‹ Histoire de la civilisation morale et religieuse des GrecsChapitre 3 sur 29 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mythologie morale. — Réflexions préliminaires. — Persbniiifica'* tîons dé situations , de leurs causes ei de leurs eifets. — Le Sort (iTohé, Voros-t Moira), — La Ri^hes^e .(Pluta^J, -^ La Loi (Thémi?). — Les JB^eures. -^L'ordre (Euoomia). — -Le Droit

g~)icé). — * La Paix (Irène). — La Discorde et sa progéniture. — e Serment. La Yietoire. — La Renommée. ->* Personnifi-* cavion^ de^sensationfi) et de facultés de Tesprit. — L*amour^'^

; ^os). — Le Désir (Himçros). -^ Les Grâces. -. — L'Indignatiott ^émésis). La Honte. — La Terreur et la Crainte. — La Rage (Lyssà). — La Miséricorde. — L*£sprit ou rinteUî^emce (Méti»j. TT- léB. Mémoii'e (Mnémosyxié). -^ Les Songes. — L!A* .beuglement (Até). -^ Les Prières, I^a Raillerie. La Persuasion*. -^ De Torfgine des idées des Grecs ) à Tégard des per-

' tonnifi^tioBB morales , ^-^ à Tégu-d de Tyehé , -^ de la YictoW re , -r- de Timour , — ifis Çrâees , — de ii Persu«;iion. — Réflexions sur la mythologie morale des anciens Grecs. — : Points de vue différents sous lesquels ils eonsidéroient les personnifi-p «étions morales, -s- Moti& du culte des persoBiiilisaliQiui mM9r les, -^^ A&pect moral de ces personni^cations. — Idées concernant . rinfluence de ces di?inités sftr le sort de Phomme et la pari qu* elles ayoient à Texercice de la justice èitine.

9iy|kolç^ mo* j^ous passons dr la secxmcl^ partiel la mji- ^^^ thologîë dès andens Greos ^ oêlle que nom

avons appelée mytliologie morale.

RéflexioBs pré^ La première origine des fietions qui s^y

rapportent est sans doute très aooienne^ puisqu'el^ks tiennent à la pauvreté du luigage qui souvent obligeait de déngner^ par de» noms d'objets visiUes des notions et d^ émotions pomr lesquelles on n'avoit pas* en* Gore trouvé d'expressions propres, tandis quel'iiqagina'' tion aotiV'Ç d'un peUfAo eneore peu oîrilisé prêta à ces êtres imaginaires l'intelligence, la volonté et les actions de persouRçs vivantes. t '

Su effet, rie» ne doit parcnitre si naturdi qa» des kopmies peu poËoéa donnant les signe» de la ^ à une

émotion (pieloonque qui s'empare souvent de l'homme ayeo upe force irrësistîble ; et , si l'on regardoit comme êtres intelligents et actifs les parties de l'um'yers et les phénomènes de la nature,, paroeque leurs mouvements et les effets qu'ils produisent ne dépendent pas de la volonté de l'homme , on n'étoit pas moins conduit à se représenter de la même manière la crainte ; la terreur , la joie , le désir et tant d'autres sensations , qui , pour n'être pas visiUes , en sont . tout aussi réelles , et exercent sur l'esprit de l'homme une influence souvent bien plus grande et non moins indépendante de sa volonté que les objets qui l'environnent* t

On pouvoit en agir de même à l'égard des situations et des circonstances, dans lesquelles on se trouvoi^ souvent malgré soi. Quelqu'un étoit-il plongé tout-à*K)oup dans la misère , c'étoit alors le Malheur qui l^avoit attaqué et avoit chassé de sa demeure la Richesse et l'Abondance. Deux amis avoient'ils été éloignés l'un de l'autre par une querelle imprévue , la Discorde les avoit désunis et l'Amitié les avoit abandonnés.

Mais quoique plusieurs de ces fictions remontent à la plus haute anti(|uité , on conçoit aisément que la plupart sont d'une origine bien plus récente , et que , comme il y en a plusieurs qui tirent leur source de la pauvreté du langage et de te difficulté d'exprimer la pensée , il n'y en a oerlainemlent pas moins qui tiennent plutôt aux raffinements d'une langue dqà assez cultivée. Le champ , ouvert à l'imagination , par la personnification d'émotions , de situations , de propriétés > est infini , et ce qui d'abord ne fut que la suite (naturelle de la nécessité devint bientôt un effet de l'esprit toujours actif des poètes et la preuve de la fertQité de leur imaginaijon.

