‹ Histoire de la civilisation morale et religieuse des GrecsChapitre 15 sur 29 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Idées des anciens Grecs sur une rie à venir. •»— Leur origine* . — Entrée dn séjour des morts. — Empire des morts. — Opinions sur la prolongation de l'existence de Thomme et des animaux après la mort. — Nécessité de la sépulture pour faciliter aux ombres Feutrée de Tempire dePluton. -r- État du principe de ▼ie^ dans l'empire dePluton. — Influence de ces opinions sur les cérémonies fanèbres. Premiers commencements du culte des Héros. — Opinions sur Tefficacité de la justice divine dans la continuation de Texistence après la mort.

Idée^i deg an- A.près avoir examiné les idées des anciens

cifiiM uFCCS sur

uneTieàvenir. ^^^C3 suria nature et les attributs des dieux ,

sur les soins qu'ils prenoient de diriger le sort des humains et de maintenir l'ordre parmi eux dans cette vie , nous allons Toir si ce peuple admcttoit une prolongation de l'existence de l'homme au-delà des bornes de cette vie , et si , en ce cas , les soins des habitants de rOIympe s'étendoient aussi , suivant eux , jusques dans ce nouvel ordre de choses. Ces recherches doivent suivre immédiatement celles sur les opinions concernant la justice divine , car nous n'en aurions qu'une idée très imparfaite , si nous voulions abandonner l'homme au moment où il passe de cette vie dans une autre , où il paroit placé bien plus immédiatement que dans celle-ci sous la surveillance des dieux.

Leur origine. Four bien saisir les opinions des Grecs |i l'égard d'une vie future , il faut en tracer l'histoire , c'est à dire , il faut les contempler dans leur origine et dans leurs développements. Nous avons déjà prouvé qu'il est impos* sible que ces idées aient pu naître des cérémonies funèbres des Égyptiens. La conjecturé de Pausanias , que la description de l'empire des morts , telle que nous la trouvons chez

Homère , scroit une imitation de la topographie des voisinages du lac d'Achéron et du fleuve Cocyte en Thesprotie (') , et celle de Strabon , que ce furent le lac Aornus et les contrées voisines de Gumcs et du promontoire de Misène en Italie , avec Toracle des nécromanciens qui y étoit établi , qui auroient donné lieu aux fictions connues dans rOdyssée(^) , ne sont autre chose que des explications soi-disant historiques des anciennes fables. S'il y a quelque rapport entre les descriptions d*Homère et les lieux dont parlent ces auteurs , il est bien bien plus probable que ces derniers, à cause de leur aspect sauvage et des révolutions subites et fréquentes de la nature du sol , occasionnées par les combinaisons volcaniques qu'il contient , auront fait naître dans Tesprit des habitants Tidée d'y placer l'une des entrées de l'empire des morts. La répétition fréquente des noms des rivières de Tempire des morts , l'Achéron , le Pyriphlégcthon etc., dans plusieurs endroits divers , semble confirmer cette opinion. Strabon lui-même avoue que l'Achéron de la Triphylie a emprunté son nom au voisinage d'un temple de Gérés et de Proserpine et d'un autre consacré à Pluton(^). Il paroit aussi très probable que l'AîdoDée en Phrygie aura été appelé ainsi à cause de sa course irréguliëre , par laquelle il s'enfonce de temps en temps dans des souterrains , pour rcparoitre un moment après sur la surface de la terre , jusqu'à ce qu'à la fin il se perd entièrement dans ses entrailles (^).

Par la manière dont les auteurs anciens s'expliquent sur Tempire des morts et sur le dieu qui y avoit fixé le siège de son gouvernement , il me paroit presque hors de doute qu'il' ne faut chercher l'origine des idées sur cet empire

{*) Paus. I. 17. 5. cf. Strab. p. 499. -B. Strabon qui, ainsi que tant d'autres auteurs , confond le Tartare et Tempire des morts , croit qu*Homère a pu dériver Tartare àc Tartesaus^ p. 222. -B»

(*) Slrab. p. 373 sq. cf. Tzetz. ad Lyc. 704. Eustath. ad Od. p. 410. Diod. Sic. T. I. p. 267.

(*) Strab. p. 530. A. , (4) Paus. X, 12. 2.

que dans la coutam6 d'ensevelir dans le sein de la terre les restes des corps prises de vie. Nous avons d^à touché cette opinion lorsque nous avons parlé de Pluton et de l'étymologie de son nom, Hadés, Aîdte, rintinbh. Partout Tempire des morts et le tombeau sont désignés par les mêmes épithètes (')• Le séjour des morts et les ténèbres «ont synonymes (^) ; bire descendre qudqu'un dans ce séjour et ensevelir sont des expressions de la même valeur (^), ce qui se comprend d*aulant plus facilement qu'il est très probable qu'anciennement on avoit la coutume d'ensevelir les corps entiers, sans les brûler auparavant (")•

Dans son origine le séjour des morts n'éfeoit donc autre chose que tout ce qui se trouve au-dessous de la sur£eK» de la terre , ce qui donna aussi lieu à Topinion que Pluton • sorveilloit les grains confiés au sein de la terre , aussi bien que les corps qu'on y oachoit, comme nous l'avons vu auparavant»

Entrée du «é- D ^(oit assez naturel qu'on se .persuadât * d'abord qu'on pouvoit pénétrer dans ce lieu partout où l'on creusoit une fosse , pour y déposer un ca- . davre; mais, après que ces idées se furent développées au

(s) P. e. Evq&iuii, Hes. Op. 153. "JLïâaç, 6 rdipoç. Said. in t.

{^) Zéifioq. ïïom. IL * 55. "Eçffioa. II. /T. 327. cf. Hymn. fiom.IV.33&. Z«^ç ^tçSttq' ib..337. cmSt» 9rvAa*. Eur.Hec.l.

(^) P. e. Xay6rTêç àkâat se dit pour ^ire êntêvêli ^ chezPior dare. Pyth. Y. 130. Lorsque, d^ns Sophocle, Ajax veut cacher son épée dans la terre, il dit qae Pluton et la Nuit la garderont. Soph. Aj« 65K Polyxéne, parlant de Tempire des morts, dit^fuQûy /lira miaùtnfu. £ar. Hec. 209. cf. 418. En parlant des Dioscures, qui étoient alternatiTement dans l'empire des morts et dans le ciel, Pindare dit qu'ils étoient tantôt à Thérapné (où ils SYoient été easeTelis) et sur TOlympe. Pyth. XI fin. En parlant de TEspagne , non moins renommée, dans le monde ancien , à cause de ses métaux précieux quelle nouveau monde, dans Thistoire moderne, PosidoniuS dit: J7a^ inêivoi^q éç àlfi&wq t^v v^roj^^ô^to-y

TéTToif »x* ^ "Aâiiq àXX* o J7A«Ttt>y »aTo»»«r. ap. Strab. p. 218. A.

(') On yeat qu'Hercule fut le premier qui introduisit la coutume de brûler les cadavres. Schol. Hom. II. ^ 52. éd. Wass.

point de changer les lieux souterrains en nn sëjonr spacieux où Ton pouvœt changer de place , aussi bien que sur la surface de la terre, après qu'on en eut fait une vaste étendue , une sorte de monde souterrain qui avoit ses montagnes , ses rivières , ses arbres , ses habitations , il n'ëtoit pas étonnant qu'on se figurât un lieu déterminé par où Ton dût pénétrer pour j entrer. Du temps d'Homère au moins on croyoit que cette entrée se trouvoit dans la partie occidentale de la terre , au**delà de l'océan , dans le pays ténébreux des Gimmériens(^). Cependant on remarque ici la même variété de fictions que dans les autres parties de la mythologie grecque , variété très iacile à ejqpliquer par la variété des traditions des diverses nations qui peuplèrent la Grèce. C'est ainsi que , suivant les traditions siciliennes , Pluton sortit de son royaume ténébreux par une grotte dans la délicieuse vallée d'Enna, pour enlever Proserpine('^), événement dont lesArgéens jdaçoientle théâtre dans leur province , près de la rivière Ckimarrfaus et du lac de LerneC)^ et . que les Éléens prétendoient être arrivé dans fe stade même d'Olympie (' ^). C'est ainsi que les habitants de la Laconie assuroient qu'Hercule remonta à la lumière , avec le Cerbère qu'il avoit enchaîné , par une fente du mont Ténare (")• Les Hermionéens ('^) et les Béotiens (' ^) leur disputoient cet honneur , les uns et les autres prétendant qu'Hercule étoit sorti du séjour des ténèbres dans leur province. Selon les Argéens le lac d' Alcyon étoit le lieu où Bacchus descendit pour ramener sa mère Sémélé. Pausanias , qui rapporte cette tradition , ajoute

(^) La description qu'en donne Homère (Od. iT. fin. A. in. et surtout Od. A. 157) me paroit prouver qu*on se figuroti cette entrée au~delà de l'Océan , particularité qui tt*a pas été observée sur la mappemonde homérique, tracée par le savant J. H. Yoss.

('«>) Diod. Sic. T. I. p. 332.

(") Paus, II. 36. 7. (") Paus. VI. 21. 1.

(13) Strab. p. 558. A. Pans. III. 25. 4. ('♦) Pau& II, 35. 7. (") Paus. IX. 34. 4.

que la profondeur de oe lac n'a jamais pu être sondée et que tout objet qu'on y jette est tiré immédiatement vers le fonds par une force miraculeuse et invisible ('^). Selon les Trézéniens ce fut dans leur canton que Bacchus revint avec sa mère du séjour des morts , et quUercule montra le Cerbère aux yeux étonnés des habitants de ce monde ('^)« Les babitamts d'Héraclée , ville située sur les côtes septentrionales de TAsie - mineure , mon-* troient aux étrangers une caverne , dans leur voisinage , par où ils pf étendoient qu'Hercule descendit lorsqu'il alla chercher le Cerbère (*•). La vanité des nations grecques dont nous avons remarqué tant d'exemples , dans nos recherches sur l'origine du culte de leurs divinités, avoit sans doute aussi sa part à cette diversité de traditions , vanité dont la prétention ridioule des Hermionéens offre un exemple assez frappant , puisqu'ils étoient si bien persuadés que l'entrée du séjour des morts qui aboutissoit au voisi nage de leur ville y menoit par le chemin le plus court, qu^ils croyoient que leurs morts pouvoient se passer du fret usité pour Charon que les autres Grecs mettoient toujours dans la bouche des défunts ('^). Hais d'ailleurs cette même diversité de traditions , aussi bien que le nom géhéral de Plutonia ou Charonia qu'on donnoit à ces ouvertures volcaniques dont des feux souterrains faisoient monter des vapeurs méphitiques«(^^)y prouve encore assez évidemment qu'on se figuroit Tempire de Pluton comme embrassant toute l'étendue intérieure de la terre.

('*) Paus. II. 37. 5. (*') Paus. IL 31. 2.

(»«) Xenoph. Ai^ab. V. 10. 2. (^^) Strab. p. 573. A.

(^^) Strab. p. 374. B» cf. Casaub. not. 5. Strabon énumère quelques-unes de ces ouvertures, p. e4 une près de Laodicée (p. 933. G. 934), une autre près de Thymbrie en Carie (p. 943. B.). Non loin d'un Gharonium entre Traliès et Nysa se trouvoit un oracle où la divinité prédisoit l'avenir par des sotiges, et auquel présidoie&t des prêtres qui desservoient en même temps le temple de Pittton et de Proserpine, dans le voisinage du même lieu. ib. p^ 960 fin. 961. cf. Tzeis. ad Lyc. 704.

Empire des Mais , avons-nous dit , les Grecs ne manquèrent pas de décorer à leur manière ces vastes souterrains» Leur imagination fertile changea le sein de la terre en une vaste cavité, où Ton voyoit des rivières et des lacs(*'), des montagnes , des arbres et des rochers (**), des habitations et des palais {^^); ils alloient même si loin qu'ils plaçoient devant la principale porte de ce séjour un monstre qui en gardoit Tenfrée et qui , entièrement à la manière des Grecs , trompoit les passants*qui entroient , par ses caresses , mais qui altaquoit et dévoroit quiconque vouloit en sortir ( * ♦) .

Mais il n'est guère à supposer qu'on se fût donné tant de peine pour décorer ces lieux souterrains pour les laisser vides et déserts. L'horreur de ces vastes cavernes ^ leurs ténèbres , leur solitude, qualités empruntées à la dernière demeure de l'homme , ne pouvoient.pas être décrites avec tant de soin , sans qu'on en fil quelque usage. Le monarque même qui régnoit dans ce sombre empire pouvoit-on se le figurer privé de siyets ? Et ces sujets qui auroient-ils été

(") Hes. Th. 775 sq. Hom. 11. "P- 69 sq. Od. K. 508 sq. cf. ^- in. cf. Tzetz. ad Lycophr. 705. Schol. Od. JT. 514.

i*^) Paus. X. 30. 3. Pausanias croit que Polygnote , dans ses tableaux dans la Lèsché à Delphes , a imité Homère , sous ce rapport.

(**; Hes. Th. 767 sq, Hom. II. E. 646. X- 482.

{^^) Hes. Th. 769 sq. R«marqaons cette naïve simplicité: dévorer des hommes qui sont déjà morts. Homère Tappelle tout simplenient un chien (H. S. 368. Od. ^. 622) , quoique ce mot puisse aussi signifier tout monstre quelconque , comme Va très bien remarqué Ruhnkenius, £pist. Crit. I. p. 147, 148. Hésiode est le premier ^ui lui donne le nom de Cerbère ; il le représente comme le fruit des amours de Typhon et. d'Ëchidna et le décore de cinquante têtes, Th. 310 sq. D*auires se contentoient de trois têtes, Paus. III. 25. 4; endroit qui mérite d'être consulté , si Ton en. excepte Texplication euhémérique d'Hécatée. Hormis les trois têtes, Apollodore garnit encore son dos d'une grande quantité de têtes de serpents et lui donne la queue d'un dragon, II. 5. 12. cf. Schol. Hom. IL 0* 368. Homère place encore la Gorgo dans Tempire des morts; il paroit que Proserpine se servoit d'elle pour chasser ceux qu^elle ne vouloit pas admettre en sa présence. Od. ji* 632 sq.

autrement que ceux qui descendoient dans ce tombeau miiversel ? Mai» la mort ne dëtruit-elle pas tout sentiment? La mort n'est-elle pas l'équivalent d'un anéantissement de notre être, d'une exstinetion de toutes nos sensations? Il n^y a aucune raison de croire que les anciens Grecs l'aient envisagée autrement d'abord , et tout oe que nous lisons chez k» anciens poètes des opinions sur le séjour des morts et sur leur état prouve évidemment qu'ils n'ont jamais eu aucune idée de ce que nous appelons l'immortalité de l'ame. Hais les Grecs , dont la vive imagination répandoit la vie partout , qui personnifioient le ciel et la terre et qui attribuoient de rintclligence , de la volonté et des sensations aux objets inanimés , pourquoi n'en auroient^ils pas agi ainsi envers les morts mêmes ? Celui qui parloit aux animtiux et aux plantes , celui qui entretenoit un commerce régulier avec des masses inanimées , avec des objets auxquels le souffle de vie n'avoit jamais donné aucune sensation , ne pourroit-il pas attribuer à son ami , qui un moment auparavant étoit encore plein de vie et de santé , quelque connoissance de l'état dans lequel il se trouvoit , quelques regrets d'avoir dû quitter cette vie si douce et si agréable , cette lumière vivifiante de l'astre du jour , la compagnie enfin de sa famille et de ses amis ? Il me semble que rien ne nous empêche de le croire. Mais comment se représenter cet ami , lorsqu'il seroit descendu dans le vaste réceptacle d'où personne ne revient ? Rien n'étoit si naturel que de lui laisser la forme qu'il avoit eue dans cette vie. Si Ton donnoit aux dieux mêmes tinc forme humaine , il seroit absurde d'inventer une autre figure pour les hommes , même lorsqu'ils seroient transportés dans un monde différent de celui que nous habitons. Cependant , comment s'imaginer qu'un cadavre, qu'un homme terrassé parle coup mortel , affoibli par la perte du sang ou dont les forces aurpient été minées et éteintes par la violence d'une maladie , eût, dans ce nouvel état, la même fraîcheur, la même vigueur

que dans cette vie ? Que fit deno le Greo ignerant et yëritablement enfant dans toutes ses pensées , dans toirtes sea opinions? 11 accorda aux morts la même fcHrme qu*îl» avoient eue dans la vie » il est vrai , mais rien que la forme. Le corps avoit été anéanti par la mort ; il l'avoit vu étendu par terre , sans vie et sans sentiment. Il avoit reçu son

dernier soupir • ce 80iq[>ir s'envoloit , d'après son

opinion , dans Tempire des ténèbres ; ce soupir y prenoit la forme du corps , mais aussi ce n*en étoit que la forme ,. sans aucuOe consistance ni pesanteur , une simple enveloppe , une fumée , une ombre légèrf^ Et , cependant (qu'on remarque ici l'inconséquenee de ces imagination» puériles) , comme une ombre , dans la force du terme , ne seroit pas autre chose qu'un rien,, qu'une fugitive image , il fallut cependant aller un peu plus loin , et attribuer à cette ombre non seulement la faculté de sentir et de se mouvoir , mais aussi quoique force , quelque légère qu'on se l'imaginât d'ailleurs , et même quelques facultés de l'esprit, quelques perceptions, quelque volonté ,

quelques inclinations On le fit donc , parcequ'on vit

bien qu'on ne pourroit pas s'en passer , mais on n'accorda de tout cela qu'autant qu'il étoit absolument ïiécessaire pour jpouvoir se figurer celte ombre sensible et active , sans qu'il fÀt besoin de s'écarter trop de cette débilité , de cette légèreté qui en devoit faire le caractère distinctif.

Il me semble que, si nous n'osons pas assurer que les anciens Grecs ont conçu de la sorte la conviction d'une prolongation de l'existence de l'homme après la mort , cda est au moins très probable. Il n'y a rien là qui doive nous faire penser à la croyance de l'immortalité de l'ame. Homère et Hésiode , ou , pour parler plus exactement , les anciens Grecs étoient de consommés matérialistes. Ha ignoroient la différence entre le corpset l'ame ; ils n'avoient mémç aucune idée de cette dernière , et tout ce que l'on trouve cher eux à Tégard d'une vie à venir n'esl

que le froit d'une Tire imagination qui changeoit le lom^ beau en un séjour d^étres viyants et qui rendoit une certaine portion de yie aux morts mêmes.

Opinions sur la Nous allons maintenant considérer un peu f'^nistence''' de P^^s en détail ces opioions dont nous avons l'homme et des tàché de retracer Torigiile,

animaux après * • •. • «

la mort. Lorsqu un nomme ou un animal meurt ,

l'haleine , le principe de la vie , la force est détachée du corps (^'). C'est un souffle, semblable au vent qui se dissipe (^ ^). Cela échappe au mourant par Texpiration (^ ^) ou avec le sang qui coule de la jdaie mortelle (^ ")• La même diose arrive quand quelqu'un tombe en dé£aillance , mais alors le souffle de vie retourne dans le corps , ce qui dé-

n. E' 296. T« <r' av&i. Xv&fj itfvxi T* f^éifoç T*. cf. 0. 127.

U. J. 470. "Ilç fov fkk^ Xin9 &vf*6ç.

Ibid. 531. T» Syi yaçéça riy^ê /tiaifv , ix â* alwTo 0^Vfè6r.

D. n. 606. -^ r i»a âè ^Vfthç

^JUxer* ànb ftêXivif f çvyeçoç â'àça /t^y 0k6toç tîlêir*

d*un animal, Od. r. 455. Mat &" èçia &vp^6ç* Od. X 426. r6f d* tUnê 'i^vx^' Car on trouvoit aussi des ombres d*2^imattx dans Tempire des morts, Od. ^. 572. Il paroit, par ces endroits et les antres que nous citerons , que ^vxr^ > &vpkbç , /léyoç sont absolument synonymes ; et que ces mots ne signifient pas ram»^ mais la rf>, est éyident par là qu*on s* en sert aussi en parlant des animaux. On les oppose directement à la mort, p. e. lorsqu* Hector se console par ridée qu'Achille est aussi mortel (U. 0> 568) :

Kai y4Q &fiv xéTtf tçwtoç xf**Ç <^|^* r«^«y>

On trouve dans le même sens aiùv (II. X» 58. £» 685}, ^voç (IL 4>. 401) et fiùoç.

