. Sa disgrâce, dont parle Homère , est attribuée par des auteurs plus récents à son orgueil, excité par ses victoires. Tzetz. adLycophr. 17. p. 4. a.

{^^^) Hom. II. iP- 650. (^^a) Hom. Od. E. 7 sq.

le bonheur que celui-ci a mérité par ses vertus (*'*)• Cependant les exemples de récompenses sont bien plus rares , dans les traditions des anciens Grecs, que ceux de supplices. La vertu d'Admète , il est vrai , récompensée par les bienfaits d'Apollon, celle d'Alceste honorée par l'union avec ce pieux héros (* 7*) , Pbaon , comblé par les bienfaits de Vénus à cause dé son désintéressement (* 7*) , et quelques autres traditions pourroient nous convaincre que^ d'après les opinions des Grecs , leurs dieux ne se bornoicnt pas seulement à punir le vice , mais qu'ils récompensoient aussi la vertu. Cependant ces exemples sont rares. Il semble que les dieux fussent plus portés à reconnoitre les services qu'on leur rendoit à eux-mêmes que l'accomplissement des devoirs que les hommes avoient à remplir les uns envers les autres. Faut-il en conclure que les poètes aient été d'accord sur ce point avec les prêtres , qui souvent préfèrent l'hypocrisie à la justice ? Je ne le crois pas , puisque ce sont justement les poètes qui fournissent plus de traits de récompenses divines que les traditions populaires. Je serois plutôt d'avis qu,'il faut attribuer cette opinion à l'anthropomorphisme des Grecs. Leurs dieux rendoieqt des services à leurs amis , comme les hommes témoignoient leur gratitude à ceux dont ils ont reçu des bienfaits. Les premiers n'interposoient leur autorité que dans les cas où le pouvoir des mortels n'éloit

(»73) Hes. Op. 309 sq.

{^74) Diod. Sic. T. IL p. 546. Eurip. Alccst. (^^^) J'ai pensé ici au récit charmant qu'on trouve dans Paléphatus, de Incred. 49. Phaon rem plissoit les fonctions de batelier et étoit renommé pour son désintéressement envers les voyageurs qu'il conduisoit. Vénus étant venu en personne, sous la forme d'une vieille femme, pour s'en convaincre, le récompensa par le don de la jeunesse et celui de la beauté. On dit que cette fable n'est pas de Paléphatus. Je le crois facilement. Un allégoriste aussi insipide que Paléphatus n'étoit certainement pas en état d'inventer une fiction aussi gracieuse et la raconter si naïvement. Je crois plutôt que r origine de cette fable, ainsi que de celle de Philémoa ei de Baucis , remonte à la plus haute antiquité.

pat suffisant , et voilà justemeat pourquoi le paijure étoit le crime capital que les dieux se chargeoient depuuir. Les hommes pouvoient bien se récompenser mutuellement , mais ils ne pouvoient pas aussi facilement atteindre le crioninel puissant ou perfide qui , par ses yiolences ou ses ruses mêmes , leur avoit ôté le pouvoir de se venger* DiriDité» qu'on Qn a VU que les Grecs n*attribuoient pas chlement char- à tous leurs dieux également le soin de di«

Sèf du «oin ^g^^ {q gQ^j ^^^ humains , et qu'ils en adexercerla jus- " . j. .

tioe. mettoient quelques-uns dont celte directioa

faisoit la principale fonction. 11 en étoit de même à l'égard du maintien de Tordre parmi les mortels. Chaque divinité, il est vrai , défendoit les droits de ceux que Ton croyoit placés plus spécialement sous sa protection. Apollon B^intéressoit pour les devins , Diane protégeoit les vierges chastes et punissoit celles qui ouMioient leur devoir , Neptune étoit pris comme témoin de la bonne foi des engagements dans les courses de chevaux : mais d^ailleurs ce n'étoient que quelques parties de l'univers personnifiées , Jupiter^ les divinités de Tempire des morts (^^^) et, en Arcadie , Pan qui étoient considérés comme chaînés de taire respecter les lois de la justice et de l'équité en général. La suite de cet ouvrage nous prouvera que le même pouvoir fut aussi attribué à d'autres dieux ^ mais , comme les faits qui poùrroient servir de preuve à cette opinion n'appartiennent pas à l'époque dont nous nous occupons dans ce moment , nous n'avons pas dru devoir en faire mention i(ii , sans oser nier pour cela qu'elle n'existât déjà dès les siècles les plus reculés.