n est par conséquent très difficile de distinguer , même plarmi les personnifications les plus anciennes , celles qui sont nées , pour ainsi dire , d'elleshmémès parmi le peu-

fie et celles qui sont iiiTentëes par les poStes ; et , si jamais on pbuTOit espérer de démontrer qu'Homère et Hë^ sîode aient été les inventeurs de la mythologie des Grecs , ce seroit ici qu'on devroit en chercher les preuves. Qu'y eut-il en e£Fet de plus facile que de représenter TAlarme comme une compagne du dieu de la guerre (') , d'orner régide de Minerve des images de la Valeur et de la Pourauite (^) , ou même de diviser cette dernière personnification en deux personnages et d'en faire une Poursuite qui fait avancer et une autre qui fait rétrograder ( ^) ? Qui pourra nous assurer que la lamille de la Discorde ne soit pas entièrement le fruit de l'imagination d'Hésiode 7

Ce que nous venons de dire est d'une application non moins juste à l'égard des attributs et des différentes relations de ces êtres imaginaires* Le fils de la nature pouvoit se représenter l'image informe et grossi^e de quelque fruit de son imagination ; il pouvoit , par exemple , se figurer la Tristesse craime une femme couverte de hafllons et baignée de pleurs ; il pouvoit , pour nous servir d'un exemple que nous fournit le livre le plus ancien que nous connoissions , il pouvoit se représenter le Péché comme une bête féroce , guettant à la porte , pour dévorer le malheureux qui Tapproeheroit (^) ; il pouvoit , dans sa langue encore peu cultivée, appeler frères la Force et, la Violence : il est certain que les descriptions plus achevées de ces êtres » etles combinaÎBons souvent assez arbitraires de leurs rapports lurent Toifirrage des poètes. Pour s'en convaincre on n'a qu'à comparer les fictions de différents poètes* Tandis que chez Homère , par exemple , la Discorde est une soeur de Mars (^) , et par conséquent , ai l'on veut , une fille de Jupiter , elle est chez Hésiode la

(») Kvâoèf^hç. Hom. n. E. 593.

(*) 'Mn^. "Ii>è*ii. Hom. II. E. 738 sq. (>) nqotmhq. /7aA^tfS»ç. Hes. Seat. Herc. 154. (♦) Gen. lY. 7. («) Hom. H. ^- 440.

fille de la Nuit (^) ; et , tendis que cette même de est chez lui la mère de l'Aveuglenient (^) y l'Â^ea- Cernent est chez Homère la fille de Jupiter (*)• Maison n'a qu'à lire la description que donne ce poëte de cette dëesse , des Prières , de la Discorde (^) , pour reconnoltre combien ces êtres doiyent à l'abondante imagination des poëtes. Et s'il nous faut absolument de l'allégorie , c'est ici qu'il fismt la puber. La Discorde , cfaëtive d'abord et d'une stature tnéprisable , s'élerant insensiblement et touchant enfin de sa tète la voûte des oieiix , les Prières qui , défigurées par le ehagrin , s'aranoent à pas chancelants et les yeux détournés , tandis que l'Aveuglement marche avec force et rapidité , voilà roxpresSion figurée, voilà l'allégorie qu'il faut chercher chez Homè)N> et. Hésiode. Remarquons toutefois que ces actions poêiiqi^es mêmes ont été souvent admises à leur tour parmi les notions, populaires et ont même partagé les honneurs de 4a divinité avec les personnificatiôas primitives « Le seul •exemple de l'Indigoation divine (Némésis), dont on ne trouve encore aucune trace chez Homèto , peut ici nous suffire. Tant est^il vrai que chez les Grecs la différence entre le peuple et les poètes n'est jamais si grande qu^on se l'imagineroit d'abord , par cette raison très simple que le» poëteS n'éioient pour la {dupàrt que les ei^anes du génie qui anîmoit la nation entière.

. <San8 prétendit donc distinguer partout les opinions du peuple des fictions poëtiques \ ce qui d'ailleurs est soti- -Vent absolument impossible , nous idlons examiner les peafsolimfièations de cette parde de la mythologie grecque , «rapportées chez- les anciens auteurs qui nous servent de (fuîdes pour cette époque.

H Hes. Th* 225.

(^) ib. 230. . («) Hom. II. T. 91.

i^) Hom. IL T. 91 seq. L 498 sq. ^^ 440 sq.

Pènonnmcati. Voyons d'aboird quelles ont é\é les perons , de leun sonnifications des différentes situations de causes et de Thomme , de leurs causes et de leurs effets.

leurs effets. .