(«<^) àTto â' {Tfraro ^v/aoç» Hom. Od. JT. 163.

(«7) Hom. II. J. 524. KàjrTreae

D. T. 403. Aifxàq o &vti6v au'a&e *al ^(fyyt. La \ifvxv ^^ sauroit être révoquée , quand une fois elle a passé par la bouche, d/»«»t^«Tix» I'^hoç èâovT^v. Hom. II. /• 409.

(>*) Hom. U. Z» 518. ^^XV ^' *^''^* èvat^év^y ÙTêtXifi^

"EaovT* iTftiyo/ii'V'tj* Hector , en retirant sa lance de la blessure qu'elle a £aiite, enlève en même temps la ^vxv» ^1* ^' 505.

ToSo â'&^a ^vxv^ 'r« nal ë/x^^^ iUi^va* aixv^^y»

termine le retoar des forces et de ractiTitë(^^). Cétoit à oe principe de vie qu'on attachoit t6ittes les idées qu'on se'formoit de ce qui arrivoit à l'homme mort , dans le séjour des ombres. C'est ce principe , £e souflBe qui y descend , même lorsque les corps sont privés de la sépulture et qu'on les laisse sur le champ de bataille , en proie aux oiseaux et aux béte» féroces (^^) ; et même , lorsque le oorps est ressuscité ou élevé au rang des dieux , oe soufile , ce principe de la vie , qui a accompagné le corps dans sa vie terrestre et qui le représente après sa mort , reste néanmoins dans Tempire souterrain. Ulysse, par exemple , y remarqua l'ombre d'Hercule, quoique Hercule lut'méme vécut sur l'Olympe avec les dieux immortels (^ ' )•

(a») Hom. 11. £• 696.

C'est à peu près comme si le rent, par s<mi souffle , faisoii retoamer le principe de rie, et qu*il rentre ainsi dans les poumons par Tinspiration, cf. X. 467. £ustathe (ad II. p. 32< 1. 20) considère la combustion des eadayres comme un& sorte de sublimation de l*ame. Il auroit fallu nous prouyer auparayant que les anciens Grecs sayoient ce que c*étoit que Tame.

(9o) Il est remarquable que les corps sont quelquefois désirés

Îar le pronom ««^toI , pour les distinguer de la i^i>x^* [om« II. •^* 3. /ToAAàç <f' l^^ifivç ^vj^àç *Aiâk Ttçota^ptv

IL E* 654. Ev^oq ifAOé êûoiiv f '*l>V)[^,it â* ^Axâ^ xXvTo^aXm»

Cependant quelquefois la personne entière est prise pour le principe de yie , p. e. :

II. £• 190. Kal fnf 1^0)/' içdfiijy *Aïâi»nf^ï ^çoïà'ipëty* cf. II.

C'est .ainsi qu^ Polydamas dit, en se moquant de quelqu*un qu'il yient de percer de sa lance, qu'il pourra s'en senrir comme d* un bâton pour se soutenir, lorsqu'il descendra dans la demeure de Plnton, II. S* 456. xai n*¥ 6U

Avtw CTxi/TTTO/fcfroy xarifitv â6f*ov "Aiâoq flfS^w

La '^vxfi- des Nymphes quitte aussi la lumière du soleil, lorsque l'arbre, auquel leur eiistence étoit attachée , meurt ; mais on ne ▼oit pas qu'elle descende à l'empire des morts. Hynm. Hom. III. 270 sq. ^

C) Le même mot ttV'wb<:', qu'Homère avoit employé parlant

Cependant ce n'ëtoit pas seulement le souffle de la tie cpiî pouYoit descendre dans l'empire des morts. Ce lieu pouToit aussi recevoir des corps vivants , et n'ëtoil pas plus semblable à un monde sëparé, habité d'êtres spirituels, que les ombres elles-mêmes n'étoient des âmes ou des esprits. On connoit les exemples de Thésée et de Pirithoûs , d'Hercule et d*Orphée , qui visitèrent le sombre séjour , étant encore en vie , et en revinrent aussi vivants qu'auparavant. D'après les Oropiens Amphiaraûs , qui avoit été englouti , avec son char , par la terref qui s'ouvrit sous ses pas , remonta dans un autre endroit , avec le rang et les qualités surnaturelles d'une divinité ('^).

Mais , en revanche , l'ombre d'une personne morte pouvoit se montrer sur la terre (^^) , et même se réunir de nouveau avec le corps qu'elle avoit abandonné , ainsi

des corps des héros , désigne ici Hercule déifié , Od. A. 600.

T'ov âè fiét' ttafvotiaa fiiffv 'HçanXêni'^i' ,

Le poëte est très conséquent en ceci , et il n'y a rien qui marque cette contradiction que le savant Creuzer trouve dans ces passages , Sjmb. T. II. p. 456. Mais aussi n'y a-t-il presque de preuve plus forte que les anciens Grecs donnoient la préférence au corps, ou, pour mieux dire, qu'ils n'avoient aucune idée de Tame. Car, s'il en eût été ainsi, ils auroient bien certainement placé Tame d' Hercule dans les cieux, plutôt que son corps. La fiction qu'on trouve dans l'hymne cité par Phîlostrate (Heroïc 19. 14. p. 741 fin. 742 in.), savoir que la partie mortelle d'Achille est enterrée près de Sigée , tandis que la partie immortelle de son être , ce qu'il avoit emprunté à Thétis , vivoit dans i'fle du Pont-Euxin , apjjartient à cette distinction philosophique entre le corps et l'esprit qui étoit entièrement inconnue aux anciens Grecs. Les astronomes ont encore travesti le mythe à leur manière , en plaçant l'ombre d'Hercule au ciel. Erat. Catast. 3,4.

(«») Paus. L 34. 2, 3.

('^) Au moins aussi longtemps que le corps n'avoit pas été en* terré. Hom 11. ^* 69 sq Nous ne parlons pas maintenant des formes humaines que les dieux faisoient apparoHre de temps en temps, ni de cette figure ou ombre d'un vainqueur dans les jeux olympiques qui vint annoncer sa victoire dans sa patrie , dont parle Pausamas, YI. 9. 1 fin. Ce sont des apparitions miraculeuses plutôt que des exemples du retour des ombres à la lumière.

qu'il 7 avoit des personnes qui le gardoient toujours , et qui par conséqueut étoient itninort^ls (^ ^) « et d'autres qui pou-* voient s'ea débarasser à volonté ( ^ ^). Est-il besMu de répéter la fable ridicule de Sisyphe ilont nous avons déjà parlé ici dans une autre occasioq. Qacchus ramena ainsi sa mèr^ SéméLé. Orphée auroit pu rendre le même service à son épouse » s'il n'eût pas oublié la recommandation de Plu*

ton(^^). Les effets de l'art miraculeux d'Esfsulape et la retour de Protésilas (^^) à la lumière pourroient encorç servir de preuve de cette opinion : cependant » quoiqu!^ est très probable qu'elle fut très ancienne , il est trop évident qu'on a renchéri sur les traditions primitives pour que nous oûons rapporter ici tous les récits qui semblent y appartenir (* ®).

(**) Chîron, Pasiphaë et d'autres. Mjénélas chez Homère, Od. //• 561 sq.

(^^) En^ymion^ Hesiod* et d'autres chez le scholiaste d'Apollonius de Rhodes, lY. 57. Les Dioscures, Hom. Od. ^* 301 sq.

(3tf) cf.Diod.Sic. T. L.p. 271.

(3^) Philostr. Heroïc. Prooem. 2. etauct. ib. laud.' cf. ÏIu&tât}i, ad II. p. 246. 1. 20.

(3^) C'est ainsi que, suiyaut Ptolémée (Hist. poët. .scn ant. p, 330.) , Achille, qui chez lui est tué par Penthésilée, retourna àM vie, à la prière de Thétis. Eustathe (ad Od. p. {i52. 1.. 10.) attrihiue ce récit à un certain Telles et y ajoute encore quelqi^ef «particularités. D'autres représentent Cireé ressuscitant Ulysse tprès qu'il ejaX reçu la mort de la main de son fils Tél^one; Tze^ ii Ljcophr. 805 un. D'autres encore racontent qu'Hercule^ £ls de Jupiter et d'Astérie, tué en Lihye par Typhon, fut ressuscité par IpUùs, qui opéra ce miracle en lui laissant flairer la chair d'une'caiUe. £ust. ad Od. p. 460. 1. 30. Quant à la métempsy chose , il n'en sauroit encore être question ici , quoiqu'il y ait des auteurs qui ont prétendu qu'Homère a connu cette doctrine. Ces auteur^ sont d'ayi^ que l'expression de or nàvfiov yo6o)ca, dont le poète se sert en parlant de la ^vxv ^ Patrode, signifie quel'ame de cehéros se désola de ce qu'elle fut obligée d'aller habiter m porps moins digne de son courage. Eustath. ad IL p. 1119 fin, ï 120 in. cf..Schol..ad II. JI. 857.

Néoetsité de la If ous ayons dit que , suivant l'omnion des

sépulture pour • n i • • j i • j j

faciliter aux anciens Grecs 9 le pnncipe de la vie desoend ombres Tentrée Jung jg sëjour des ténèbres , aussitôt après la

de lempire de *^

PlutoD. mort. Cependant , selon eux , oe principe

ne sauroit être admis dans Tempire des morts , dans le royaume de Pluton , sans que le corps eût reçu la séplli^ ture. Du temps d'Homère on se figuroit d^ un lieu séparé du reste de la vaste étendue <les souterrains par un large fleuve et fermé par une muraille où on aveit pratiqué une porte. L'ombre de Patrocle vient reprocher à Achille de n'avoir pas encore brûlé son cadavre et enterré les cendres , ce qui étoit la cause de ce qu'on ne vouloit pas lui permettre de franchir celte porte et de passer la rivière. Elle ajoute que c'est pour la dernière fois qu'elle lui parle ^ puisqu'une fois que son corps aura été enterré , l'ombre ne pourra plus sortir de l'empire de Pluton (^^) , ce qui est conforme à la fable de Sisyphe ; au moins d'après quelques-uns le motif qui engagea ce fripon à recommander à sa femme de ne pas l'enterrer fut que sans cela il ne pourroit pas revenir (^^). C'est la même idée qui fit conseiller Torade de Delphes aux Orchoméniens d'enterrer tout ce qu'ils pourroient encore trouver des restes d'Alo-

(»^) Hom. n. V. 69 sq. cf. 50. Eustathe (ad D. p. 1397 fin.) £iit la même réflexion, et cite encore T exemple de Poljdore chez Euripide.

(^^) Schol. Soph. Phil. 621. 11 faut distinguer ici réTocation des morts, par exemple dans TOdyssée. Ces ombres étoient tontes des corps enterrés depuis longtemps , mois elles n'apparoissent qu^'à rentrée des souterrains. £t encore ne pouYoient-elles connoUre celui qui les éroquoit, ni lui parler, à moins qu'elles n'eussent bu du sang de la Tictime , immolée à cette fin dans la fosse par où elles montoient. Od. ^» 50 , 145. Dans la suite on a même encore borné cet attribut des ombres k un certain temps. Protésilas, ou plutôt Philostrate (Heroïc. 18. 3.) représente Homère consultant Fombre d*Ulysse, èç nàTtyvtau «t* 7 ^v/17 vov ^Oâvaoiiûç , et Tinterprète de cet endroit ajoute que ceci aroit rapport à la conviction que Tombre ne pouroit apparoitre qu'aussi longtemps que le carjpus astrale existoit encore.

Homère , scroit une imitation de la topographie des voisinages du lac d'Achéron et du fleuve Cocyte en Thesprotie (') , et celle de Strabon , que ce furent le lac Aornus et les contrées voisines de Cames et du promontoire de Misëne en Italie , avec Tôracle des nécromanciens qui y étoit établi , qui auroient donné lieu aux fictions connues dans l'Odyssée (^) , ne sont autre chose que des explications soi-disant historiques des anciennes fables. S'il y a quelque rapport entre les descriptions d'Homère et les lieux dont parlent ces auteurs , il est bien bien plus probable que ces derniers, à cause de leur aspect sauvage et des révolutions subites et fréquentes de la nature du sol , occasionnées par les combinaisons volcaniques qu'il contient , auront fait naître dans Tesprit des habitants l'idée d'y placer l'une des entrées de l'empire des morts. La répétition fréquente des noms des rivières de Tempire des morts , l'Achéron , le Pyriphlégcthon etc., dans plusieurs endroits divers , semble confirmer cette opinion. Strabon lui-même avoue que l'Achéron de la Triphylie a emprunté son nom au voisinage d'un temple de Cérès et de Proserpine et d'un autre consacré à Pluton(^). Il paroit aussi très probable que TAidonée en Phrygie aura été appelé ainsi à cause de sa course irrégulière , par laquelle il s'enfonce de temps en temps dans des souterrains , pour reparoitre un moment après sur la surface de la terre , jusqu'à ce qu'à la fin il se perd entièrement dans ses entrailles (^).

Par la manière dont les auteurs anciens s'expliquent sur Tempire des morts et sur le dieu qui y avoit fixé le siège de son gouvernement , il me paroit presque hors de doute qu'il' ne faut chercher l'origine des idées sur cet empire

{') Paus. I. 17. 5. cf. Strab. p. 499. -B. Strabon qui, ainsi que tant d^autres auteurs , confond la Tariare et Tempire des morts , croit qu'Homère a pu dériver Tartareàs, Tartessiuf^ p. 222. -B.

(^) Strab. p. 373 sq. cf. Tzetz. ad Lyc. 704. Eustath. ad Od. p. 410. Diod. Sic. T. I. p. 267.

(3> Strab. p. 530. A. (4) Paus. X, 12. 2.

que dans la coutume d'ensevelir dans le sein de la terre les restes des oorps prises de vie. Nous avons d^à touché cette opinion lorsque nous avons parle de Pluton et de l'étymologie de son nom , Eadès, Aïdhs.rinnisïble. Partout Tcmpire des morts et le tombeau sont désignés par les mêmes épithètes (^). Le séjour des morts et les ténèbres «ont synonymes (^} ; taire descendre qudqu'un dans œ séjour et ensevelir sont des expressions de la même valeur (^), oe qui se comprend d*autant plus facilement qu*il est très probable qu'anciennement on avoit la coutume d'ensevelir les corps entiers, sans les brûler auparavant (^).

Dans son origine le séjour des morts n'étoit donc autre chose que tout ce qui se trouve au-dessous de la surface de la t^re , ce qui donna aussi lieu à Topinion que Pluton < surveiUoit les grains confiés au sein de la terre , aussi bien que les corps qu'on y oachoit , comme nous l'av(Mis vU auparavant.

Entrée du «é- fl ^toit assez naturel qu'on se .persuadât . * d'abord qu'on pouvoit pénétrer dans ce lieu partout où l'on creusoit une fosse , pour y déposer un cadavre; mais, après que ces idées se furent développées au

(s) P. e. £vçô}£i>ç. Hes. Op. 153. "jiïâaç, 6 Tà<r>oç, Suid. in t.

H Z6<poç. Hom. IL * 55. "Eçffioa. II. iT. 327. cf. HymîT. fiom.IV. 335* Z«9>«ç ^tçiën;* ib..337. oHéte 9rvAa*. Ear.Hec.l.

(^) P. e. Xayoyxtq àiâav st dit pouT élfv enseveli ^ chez Pindare. Pyth. Y. 130. Lorsque, dans Sophocle, Ajax veut cacher son épée dans la terre, il dit qne Pluton et la Nuit la garderont. Soph. Aj. 65 1« Polyxéne, parlant de Tempire des morts, ditir#x^âv fiêza Hëloofifu. £ur. Hec. 209. cf. 418. En parlant des Dioscures , qui étoient alternaiiTement dans Tempire des morts et dans le ciel , Pindare dit qu*ils étoient tantôt à Thérapné (où ils avoîent été ensevelis) et snr TOlympe. Pyth. XI fin. En parlant de l'Espagne, non moins renommée, dans le monde ancien, à cause de ses métaux précieux quelle nouveau monde, dans Thistoire moderne, PosidoniuS dit: J7a^ ixtivo^ç éç àXtj&âq TÔv VTTOX'O'ôv^ov

làTtoif èx' 6 "Adffq àXX* 6 JHéxfo-v ttuTOPntZ. ap. Strab. p. 218« A.

(',) On vent qu*Hercule fiit le premier qui introduisit la coutume de brûleries cadavres. Schol. Hom. II. ^* 52. éd. Wass.

Ces ombres, néanmoins, retenoient la forme qu'avoient ene les corps dont elles venoient d'être séparées. L*ombre de Palrode fut reconnue de suite par Achille (^ '). Ulysse distin^ia très bien les ombres de personnes jeunes et âgées , d'hommes et de femmes (^^). Us sembloient même encore tenir dans la main les armes ou les instruments dont ils

étoit le seul à qui Proserpine ayoit laissé Tintelligence (vooç) après la mort, et dont les qiçivtq étoient encore en bon état. Od. K. 493 sq, SaToir, suivant cet endroit même et plusieurs autres il paroît qu^Homère, ou plutôt les Grecs dont il suivoit les opinions, regardoient la poitrine comme le siège de rintelligence. 0ç4vt<: signifie proprement le diaphragme. Od. /• 301. Ovtdfi^ya^ Trçbq çtj&oç^ S&y ipçlvtq ^Ttaç f /»<r». Pour un peuple dont les passions étoient bien plus forte» que le raisonnement , il n*étoit pas étrange qu*on

I)laçàt rintelligence dans le mjine endroit où ils croyoient ressentir es sensations qui fournissoient les plus puissants motifs à leurs actions. Voyez, p. e., des expressions comme celles-ci: 'BttI g>çëol

Toy è* al^a fttqï 9çfvaç 4jXv&* Iw^, Ce dernier passage prouve même qu'ils j plaçoient le sensorium commune, cf. Schneid. Lex. in ▼. Or ces q>qiyf<i étoient aussi le siège du principe de la yie. Lorsqu*Andromaque tombe en défaillance, c*est: ^Ajto de ^vxv^ ixàTtvaat (11. X, 467.), et, lorsqu'elle reprend haleine:

'ir â^eTttl èv a/ATTvvxo , je«* ^ç ifiçéva ÛVfjubç àyiç&ij (ib. 475).

Quelquefois 9ç4iffç , le siège du principe de la yie , est pris pour ce principe mâme, p. e. II. JI* 504.

^Êk j^çobç i'Xxc âàQV • itoxl âh ççê^iç a-èra €7toy%o • ToZo o&(Â,a, y^fVyi^ijv Tê xai iyx^oq i^^çva' aly^fjnfjv»

Or, comme le principe de la vie, séparé du corps , n'étoit qu'une ombre, une substance légère et volatile, on ne pour oit pas se figurer qu'il j eût un diaphragme (^pv^^ x«^ fXâoiXoi^ * àtàq ^iveç SX c^» 7f dfiTTav. 11.^*104.), et par conséquent ce principe étoit aussi privé du vooç. Que si Ton demande comment il put raisonner sans fôoq , nous laisserons la réponse à cette question à celui qui nous prouvyera qu'on a le drdit d'exiger dans les opinions populaires la même exactitude que dans un système phUosophique. Eustathe (ad II. p. 1398. 1. 20.) croit trouver dans le discours de Patrocle à Achille une preuve qu'Homère Ta voulu représenter comme parlant comme un insensé , puisque dans des circonstances aussi importantes il rappelle encore à son ami les jeux dont ils s'amusoient ensemble. On voit bien que ce ne sont pas les ombres .seules qui raisonnent sans vooç.