Mais , comme l'on croyoit les Moires spécialement chargées du soin de diriger le sort des humains , on reconnoissoit de même des divinités dont Texercice de la justice

(^^^) Il est remarquable que le scholiaste d'Homère (ad II. !> 457.) appelle Pluton et Proserpine avTOK^aroçfç x&v •r*^o»ç*«»'r ,

faisoit la principale , ou , pour parler plus exactement , Funique fonction. Nous avons déjà parlé de quelquesrunës de ces divinités , lorsque nous avons traité des personnifications morales. Telles sont la Loi (Thémis) , le Diroit (Dicé) , rindignation (Némés^is) et le Serment (Horcus), Il faut ranger dans la même classe les génies immortels qui , d'après Hésiode , furent chargés par Jupiter d'observer les actions tant boiines que mauvaises des humains (^^'). Il ne nous reste qu'à examiner un peu plus en détail la nature et les attributs des Furies , dont nous n'avons rien dit jusqu'ici parcequ'il nous parolt qu'elles ne seroient placées nulle part aussi convenablement que dans ce chapitre. I^ Furieg. Selon Hésiode les Furies (Érinnyes) naquirent du sang du Ciel, répandu par son fils Saturne (^^^); suivant Épiménide elles étoient les filles de ce dieu ; suivant Eschyle elles l'étoient de.la Nuit C"^^).

Le nom de ces divinités indique assez leur nature et leur caractère. Ce sont les dimnttéë emportées , furieuses par excellence (^"^). Les poètes que nous suivons dans cette époque ne parlent encore ni de leur nombre , ni de leurs noms spéciaux (* ® ^)*

Ces déesses s'irritoient surtout des injustices des hommes les uns envers les autres , et en premier lieu de la foi

(277) Op. 252 sq. Ce furent les hommes de Tâge d'or qui reçurent cet emploi après leur mort, ib. 121 se^i,

(»78) Hes. TL 185. cf. Apollod. L 1. 3.

(^7Pj Voyez les endroits cités par Heyne ad Apollod. p. 13.

^asoj çjjgjj Yts Arcadiens iqi>yvvnv signifie se fâcher ^ iempor-ter, être furieux, Yoilà la raison très simple du nom d'Érinnys^ qu'on donna à Cérès, lorsqu'elle ètoit fâchée. Paus. YIIL 25. 4.. Apollodore (III. 6 fin.) dit que cette déesse prit la forme d'uneFurie. La tradition des Arcadiens, rapportée par Pausanias, ne dit rien de cette métamorphose, cf. Schol. Hom. II. ^* 346. Eust. ad IL p. 1419.1.20.

(^^') On les trouve chez Apollodore (I. 1. 3.). cf. Corn. lY. D. 10. Le scholiaste de Sophocle (ad Ant. 117.) parle encore d'une Furie Tilphosa , qui produisit avec Mars- le dragon deThèbes. Dansl'hymne homérique cette Furie est simplement une Nymphe.

violée dans les traites et dans raccomplissement des promesses. Elles punissoient les parjures dans cette vie aussi bien que dans celle à venir (^®^). £ll,es ëpousoient la cause de tous ceux qui étoient insultés par leurs amis ou leurs proches parents , par exemple celle des frères aines , lorsque les cadets leur manquoient de respect (^®^), Le père y^***) ou la mère outragée (*•*) par son fils invoquoit les Furies. Ulysse suppose même que ces déesses vengent les mendiants , lorsqu'on insulte à leur malheur, parceque ces infortunés ont droit à la miséricorde de leurs semblables (*® *). Elles exécutoient , avec Pluton et Proserpine , les voeux et les imprécations de ceux qui ne pouvoient se venger eux-mêmes i^**^. Voilà pourquoi elles poursuivoient Oedipe (*•»), Oreste (*»^) et Alcméon (*»*»). La mortalité extrême des enfants dans la tribu des iEgides, à Sparte , et dans l'ile de Théra fut attribuée aux Érinnyes qui poursuivoient ainsi les malheureux chargés des imprécacations de Laïus et d'Oedipe. On racontoil aussi que cette calamité cessa , lorsqu'on eût bâti un temple à ces déesses (*^'). On voit que les Furies ne poursuivoient pas

(^®^) Hom. 11. r. 259 sq. Suivant Hésiode on croyoit que les Érinnyes faisaient la ronde, un certain jour de Tannée, pour yen* ger le Serment, c'est à dire pour punir les parjures. Op. 803 sq.

(»»') Hom. 11. O. 204. (»8*) Hom. II. /. 454.

« (*•«) Hom. I1./.571. Od J5.135. (^«^J Hom. Od. P. 475.