Le Sort {Tj- & est assez remarquable que les anoioia Moira) ^^^* ' Grecs ne paroissent pas avoir personnifié le

bonheur. Le çonnoissoient^fls si peu, oxi leur vie étoît-elle si tranquille et si douce que ^ n'ayant aucune expérience du malheur , ils ne pensassent pas à désigner par une dénomination spéciale un état auquel ils étoient accoutumés ? Je ne crois ni l'un ni l'autre. Nous avons pu nous convaincre dès le commencement de cet ouvrage que la vie des anciens Grecs ni'étoil rien moins que douce et tranquille ; mais elle n'a certainement pas été si agitée qu'elle leur ait ôté l'occasion déjantais oonnoltre le bonheur. Je crois plutôt que cette notion est trop générale et trop abstraite pour le degré de dvilisatîoà intellectuelle sur lequel se brouvoient les anciens habitants de la Gdréce. Us savoient très bien ee qui les rttidoit heureux ou malheureux i mais ils ne songeoient pas à former une dénomination générale pour désigner l'ensemble de des oiroonstanoes iavoraUes ott ^lavoraUes que nous comprenons soua les noms généri» ^loes de bonheur et de malheur..

:En padant des* Océanîdes » il est vrai « Hésiode bit -mention de TydiéC^) , nom qui signifie en général Tétot <fik l'homme se trouve , soit heureux soit malheureux , et plus spécialement le casfertuit ou le hasard. Hais quoique cette situation ^ait été personnifiée dans la suite , et bien <p.e Pausanias carcôe que la TyOhé d'Hésiode soit d^ le •même personnage que nous reocontroQs ai souvent chez les auteurs /d'une ^date postérieure C) et qui fiit aussi tiis connue, comme divinité , cependant le pofite n'en dit

t'<>) Hes. Th. 360.

(l'y Pans. IT. 30. 3. Il dit quA Paatear da quatrième hymne Homérique , qu^il croit être Homère , est le premier qui en ait fait B&ention.

rien. Il de rapporte que le nom , et Homère n'en parie irelle part.

Hésiode ne donne paï» plus de détails touchant une autre personnification dont iLparle et qui peut signifier la même chose que Tycfaé , mais qui a été prise plus spécialement pour le malheur 'OU la mort. Je veux parler deHoros ('^).

La déesse, connue sous le nom de Moira, et qui, d'après son acception primitive , ne signifie encore autre chose que le sort ou la situation soit bonne ou mauvaise , est une personnification bien plus achevée. Homère et Hésiode en parlent très souvent , mais je me réserve d'entrer dans quelques détails là-dessus , lorsque je parlerai des idées des anciens Grecs sur la providence et le destin , ce qui me paroit d'autant plus nécessaire que les Moires , c'est à dire les Parques , ne peuvent pas bien être rangées parmi les personnifications. H suffit d'observer pour le moment que les idées qu'on attachoit à la Moira n'étoient encore rien moins qiie générales et certainement pas fort abstraites.

La RicheMe Nous passons donc aux situations spéciales , ^* ou , disons plutôt , aux circonstances qui é* toient les causes d'une situation plus ou mrâis heureuse. Les Grecs, avons nous dit , ne persoonifiiNent pas le bonheur, en général > mais ils personnffiqient d'abord la Richesse. Qui sait même si, pour des hommes encore barbares et sauvages , l'occasion de satisfaire amplement à leurs besoins et de mener par conséquent une vie oisive , sans aucune nécessité de travailler ou de se donner quelque peine pour pourvoir à leur subsistance , la richesse , n'étoit pas synonyme' de bonheur (' ^) ? On conçoit aisément qu'il ne faut pas penser ici à la richesse de nos jours ^

('^) Homère ajoute radjectif»a»oç, p. e.

oïauf inl Zêifç ^ij%f xanov fi^ooov»

II. Z. 357 cf. Hymn. Hom. YIL 8. Dans la Tkéogonie /»o^oç sij;nifie, à mon avis , l'heure de la mort, gvyeçoç tAoçoç* ys. 211. C^) ^OXfioç signifie aussi bien bonheur qaertehetêe. Hes.Th. 974.

iB»is à oellë tjae eonnoissoieiit les Aficieiifli Greos et qui., coùsistûit en bëtidl et eii terres hboufaMes. Gtkfi eux Plutùs (la Riehesse) ^ifc lefilsdeCërès , du moins d'après^ Hésiode. Ce poète le représente voyageant par terre et par^mer et ladsaDl le bonhèuf de odui qui parvient à* le iréflêmr auprès de lui ('^).- j ' ' '"' ' ;