(55) Hom. II. W. 65 sq. 107. {^^) Hom, Od. J* 37 sq.

s'ëtoienit servis sur la tcrr&(^^). Quelques-unes même avoient encore des occupations qui ëtdient coftfortnes''ft leurs inclinations ou à leurs habitudes terrestres: On y yoyoit encore Minos le législateur , décidant les querelles , le sceptre à la main(**); Orion s'y livroit encore à la obassé , et , armé de sa massue d'airain , il poursuivoit les ombres des animaux qu'il avoit tués sur Jes montagnes ('^). Polygnote , dans le tableau de l'empire des mofis dont il a décoré la Lèsché de I)elphe8 , a imité en eeci les fldions qu'on trouye chez Homère. On y yoyoit une prétresse de Cérès tenant sur les genoux la botte mystique dont elle a'élQit servie dans les cérémonies (^^). Aciéon y étoit représenté avec son chien , Orpliée avec sa lyre, et les filles de Pandarée s'y amusoient encore à jouer aux osselets (^^). Quoiqu'^on crût qu'une ombre yaine qui échappe à Tat* toucbement et qui ne sauroit elle-même saisir un corps ne dût ressentir aucune incommodité et être entièrement insen- «ble à la douleur , cependant Tityus , dont un yautour Tonge les intestins, Sisyphe, qui se fatigue à roidersa pierre, et plusieurs autres exemples pourroient prouver que les opini<His des Grecs à l'égard de ces ombres étotenl atissi vaines et aussi indécises que ces ombres mêmes. •Piriygnote reste «ncore ici fidèle à son modèle. Dans son taUeau l'une des ombres est étranglée , et , bien que les autres ombrés soient déjà pàks et à peine perceptibles , -celle de Tityus , consumée par ses soufirances , disparott presque entièremeat à la yiie(^^)« De m^e Tantale

(s^) L«s ombres des gaerriars morts sur le champ de bataille 4eBâieiif encore leurs armes eAsang^ntées (Hom* Od. 4i» 41.), BfiT*cale soxi ar/c et sa ceinture « ib. 605 sq.

(5«) Hom. Od. ^. 567 sq.

('^) Hom. Od ^«571 sq. Dans la Lèsché «le Delphes Polygnofe

aYoit garni le fleure de T empire souterrain de poissons , mais ces

poissons n'avoient été qu* ébauchés, pour indiquer que ce n'é-

toient que des ombres (Paus. X. 28. 1.). Kal àf^v^^à av»

(^o) Paus. X. 28. 1. (^») Paus. X. 30.

{<i^ Paus. X. 29. 2. *Af*vâ(^ov xal êâi éléxXijçov eXdwXoy.

souffre de la fakn el de la aeif , qaoiqa'on ne voie nulle part que les ombres mangent ou boivent (^^)«

H résulte de ces obserTatîons que les Grecs ne se soal figuré la yie à veoir que oomme une existence qui étoit , pour ainsi dire , une foible imitation de celle qu'ils avoient eue sur la terre , existence qui est la continuation de r^ffoiblissement par la perle du sang , causée par une blesr sure , ou de la dégradation de toutes les facultés dans la Tieillesse ou par suite de quelque maladie. Si donc la vieillesse et la perte des forces de la jeunesse étoit un véritable malheur pour les Grecs , peuple actif et remuant et qui , dans les premiers siècles de son existence , avoient, tant besoin de ces forces pour faire valoir leurs droits et respecter leurs possessions» on sent aisément que Tétat des ombres apr^s la mort , qui , à ce qu'on croyoit , devpient ressentir tous ces inconvénients dans un degré bien plus éminent et qui d'ailleurs étoient reléguées dans un lieu sombre et ténébreux , où , même avec les occupations qu'elles pouvoicnt avoir , elles dévoient être en proie à des ennuis inouis , on sent aisément qu'un tel état ne pouvoit offrir aucune de ces consolations que l'espoir d'une vie à venir présente à l'homme pénétré de la vérité de la doctrine de l'immortalité de Tame. On s'explique facilement par là le ton, tragique qui règne dans tous les passages de riliade et de l'Odyssée où il est question de la mort. Voilà pourquoi l'ombre du vaillant guerrier déplore .son sort , lorsqu'elle se voit obligée d'abandonner le corps jeune et vigoureux qu'elle avoit àccpmpagné jusqu'ici (^♦). Voilà pourquoi l'ombre d'Achille déclare à Ulysse qu'elle préfère le sort d'un pauvre journalier, dans le mondo qu'elle avoit quitté , à la dignité royale parmi les

(•^3) Le scholiaste d'Homère (adOd. /i. 13.) veut que l'asphodèle leur servoit de nourriture et de boisson. .(^♦) ïïom. II. JT. 856.

9fvxv <^'^» 4f&i(ay TfTaiJbhfi "Aï'âSaâe /îé/îijjté*,

ombres (^^). Yoiià pourquoi hommes et dieux ont en aversion le sombre empire des morts (^^). Voilà pourquoi rimroortalité est Tune des prérogatives les plus estimées des habitants de TOlympe , et pourquoi on croyoit que la mort et les cadavres souiUoient les sanctuaires et le pieux adorateur qui y venoit offrir aux dieux les marques de son respect (^^). En un mot, les fictions concernant Temjïire des morts n'emmenoient que des idées de stérilité , de malheur , d'infortune (^ ^ ) .

Avouons toutefois qu'il y avoit deux points de vue qui sembloient mitiger en quelque sorte l'horreur de ces sombres fictions. On étott d'abord persuadé que les ombres se réunissoient toutes dans le même lieu , et qu'elles pourroient se reconnoltre dans l'empire des morts; par conséquent celui qui remplissoit les derniers devoirs envers un père , un ami , un fils pouvoit es|)érer de le revoir. Ulysse reconnut d'abord sa mère et ses amis. Les ombres s'entretiennent ensenàble comme elles le faisoieni jadis sur la terre. Polygnote a encore saisi ce trait, en représentant , dans son tableau de l'empire de Pluton , Thyîe dans la compagnie de Chloris, son amie, et en plaçant Phocus à côté de son ami Jasée(^^). En second lieu , on croyoit que les ombres n'ignoroient pas toujours ce qui «e passoit dans ce monde, au moins à Tégard de leurs parents et de leurs relations , et il paroit même que , dès

(<J5) Hom. Od. A. 488 sq. {^^) Hom. II. T. 64 %({.

(^^) 11 étoit défendu d*pnterrer des morts dans Tile deDélos, consacrée à A[^ollon. Strab. p. 744. C. Hector n*osa faire une libation à Jupiter avec des mains teintes de sang, et plusieurs autres exemples. Philostrate pousse si loin cette idée qu*il représente Ulysse refusant d'enterrer Ajax revêtu des armes d'Achille: Mij

{^*) On n'a qu'à se rappeler ici les Charonia et les Plutonia et la tradition suivant laquelle on n'aToii jamais tu qu'un oiseau vint se percher sur les colonnes placées autour de l'endroit où Amjjhiaraiis aroit été englouti par la terre, et que nul animal ne touchoit jamais à l'herbe qui croissoit danls cette enceinte.

{<^9) Pans. X. 29. 3. ib. 30. 2.

les uèdes dont nous nous oocupons dans ce moment , Ton leur attribuât quelque influence sur le sort de ces parents et de ces relations dont la mort les avoit séparées. La içère dUlysse est en état de dire à son fils ce qui se passe dans sa maison , ce que font son père , son fils et son épouse. Mais il est évident qu'elles n*étoient pas toujours si bien informées , par les questions que Tombre d'Achille fait à Ulysse relativement à son père et à son fils. Influence de ce^ Toutefois ce sont ces idées , jointes à la cérémonies fu^ pitié qu'inspiroit Tétat des défunts , qui furent

nèbres. Premiers i^g causes des cérémonies funèbres , cérécommence-

menu du culte monies qui dans la suite donnèrent lieu à un des Héros. ^^jj^ régulier qui éleva les hommes illustres

do ces siècles primitifs au rang de Héros et changea souvent leurs tombeaux en temples et en sanctuaires.

Ce culte même , comme nous Tavons déjà observé , ne sauroit nous occuper ici , mais il ne paroit pas hors de propos d'eu faire remarquer les premières traces dans les ouvrages du poëte qui nous fournit les plus amples renseignements relativement à la civilisation morale et religieuse des siècles héroïques. Achille , non content d'immoler sur le bûcher de son ami Patrocle des boeufs , des brebis , des chevaux » des chiens et jusqu'à des hommes (J^) , et de célébrer sa mémoire par des joutes et des combats , invoque aussi les mânes de cet ami , en faisant pour lui des libations (^') , lui promet de venger sa mort ^ en privant de la sépulture le cadavre d'Hector {J^) , et va même jusqu'à lui consacrer une boucle de cheveux qu'il

(7'') Hom. IL V. 166 sq. Yoyez rimitatiou de cet endroit de Qainte de Smyrne, III. 672 s({.

(71) Hom. II. «f.218sq.

(/^) Ib. 179 sf{, cf. 19 sq. Ulysse fait aussi des prières , des Toeax et des sacrifices aux ombres. Od. A» 23 sq. Selon irrien les Bithyniens célébroient des services funèbres» destinées à tous les trépassés , ou Ton invoquoit les ombres trois fois et on les prioit de prendre part au banquet, <uç nfvaa/oZtv ti^ç ifa^Toç. ap. £b^ ad Od. p. 335. 1. 10.

«voit destinée pour un dieu (^ ^). Et , lonqu'AchlUe rend»* à Priam le cadavre de son fils , il ne manque pas de prier Patrocle , comme s*il fût présent à cette action , de ne pas prendre cela en mauvaise part , puisqu'il lui partage» roit la rançon qu'il en avoit reçue (^^), preuve évidente que la conviction que les ombres étoient informées de ce qui se passoit ici commençoit dès lors à prendre la forme d'une crainte semblable à celle qu'on avoit du courroux eéleste , lorsqu'on avoit osé négliger le culte qu'on devoii aux habitants de l'Olympe (^ '). Gomment d'ailleurs expli* quer autrement les sacrifices institués pour apaiser les mânes de quelque mort dont il est déjà si souvent question, même dans les traditions qui appartiennent à celte époque? Nous avons déjà vu que Pélops érigea dans ce dessein un 'monument en l'honneur de Myrtile. Oenomaûs auroit consacré un monument à la mémoire des prétendants de sa fille , oJi il auroit célébré chaque année un service fu* Dèbre(^^). Hercule, disoit-on, rendoit les mêmes honneurs à son ami SostrateC"^) etàCyathus, jeune homme qu'il avoit tué par malheur (7'). D'ailleurs la moralité n'étoit pas plus requise pour ce culte que pour celui qu'on réndoit aux Hlieux. La tradition .portoit que , lorsque les Thébains faisoient des sacrifices aux mânes d'Étéocle et de Polynice , la flamme qui s'élevoit de l'autel so/ partageait

(^») Hom. II. 9^, 140 sq. Les Myrmidons couvrirent le cadavre de tous côtés de leurs cheveux, qu'ils coupèrent en son honneur , ib. 135 sq. Le monuraeni des vierges hyberboréennes , Hyperoché et Laodicé (Herod. IV. 34, 35.)t et celui de Cyzieus fut honoré de la même manière (Apollod. I. 19. 18.)-

(^^) Hom. 11. Jl' 592 sq.

C) Les poètes tragiques nous offriront de fréquentes preuves de la conviction que les morts avoient une influence marquée sur le sort de leurs parents qui étoient encore en vie ; mais cette influence y tient déjà tant des opinions attachées dans la suite au culte des héros, qui n'appartient pas à cette époque , que nous n'avons cru en pouvoir faire mention ici.

(^^) Paus. VL 21 fin. i^^) Paus. VII. 17. 4.

C) Nicander ap. Athen. IX. 80 fin.

constamment , comme en signe de la haine firatridde qni aroit été la cause de leur mort et qui ne les abandonnoit pas même dans les lieux où Ton croiroit que toute haine et tonte rinimilié dût cesser (^^). Cependant il &ut avouer que ce ne furent pas moins souvent le respect pour la sagesse et les plus nobles vertus , la reoonnoissance pour des bienfaits reçus et les émotions les plus douoes qui donnèrent lieu à ce culte. Nous en avons déjà trouvé des exemples et nous en trouverons d'autres dans la suite. Il j a même une tradition qui prouve que la reconnoissanoe a donné aussi quelquefois lieu au culte des animaux. On racontoit qu'un homme honoroit la mémoire d'un serpent qu'il avoit tué , croyant qu'il alloit attaquer son fils , tandis qu'il s'aperçut après que cet animal avoit voulu le défendre contre un loup(**^). Mais tout ceci, aussi bien que les oracles concernant la translation des restes de quelque homme célèbre dans sa patrie , l'institution de cérémonies funèbres , pour apaiser les mânes de quelque héros dont les mérites avoient été méconnues durant sa vie , ne pourra être traité complètement que lorsque nous parlerons des Héros et du culte' qu'on leur rendoit.

Heureux d'avoir pu faire entrevoir ici les premiers commencements de ce culte , fondé sur les honneurs qu'on rendoit aux morts , sur le désir de rendre leur situation plus supportable et sur la conviction qu'ils étoient informés de ce qui se passoit sur la terre , nous retournons , après cette digression nécessaire , aux opiqions sur l'état des ombres dans l'empire souterrain , pour examiner encore le rapport entre ces opinions et celles sur la justice divine. Opinion» sur RJen , en eflfet , n'est si naturel que

l'efficacité de . .

la justice dîTine I^ cpiestion si, d'après les opinions des dao8 la continu- G^ecs , les dieux , qui , selon eux , récom-

tiou de rexis- .

tence après la pensoicut les justes et punissoient les mé-

^^^ chants dans cette vie , continuoient aussi ces

{79) Paus. IX. 18. 3. (•<>) Paus. X. 33. 5.

actes de justice dans la nouveUe existenoe des hommes après la mort.

Pour nous , dont les idées religieuses ont le riapport le plus intime avec les opinions sur rimmortalité de Tame et la résurrection du corps , pour nous , qui trouvons dans ces opinions le fondement de notre religion et le motif le plus efficace à l'exercice de la vertu , puisqu'on nous accoutume , dès notre plus tendre jeunesse, à ne regarder cette vie que comme un temps d'épreuve, une préparation à une existence plus durable dont le bonheur ou le mal* heur dépendra entièrement de la manière dont nous aurons employé le temps de préparation qui nous a été accordé dans cette vie terrestre , pour nous il est presque impossible de séparer dans nos idées la notion d'tine rétribution juste et équitable de celle de l'immortalité; l'une et l'autre nous paroissent même si étroitement liées que nous bornons la première presque exclusivement à une vie à venir , et que c'est cette idée qui nous semble offrir Tunique et véritable solution de Tobjection connue et en apparence très fondée contre la providence divine , tirée du bonheur des méchants et des infortunes souvent accablantes de l'homme de bien.

Si nous voulons doue rendre justice aux Grecs , il est absolument nécessaire do nous placer autant que possible sous le point de vue d'où ils envisageoient ceà questions importantes , et de nous représenter les opinions d'un peuple encore ignorant et peu civilisé qui n'avoit aucune idée de l'immortalité de l'ame , et qui étoit par conséquent entièrement étranger à la conviction que la partie la plus noble de notre existence , séparée , après la mort , de la partie matérielle , doit s'attendre à recevoir , soit seule , soit réunie à quelque autre corps , les peines ou les récompenses de ses actions. Selon les Grecs la vie future étoit une continuation non de la partie la plus noble , mais de la partie la plus foible de notre être , et » d'après la.

aanière dont ils se reprësentoieiit l'état dans lequel elle s'y trouveroit , Tidéo de bonheur en ëtoit entièrement exclue* Il ëtoit dohc impossible qu'on pût jamais croire qu'on y receTToit la récompense de ses bonnes actions. Aussi n*en trouvons-nous aucune trace dans les poèmes d'Homère f car les ehamps élysécas , aux extrémités de la terre , où Ton menoit une vie très agréable , où Ton n'étoit incommodé ni par la pluie , ni par la neige , ni par des vent» mpétueux et où de doux zéphyrs rafratchissoient eontinuellement l'atmosphère , ces champs n'étoient pas un séjour destiné pour les morts, mais pour les vivants; car, lorsqu'on annonce à Ménélas qu'il ira les habiter , on ajoute expressémrat qu'il ne mourra pas (*'). La fiction d'Hésiode , par laquelle non seulement Ménélas , mais tous le» héros sont transportés, après la mort, dans les iles des ^bienheureux , qui ne sont évidemment autre chose qu'une imitation des ehamps élyséens d'Homère ('^), est abso^ lument inconnue à ce poëte. Chez lut tous les héros descendent à l'empire de Pluton , à l'exception du seul Hé^ nélas 9 et tous y sont également malheureux.

Il y a plus : Saturne , qui , chez Homère , est relégué , avec les Titans , dans le Tartare ( ® ^ ) , règne , chez Hésiode , sur les iles des bienheureux ('^). Il est évident , parla comparaison de ces divers passages , que la fiction d'Hé* siode est composée de TElysium d'Homère et des tradition» concernant le siècle de Saturne (®^). Les auteurs de» sièdes postérieurs ont considérablement développé 1»

(«0 Hom. Od. //. 561 sq.

(•») Hes. Op. 166 sq. (•») Hom. U.S. 274—279.

(*«) Hes. Op. 169. ApoUodore (III. 5. 4.) ^t aussi mention des champs éljséens, où Japiter envoie, selon lui, Cadmus arec Harmonie, son épouse, après qu*il eut reçu la forme d'un serpent.

(*') M. Bôttiger (Kunstmyth. p. 222.) se trompe évidemment lor8(}u*il cherche Torigine des récits du siècle de Saturne dans les opinions sur les îles des bienheureux. La tradition d*un état primitif de bonheur et de réjouissance est beaucoup plus ancienne que les mythes des lies des bienheureux.

fiction d'Hésiode , ^oomnoe nous le verrons dans la suite. Ti nous suffit ici d'observer que , sous le rapport moral , celte fiotion , quoiquev beaucoup plus récente , est entièrement oonforme à celle d*Homère. Chez ce poète la distinction accordée à Ménélas n'est nullement une récompense de sa vertu : elle n'est motivée que par la considération qu'il est l'époux d'Hélène et par conséquent le gendre de Jupiter (' ^). Tous les autres hétos deviennent malheureux , tandis que , chez Hésiode , tous deviennent également heureux ; et on ne voit pas que , même en parlant des hommes de l'âge d'argent et d'airain , il fasse aucune mention de quelque supplice qui leur fut imposé après la mort , quoiqu'il assure que Jupiter fut obligé, de les exterminer à cause de leurs violences et de leurs injustices (®^).

Que si nous nous rappelons que l'apothéose fut souvent considérée comme une récompense de la vertu (®^), il doit paraître étonnant que les violences qu'Hercule , par exemple , commit contre les Orchoméniens et contre Iphitus ne mirent pas d'obstacle à ce que cet honneur lui fût accordé. ApoUodore raconte qu'on regardoit Apis comme une divinité , quoiqu'il eût été un tyran cruel et sanguinaire (^'). Tropbonius et Agamède, dont l'un avoit perdu la vie , étant tombé dans un piège lorsqu'il avoit voulu commettre un vol , tandis que l'autre , qui étoit son complice , n'avoit pu se sauver qu'en sacrifiant la vie de son frère , furent jugés dignes des honneurs qu'on acoordoit aux héros (^^). Orion, quoique tué par Diane , à cause d'un attentat semblable à celui pour lequel Jupiter punit Ixion , par des tourments étemels , fut placé aux cieux par Jupiter (^'). Au contraire, Pollux, qui

(»<J) Hom. Od. J. 569. ' («') Hes. Op. 141 s^.

(»•) P. c. Paus. VIII. 2. 2.

(*') Apollod. II. 1. 1. Chez Diodore les fils de Neptune sont élerés aa rang des démons , quoiqu'ils aient osé insulter à la majesté diyine de Vénus, T. I. p. 374.

(9^) Paus. IX. 37. 3, (*') Eratosth. Catast. 7 , 32.

rendit la vîo à son frère et qui partagea aveo lui Timmor^ talitë que lui seul avoit reçue de son père , ne reçut aucune récompense pour Thëroîque résolution de passer la moitié de son' existence dans les horribles souterrains de la mort (' ^). On ne voit pas qu'une bonne action valut jamais à aucun des anciens héros un sort meilleur après la mort. Ainsi que dans la justice qu'exerçoient les dieux parmi les mortels dans cette vie , les supplices sont bien plus fréquents dans la vie à venir que les ré* compenses , encore que le nombre en soit très borné , comparé à la grande variété de crimes qui paroissent avoir dû encourir le courroux céleste et au grand nombre de ceux qui s'en rendoient coupables.