(^^^) Quelquefois le mot içi^wvc signifie déjà par lui-même une imprécation. C'est ainsi que Minerve dit à Mars:

» OavM Kêif Tf ç fifjTçoq içtvvvaç f^aTtoriyo^ç» Hom. Il, 0. 412. cf. Schol. Soph. Aj. 472 in. 'Eçtwvq tlaty aî xardçai, , xal

t9oçoi> Twv Ka'vaçàv d-fal. Il est assez singulier qu'on lit <Je Rhéa qu'elle délibéra comment elle

'■ TiOfuTo â fÇivvvç Trmooç éo7o ' ITuiàmif »ç naxinyvf» Hes. Th. 472.

Quand même on liroit ici àvâqoq , ce derroient toujours, être les içtvviêq de Khéa elle-même, car on les attribue toujours à la personne offensée. (^®*) Hom. Od. ^. 278 sq.

(^«^j Phercc. fr. 76. éd. Sliirz. Voyez d'ailleurs les poètes tragiques. (^^°) ApoUod. III. 9. 5.

(^^<) Herod. IV. 149. Remarquons encore que le même auteur

moins que les autres dieux les enfants à cause des crimes de leurs pères. Pausanias raconte que les Furies , après avoir soustrait Tisamène , petit-fils de Polynice , à Teffet des imprécations d'Oedipe , elles les firent ressentir de nouveau à son fils Autësion (^^^)« On alloit même jusqu'à attribuer à leur influence , aussi bien qu^à celle de Jupiter et des Moires, des malheurs dont on ignoroit la cause (-^^^)« Enfin Tendroit que nous venons de citer, où il est question des Furies qui défendent la cause de Jupiter , comme celle du frère aine , contre Neptune (*^*) et celui où les Furies empêchent le cheval d*Achiile , auquel Junon avait donné la voix , de poursuivre son discours (^^^) 9 prouvent assez que les autres dieux étoient aussi bien soumis à ces exécutrices de la justice divine qu'aux lois qu'elles faisoient respecter.

Nos réflexions précédentes , aussi bien que ce que nous avons dit ici des Furies , et plus encore les développements des notions attachées à ces personnages que nous trouverons dans Eschyle et tes autres poètes , prouvent et prouveront de plus en plus que , d'après les opinions des jGrrecs , l'exercice de la justice consistoit plutôt dans le châtiment du vice que dans la récompense do la vertu , suite naturelle de l'origine primitive des idées religieuses. Il n'est que trop vrai que ce n'est pas la beauté de la nature qui apprend au sauvage l'existence de Dieu , et que l'homme le plus civilisé ne l'oublie que trop souvent dans le bon-

se sert du mot viai^ëq absolument de la même manière que dV^»y~ vvtq , dans cet endroit: Kaï ^Oçoivtrt IIoXvxçax4oçTia^tç /*tx'^X'-

^2 92) Paus. IX. 5.8. M. Siebelis est d*ayis que TenlèTement des filles de Pandarée par les Harpies, qui les livrèrent aux Furies (Hom. Od. T. 78 sq.), étoit encore une suite de la colère des dieux sur leurs parents. Sieb. ad Paus. X. 30. 1.

(^^3) Hom. 11. T. 87. (^^♦J Hom. 11. O. 204.

(2^s) Hom. 11. T, 418. Le scholiaste en donne cette raison :

ITâyra yàç rà TraçaXéya nul nçdçka âoxtt vnb ^Eq^wiont y4vta&at> , iTtlanoTtoir tla^ T^-y àtaçà tpioky , ^ tov 7(tql O-ardru Xàyoy àrtyifd^avro.

heur et dans la prospérité. Le premier voit Bieu dans la fondre et le tbnnerre^ plutôt que dans les douces nuances .d'or et de pourpre qui accompagnent le spectacle magnifique du soleil couchant ; et combien de fois l'autre n'attribue*t-*il pas à sa valeur et à sa prudence ses victoires et ses succès 9 tandis que . non content de voir la main de Dieu dans les maladies et les infortunes qui l'accablent , il rejeté souvent sur lui la faute de ses propres erreurs et de ses propres sottises. Faut-il donc s'étonner que les anciens Grecs , hommes simples et ignorants , ne pensassent pas si souvent à leurs divinités lorsqu'ils étoient heureux que dans les jours de misère et d'adversité , et qu'ils leur at^ tribuassent non seulement les malheursi qui les accabloient, mais jusqu'aux suites fâcheuses de leurs vices et de leurs passions ?

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