Là^'ltÀ {thé^ Si lés anciens Gréés savoient afipréoiepla ™" •' rfchesse et Fafaondancfe*, il n^ëlôit pus ëtoii-

iiattt qu'ils s 'étudiassent aussi li^)^noiti^lepriiE decette: ptassance sociale qui leulr en assuroit la jotdMfiace ; Les' rëv^lûtiMsfrécpientes de ces siècles reculés*, lés comiUOrtions qui bouleversèrent tés' âàts et reiihretsèrettt les trAnes' ëtoient bien en état de les persuader de la néoe^sité '^ bonnes institutions ,' propres à tnâîiilenii* l'd#dlift* etta traiiquiHîté. .€'est ainsi' que la Lôiou rÉqûité ; la Lép*timité , le Droit , la Paix devinrekit autaM de piîrsoDttet. divines auxquelles en attribuoit le maintien des précieuses^ prérogatives dont elles portent les noms; * *' ' ' * ' * On tn'dageoterà . |eut-étre que ces notions sont pour' le moins aussi abstraites que celle du bonheur , et beaucoup trop âeyées pour une nation aussi peu oiyiliiiée que le furent les premiers habitants de la Grèce. ,Je crois que nous ne. pauvona mieux répondre h cette ob-

•corc un

Plutus, qai a donné Ifçu à rÎAgénieuse nue sous ce nom, est bien aussi facile à saisir qu'on pourroit se Timaginer. £t Cependant Yoilà ce même blutas {Richesse), métamorphosé en nom propre 4*U9 homme qui apprit aux geas Tipargne et Vé* conomie. Ces messieurs sont bien animée par Tes prit de contradiction. Lorsqu'ils trouvent une personne , ils en font une chose, et quand on croit les contenter en leur donnant* une chose,, ils changent ;spudai/i d'ayis en tournant 1% chose en personne. Qacchus est le vin, Yulcaiû «st le fau. NousTfoiciÀPlutus: il seraau moins la Richesse, car TtlStoç signififtr/eAtfJtf<^, et fiàitx^** signifie âussipeu vin que ij^akçnç/eu. Non, disènt-ils, Plûtas ne sera pa^ la richesse , mais la. richesse sera Plutus , c'est à dire un h<maéte citoyen qui porte ce nom,

jeolioii qa'eo indiqawt rorigiae de oes penoimifioatiooflL Elle esl , ce me semble > entâèrement pçnforme wx idées d'une nation enocNre peu polioee. Homère , qui nous fournil, si aouTent Ja meilleure occasion de pâiëtrer dans l'esprit et le génie du peuple dont il a illustré les faits d'armes par son inimitable poésie , indique cette' origine d'une manière qui doit lever tous les doutes à opi égard. Chez lui Ja première dfes dresses dont nous venons de parler , la Loi ou l'Équité (Thémîs)« est chargée de distribuer, à chacun sa.portioni.. dans le^ banquets des habitants de l'Olympe C). Des eirfiBuitis se fbrmeroieni-ils autrement une idée de l^éifuité ? Ht c'est celte première idée de la notion qui explique aussi d'une manière satisfaisante le nom qa'on ltti;danyia.;.. Tbémis >. celle qui pose , qui met chaque chose ik sa place 9..qi4 donne à chacun ce qui lui appai^ tient , dont dérivent les significations d'institution , de coutume^ d'usage, de ce qui est permis et usité ('^)* On comprend donc ai|ssi pourquoi cette déesse oonvo<pe les< assemblées des dieux sur l'Olympe (' ^) , pourquoi elle

('") Hom. II. O. 87 sq. spécialement yi. 95. {^^) . Du Terbe TJ^i|/M. On Toit les cUSerentes aeeeptioas du moi ^^/i*c dans les endroits suivants :

Hom. II. -^. 779.

Sfiy^ ^' fv feaqê^K^.'f ârs |«<i^«*c ^f^^ icvh- U. S» 386* — — T« â^ê &4fuq ici lÊ^f^voh . *Ey àat XêvyaXffi»

De même Texpression très connue § ê-ê^q ici, 0éfuq signifie par conséquent aussi Tezercice de la justice (II. ^» 807.