Il pardt , par les poèmes d'Homère et d'Hésiode , qu'il n'y eut qu'un seul crime dont on avoit à craindre de se voir puni dans la vie à venir. C'étoit le parjure (^^).r Toutes les autres peines dont il est fait mention , soit par Homère soit par d'autres auteurs , ne sont que des effets du courroux céleste excité par la gravité de quelque attentat impie , sans qu'on voie pourquoi d'autres malfaiteurs , qui n'avoient pas été moins coupables , n'aient pas été punis également. Il n'y a encore ici aucune méthode, aucune uniformité , aucune règle sûre. Ici , aussi bien que dans la vie en ce monde , les dieux punissent avec la plus grande sévérité les insultes qu'on a osé leur faire à eux-mêmes , mais i)s se mettent rarement en peine des injustices que les hommes commettent les uns envers les antres. '

Les malheureux dont Ulysse vit le supplice étoientTityus, Tantale et Sisyphe. Tityus fut condamné parcequ'il avoit osé maltraiter Latone (^^). Homère ne dit rien des crimes

{^') Hom. Od. A. 300 sq. cf. Pind. Nem. X. Apollod. III. 11.2.

(^3) Hom. II. r. 278.

(^♦) Hom. Od. A. 575 sq. Paus. X. 29. 2. ApoUod. I. 4. 1. Ettst. 9^ n. p. 208 in.

de Tantale et de Sisyphe (^ ') , mais nous savons d'ailleurs que c'ëtoient encore des impiétés et des supercheries pratiquées envers les dieux ('^). D'autres auteurs font encore mention d'Ixion qui avoit payé de la plus noire ingratitude l'hospitalité de Jupiter (^^), d'Ascalaphe, qui fut condamné par Cérès à rester couché sous une grosse pierre , parcequ'il avoit été la cause que Proserpine fut obligée de retourner à l'empire des morts (^•) , de Pirithoûs , qui avoit conçu le projet d'enlever Proserpine , tandis que Thésée , son complice , fut délivré par Hercule (^^) ,

(^«) Hom. Od. A. 581 ^i{, 592 ^i{.

(^^) Suivant quelques-uns Tantale avoit tué son fils pour régaler les dieux ; suivant d'autres il leur avoit dérobé le nectar et Tarnbroisie. Vojez Diod. Sic. T. I. p. 318. cf. Paus. X.31.4. Asclep. ap. Schol. Od. A. 582. cf. Eust. ad Od. p. 457 fin. 458. Eurip. Or. in. Pind. 01. 1* Nonnus (XYIII. 24 sq.) réunit les deux crimes dont nous venons de parler. D'autres encore le considèrent comme le complice de Pandarée, dans le vol du célèbre chien d'or. Schol. ad Od. r. 518. cf. Eust. ad Od. p. 457. 1. 10. Anton. Lib. 36. Enfin on disoit que , Jupiter lui ayant permis de demander ce qu'il désiroit , il souhaita de prendre part aux plaisirs dont jouissent les dieux immortels, et que Jupiter, pour le punir de cette audace , tout en lui accordant sa demande , fit attacher une grosse pierre audessus de sa tète, afin que la crainte d'en être assommé l'empechàt de jouir des avantages qui ne sont réservés qu'aux dieux immortels. Auctor reditus Atrid. ap. Athen. Vil. 14. Sisyphe devoit rouler son bloc de rocher, parcequ'il '^avoit trompé Pluton , comme nous l'avons rapporté plus haut, ou, suivant d'autres , parcequ'il avoit osé découvrir à un père désolé de la perte de sa fille que Jupiter Tavoit enlevée. ApoUod. I. 9. 3. Paus.. II. 5. 1 . cf. X. 31. 3 fin. Tzetz. ad Lycophr. 175. p. 25. a. D'après le scholiaste d'Homère (ad II. A. 180. éd. Wassenb.) Sisyphe lui-même fut changé en pierre.

(^^) Diod. Sic T. I.p.314. cf Stûrz, Pherec.fr. 69. Schol. Hom. Od. *. 303. Eustath. ad II. p. 76 fin. 77 in. Pind. Pyth. IIl 40 sq. cf. Schol. On voit, par la comparaison de ces passages, que tous les auteurs ne sont pas d'accord si son supplice eut lieu dans l'empire des morts ou pendant sa vie.

(^B) ApoUod. I. 5 fin. Hercule le délivre dans la suite, mais alors Cérès le métamorphose en hibou, ib. II. 5. 12. p. 142, 143. M. Heyne croit que cette histoire d'Ascalaphe est interpolée.

(9^) Diod. Sic. T. I. p. 307. ApoUod. IL 5. 12. cf. Panyasis ap. Paus. X. 29. 4.

d*Amphion , qui fut puni à cause des injures dont il avoit accablé Latone et ses enfants ('^^) , de Thamyris , à cause de la proposition scandaleuse qu'il avoit osé faire aux Muses , des Danaîdes epfin (le seul exemple de la punition d'un crime contre la société humaine) ('^') , pour le meurtre de leurs époux ('^'). Endymion , qui avoit commis le même crime qu*Ixion , ne fut puni que par un bannissement du ciel , où Jupiter Tavoit reçu , et paf un confinement dans Tcmpire des morts , sans qu'on voie qu'il y fut condamné à subir quelque peine ('^^).

Si j*ai rassemblé ici des traits qui pourroient parottre à quelques-uns de mes lecteurs être empruntés à des fictions d'un âge plus récent ('^^), ma réflexion concernant la rareté des supplices dans l'autre monde n'en sera que plus juste. J'ai préféré pécher ici par l'excès , pour ne pas encourir le blâme d'avoir omis quelque chose qui put paroitre appartenir à mon sujet.

Quoiqu'il en soit , le résultat reste le même. D'après les opinions que les Grecs se formoient de l'exercice delà justice divine dans une vie à venir, ils n'avçient à craindre de supplice que pour le parjure et pour quelque impiété notable. Et encore s'en falloit-il beaucoup que tout impie eût à craindre la colère divine , vu le petit nombre de ceux dont on racontoit quelque chose de semblable. Cependant gardonsnous de considérer cette manière d'envisager la vie à venir

jioo) L*aateur de la Minyade ap. Paus. IX. 5. 4. C^') Sulyant Fauteur du quatrième hymne homérique (ys. 367 sq.) VinjiLstice est punie dans le séjour des morts, mais, lorsque Ton considère un peu plus attentivement ce passage, on voit bientôt que cette injustice {àâi^yitZy) n*est autre chose que la n^fligence dans le culte de Proserpine.

ϰ») L'auteur de la Minyade ap. Paus. IV. 33. 7. esiod. ap. SchoU. ÂpoU. Rhod. iy.57: Selon Apollodore (I. 4. 3.) Sida, Tépouse d*Orion, subit le même supplice.

(^°^) M. Thiersch , dans son liyre intitulé Urgestalt der Odyssée , rejette même comme interpolé le passage de TOdyssée où il est question du sbpplice de Tityus, de Tantale et de Sisyphe.

comme le. résultat de profondes méditations. Il est même très probable que les notions confuses qu'on ayoit de l'état de rhomme après la mort furent les causes des inconséquences qu'on remarque dans lés opinions à cet égard. On sait que même parmi les peuples les plus réfléchis la crainte de la mort et d'une vie future n'est jamais aussi forte qu'on croiroit avoir droit de l'attendre , vu la cer~ titude inévitable de ce changement d'état , prouvée par l'expérience de tous les siècles et rendue encore plus ter* rible par l'incertitude du moment où ce changement aura lieu. Faut-il donc s'étonner que les Grecs , qui vivoieat au jour le jour , et qui , comme des enfants , s'inquié* toient rarement de l'avenir , à moins qu'ils n'eussent un intérêt spécial à le connoitre , faut*il s'étonner que ces Grecs étendissent rarement leurs craintes au-delà du tombeau , persuadés , comme ils l'étoient , que leurs dieux , qu'ils se représentoient aussi vifs et aussi prompts à exécuter leurs projets de vengeance qu'ils l'étoient eux-mé* mes, n'attend roient pas un terme si éloigné pour punir ceux qu'ils pouvoient facilement atteindre dans cette vie ? Je crois même que les récits de peines infligées dans l'autre vie doivent leur existence pour la plupart aux fictions de» poètes. Ces récits deviennent plus nombreux à mesuré que nous avançons dans la lecture de ces poètes , ils changent souvent de, forme et ils portent , encore plus que le* traditions de supplices dans cette vie , Tempreinte de la partialité et de l'inconséquence.

Les anciens Grecs n'avoient donc aucune idée d'une rétribution régulière des bonnes et des mauvaises actions dans une vie à venir. La différence entre le ciel et Y enfer leur étoit entièrement inconnue , et celui qui cherche le premier dans le champ d'Elysium , l'autre dans le Tàrtare n'a certainement jamais lu avec attention les passages où Homère et Hésiode parlent de ces lieux (' ®*). Minos, juge

(Ï0 5) Ce n'e«t pas moins à tort qu'on appelé enfer ou les enfers

souffre de la faim et de la soif, qaoiqu'cm ne Vûie nulle pari que les ombres mangent ou boivent (^ ^)«

U résulte de ces observations que les Grecs ne se sont figure la vie à venir que comme une existence qui étoit , pour ainsi dire , une foible imitation de celle qu'ils avoient eue sur la terre , existence qui est la continuation de Taf* foiblissement par la perte du sang , causée par une bleso* sure , ou de la dégradation de toutes les facultés dans la vieillesse ou par suite de quelque maladie. Si donc la vieillesse et la perte des forces de la jeunesse étoit un véritable malheur pour les Grecs , peuple actif et remuant et qui , dans les premiers siëdes de son existence , avoient. tant besoin de ces forces pour faire valoir leurs droits et respecter leurs possessions» on sent aisément que l'état des ombres apr^s la mort , qui , à ce qu'on croyoit , dévoient ressentir tous ces inconvénients dans un degré bien plus éminent et qui d'ailleurs étoient reléguées dans un lieu sombre et ténébreux , où , même avec les occupations qu'elles pouvoient avoir , elles dévoient être en proie à des ennuis inouïs , on sent aisément qu'un tel état ne pouvoit offrir aucune de ces consolations que Tespoir d'une vie à venir présente à l'homme pénétré de la vérité de la doctrine de l'immortalité de l'ame. On s'explique fetcileinent par là le ton, tragique qui règne dans tous les passages de riliade et de TOdyssée où il est question de la mort. Voilà pourquoi l'ombre du vaillant guerrier déplore .son sort , lorsqu'eUe se voit obligée d'abandonner le corps jeune et vigoureux qu'elle avoit accompagné jusqu'ici (*^*). Voilà pourquoi l'ombre d'Achille déclare à Ulysse qu'elle préfère le sort d'un pauvre journalier, dans le mondo qu'elle avoit quitté , à la dignité royale parmi les

(<^s) Le scholiaste d'Homère (adOd. /2* 13.) veut queTaspho* dèle leur servoit de nourriture et de boisson. .(<^4) Hom. IL /T. 856.

9fvxv <^'^« çe&(<aif Trraftfvfj ^Aï'âéade fif^rj^fy^

ombres (^^). Voilà pourquoi hommes et dieux ont en aversion le sombre empire des morts (^^). Voilà pourquoi rimmortalité est Tune des prérogatives les plus estimées des habitants de TOlympe , et pourquoi on croyoil que la mort et les cadavres souilloient les sanctuaires et le pieux adorateur qui y venoit offrir aux dieux les marques de son respect (^^). En un mot, les fictions concernant rem{>ire des morts n'emmenoient que des idées de stérilité , de malheur , d'infortune (^ " ) .

Avouons toutefois qu'il y avoit deux points de vue qui sembloient mitiger en quelque sorte l'horreur de ces sombres fictions. On étoit d'abord persuadé que les ombres se réunissoient toutes dans le même lieu , et qu'elles pourroient se reconnoltre dans l'empire des morts; par conséquent celui qui remplissoit les derniers devoirs envers un père , un ami , un fils pouvoit es|)érer de le revoir. Ulysse reconnut d'abord sa mère et ses amis. Les ombres s'entretiennent ensemble comme elles le faisoient jadis sur la terre. Polygnote a encore saisi ce trait , en représentant , dans son tableau de l'empire de Plulon , Thyîe dans la compagnie de Ghloris, son amie, et en plaçant Phocus à côté de son ami Jasée (^^). En second lieu , on croyoit que les ombres n'ignoroient pas toujours ce qui se passoit.dans ce monde, au moins à l'égard de leurs parents et de leurs relations , et il paroit même que , dès

(<^5) Hom. Od. A. 488 sq. {^^) Hom. II. T. 64 s(i.

(*^^) II éloit défendu d'pntcrrer des morts dans l'ile deDélos, consacrée à Apollon. Strab. p. 744. C. Hector n*osa faire une libation à Jupiter avec des mains teintes de sang, et plusieurs autres exemples. Philostrate pousse si loin celte idée qu'il représente Ulysse refusant d'enterrer Ajax revêtu des armes d* Achille: Mij

yàç oaua irTàqfta êCva^ xà xâ &nvdra aÏTtft.

(<*«) On n'a qu'à se rappeler ici les Charonia et les Plutonia et la tradition suivant laquelle on n'avoit jamais vu qu'un oiseau vint se percher sur les colonnes placées autour de Tendroit où Amj^iaraûs avoit été englouti par la terre, et que nul animal ne touchoit jamais à l'herbe qui croissoit dans cette enceinte.

(<^») Paus. X. 29. 3. ib. 30. 2.

les sièdes dont nous nous, occupons dans ce moment , Ton leur attribuât quelque influence sur le sort de ces parents et de ces relations dont la mort les ayoit séparées. La n^ère dUlysse est en état de dire à son fils ce qui se passe dans sa maison , ce que font son père , son fils et son épouse. Hais il est évident qu'elles n*étoient pas toujours si I»en informées , par les questions que l'ombre d'Achille fait à Ulysse relativement à son père et à son fils. Influence de cet Toutefois ce sont ces idées , jointes à la cérémonies fu- pitié qu'inspiroit l'état des défunts , qui furent

nébres. Premiers \^ causes des cérémonies funèbres , cérécommence-

menu du calte mooies qui dans la suite donnèrent lieu à un des Héros. ^^^^ régulier qui éleva les hommes illustres

de ces siècles primitifs au -rang de Héros et changea souvent leurs tombeaux en temples et en sanctuaires.

Ce culte même , comme nous l'avons déjà observé , ne sauroit nous occuper ici , mais il ne paroit pas hors de propos d'eu faire remarquer les premières traces dans les ouvrages du poëte qui nous fournit les plus amples renseignements relativement à la civilisation morale et religieuse des siècles héroïques. Achille , non content d'immoler sur le bûcher de son ami Patrocle des boeufs , des brebis , des chevaux , des chiens et jusqu'à des hommes (^^) , et de célébrer sa mémoire par des joutes et des combats , invoque aussi les mânes de cet ami , en faisant pour lui des libations (^') , lui promet de venger sa mort, en privant de la sépulture le cadavre d'Hector (^*) , et va même jusqu'à lui consacrer une boucle de cheveux qu'il

C^") Hom. IL ^. 166 sq. Yoyez rimitatiou de cet endroit de Qainte de Smyrne, III. 672 sq.

(71) Hom. II. «'. 218 sq.

('*) Ib. 179 sq. cf. 19 sq. Uljsse fait aussi des prières , des Toenz et des sacrifices aux ombres. Od. ^. 23 sq. Selon irrien les BithyDÎeos célébroient des services funèbres» destinées à tons les trépassés , ou l'on invoquoit les ombres trois fois et on les priwt de prendre part au baaqaet, &ç fiëvaaxoZfv T17Ç da^toç. sp, Ensi. ad Od. p. 335. 1. 10.

«voit dostiaëe pour un dieu (^^)« Et , lorsqu'ÂchiUe rencU à Priam le cadavre de son fils , il ne manque pas de prier Patrocle , comme s'il fiit présent à cette action , de ne pas prendre cela en mauvaise part , puisqu'il lui partage* roit la rançon qu'il en avoit reçue (^^) , preuve évidente que la conviction que les ombres étoient informées de ce qui se passoit ici commençoit dès lors à prendre la forme d'une crainte semblable à celle qu'on avoit du courroux céleste , lorsqu'on avoit osé négliger le culte qu'on devoii aux habitants de l'Olympe (^ '). Gomment d'ailleurs expli* quer autrement les sacrifices institués pour apaiser les mânes de quelque mort dont il est déjà si souvent question, même dans les traditions qui appartiennent à cette époque? Nous avons déjà, vu que Pélops érigea dans ce dessein un monument en l'honneur de Myrlile. Oenomaus auroit consacré un monument à la mémoire des prétendants do sa fille , où il auroit célébré chaque année un service funèbre (^^). Hercule, disoit-on , rendoit les mêmes honneurs à son ami Sostrate(^') etàCyathus, jeune homme qu'il avoit tué par malheur (7'). D'ailleurs la moralité n'étoit pas plus requise pour ce culte que pour celui qu'on réndoit aux Vlieux. La tradition ,portoit que , lorsque les Thébains faisoient des sacrifices aux mânes d'Étéoçle et de Polynice , la flamme qui s'élevoit de l'autel sg/ partageait

(^*) Hom. II. 9f. 140 sq. Les Myrmidons couvrirent le cadavre de tous côtés de leurs cheveux , qu'ils coupèrent en son honneur , ib. 135 sq. Le monument des vierges hyberboréennes , Hyperoché et Laodicé (Herod. lY. 34, 35.) t et celui de Cyzicus fut honoré de la même manière (Apollod. I. 19. 18.).

(^^) Hom. 11. Jt. 592 sq.

(^') Les poètes tragiques nous offriront de fréquentes preuves de la conviction que les morts avoient une influence marquée sur le sort de leurs parents qui étoient encore en vie ; mais cette influence y tient déjà tant des opinions attachées dans la suite au culte des héros, qui n'appartient pas à cette époque, que nous n'avons cru eu pouvoir faire mention iei.

(^^) Paus. VL 21 fiu. (^n Paus. VII. 17. 4.

(^8) Nicander ap. Athen. IX. 80 fin.

sôffisoit , ils adoroîent leurs dieux avec plus de fenreur que l'on auroît cru pouvoir s'y attendre , vu les énormes erreurs de leurs idées religieuses. Bien qu'ils se conduisissent souvent envers ces dieux d'une manière peu respectueuse , cela n'empéchoit cependant pas qu'ils ne les considérassent comme les maîtres du monde, comme les juges de leurs actions , et qu'ils ne leur rendissent par conséquent des honneurs dont en effet ils n'étoient pas dignes. Que si l'on veut attribuer ce phénomène au sentiment religieux , qui , indépendant de toutes les formes, s'élève au-dessus des erreurs du polythéisme , nous n'entreprendrons pas , pour le moment , d'examiner cette question , quoiqu'il nous semblât devoir en faire honneur au sentiment moral plutôt qu'au sentÎQient religieux , puisqu'il seroit bien plus facile à ce dernier de changer le système religieux que de laisser subsister un contraste aussi discordant entre la mythologie et le culte. Hais , écartant toutes les discussions de ce genre, nous préférons consulter les faits que nous offre l'iiistoire de la civilisation des Grecs , persuadés qu'ils nous fourniront les moyens les plus sûrs pour juger de leurs causes et de leurs effets.

Tiadiiions re- Les dieux et les hommes étoient , comme

latiTement aux . j. .^ ^ • i . t^ • / «j ji *

rapports fami- ^^ uisoit très bien Epimenide , d une même lier» entre les race. Les uns et les autres dévoient leur exis-

dieux et les

hommes , dans tence , au moins pour la plus grande part , les temps les ^ j^^ j^^re , mère commune de tous les êtres

plus anciens.

vivants. Cette tradition avoit été consolidée et affermie dans la suite par de fréquentes unions des dieux avec des femmes mortelles et des hommes d'ici bas avec des déesses , unions qui avoient mêlé le sang grossier des mortels avec Tichor des habitants de l'Olympe. Aussi les premiers mortels qui habitoient cette terre étoient encore , sous plusieurs rapports, par leur taille, leurs forces, leur beauté , par leur longévité même , plus semblables à leurs parents, les immortels. Il étoit donc naturel qu'an-

dennemcnt le commeroe entre les membres des deux bran* dies de cette grande famille iùt beaucoup plus fréquent et que leurs relations fussent plus intimes et plus familières. Voilà pourquoi les dieux et les hommes se rëunissoîent pour la. gestion de leurs affaires ('). Voilà pourquoi les dieux admetloient les hommes dans leurs habitations et à leur table , comme des hôtes et des amis(^) , el alloieot, à leur tour 9 prendre part aux festins (') et aux nAdes des mortels (^). Vbilà pourquoi les dieux ne dëdaignoient pas mén)e d'habiter parmi les hommes , comme leurs senriteurs (^). Voilà pourquoi les hommes ne craigpnoient pas de s'adresser immédiatement aux habitants de l'Olympe , pour implorer leur secours , et se méloîent souvent à leurs amusements et à leurs exercices (^). Voilà enfin pourquoi

(«) Hcs. Th.535.

(=*) Pans. VlII. 2. 2. Oi yà^ âîj %6rt àv^Qvmoi U'vok naX

aussi ridstoire d* Apollon Tenant yisiter le pasteur de son prêtre , pour tuer les souris qu*il aroit enyojées d*abord pour désoler seê champs (Schol. Hom. II. ^. 39. ed^ Wassenb. cf. Eustath. ad II. p. 26.) , et la visite rendue par Rhéa à Mérops. Eustath. ad II. p. 1484.1.40.

(*) Amphictjon receyant les dieux à sa table étoit représenté à Athènes. Paus. I. 2. 4 fin. Le scholiaste d*Hoinère ^'ad II. r, 310.) dit que Ton consommoit une partie des Tictimes , parcequ*on crojoit partager ainsi la fête avec les dieux, ^ySrro yàq avoa^T evc&a* toZç

{*) Tojez les récits des noces de Cadrans et de Pélée , surtout dans Pindare.

(') L*histoire du séjour que fit Apollon chez Admète et la charmante tradition des Mégariens où le même dieu Tient au secours d*Alcathos pour bâtir les murs de leur acropole. On racontoit que la pierre sur laquelle Apollon aroit posé sa Ijre résonnoit encore lorsqu'on la touchoit. Paus. I. 42. 1.

(^) L*histoire d*Orion priant Yulcain de lui rendre la vue , dont OéHopion Tayoit privé, et allant à la chasse avec Latone et Diane (Erat. Catast. 32.) et celle de Térambe, qui amusoit les Nymphes par les sons de sa lyre» tandis qu'elles prenoient soin de son troupeau. Anton. Lib. 22. Voyez aussi la charmante fable de cette Aamadryade qui récompensoit Rhécus par ses faveurs , parcequUl avoit soutenu le chêne abattu d*oû son existence dépendoit. Une abeille faisoit entr'eux la fonction de postillon d'amour. Creni. Hist. Gr. antiq. fr. p. 130. 33

les dieux chargeoient touTent les hommes d'une partie de leurs occupations (^) , les prenoient pour témoins de leurs engagements et leur confioient même quelquefois la décision de leurs différends ( • ).

La dégradation du genre humain , dont.nous trouvons tant d'exemples chez les auteurs anciens , fit cesser aussi en ' grande partie l'intimité de ce commerce. Déjà dans l'Diade et l'Odyssée les dieux ne se montrent dans leur véritable forme qu'à un petit nombre de favoris , et souvent même ils prenoient la figure d'un homme , lorsqu'ils daignent les honorer de leur présence (^). Cependant ces poèmes offrent encore plusieurs preuves d'une assez grande famili* arité entre les dieux et les hommes. Nous en avons déjà mentionné quelques-unes dans le cours de cet ouvrage , et la suite nous en fera rencontrer plusieurs autres. Suites de cette * Ces traditions nous font concevoir facile-

famiKarité. ii ^ i u i. '

Manque de refih 1^6"^ 4^^ Celles OÙ les hommes sontreprepect et de dé- sëntés traitant les dieux avec un manqué de

ference des , j i j.A» i /

mortels envers respect qu'on auroit sans cela de la difficulté les dieux. ^ g^expliquer , n'ont pas dû paroitre aussi absurdes aux anciens Grecs. Lorsque pous voyons que les dieux traitent les hommes souvent sur un pied entièrement

(^) Neptune et Apollon associant ^acns à leurs travaux, lorsqu'ils voulurent bâtir les murs de Troye. Pind. 01. VIII. 41 sq.

(^) Cécrops. Apollod. III. 16. 1. Suivant le scholiaste d'Homère (ad II. P. 53.) il décida la querelle d'une manière assez plaisante. » La mer est partout," auroit-il dit, » mais T olivier est propre à TAttique." Chez Pindare (Isthm. YIII. 48 sq.) Msicns est aussi élu arbitre par les dieux, mais je dois avouer que je ne sais pas plus que M. Heyne quelle tradition le poëte a eue en vue. Peut-être que les seholia sur ce poème , publiés dans le Muséum der Alterth. Wissenschaflen ont éclairé ce passage, mais je n'ai pas été assez heureux que de pouvoir les. consulter. Chez Antoni nus Liber alis (4) Cragalée décide la querelle entre Apollon , Diane et Hercule sur PAmbracie, mais on lui en rendit assez mauvais gré.

(*) Dans rOdyssée {ff- 206.) l'apparition des dieux aux Phéaciens , dans leur forme naturelle , est considérée comme une grande faveur.

^gal , ils n'est certainement pas étonnant d'entendre qu'ils se querelloient ensemble ('^), ou qu^ils se disputoicnt la possession de quelque jeune beauté (^ '). Or , des querelles on en vient aisément aux voies de fait ('^) , et les compétiteurs pour la main de quelque jeune fille peuvent aussi bien jeter les yeux sur les épouses ou les filles les uns des autres ('^). Ces réflexions pourront servir en même temps à prouver que l'audace des hommes qui osoient se mesurer avec les dieux , dans Texcrcice de quelque art , ne méritoit pas toujours ces peines cruelles que les dieux leur infligeoient quelquefois. En efiet , les pauvres mortels pourroient à bon droit alléguer l'exemple que leur donnoient les dieux mêmes , lorsque ceux-ci s'exprimoient en leur présence d'une manière assez peu décente au sujet de quelque autre habitant de r01ympe('^); et les dieux n'avoient pas grande raison de se plaindre de la familiarité des hommes , lorsqu'ils les traitoient souvent eux-mêmes sur un pied parfaitement égal('^). Doit-on s'é,tonner, après tout cela,

(**) Voyez, p. e. , Tentretien d'Hélène et de Vénus (Hom. II. F» 398 sq.) et celui d'Ulysse et de Minerve (Od. N. 417 ^^,), ,

(") P. e. Marpessa, qui fut assez sage pour préférer Idas à Appllon, craignant non sans raison rhumeur inconstante de ce dieu ▼olage. Apollod, I. 7. 9. cf. Hom. II. /• 557 sq. et Schol. ad ys*

('*) Hercule., Otus, Ëphîalte, Lycurgne, Épopée (Diod. Sic. T. IL p« 546 in.). Dione console sa fille en lui assurant que cdui qui ose combattre les dieux ne yit pas longtemps (Hom. II. £* 406 sq.). Cependant Hercule ne vécut pas seulement assez longtemps, mais il fut même élevé au rang des dieux immortels. ^

('^) Orion, Tityus, Ixion, Pirithous. Suivant ApoUodore (I. ?• 4.) Otus devint amoureux de Diane, Éphialte de Junon. cf. Schol. II. E, 385. Suivant Homère ils étoient encore dans Tenfance, lorsque Jupiter les terrassa par sa foudre , mais le projet qu'ils avoient formé , suivant le même poëte , prouve assez que , dans cet âge même , ils pouvoient être aussi dangereux aux déesses qu'aux dieux. '

('^) Minerve appelle Mars, en présence de Diomède (Hom. IL

•^•831.): Tbxùv fAan/6ft(voif j tvxtov xaxôv ^ dXXoTtçoaakXov^

('^) Voyez, p. e., la manière dont Minerve s'adresse à Achille (Hom. IL X. 216 sq.) et à Ulysse (Od« iT. 241 sq.).

que les Cauniens , lorsqu'ils avoient résolu de renoncer au service des dieux étrangers qu'ils avoient adorés jusqu'alors , allassent en troupe frappant l'air de leurs épées et de leurs lances, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus aux montagnes qui bordent leur territoire , criant qu'ils chassoient les dieux dont ils ne vouloient plus (' ^). La crainte, jHais aussi , quelle étoit la loi qui obligeoit

de la piété. l^s hommes à obéir aux ordres des dieux ?

Nous ne voyons pas qu'on en reconnût d'autre motif que la nécessité. Comme la force décidoit de la supériorité des hommes , de même la force seule devoit déterminer ceux-oi à satisfaire aux ordres des habitants de rOlympe. Apollon en convient lui-même , lorsqu'il conseille à Diomède de céder , non par respect , non par reoonnoissance pour quelque bienfait, mais uniquement parceque les foibles mortels ne sont pas en état de se mesurer avec les dieux immortels (' ^). Et que Diomède profitât très bien de cette leçon , il est évident par là qu'il déclare que le motif qui le décide à éviter le combat avec les dieux immortels est la crainte de subir le sort de Lycurgue C). Aussi fut-il à peine assuré du secours d^une déesse assez puissante pour le mettre à l'abri de la crainte des autres divinités ('^) , qu^il n'hésita pas d'attaquer non seulement Vénus , mais le dieu de la guerre lui-même. Hercule en avoit agi de même avant lui (^^). Hector ne se fait aucun scrupule de disputer avec les dieux , parceque cela ne l'expose à aucun danger ; mais il n'ose les attaquer avec la lance , non parceque cela n'est pas permis , mais «parcequ'il en voit la di£Sculté , les dieux étant les

('<^) Herod. L 172.

(»'') Hom. IL -B. 441.

■ ivftl Snore f^vXov 6/iotov

(«8) Hom. II. Z. 128 sq. (^^) Hom. II. JS. 827 sq.

(*^) Hes. Scut. Herc. 333 sq.

plus fo^ (^')^ et M^nëlas, quoiqu'il avoue la même chose, tente cependant ce hasard et réussit (^^). La première sensation qu'éprouve rhomtne ignorant et peu civilisé , lorsqu'il croit voir un dieu , c'est la crainte. Télémaque , appercevant Ulysse transformé soudain par Minerve d'un vieux mendiant qu^il étoit en un homme de grande et bcUe taille, dit aussitôt: » Tu es certainement un des dieux qui habitent le ciel : veuille donc m'étre propice, afin que je t'ofiré des sacrifices ou des dons précieux qui puissent te plaire ; mais épargne moi !" (^ ^), Lorsque le tonnerre gronde, la terreur s'empare de tous les coeurs , et personne n'ose prendre une goutte de vin sans en avoir répandu une partie en honneurdu fils de Saturne (^^). Personne n'est jamais assez hardi pour oser mettre le pied dans l'enceinte sacrée de ce dieu , sur le mont Lycée , en Arcadie ; car avant qu'un an soit écoulé , une mort certaine attend non seulement l'homme , mais aussi l'animal , qui a osé profaner ce lieu sacré (^^). La conséquence naturelle dé ces opinions étoit que celui qui croyoit n'avoir aucune raison de craindre le pouvoir des dieux ne se soucioit guère de leurs commandements. Ceci n'a été exprimé nulle part d'une manière aussi naïve et si entièrement dans le langage de la nature que dans la réponse que donne le Gydopc Polyphème à Ulysse , lorsque celui-ci allègue la crainte de Jupiter , le protecteur des suppliants , comme motif pour le bien recevoir : » Tu es ou insensé ," lui dit le Cyclope , » ou tu es venu de bien loin , me conseiller encore de craindre et de respecter les dieux. Sache donc , o étranger , que nous autres Cyclopes ne nous soucions en aucune manière ni de Jupiter ,

(*') Hom. II. T. 367.

Kat ntv iyày iTtàeaa^ yial à&avàzotat fiaxoifiijy ' "Ey^êV â* à(jynXéoy , ijreyij TfoXi) qtiçvêçoi iiay'V»

(") Hom. Od. J. 397.

'jdoyaXéoç ydo r' ici -O-tbç /3oov& àt^âçl âa^ijifa^^

(*») Hom. Od. n. 183 sq. (**) Hom. IL H. 478 «q..

(*«) Paus. VIII. 38. 5.

aimé de son égide , ni des autres dieux bienheureux y parceque nous sommes plus forts qu'eux" (^^)*

Mais y si ces considérations dévoient ôter tout Téritable fondement à la piété (car l'amour de dieu ne sauroift trouver place dans un coeur rempli d'épouvante et de frayeur) , il y en avoit encore d'autres qui ne contribaoient pas moins à diminuer le respect que les hommes auroient pu avdir pour des éircs qu'ils pouvoient cependant aussi bien aimer, à cause des bienfaits qu'ils en rccevoient, qu'ils dévoient les craindre . à cause de leur pouvoir. Les dieux , tout puissants qu'ils fussent , avoient leurs besoins aussi bien que les hommes ont les leurs , comme nous l'avons vu plus haut. Les dieux mangeoient et buvoient ) le nectar et l'ambroisie ne leur suffisoienl pas : il leur fallut eneore des hécatombes et des libations ; leS' plus simples manifestations d'obéissance et de respect de la part des mortels éloient nécessaires à leur contentement et à leur bonheur. — Mercure, arrive chei Calypso extrêmement fatigué du voyage que Jupiter lui a fait. entreprendre par-dessus de la mer , où il n'a trouvé aucune ville qui , puisse lui fournir quelque victime (^^). Jupiter chérit le roi Priam , parceque son autel à Troye ne manque jamais de vin ni de graisse (*"). Neptune * se réjouit en voyant le repas que les Ethiopiens venoient de préparer pour lui {^^\

(^^) Hom. Od. /. 273 sq. Et c'est encore plus fort, lorsque nous lisons un peu moins ayant (107 sq,) que ces Cyclopes ne plantent ni ne cultivent la terre , puisqu'ils se reposent sur les dieux immortels du soin dé faire croître le froment^ Tavoine et le vin. 11 n'est pas possible d'exprimer plus fortement le système que la crainte est le principe de toute religion et que la reconnoissance n'y a aucune part. Heureusement la nature étoit encore plus forte ici que la doctrine , elle sentiment moral corrigeoit les défauts des principes religieux, comme nous le verrons bientôt.

(*') Hom. Od. £. 100 sq. (^8) Hom. II. ^. 48 sq.

(*^) Hom. Od. w^. 26. Que les'dieuxseaourrissent efiFectivement de la fumée des sacrifices, cela est évident par l'épithètc d*aîyog)àyoç (qui mange des chèvres) , .donné à Junon, à cause d'un sacrifice de chèvres qu'Hercule lui offrit. Paus. III. 15. 7. La

Apdlon , en prêtant Toreille anx ohants desT jeunes A-* ohéens ('^).' Minerve est même flattée de ce que Ménélas rinvoque la première, dans ses prières (^'). Lorsque Gérés 9 irritée à cause de Tenlèvement de sa fille , refuse de faire pousser et croître le gtain , le poëte qui raconte cette histoire ajoute qu'en agissan^ ainsi elle auroit' fait périr de faim le genre humain et que les dieux aurôient été privés de leurs sacrifices et des honneurs, qui leur étoient dûs (^ ^). En un mot , le culte des Grecs est basé entièrement sur Tanthropomorphisme des dieux. Ceux-ci avoient besoin de maisons , de tables , de lits , de nour« riture , de boisson (^ ^) : et, comme c'étoient les hommes qui pouYoient leur procurer les moyens de satisfaire à ces besoins , rien n'étoit plus naturel pour eux que de se prévaloir d'un avantage aussi réel , pour compenser par là <eA quelque sorte Finfériorité qui les soumettoit à la volonté des habitants de l'Olympe. Aussitôt que les hommes pouvoient soupçonner que les dieux avoient besoin d'eux, ils ne manquèrent pas de mettre leurs services à prix et souvent même d'exiger des récompenses pour les bienfaits dont ils n'hésiloient pas de les faire ressouvenir.

Nous n'avons qu^à ouvrir l'Iliade , pour nous convaincre de la vérité de cette assertion. Le prêtre d'Apollon s'adresse à ce dieu en ces termes : » Si jamais j'ai orné ton temple , si jamais je t'ai ofiert des victimes engraissées , exraison pourquoi on ne répandoit pas du vin pour le Soleil ni pour Pluton , c'est parceqne ces dieux dévoient toujours éviter soigneusement de s* enivrer, comme le rapporte Phjrlarcus (ap. Eustath.

adOd. p. 41UI. 10.).

(30) Hom* 11. ji. 474 s({, cf. Hymn. Hom. I. 146 sv^.

(") Hom. 11. P. 567 sq.

(=*«) Hymn. Hom. IV. 310 sq.

(3*) Lorsqu*Hérodote dit que les Perses n*ont ni temples > ni

statues ni autels, il ajoute qu'il croit que la raison en est que leurs

dieux n*avoient pas la nature ni les inclinations des hommes,

eonune les. dieux des Grecs: Vi; /^«v Ijioï âoxéiV'V , oc* ^êx àv-

aaoe donc aussi ma prière ('^) I " Voilà, en peu de mois, le contenu de toules les prières des anciens Grecs ; et la preuve qu'ils ne se trompoient pas » lorsqu'ils prioient aii|si , est donnée par le même dieu à qui la prière étoit adressa , puisqu'il accuse les autres dieux d*ingratitudeenyers Hector, dont ils laissoient le corps au pouvoir de ses ennemis, quoiqu'il n'eût jamais manqué de leur immoler des boeufs et des moutons, pendant sa Tie(^'). Aussi , loi:sque Priam obtient enfin le cadavre de son fils , par l'assistance des dieux , ce tendre père se r^ouit de la piété de son fils , qui fait que les dieux , à leur tour » ne l'oublient pas (^.^)s et Minerve ne comprend pas que Jupiter puisse baïr. Ulysse dont il a reçu tant d'oflPrandes (^ '). Les bienfaits des dieux sont le prix des liécatombeà(^®), et voilà pourquoi les voeOx ne sont proprement que la stipulation d'unç con^^ vention mercantile. »£xauce ma prière , et je t'immolerai un boeuf engraissé , avec des cornes dorées (^^) ! " Voilà le sens de tous les voeux , qui n'est que la promesse de ce qu'on rappeHe dans les prières. Hérodote nous offre peutêtre l'exemple le plus frappant d'une semblable convention , surtout parceque c'est le dieu lui-même qui la propose. Triton promet à Jason de le tirer des bas-fonds du lac Tritonis, sur lesquels il a voit donné avec son navire , pourvu qu'il lui donne un trépied d'or qu'il avoit à bord. Triton jdiaça le trépied dans son temple et ordonna que , si jamais l'un des descendants des Argonautes le reprenoit , il seroit tenu de bâtir cent villes autour du lac (^^). Voilà aussi

(»♦) Hom. IL A. 39 sq. cf. B. 236 s^^. Od. ^. 762 s^^.

(^') Hom. II. 'il* 33 sq. Diomède fait ici une exception très favorable, lorsqu'il suppose que Minerve ne lui refusera pas son assistance, parcequ*eUe a déjà favorisé son pér^. 11. ^> 115 sq*

(»<ï) Hom. Il JL 425 sq. {^rj Hom. Od. A. 60 sq. cf. ^& sq.

(^^) Hom. Od. -T. 58. ^Afiotfifj ixaro/^/^i/ç. cf. Hjmn. Hom.

moi du pain poar la chanson que je t*ai chantée ! '*

(»^) Hom. Od. r. 380 sq. (^«) Hcrod. IV 179.

pourquoi Euryloque put proposer à ses <K>nipâgnoQ9 «flamë» d'égorger les boeuCs du Soleil et de Tindeinniser par la suite , en lui consacrant un temple ayec de beaux ornements (^').

On s*cxj[)lique donc aussi facilement que les dieux étoient très mécontents lorsque les hommes nç leur doneoient rien , de sorte que , si quelqu'un qui n!avoit jamais oublié de s'acquitter de ses devoirs envers eux devenoit malheureux, on ne savoit expliquer cela que par une haine décidée des dieux contre un tel infortuné (^^). Il étoit donc aussi juste que les dieux , lorsqulils empruntoient eux-mêmes aux hommes , leur en donnassent quelque dédommagement , comme fit Jupiter, par exemple , lorsqu'il dédommagea Tros de la perte de son fils Ganymède, dont il l'avoit privé (^'); et de même on ne pouvoit Uàmcr les hommes , lorsque , n'ayant pas obtenu ce qu'ils désiroient, ils ne se croyoient plus liés par le voeu qu'ils avoicnt fait à cette fin. Achille rappelle d'un ton de f eproche au Sperchée tous les dons que son père Pelée lui avoit promis , s'il peut obtenir de lui que son fils revienne sain et sauf daQS sa patrie , et , comme il est certain que nul espoir ne lui reste à cet égard , il consacre aux mânes de son ami Patrocle la boucle de cheveux qu'il avoit destinée au dieu du fleuve , qui par conséquent est aussi privé des hécatombes et des cinquante béliers qui lui avoient été promis (^^). Voilà donc aussi pourquoi quelques peuples négligeoient entièrement le culte des dieux contre lesquels ils croyoient avoir quelque sujet de plainte (^^).

Nous venons d'exposer les principaux défauts des opi-

(41) Hom. Od. M. 343 sq. Le proverbe disoit ââqa xai ^«»ç 9ti&(yv. Eustaih. ad Od. p. 704. 1. 30.

(**) Hom. Od. r.363sq.

(^^) Hom. II. E- 265. Voyez le changement que cette fable subit chez les poètes cycliques, Miiller de Cyd. £p. p. 98. n**. 21.

(*♦) Hom. n, y. 144.sq.

(^*) Nons rappelons ici Texemple des Éléens qui négligeoient le culte d'Hereale, ainsi que les Uiéens. Strab. p. 891. ^*

nions des Grecs à l'ëgard de leurs relations ayeo les dieux « défauts toutefois" qui n'étoient pas piH)pres aux Grecs seu* lement , mais qu'on retrouve itiétne assez souvent chez des nations qui ont eu le bonheur de connoitre Tinstruction que Bien même a donnée relativement à la manière dont il vent qu'on Fadore.

CAié favorable Mais , comme nous venons de le dire , les

de la reli|;ioo ^ ■ ■ • • .^ i * • i

des anciens Grecs se conduisQient quelquefois envers leurs Grecs. -Seoti-* dieux d'une manière qui sembleroit indiquer

ment de dépendance, res- que ces dieux fussent des êtres bien plus su-

peci «njei» liîs Mimes et plus nobles qu'ils ne l'ëloienl réel-

dieux* ri6te et

décence dans lement , et que leurs adorateurs en avoient culte"^" *°® meilleure opinion qu'il ne sembleroit possible , lorsqu'on se rappelle les idées qu'ils 8*en étoient formées eux-mêmes.

En effet , si on lit avec attention les poëmes d'Homère et les anciennes traditions , nous devons être frappés de l'extrême piété des anciens Grecs. D n'y a rien qu'ils n'attribuent aux dieux. Ils ont constamment à la bouche le nom do quelque divinité , soit pour la prier , soit pour lin rendre grâces, soit pour apaiser sa colère (^^). Partout

(4ffj J'en ai cité plusieurs exemptes dans mon Essai sur la beauté morale delà poésie d'Homère, ce qui , joint à T observation que ces exemples , considéré^ en particulier, prouvent plutôt la

Siété du poète que des Grecs en général , nous dispense de la peine e les répéter ici. Cependant le grand nombre de ces exemples, la fréquente répétition des mêmes opinions, manifestées à chaque occasion, me sem))le prouver qu'elles étoient basées sur l'esprit du peuple. On n'a qu'à se rappeler, p. e., comme, dans Jes joutes célébrés en honneur de Fatrocle , les héros font constamment n^ention de l'assistance et du pouvoir des dieux, et comme ils ne manquent jamais d'attribuer leurs mauvais succès à quelque négligence dans les devoirs de la religion. Un ou deux exemples suffiront. Qui diroit maintenant, au moment où il va être témoin d'un combat eomme celui entre Ulysse et Irus , qui n'est en effet qu'un amusement :

comme le font les prétendants dansl'Odjssée (^* 36.). Quele^t

nous rencontrons des sacrifices , des libations , des cousëcrations. Chez les anciens Grecs la religion n'étoît pas nne obligation séparée des autres devoirs : elle étoit inti* mement liée avec leur vie entière , avec toutes leurs actions. Les entreprises qu'on entam.» , les traités que Ton conclut , les voyages qu'on projeta , les festins qu'on célébra, tout fut précédé par des sacrifices et des prières. Partout nous trouvons les héros occupés des devoirs de la religion , et non à la hâte , non dans des moments perdus et dans la solitude, mais avec une dévotion évidente , avec toute leur famille , avec les grands et les andens de la nation , et, pour ainsi dire , avect^ut le peuple. Dans le camp des Grecs les dieux avoient leurs autels , comme dans une ville , où l'on immoloit sans cesse des victimes en leur honneur. Il est vrai , la nature de leur religion même ^ leur caractère , leur penchant pour des cérémonies et des festins, pour la vie publique et active y contribuèrent beaucoup , mais on n'a qu'à comparer, sous ce rapport , la piété intérieure des Grecs avec celle des partisans modernes^ du culte auquel les cérémonies ne manquent certainement pas non plus , et il ne sera pas nécessaire d'en faire ressortir la diflerence.

Aussi , lorsque nous lisons qu'Achille avoit une coupe précieuse que personne n'avoit encore touchée de ses lè* vres, et dont il ne se servoit que pour des libations en honneur du seul Jupiter (^'), lorsque nous lisons dans Hé^ siode les fréquents préceptes relatifs à là conservation de la décence dans le culte (^'), lorsque nous apprenons

celui qui, en racontant qu*il $*endormit, diroit, comme Ulysse: »Dieu m'envoya le sommeil.** Od. ^« 286. Lorsqu'£urypyle arrive à Patras, arec une boite sous le bras, les habitants de cette ville se rappellent à Tinstant un oracle qui ayoit prédit de semblables circonstances, et ils ne manquent pas d*en conclure qu*il pâurroit bien 'se trouver quelque dieu dans, cette botte. Paus. YII. 19. 3. Quel assemblage naïf de piété et d'ignorance I

(4^) Hom. 11. n, 225 sq. (^^) Hes. Op. 724 sq. On peut y rapporter encore la propreté

qu'Hérodote plaœ , sous œ rapport, les Egyptiens et les Grecs au-dessus de tous les autres peuples (^^) , il faut avouer que les Grecs sayoient qu'il ne suffisoit pas de satisfaire aux besoins des dieux , mais qu'ils pouvoient aussi ' exiger du respect et de l'humilîté.

On nous dira pout-étre qu'il est toujours possible que du cAtë des hommes tout cela ne soit à proprement parler qu'une suite do vues intéressées. Nous l'avouons facilement, mais nous demandons en même temps (parlant toujours des hommes en général) quels sont les humains assez nobles chez lesquels l'intérêt n'est pas le motif prin^ cipal de toute religion et de toute vertu (^^) ? Principaux mo- Afin de mieux juger des Grecs à cet égard,

tîfn du cuite re- . , j /^ -i i .-*.

ligieux. exammons un peu plus en détail les molitis

1®. Déâir d'ob- ^^ ^^\^ qu'ils vouoicut à leurs divinités. Teurdes dieux. La couviction du pouvoir des dieux, d'un

qa*on obserroit dans les fêtes religieuses, la beauté et la perfection des yictimes, les guirlandes, les fleurs et la dorure dont on les par oit , les lustrations et les purifications , etc.

(♦^) Herod. II. 64.

(^^) Voyez le passage sublime d* Hésiode, Op. 336 sq. Certes, en changeant le mot à^ hécatombe* en celui de prière* , un Chrétien pourroit facilement s*approprier ces paroles. £fc cependant — quel est le motif qu*on j ajoute ? » Afin que les dieux te soient propices , et que tu puisse acheter le champ de ton yoisin , et que ton voisin n* achète pas le tien.** Mais encore, n'y auroient-ils pas plusieurs Chrétiens qui s*approprieroient ces paroles aussi aisément que les précédentes? Le passag<i^ précité dnérodote est très remarquable à cet égard. Les autres peuples , dit Hérodote , croy oient pouvoir commettre certaines actions indécentes dans les temples , puisque les animaux le faisoient aussi , et que les dieux , s'ils ne le vouloient pas, les en empécheroient facilement. Par conséquent les Grecs, qui s* en abstenoient cependant, avoient quelque idée d'un culte fondé sur le respect, et non sur le seul intérêt. Voilà ce qui explique aussi la tradition suivant laquelle Hercule mit à mort Laogoras , roi des Dryopes , parcequ'il avoit donné un banquet dans le parc sacré d'Apollon. Apollod. II. 7.7. Un fil de laine suffisoit à Trophonius et Agamède pour fermer l'entrée du temple de Neptune et pour empêcher la multitude de profaner le sanctuaire. Paus. VIII. 10. 2.

côté , e^ l'intérêt de leurs adorateurs, de Tautre, étoît oertaineineot le principe général. Les actes religieux qui profluent du désir d'obtenir quelque faveur des dieux tiennent de plus près à ce principe que les autres. C'est ainsi que les femmes troyennes offrirent entr'autres à Minerve une robe richement décorée , la plus belle de celles que possédât Hécube et qu'elle même préféroit à toutes les autres , pour obtenir sa protection contre l'impétueux Diomède(^'). Pandarée et Teucer invoquent Apollon , au moment où ils bandent leur arc. Alcalbos s'adresse aux dieux protecteurs des architectes , lorsqu'il se prépare à construire Tacropole de Mégare(**). Pélops invoque Vénus, pour obtenir Hippodamie (^ ^ ) , Hercule Jupiter Apomyîus, lorsque les mouches l'incommodent , dans son sacrifice (^'^). 2<». RecoDnois- Un autre motif c'est la reconnoissance pour

sance pour des ,,.•.. »i ^ li

bienfuiu reçus, des bienfaits reçus. Il est remarquable que

les exemples d'honneurs attribués aux dieux par ce motif sont bien plus fréquents que ceux qu'on leur Touoit pour obtenir quelque faveur. Un fleuve qui , par sa crue inopinée , sauve la vie à des fuyards devint un objet de culte religieux (^^). On bâtit un temple à Apollon , parcequ'il avoit trouvé le moyen de détruire les loups qui infestoient une contrée (^^). Plemnée consacra' un temple à Gérés , en témoignage de sa reconnoissance pour l'éducation qu'elle avoit donnée à son fils (^^). On rendît le ménie honneur à Neptune , parcequ'il avoit bien voulu retirer les eaux dont il avoit lui-même inondé la campagp[ie(^*). Lucine vit s'élever en son honneur un temple qui lui fut consacré par Hélène , en reconnoissance de son

(«') Hom. II. Z. 86 sq.

(^^) Beol nqoâùikitq. Paus. I. 42. 1. (") Paus. V. 13. 4. («*) Paus. V. 14. 2.

(««) Herod. VIII. 138. (**^) Paus. II. 9. 7.

(") Paus. II. Il: 2. cf. II. 5 fin.

(«») Paus. II. 22. 5. cf. ib. 32. 7.

heureiue dâivranoe C). Jusqu'au temps de Pausanias le simulacre de bois de Baochus , auquel les naufragés jetés sur la o6te de TEubée attribuoient leur salut étoit un objet de culte pour leurs descendants (^^). A Argos on montroit un temple pour Minerve à la vue perçante, qu'on disoit lui avoir été consacré par Diomëde , parcequ'elle ayoit daigné le dessiller , dans le combat qu'il livra dans la plaine de Troye , célébré par Homère (^ ')• A Mothone il 7 avoit un autre temple de Minerve ,. érigé par le même héros, parcequ'elle avoit apaisé la fureur des tempêtes en sa faveur (^^). Lorsque , dans une grande sécheresse , une petite rivière fournit encore quelques gouttes d'eau , aussitôt on dirige ses pensées vers le dispensateur de tout bien , et un temple consacré à Jupiter le Sauveur s'élève sur la rive du fleuve d'or (^^). Apollon Épibatérius s'en vit consacrer un par Diomède , à Trézène , parceque ce héros attribua à son intervention bienfaisante le bonheur qu'il avoit eu d'échapper à la tempête , lors du retour des Grecs de l'Asie (^^). Par reconnoissance pour le bonheur d'avoir obtenu la belle et fidèle Pénélope , Ulysse auroit consacré trois temples et une statue à Minerve (^^). Le temple de la même déesse , sous le surnom d'Axiopéna , fut regardé comme un effet de La reconnoissance d'Hercule pour la victoire qu'elle lui auroit accordée sur Hîppocoôn et ses fils (^^) ; et , parceque Junon , qui d'ailleurs entravoit toutes ses entreprises , ne l'avoit pas arrêté dans cet acte de vengeance , le même héros offrit à cette déesse un sacrifice et lui consacra un temple (^^). C'est ainsi qu'on

(5J>J Paus. II. 22. 7. (^°) Paus. II. 23. 1.

(0') Paus. II. 24. Z. 'Oïvd€çx^<;. («*) Paus. IV. 35. 5. 'Ay^^àr^ç.

(«^3) Paus. IL 31. 4. XQvao^46aç.

(«♦) Paus. II. 32. 2.

(^5) Paus. III. 12. 4. KêXev&êia.

(^*) Paus. IIL 15. 4. {^^) Paus. UEL 15. 7.

racontoit même qu'Ulysse , après son retour en Ithaque , avoit bâti un temple commun pour Minerve , qui l'avoit sauve et 9 pour Neptune, qui l'avoit poursuivi (^^). Les femmes des Éléens, en attribuant leur fécondité à Tinfluence de Minerve , lui bâtirent un temple sous le titre respectable de i»fènî(^»).

Mais où finirions-nous , si nous voulions* éuumérer tous les exemples d'bonneurs rendus aux dieux qqe nous fournissent les récits des anciens auteurs ? On conçoit aisément que tous ces temples n'ont jamais été bâtis par Hercule , Ulysse et Diomède : au reste il suffit de savoir que les traditions qui rapportent ces faits les attribuent au 'motif que nous venons de signfler , et cela prouve aussi évidemment que la reconnoissance pour les bienfaits qu'on croyoit avoir reçus de la divinité étoit un des principaux motifs qui portoient les Grecs à Tadorer que si les héros dont nous venons de parler avoient effectivement érigé tous ces monuments. Et , si l'on pouvoit déjà citer ici des exemples d'un siècle plus récent , les dons nombreux et les ornements qui attestent la reconnoissance des différentes peuplades de la Grèce pour les victoires qu'elles avoient remportées nous offriroient des preuves historiques non moins fréquentes et beaucoup plus sûres.

Remarquons encore ceci : on trouve plusieurs exemples d'honneurs rendus aux dieux , seulement parcequ'on avoit eu le bonheur do réussir dans lexercice de quelque art doht on attribuoit la surveillance à ces divinités , ou parcequ'on avoit obtenu quelque avantage qu\)n croyoit pouvoir attendre de leur influence bienfaisante , sans que la tradition qui rapporte ces particularités ajoute que ces dieux avoiont effectivement prêté quelque secours dans ces circonstances. C'est ainsi qu'Alcathos érigea un temple aux divinités qui présidoient à l'art de tirer de l'arc , Apollon

(«•) Pau». VIIl. 44. 4. («») Paus. V. 3. 3.

etIManie , parocqa*il avoit eu le bonheur de tuer un lion ('^), et qu'Épopée en consacra un à Minerve , à cause d'une yictoire quil yenoit de remporter , sans qu'on lise que ces divinités avoient prêté un secours immédiat à l'un ou à l'autre. Et d'ailleurs quel pieux désir de plaire à la déesse cette dernière tradition ne marque-t-elle pas ? Epopée loi demanda qu'elle daignât lui manifester par quelque signe si le temple qu'il lui avoit élevé étoit à son gré , et incontinent une source d'huile jaillit devant Tentrée du sanctuaire (^'). Un trait de cette nature nous fait oublier mainte prière indécente , mainte inconvenance dans la religion des anciens Grecs. C'est encore ainsi qu'Hypermnestre érigea une statue à Vénus Nicéphore (celle qui donne la victoire) , après qu'elle eut été renvoyée de la plainte qu*a- Toit portée contre elle son père dont elle avoit osé enfreindre l'ordre homicide, par amour pour son époux ij^), Hypermnestre supposa qu'elle devoit la victoire à la déesse de l'amour , parceque son amour avoit sauvé Lyncée. H seroit diificile de trouver une preuve plus éclatante du sentiment de dépendance de la divinité , et l'on voit par oet exemple que les anciens Grecs n'attribuoient pas seulement les effets de leurs passions à l'influence de la divinité, mais tout aussi bien ceux des émotions les plus nobles et les plus sublimes. Hégéléon , bien qu'il fût persuadé que son père avoit inventé la trompette , ne manqua pas d'en témoigner sa reconnoissance à Minerve , comme si elle avoit inspiré à son père cette heureuse découverte (^^). C'est ainsi que les hommes faisoient honneur aux dieux de leurs propres talents et de leurs mérites. Thésée , bien que persuadé de sa valeur , ne put croire ^voir vaincu le minotaure , sans la providence. Il en témoigna sa reconnois*

(7o) Paus. L 41. 4. (7') Pans. II. 6. 2.

(^^) Paus. II. 19. 6. Hjpermnestre consacra un autre temple à Diane Pitho ou la Persuasion, ib. 21. 1.

(^3) Paus. II. 21. 3. Minerve Salpinx.

sanœ par un temple qu'il engea à Diane (^♦). Lorsqu'illysse eut retrouve' les chevaux qu'il avoit perdus, il en donna l'honneur à Neptune et à Diane , en consacrant au premier une statue , à l'autre un temple (J^). 'A Thespies on ne croyoît pouvoir consacrer plus dignement le souvenir du magnanime dévouement d'un jeune homme qui avoit sacrifié sa vie pour terrasser un monstre qui avoit été longtemps la terreur de toute la province , que par une statue de Jupiter Sauveur (7<î). Lorsque Ton pense à la signification de cette foule de surnoms qu'ont ^té donnés aux divinités grecques , on verra que c'est la reconnois* sance qui en a dicté la plus grande partie. L'apothéose entière et le culte des animaux doivent leur origine à ce sentiment, comme nous verrons. Nous ne parlons pas non plus dans ce moment de ces actes religieux ou de ces tnonuments qui peuvent élre considérés comme institués Ou érigés pour perpétuer le souvenir de quelque événement remarquable dans lequel on recônnoissoit l'inSuence divine. Là plus grande partie des exemples qui pourroient y être rapportés appartiennent à l'époque suivante. Nous les y remettons donc tous.

So.Désîrdei^ré- Tfous avons VU qu'ou u'attribuoit pas seu-

Tenir ou œapai- j. i • i «» t

ser le courroux lement aux dieux le pouvoir de faire du bien , céleste. ,jjj^jg q^'on oroyoit aussi qu'ils pouvoicnt ré-

pandre des maux de toute espèce sur la vie de l'homme , et que cette vie même étoit dans leurs mains. Il étoit donc nécessaire d^éviter tout ce qui pouvoit exciter leur colère , de l'apaiser quand on leur avoit donné quelque sujet de mécontentement et de se rendre propices ces divinités dont la mauvaise volonté envers les mortels étoit connue. Quant

{'^^) Paus. L 31. 1. C'est, à proprement parler, le raisonnement de Pausanias, mais il est évident qa*il Tattrihue lui-même à Thésée.

('5) Pans. VIIL 14. 4. Neptune Ti^rTrAoç , Diane «vç^VTra.

{'^) Paus. IX. 26. 5.

à ce dernier pcrintdeTae, on s'explique par là pourquoi Thàëe ofirit des sacrifices à la Terreur , avant son combat contre les Amazones (^^) , et pourquoi les Corinthiens ërigèrent une statue à la Crainte, lorsqu'ils essayèrent d'apaiser les mânes des enfants de Médée(^'), Cependant , oomme nous l'ayons dëjà remarqué plus haut , bien que la crainte ou l'intérêt soit à proprement parler la source de toute religion , et qu'on pourroit dire qu'à l'exception des honneurs rendus aux dieux dans l'intention de s'assurer quelque farebr ou de leur témoigner sa reconnoissance , le culte est en général fondé sur l'appréhension de quelque peine à laquelle on pourroit s'attendre de la part de la divinité , si l'on négligeoit de l'adorer , cependant le petit nombre d'exemples que nous offrent les traditions des Grecs d'honneurs rendus dans le seul but de prévenir les effets de la mauvaise volonté de quelque divinité (^^) , comparé ^à la foule de preuves d'uoe piété basée sur la conviction de la bienveillance des dieux et surtout sur la reconnoissance pour leurs bienfaits , prouve assez que le sentiment religieux de ces peuples éloit bien plus élevé et plus noble que leur ignorance et les idées imparfaites qu'ils s'étoient formées de leurs divinités auroient du le faire supposer. Qu'il nous soit permis de rappeler ici l'observation que nous avons faite à l'égard du culte de Pluton. Ce dieu , le plus terrible de tous , n'avoit presque pas d'adorateurs y SI l'on compare les rares honneurs qu'on lui ren-

('') Plut. Thés. 27. ('8) Paus- II. 3. 6.

C) La suite nous en offrira encore quelques autres preuves, p. e. le ci)Ite qu'on rendoit à Typhon, à Athènes, et celui de Neptune, danff'la rhrygie Catécaumène, de peur des tremblements de teVre (Strab. p. 868.); mais en général elles- sont rares ^ à moins qu*on ne yeuille y rapporter des raisonnements comme celui du scholiaste d'Homère (ad II. <P. 447 , 448. cf. Eustath. ad II. p. 1337. L 10.], qui pi-étend qu'on donna à Apollon Tépithète de f é/«*oç , parcequ*il est la cause de la peste qui se manifeste toujours en premier lieu parmi le bétail. D'après cette explication on anroit donné le nom de protecteur du bétail à celui qui le £iit mourir, pour préyenir les effets de sa malignité.

doit à la ferrear avec laquelle on s'aoqaittoit de ses deToirs envers la plupart des autres divinités « et justement dans Pendroit où il ëtoit reqpeote plus que dans aucun autre. Ce ne fut donc pas la crainte qui lui valut les hommages qu'on lui rendoit , mais la reconnoissance (^^)«

Nous pouvons entrer dans plus de détails en parlant des soins qu'on prenoit pour éviter la colère des dieux ou pour Tapaiser» afin d'éloigner quelque calamité publique ou se prémunir contre Fatjtaque d'un eftnemi qu'on croyoit jouir de la faveur de la divinité offensée.

Il n'est certainement pas étonnant que les anciens Grecs ne comprissent pas que l'adversité pouvoit être un moyen dans la main d'une providence sage et bienfaisante pour conduire le foible mortel dans le chemin de la vertu , et que les plus grands malheurs ne sont souvent que des corrections paternelles , des avertissements pour préserver d'une perte certaine et irréparable l'en&nt égaré , en M infligeant une peine temporaire.

Les dieux immortels ont le bonheur en partage et vivent heureux et contents sur l'Olympe. Les soucis et les peines sont réservés pour les infortunés mortels. Yoilà l'idée sombre et dure qui reroplissoit Tame du Grec sensible et compatissant , et il ne savoit se résoudre ce problème que par les suites naturelles de la destinée des dieux et des hommes. Or , si quelque grand malheur le frappoit inopinément , combien ne dût pas paroitre naturelle l'opinion que c'étoit une marque certaine de la colère de ces dieux si puissants et dont il se sentoit si dépendant ! Quelles ne dévoient pas être ses angoisses en pensant non seulement à ses propres écarts , mais encore aux prétentions de ces dieux si nombreux et si jaloux de leur pouvoir , et à la possibilité d'avoir donné à l'un ou à l'autre d'éUtr'eux

(^®) Je pense ici au temple bâti en Thonneur de Platon parles Eléens , pour lui témoigner leur recoanoissance du secours qu'il leur EToit prêté contre Hercule. Paus. YL 25. 3.

qndipie tDJet de mëoontentemenl qaTl ignoroit pent-étre. loi-méme I

Parificatioos. C'étoient oes pensées qui faisoîent qu'on n'o* soit jamais se pr^nter dcTant la face de la dÎTinité sans quelque purification préalable. On étoit persuadé que les dieux n'exauçoient pas les prières de ceux qui osoient leur faire des libations avec des mains impures (^'). Priam, Télémaque, Ulysse, Achille, tous observent ce devoir dans Homère , et le dernier purifie même la coupe dont il se sert pour faire ses libations à Jupiter (* ^). Pénélope se lave même tout le corps et se pare de ses plus beaux habillements avant qu'elle adresse ses prières à Minerve (^^)« Yoilà Torigine des purifications après une maladie (*^) , après les couches (•*), après le combat (•^). Ilestre^ marquable qu'avec tout .leur anthropomoiphisme, les Grecs fussent si persuadés que 43es actions et oes situations étoient plus conformes à la nature des hommes qu'à celle des dieux , qu'ils ne se contentoient pas seulement de se laver eux-mêmes des souillures qu'ils croyoieot avoir ainsi contractées, mais qu'ils se figurassent aussi que les dieux eux-mêmes les observoient , lorsqu'ils s'étoient vus dans la nécessité de s'égaler sous quelque rapport à la firagilité humaine. Rhéa , qui se purifie après ses couches , et Ar

(«') Hes. Op. 724 sq. ef. 740 sq.

(»*) Hom. II. Jl. 302 sq. II. 228 sq. Od. B. 260 sq. M. 335 sq. (•») Hom. Od. ^* 759 sq.

. (*!^) La pHrifieation après la cessation de la peste, dans rarmée 4es Grecs. Hom. II. ^. 313 sq. La purification par laquelle Mélampus gaérit les filles de Frétas (ipollod. II. 2 fin.) paroît deyoir i^tre considérée plutôt comme une espèce d'incantation. . ('^) Rhéa, pnrifiéepar les Nymphes, après ses couches. P^ns. VIIL41.2.

( ^^) Hector qui n^ose faire des libations à Jupiter avec des mains «neore teintes de sang. Hom. II. Z, 266 sq. La purification de la maison d'Uljsse après le supplice des prétendants. Od. JiT. 481 sq. -La purification de Thésée après qu'il eut tué les brigands et les ibétes féroces qu'il ayoit rencontrés en chemin. Plut. Thés. 12. Paus. L37.3.

)M>lloB et Diane , après qn^ik eurent tué le serpent Pjr* thon (*') 9 peuvent ici servir d'exemples.

Hais , comme nous l'avons remarqué plus haut , ces purifications n^étoient , dans leur origine , que des cérémonies dictées par le sentiment de bienséance , et elles ne servoient nullement à expier un crime ou à apaiser la colère divine.' Ce qui le prouve c'est qu'on les observoit après les actions les plus innocentes et les plus nécessaires et ^'on refusoit quelquefois de purifier quelqu'un ^'un homicide , justement parceque cet homicide avoit été volontaire. Lorsqu'Ixion eut donné le premier exemple du parricide , personne , ni dieu ni homme , ne voulut le purifier 9 jusqu'à ce qu'enfin Jupiter daigna par pitié lui accorder cette faveur (**). Et, quoique la purification réunie à l'exil volontaire tdi considérée comme un moyen de réhabiliter , pour ainsi dire , le meurtrier exclu pinson crime de la société des dieux et des hommes ('^) 9 de sorte qu'Hercule, par exemple, ne put obtenir de réponse de la Pythie (^^), ni ne put être admis aux inystères à cause de la souillure quil avoit contractée (^ ') , et que personne ne voulut recevoir Oreste à Trézene avant qu'il eût été purifié de son parricide (f^) , cependant les avantages de cette cérémonie se bomoient uniquement à cette réhabilitation; car ta purification des Daoaîdes n'empêcha pas qu'elles ne fussent punies dans l'empire des morts (^') , et Hercide , bien que purifié du saog d'Iphf-

(•^) Paus. IL 7. 7. cf. X. 6 fin. ib. 7. 2. iElian. V. H. III. 1. p. 145. éd. Perizon.

(»•) Schol; Apall. Rhod. IL 62. cf. Stûrz, Pherec. fr. 69. Diodore (T. I. p. 314.) dit que Jupiter fat le seul qnipél le purifier. (*^) Voyez plus haut, T. L p. 141 sq.

{90) Paus. X. 13. 4.

(^') ApoUod. IL 5. 12. Quelques-uns racontoient que Cerès , jugement pour le purifier, institua pour lui les petits mystères. Biod. T. I. p. 260. cf. Plat. Thés. 30 fin. Schol. Hom. II. 0. 368.

(^*) Paus. IL 31. 11. {^*) ApoUod. IL 1. 4.p/87.

tof » n'en dut pas moins subir la peine que Jujpîter lui airoit imposée (^♦).

Expîacîoiu. Les purifications n'ëtoient donc que des moyens pour obtenir de nouveaa la permission de s'adresser aux dieux* U en bUut d'autres pour apaiser leur oolère et pour se soustraire à la peine qu'on aYmt mëritëe par ses forlaits* Le moyen le plus simple ëtoit oertainement la compensation du mal qu'on venoit de faire , s'il en ëtoit encore temps , comme la restitution de la fille du prêtre d'Apcdlon f dans le premier livre de l'Iliade. L'intercession de quelque homme renommé par sa piëtë et sa justice étoit legardëe en second lieu comme un moyen efficace pour fléchir la divinité coucrouoëe* Jupiter , fléchi par les prières d'iBacus (^') , Apollon et Diane par celles des enfants desPatréens(^^), nous en offrent des exemples. Ensuite on peut rapporter à ce scget tous les autres honneurs rendus aux dieux , les fêtes , les sacrifices , les libations (^^), les temples» les statues érigées en leur honneur (^^)»

(^^) ApoHod. IL 6. 2. Fanni les institatieiis d'Orjdœe oa distingue les f^^«#> àitoaiioif uaO^Çfioi elles xqonaï /AfjypfiàTmif d-ti^

«y. Pans. IX. 30. 3» La purifi«atioa aprè» avoir entendu quelque proposition déshonnète dont on troQTe quelques exemples, éie% Euripide t p. e. , où Hippolj te vent se purifier les oreiljes , parcequ*il avoit dû écouter les discours séducteurs de la nourrice de Phèdre^ et encore dans Thistoire racontée par Parthénius (Hist. poët. scr. p. 373.}, est sans doute hasée sur un sentiment moral très^ exquis, mais c'est toujours le mime principe.

{9i) ApoUod. m. 12. 6. p. 253. Pans. I. 44. 13. II. 29. 6.

(^) Paus. IL 7. 7.

(^) Hom. II. /. 497 sq.

— — ç(^tffvoï ai Tf »a* &eoi a-ènol > Kal fiir rèç -d-vieûdy yiaï e^x^^V^ àyay^air , Aiaaéfitvo^ , ^i^^ *^'*' '^^^ vnfQfiijji mal àfidçTij»

(^] Fans. Tlil. 28. 3. Une sUtue érigée en Thonneur de Minenre, pour aj^aiser sa colère au snjet d*une blessure qu*oa lui aroit faite. L*oraele exigea que la phde même fut visible sur la sUtue. Un temple^ Herod. IV. 149. cf. Paus. I- 43. 7. V. 1. 5.

Hais y de tous les moyens dont on se servoit dans ces occasions , il paroit qu'on avoit le plus compte sur les peines qu'on s'inflîgcoit volontairement, comme pour prévenir oelles qu'on appréhendoit de la t>olère céleste. 'A cette dasse appartiennent les macérations (^^), les jeûnes ('^^)» les mutilations volontaires , les effusions de sang et les sacrifices humains. Lorsque la fureur d'Oreste fut allée si loin qu'il s'enfonça les dents dans la main et s'arracha le pouce , aussitôt les Furies , qui jusqu'alors Tavoient suivi, . enveloppées de vêtements noirs , lui parurent blandies comme la neige , et les Erinnyes étoient changées pour lui en Euménides('®').

Sacrifices Iiu- L'effusiou de sang , le sacrifice de la vie ^

en signe du sentiment de dépendance de la divinité qui a en sa main le soufile qui nous anime et à qui nous appartenons tous , tels que nous sommes , a été regardée de tout temps comme la preuve la plus certaine de soumission et comme le moyen le plus sûr d'appaiser la eolère d'un dieu qu'on ne croyoit pouvoir mieux servir

L*oracle conseilla aux Cariens , qui aroient offensé Junon , de prévenir la peine méritée en s' infligeant eaz-mémes un6 iiamiliation volontaire. Menodotus Samios ap. Athen. XY. 13.

(^^) On peut ranger sous ce chapitre Texil volontaire d'une partie de la jeunesse, décimée à cet effet chaque année. Dion. ïïal. p. 13. Dans la fable, rapportée par Diodore (T. I. p. 167), Jambulus raconte que la paix et^ la tranquillité du pays des Éthiopéens dépendoient de Tarrivée de deux de leur compatriotes dans une île éloignée. Suivant le scholiasted* Homère (ad Od. ^* 121.) le but du Toyage d'Ulysse en Epire , qui lui fut imposé par Tirésias , seroit de répandre parmi les peuples du continent le culte de Neptune , afin de se rendre propice ce dieu, qui Taroit poursuivi pendant si longtemps.

. ^zooj iifous en dirons un mot , un peu plus loin.

('^'} Paus. YIII. 34. 2. Quelle charmante fiction, au milieu de ces horreurs de la superstition et de la crainte de la vengeance divine 1 On célébroit le souvenir de cette tradition en offrant des sacrifices non seulement aux Furies , mais aussi aux Grâces. . C'est m^ que les Grecs expioient eux-mêmes , par l'humanité et l'élégance, l'atrocité de leurs anciennes fables, restes de 1^ barbariç des siècles primitifs.

qu'en arrosant ses autels du sang de ses orëatures. £€ , certes , lorsqu'on lit que ,- lors d'un sacrifiée qu'on offroit à la Diane de Tauride , une fureur soudaine s'empara des sacrificateurs , de sorte qu'ils s'attaquèrent et s'entrctuèrent , et que rorade , consulte sur ce prodige , répondit que la déesse youloit qu'on répandit du sang humain sur son autel (*^*) 9 on peut bien ajouter foi à Homère , lorsqu'il assure que ce n'est pas aisé de fléchir le courroux céleste («^»).

Ces atrocités se conçoiyent encore lorsque te sacrifice humain est exigé par l'oracle , par manière de supplice de celui qui avoit insulté à la majesié divine , comme dans l'histoire de la prétresse de Diane , qui avoit osé profaner le sanctuaire de la chaste déesse , en y donnant rendez- TOUS à son amant ('^^); mais que faut-il penser delà démence des dieux de la Grèce , lorsque , par exemple , dans cette histoire , Diane , non contente de la mort des coupables , exige encore qu'on lui sacrifie chaque année le plus beau jeune homme et la plus belle vierge du canton oJL ce sacrilège a voit été commis ^ IcMrsqu'on lit que la colère des dieux immortels poursuivoit sans cesse les descendants d'un homme miséricordieux qui avoit osé délivrer de la

("*) Faus. m. 16. 6. l»o») ïïom. Od. r. 147.

Lorsque Ton considère la différence des circonstances , la contradiction 2(p|)arente entre ce passage et celui cité note 97 disparoitra aisément. Les exemples nombreux de châtiments qui ne-cessoieni pas nonobstant les expiations ordonnées par les oracles et exécutées fidèlement, dont nous eu ayons rapporté quelques-uns sous Apollon et Diane, prouvent assez qu*Homère n*avoit pas jugé les dieux trop sévèrement.

('°^) Pauf. TIl. 19. 2. Équivalent à cette espèce d*expiation étoit celle ))ar laquelle on honoroît la mémoire des victimes dti forfait commis , ce qui à son tour devint une nouvelle source d*apothéoses , p. e. le temple d*Hél«ne Dendritis , dans Tile de Rhodes^,, consacré à la mémoire d'Hélène , qu*on y avoit pendue à un arbre» suivant la tradition (Paus. III. lô. S.)* et la satisfaction rendue aux mânes des en&nts de Médée. ib. IL 3. 6.

mort un innocent qu'on alloit égorger pour détourner les eJSPets de la haine implacable de la divinité sur une province entière ('^') , lorsqu'on lit les histoires de filles innocentes et chéries livrées à des monstres dévorants pour expier les crimes de leurs parents (^^^) , déjeunes gens condamnés à se sacrifier pour détourner la rage d'une béte féroce qui sans cela auroit dépeuplé une contrée entière ('^^), de tant de calamités publiques qui ne cessèrent qu'après le sacrifice de quelque victime illustre (*®')! En effet, en considérant le grand nombre de ces traditions , nous ne pouvons nous empêcher de déplorer les écarts horribles dans lesquels la crainte superstitieuse de la divinité jette un peuple ignorant et peu éclairé.

Et, néanmoins , quelle difiérence encore entre ces sacrifi* ces ordonnés par les oracles dans des temps de détresse et de calamité et la coutume de plusieurs peuples orientaux d'honorer les dieux par des sacrifices habituels d'hommes. En efiet , pour peu qu'on y fasse attention , on verra bient6t qu'en comparaison de ces peuples les horreurs mêmes dont nous venons de parler ne peuvent pas dérober aux Grecs l'éloge si justement mérité d'avoir été un des peuples les plus humains du monde ancien. Ce ne fut que dans quelques lies de la mer Egée ('^') , et, si nous pouvons en

(»o*) Hcrod. VII. 197.

(»*>^) Andromède, Hésione. Apollod. II. 4. 2. p. 98. II. 5. 9. p. 131. Diod. Sic. T. I. p. 286.

'(^<'^) Paus. iX. 26. 5. Anton. Lib. 8.

(»o») P. e. Tzetz. ad Lycophr. 42,159,679. Les filles d'Éredithée (Apollod. III. 15. 5), celles d'Hyacinthe (ib. III. 15. 8.). Parmi tant de récits de sacrifices volontaires et généreux pour le bien public on remarque une histoire assez comique, rapportée par Eustathe (ad II. p. 250 fin.). C*est celle d*un certain Barus ou Embarus , qui , pour soustraire sa fille à la mort à laquelle elle avoit été destinée par le sort, pour faire cesser une maladie contagieuse, affubla une chèvre de ses habits et la mena à 1* autel, où elle fut immolée au lieu de la fille, sans que personne s* aperçut de ce stratagème.

('^^} Savoir leslles de Rhodes, de Crète et de Chypre, où Ton im*

cmre ApoUodore , à iSpartc C ^) , qa'on imitoit ancienneineDt Texempie des Asiatiques , mais d'ailleurs les Grecs n'oDt jamais offert à leurs dieux, des victimes humaines , dans les sacrifices ordinaires , comme on leur offroit des boeuCi et des moutons , ainsi -que le faisoieut habituellement les Phéniciens.

Hais il y a plus : on trouve plusieurs traditions qui prouvent évidemment que cette coutume barbare répugnoit h l'humanité des Grecs . Tel est le récit du suppliée auquel I^ycaon fut condamné par Jupiter , pour avoir osé lui offrir des victimes humaines C '). Tels sont les rapports ridativement aux efforts d'Hercula de ramener les peuples à l'humanité , en abrogeant les sacrifices humains en Italie et dans les Craules C ^) ; tels les témoignages des auteurs concernant ces nations qui remplacèrent leurs sacrifices Iiamains par de légères blessures C ^) , par uu exil (' ^^), ou même par des cérémonies qui n avoient que la forme d'un sacrifice , et par lesquelles la vie de la victime ne oourroit aucun danger C ^ ) .

moloit des hommM en rhonneur de Saturne, et dans la dernière de ces Oes en Thonneur d'Agraulos. On honoroit de la même ipanière Bacehus Omâdius à Ténédos et Chios. Porphyr. Abstin. II. 54-56. €lem. Alex. Protrept. p. 36, 37. cf. Mears. Cypr. I. 20, 21.

{"**) En rhonneur de* Mars. Apollod. fr. éd. Heyn. T. IV. p. 1056:

("') Pausanias, qui rapporte ce fait, ajoute qu^il croit que les dieux, qu^on appeloit Ka&açok, à Fallantium, aToientreçu ce nom parceque Pallas , l'un des fils de Lycaon , n*ayoit pas suivi l'exemple de son père. Paus. VIII. 44. 5. Voyez encore Thistoire de Tantale, telle que la rapporte le scholiaste de Pindare, ad 01. 1. 37.

("^) Dion. Hal. p. 30. Diod. Sic. T. I. p. 264 fin.

(' '^) Comme à Sparte, en Thonneur de Diane. Paus. III. 16.7.

{^^^) .Comme Texil yolontaire d*une partie de la jeunesse, chez WPélasges.

("^) Selon Strabon les Leucadiens avoient anciennement la coutume d& jeter chaque année quelqu^un de leur rocher dans la .mer, comme un sacrifice ej^piatoire , en Thonneur d* Apollon, mais d'' abord ils avoient soin d'employer tous les moyens possibles pour rompre la force de la chûte^ et Us ne manquaient jamais de retirer

Et , 8Î novs pomrom ajouter foi à la manière dont Porphyre explique Torigine des Diîpolia (une fêle célébrée à Athènes en l'honneur de Jupiter) , il est assez évident que oe ne fut qu'avec peine que les anciens habitants de VAJbtique surmontèrent lliorreur qu'ils avoient pour les sacrifices, d'animaux (' ' ^).

Vue* daai les- Après les réflexions sur les motifs qui enquelles OO 00*

noroît les dieux gageoient les Grecs JL adorer leurs dieux, nous

Sardes dont ei allons examiner dans quelle vue on leur faisoit es sacnnces. , *

1». Dans fin- les dons et les sacrifices dont nous venons de

qu'on croyoît SOU dévouement ) sa bonne volonté , son emètrTagréable"'^ pr^ssement à rendre service aux dieux et à

leur sacrifier quelque chose de ce qui nous est dier et agréidile. Les dépenses faites pour l'érection de temples , de statues et d'autdé le prouvent assez. Hais d'ailleurs ce motif est souvent exprimé très clairement dans les passages oà les auteurs font mention de ces dons et de ces sacrifices. Hécube donne la robe qu'elle préféroit elle^ même à toutes belles qu'elle possédoit. Minos fut puni parceque , séduit par la beauté du taureau qu'il auroit dû iiffrir à Neptune , il le garda en vie et en sacrifia un autre qui lui étoit de beaucoup inférieur ('' ^). Hercule récompensa la libéralité de Cacius et de Pinarius par Topulence et la richesse C*). Yoilà aussi pourquoi Ton sacrifioit

la yietime toat de suite de Teau. On se contentoit de Texiler , et on ne destinoit jamais à cette cérémonie que des criminels qui jfToieiit mérité cette peine. Strab. p. 694 fin. 695 in. La plupart des sacrifices humains dans les Ues de la mer Egée, dont nous Tenons de parler, furent abrogés par la suite, comme le rapporte Porphyre, dans Tendroit cité. Je ne crois pas qn*il sera nécessaire de réfuter le témoignage de Phylarque (ap. eund. IL 56.) , qui . frrétend que les Grecs sacrifioient toujours une Tictime hamiûie ayant de marcher contre Tennemi.

("*) Porphyr. Abstîn. IL 29, 30.

("^) ApoUod. II. 5. 7. m. 1. 3, 4.

("') Diod. Sic. T. I.p. 266. C'est là l'origine de la coutume des Romams de Touer à Hercule la dixième partie de «es biens.

par préfërenoe aux dieux des animaux qui leur étôient consacrés et que par conséquent on pouvoit supposer leur être plus agréables (\\\e quelque autre victime , des chiens , par exemple , et des ânes à Mars , des taureaux à Neptune, etc. C^). La consécration même de ces animaux , ainsi que celle des champs , des bois , des fleuves , partoit du même motif. Les poissons sacrés dans la source Aréthuse , en Sicile ('^^) , les boeufs du Soleil , dans FOdyssée , le cerf sacré de Diane , à Aulis (' ^') , la coutume d'épargner les loups , qu'on observoit , suivant quelques-uns , à A- Ihènes, en Thonneur de Latone('^^), nous en fournissent des exemples , pour ne pas parler maintenant de cette Jnfioité de bois et de champs sacrés dont Tanliquité nous offre des preuves à chaque page de son histoire. G*est encore dans le même point de vue qu*agissoient ceux c[ui se privoient de quelque plaisir ou qui se refusoient même la satisfaction de quelque besoin., pour s'assurer ainsi la faveur des dieux. Il faut ranger dans cette cla%se les Nymphes attachées au service de Diane qui faisoient voeu de chasteté ('^^) , ainsi que , dans la suite, le grand nombre de prêtres et de prêtresses à qui le mariage étoit défendu (' ^^) , parmi lesquels il y en avoit qui , par une muti-

("^) Corn. N. D, 21. p. 191. 22. p. 193. Suivant Antoniniis Liberalis (20) les dieux étoient assez capricieux à cet égard. Apollon , p. e. , ne voulut pas recevoir des ânes comme victimes d'aucun autre peuple que des Hyperboréens.

("^) Diod. Sic. T. L p. 332.

('^') Cf. Eustath. ad II. p. 1353. 1. 40. La raison pour laquelle on épargnoit les souris dans le voisinage du temple d'Apollon Sminihée offre encore une autre nuance de cette opinion. On ne le faisoit certainement pas parcequ' elles étoient agréables à ce dieu , puisqu'il ne devoit son surnom qu'à Vextirpation de cette vermine. Le but en parolt avoir été plutôt de conserver le souvenir du bienfait qu'ApoUop avoit rendu à son prêtre, en le délivrant de ce fléau. EusUth. ad II. p. 26. 1. 40.

('") Schol. ApoU. Rhod. II. 124.

('^^} Callisto fit serment de virginité, selon ApoUodore, III. 8.2.

('^^} Strabon, en témoignant quelque doute à l'^ard de la vé-

latîon , se rendaient pour toujours incapables de propager leur espèce (***). Cependant il faut avouer que ces abstinences volontaires , ainsi que les jeûnes ('*^) , paroîssent avoir été plus en vogue dans l'époque suivante que dans celle dont nous nous occupons maintenant , quoiqu'on voie l'origine du mérite attaché à une dénégation volontaire dans rabstiu(»ice à laquelle Achille se condamne luimême y jusqu'à ce qu'il ait rendu les derniers devoirs à son ami Patrode ('*').

Mais on ne sacrifioit pas seulement ses plaisirs à. la divinité , on se regardoit souvent comme sa propriété , dont elle pouvoit disposer à sa fantaisie. La consécration des cheveux est , pour ainsi dire , le premier degré de ce dévouement. La consécration d'un individu , d'une famille , d'une tribu entière au service de quelque dieu en offire vue preuve plus frappante encore ; enfin , comme

rite da rapport de Posidonius touchant la coutume des THraces de se vouer au célibat par un motif de piété (p. 454 B,) , dit entr'antres que Ton croit généralement que ce sont les femmes qui encouragent les hommes à remplir les devoirs de la religion , et qu*un célibataire qui fréquente les fêtes religieuses et les sacrifices publics est un prodige (p. 456. ^* ^O* C'est assurément un nouveau point de yue, et d'après cette manière d'envisager la chose celui qui prescrivit le célibat au clergé catholique se seroit trompé grossièrement, et il y auroit apparence que personne ne seroit plus pieux que le Grand Seigneur à Constantinople. Salomon, au moins, pourroit être cité comme une preuve éclatante de Tassertion de Strabon. Je trouve cependant bien plus étrange encore T opinion de Benjamin Constaut, que rimpudicité des femmes vouées au culte de Vénus, à Corinthe, doit aussi être considérée comme une abnégation de soimême. Je crois qu'elles auront plutôt considéré comme un sacrifice la nécessité de consacrer à Fentretien du temple l'argent qu'elles gagnoient.

(125) Les Galles, p. e., prêtres de Diane d'Éphèse. Strab. p. 950. -^^ Nous en parlerons dans la suite.

. ("^) P. e. en l'honneur de Cérès. Corn! N. D, 28 p. 210 fin. La prêtresse de Minerve à Athènes devoit s'abstenir du fromage. Eost. ad Od. p. 533 in.

('^^) Hom. Il, ^* 43 sq. On trouve un autre exemple d'abstinence vdontaire, comme signe de détresse, Od. r. 336 sq..

Dont Tenons de le remarquer , on allmt n loin qn'on n'hésitoît pas de regarder le sang hunudn comme le don le plus précieux qu'on pût offrir à la divinité.

Nous avons parlé en premier lieu de la consécration de» cheveux. Ce furent surtout les divinités auxquelles on attrilNioit le soin de la santé et de raooroissement des forces de la jeunesse que les jeunes gens honoroient^de cette manière. C'est ainsi que Péiée avoitvoué au fleuve Spep* cbée une boucle de cheveux de son fils Achille ('^')* A Delphes les jeunes gens offroient à Apollon les prémices de leur chevelure ('^^)é C'est ainsi que Leucippe laissa croître ses cheveux en l'honneur de l'AlphéeC^). En Sicile on les consacroit à lolaûs (^ ^ ') » et plusieurs autres exemples;

En second lieu : on consacroit aux dieux des individus i des familles , des tribus. Les Épigones avoient fait voeu à Apollon de lui consacrer la plus belle partie du butin , lorsqu'ils se seroient rendus maîtres de Thèbes.. Or rien n'égaloit ni la beauté ni la sagesse de Manto , fille de Tiré* sias. Manto fut donc envoyée à Delphes , comme un don destiné à la divinité (' ^^). • Les Dry opes , prisonniers de guerre, furent consacrés par Hercule au même dieu , qui leur assigna une demeure dans le Péloponnèse C ^)* Les Cretois envoyoient à Delphes les prémices de leur populati^ on C^). - Dans un temps où on considéroit léS prisonniers de guerre comme une partie du butin qu'on pouvoit évaluer contre de l'or et des vêtements, on pouvoit aussi bien faire de semblables présents à la divinité ; dans un temps

(las) Voyez la remarque de Pausanias à ce sujet, I. 37. 2. ('*») Plut. Thés. 5. ("«) Pans. VIIL 20. 2.

(»") Diod. Sic. T. L p. 270.

(I »">) *Ayà&fiita. Auct.Thebaïdis ap. Schol. Apoll. Rhod. L 308. Apollod. m. 7. 4. Voyez la suite de ses ayentures et celles des femmes qui partageoient sa captiyité. Paus. VIL 3 in. Diodore (T. L p. 3 11 . ) rappelle I])aphné.

(»") Paus. IV. 34. 6. (»»♦) Plut. Thés. 16.

OÙ on n*hëntoit pas d*^orger cet prisonniers snr le bùdier d'un ami , pour rendre honneur à ses mânes , et oèoa étoit persuade que l'ombre d'un hëros magnanime |ràl exiger qu'on souillât sa tombe du sang de sa fiancée ('^^), il ne doit pas paroi tre tout^à-fait étrange qu'où crût devoir offrir de semblables sacrifices à la divinité. C'est «osi qu'on racontoit que Mënëlas ne crût pouvoir mieux- dis* poser les yents en sa faveur qu'en leur sacrifiant deux enfants (^*^). Et (si l'on veut me peraiettre de citer un exemple d'une époque postérieure , mais dont les moeurs ressemblent ^ sous plusieurs rapports , à celles dont nou» nous occupons dans ce moment) , lorsque Toraçle eut ordonné aux Messémens d'offrir aux dieux une vierge d'une des familles les plus illustres de leur pays , les devins jugèrent que la mort de la fille d'Aristodème ne sauroit plaire aux dieux , parceque ce sacrifice n'avoit pas été volontaire , son père , transporté de colère , l'ayant tuée , parceque son amant l'avoit voulu soustraire au sacrifice auquel le sortFavoit destinée ('^^)- On voit que jusquea dans des actes religieux qui nous remplissent d'borreur on s'attacboit encore à l'idée que dieu regarde plutôt la volonté et la disposition du coeur de ses adorateurs que les dons qu'ils lui offrent. C'est ainsi que les mêmes traditions qui offrent de^ exemples de la plus horrible cruauté renferment en même temps les preuves les plus éclatantes de générosité et d'amour de la patrie. Je veux parler de œs orades qui attachoicnt ta victoire d'une des parties belligérantes à la mort volontaire du prince même qui commandoit l'armée ou d'un des plus illustres rejetons de la famille royale (' ^ ^).

("«) Polyxène. ("<^) Herod. IL 119.

f^^) Pans. IV. 9. 2. cf. 5. La pureté morale tant dans la victime que dans la manière de Toffrir à dieu étoit ici une première condition. C*étoit tout le contraire dans Thistoire rapportée par Farthénîus, 35.

(i^>) Codrus, Ménécée (Apollod. lU. 6.7. Eurip. Phaen.), les filles d* Antipère (Paus. IX. 17. 1.), Macaria (Paus. L 32. 5.

Mais il n*est nulle part plus évident qae le prix même qu'on attachoit à la vie de rhomme faisoit regarder les victimes humaines comme les dons les plus agréables qu'on pût faire à la divinité , que dans Toracle donné aux Pélasges , suivant le rapport de Dénys d*HaIicamasse. Cet Grade attribua la cause des malheurs de ce peuple à ce qu'ayant promis par des voeux solennels de consacrer aux. dieux les dîmes de touS' leurs produits , ils n'avoient négligé de remplir leur promesse qu'à l'égard de ce qui étoit le plus agréable aux dieux , savoir la vie humaine (' ^ ^). 2<». Dan» l'in- Mais ce n'étoit pas seulement dans la vue ter ou d'exier- d'offriir des dons agréables aux dieux qu'on miner ce qu'on i^y^ faisoit les sacrifices et qu'on leur vouoit

croyoït pouvoir *

leur être in- les honneurs dont nousavons parlés. Quelque* commode. f^j^ ^^^ ^^ j^ feisoit dans l'intention d'écarter

ou d'exterminer ce qu'on croyoit leur pouvoir être incommode. Voilà , par exemple , pourquoi il étoit défendu d'inhumer les morts dans Tile sacrée d'Apollon C^^). Voilà pourquoi on offroit des boucs à Baccbus , parceque ces animaux nuisent aux vignobles (' ^ ' ). Voilà pourquoi Ton croyoit qu'Apollon se réjouissoit dans la mort des chiens , ces animaux ayant été la cause de la mort de son fils('^^), et qu'on pouvoit se rendre agréable à Cérès , en poursuivant et tuant les hibous , parcequ'Ascalaphe , qui , à ce qu'on racontoit , s'étoit moqué de cette déesse , avoit été métamorphosé par elle en cet animal C'^^).

Mais ces exemples , dont nous avons dû en emprunter môme à des traditions probablement plus récentes , sont

Eurip. SuppL), la fille d'Érechthée (Lycurg. in Leocrat. Oratt. att. T. III. p. 223.).

^ispj Dion. Hal. p. 19. Il paroît cependant qu*il n*est ici ques- .ti<Mi que d*une consécration dans le genre de celle des Épigones et des Cretois, dont nous avons fait mention plus haut.

('+«) Strab. p. 744. C.

('*») Schol. Hes. p. 51 fin. Cbrn. N. D. 30. cf. Porphyr. Abstin. II. 10. (i4aj Con. narr. 19.

(»*») Anton. Lib. 24.

bien plas rares que oeux qui indiquent Fintention de se rendre agrëable à la divinité. Cette dernière étoit aussi beaucoup plus conforme au génie de la nation , qui d'ailleurs trouvoit bien mieux son compte à se réjouir avec ses divinités qu'à leur servir d'instruments de vengeance. Si Apollon s'amusoit à écouter les chants qu'on entonnoit en son honneur, si ce dieu, accompagné des Muses, égayoit par ses chants les banquets de TOlympe , il n'étoit certainement pas étonnant que ses adorateurs se prévalussent de l'humeur joviale de leur dieu et de son amour pour les arts , en s'égayant eux-mêmes , tout en lui témoignant leur respect. Mais qu'est-il besoin de citer ici les fêtes de l'Ile de Délos, retracées avec de si vives couleurs par le pinceau charmant du poëte de l'hymne homérique ; qu'est-il besoin de parler des danses bacchiques, des fêtes printanières en l'honneur de Gérés , des banquets , des festins , des processions en l'honneur de presque toutes les divinités de la Grèce ? Il pourroit paroltre superflu d'en faire mention , mais d'ailleurs , comme les fêtes ne furent organisées complètement que dans les temps où la civilisation des Grecs eut acquis ses plus grands développements et où un ordre de choses plus stable et plus tranquille dans les républiques naissantes eut remplacé les émigrations et les commotions parmi les différentes peuplades de la Grèce , il semble plus à propos de remettre à l'époque suivante non d'énumérer les fêtes innombrables des Grecs , mais d'indiquer l'influence que la gaieté naturelle et la sociabilité de ce peuple a eue sur leur religion. Nous nous contentons de recommander à cet égard à l'attention de nos lecteurs un passage remarquable de Strabon , où cet auteur essaie de prouver que la nature même de la religion nécessite les fêtes et les réjouissances , paroeque c'est la remission de toutes les occupations ordinaires , réunie au contentement que donnent la musique et* la danse , qui détache l'ame des soins et des soucis de la vie humaine et l'élève à la

diTÎoité. Il est juste , ajoute-t-il (qu'on remarque cette piété , je ne dirai pas seulement grecque , mais épicuréenne) , de croire que les hommes ressemblent le plus à la dîTinilé lorsqu'ils font le bien , mais ils lui ressemblent bien plus encore lorsqu'ils sont heureux. Or quel bonheur peut ^ler celui de célébrer des fêtes et de se réjouir par la musique et Texercice des beaux-arts (' ^^) ! CoDcliiiîoa. Les symboles et les cérémonies symboliques font nne partie importante du culte. Sous un certain rapport la religion entière est symbolique. Les sacrifices , les libations , les génuflexions , Télévation des mains au del 9 les danses , les processions , tout cela a sa signification ('^^). Mais il y a cependant des particularités qui peuvent y être rapportées plus spécialementj Telle est, par exemple , la consécration d'un animal à une diyinité. Telle est la coutume d'ofinr un mouton noir à la Terre , et un blanc au Soleil. Telle est , par exemple , refiusîon du vin au sujet de la ratification d*un traité. Mais, bien que ces exemples prouvent que Ton connoissoit les symboles dès les temps dont nous nous occupons ici , ce n'est que dans l'époque suivante que cette partie du culte reçut son plus j^rand développement. Yoilà ce qui m'a engagé à embrasser sous un seul point de vue tout ce que j'aurai à dire là-dessus , dans la seconde partie de mon travail.

J'en agirai de même à l'égard des mystères , dont l'institution remonte , il est vrai , jusqu'aux premiers siècles , mais dont les développements et surtout Tinfluence sur la vie murale et poUtique des Grecs ne deviennent sensibles que dans Tépoque suivante.

('^^) Strab. p. 717. La musique est prise ici dans le sens étendu qa*y attaehoient les Grées. Yoyez aussi la manière dont Platon s'exprime à cet égard , de Legg. IL p. 576. A.-^C.

('^^) Voyez Heyne, Symb. sernu interpret. Gomment. Soc. Gott. T. VIL p. 310 sq.

Il nous suffit d'avoir indiqué Torigine , les motifs , la nature , le côté tant favorable que défavorable de la religion des anciens Grecs , et cet examen a pu nous convaincre que , quelque grande que fut leur ignorance , quelques énormes que furent les imperfections d^une religion basée sur des notions aussi légères sur la nature de dieu , le sentiment moral a souvent corrigé chez eux les erreurs du polythéisme , et que pour des hommes aussi ignorants cette religion , quelque absurde qu'elle puisse nous paroltre , pouvoit avoir ses consolations et ses encouragements à la pratique de la vertu , bien qu'on les crût au premier abord entièrement incompatibles avec sa nature, r C'est Fexamen plus détaillé des rapports entre les idées religi* cuses et les moeurs qui nous conduira à la conclusion finale 4e ces recherches.

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