— — ïya 09* àyoçy Të 'B'ifMfç t*

et lès lois ou institutions d'après lesquelles lajustice est exercée ,

11, A> 238. -— ântaOTtékot, otre ^i/uçaç

ef. Od. n. 403. ^»è« ^if^*çtçy la sentence, le déèret de Jupiter. Hésiode (Th. 85.) indique la différence entre &4/u<, <et (f»»i7 :

Bi/uareç sont ici les institutions que la justice , Téquité , expliquent et appliquent d'une manière eouTcnable aux cas particuliers»

(«^) Hom. II. T. 4 sq.

fvMdd à odlet des jfrinoes sur la terre (**), enfinpoiir^ qaoi eOe est représentée oomme Fiuie des plus ancîeii-^ nés dnînitës ('^), non moins câèbre par sa justioe* que par sa sagesse , comme le prouTent les traditiona d'après lesquelles elle a?oit préside à Foraole de Dd» phes , placé d'abord sons la surveillance de la Terre efe ensuite sous ceUe d'Ap<dIen (*^) , et surpassait mè»

' (xs) Hom, Od. B. 68 iq.

('^) Elle est chez Hésiode fiUedaCiel, soear deSatarae, plus andenne done qae Jupiter tai-ménie (Th. 135)« de sorte ane ûou» ne poaTont pae refoeer de nous rendre pleiaément à rsmtliemtctté de la tradition que Ton attribnoit à Musée (ap* Eralosth. Catast. 13.) , que Rhéa anroit confié son fils Japtter à la déesse Thëmis.

(^^) Apollod. I. 4. 1. Pans. X. 5. 3. M. Wdeker ( Jlsdijrlisdia Trilogie, p. 39 sq.) s*eforce de démontrer que la Terre et Thévis ne sont qu*nn senl et même personnage. Il cite à cette occasion Pansanias (VIII. 25. 4,). Cependant , en onrrant le lirre de Tanlear , on est étonné de Toir qn*il ne dise pas nn mot de la Terre , mais qn*il parle de Céres. M. Welcker écarte cette diftcnlté par nne parenthèse. Il s'exprime ainsi: » die Erdgôttin (Demeter luer genannt).'* C'est farile à larérité; mais soit. Supposons nn moment qoe M. Wdcker ait démontré ce qn*U aTsaee ici sans ancane preuTc^ zik moins croiroit-on que Pansanias aura dit oue cette Ter* re (Cérès) fut la même que Thémis. Mais , quel ne doit pas être notre étonnement , en tojant que Pansanias dit justement le contraire. Toid ses paroles: » Or que cens qui croient qne cette statue rs* présente Thémis et non Cérès Lnsia se tiennent pour arertis qu'ils se trompent." — Mais, pourquoi donc M. WeLeker a-t-il cité ua passage on il n'est pas question du personnage dont-il parle, et on, si on reutlfli passer cette berne, ontrontejnsteaieBtleeoiv* traire de ce qu'il arance ? Ve croiroit-on pas que M. Welcker, s'il aToit pris la résolution de faire passer la Terre, Cérès et Thémis pour un seul et même personnage , eût fidt plus prudemment de ne pas citer nn passage si contraire à son opinion , ou (ce qui eàt hiea mieux ralu) qu'il eût renoncé à cette opinion , en lisant un passaas qui en démontre la fausseté d'une manière si évidente. Point dn tout» C'est Pansanias qui s'est trompé, plutdt que M. Welcker. »Er widerspricht," dit-il, nweil er daswahre Verlialtnîssnicht mehr einsah" (p. 41.). En effet, c'est admirable. Si nous pouvons en agir ainsi , il n'y aura plus d'absurdité si ridicule qu'on ne puisse les pronyer, les auteurs anciens àlanudn. Maisqn'arons nous donc iiesoin de les citer ? Ne ▼aodroit-il pas mieux les laisser tranquillement dans nos bîUiothèques et composer nne Histoire du aid de notre fiijon , qui épargnereit aa moins à qndques gens de

me en prëvoyance les dieux les plos illiistres de la nonydle dynastie > Jupiter et Neptune , qui , se disputant la possession de la belle Thëtis , furent détournés de leurs projets par TaTertissement de Thémis , qui leur prédit que le fils qui naltroit de cette Néréide surpassèrent son père en pouvoir (^.'). En un mot , on voit , par les récits qui ooncemmt cette déesse , que les anciens Grecs dans leurs personnifications restoient fidèles aux notions primitives qu'elles représentoient. Que pouvoit-il y avoir de plus sage , de plus juste , de plus prévoyant que l'Équité , que la Loi même ! Et , pour nous en convaincre pleinement , nous n'avons qu'à jeter les yeux sur la Théogonie d'Hésiode , où Thémis est non seulement la mère des Heures , mais aussi des Moires ou Parques (^^) , idée en efiet très juste et très conforme à la notion primitive de cette déess^ que nous trouvons chez Homère. Les déesses qui assignoient aux mortels la part que chacun d'eux devoit avoir dans le bonheur et dans les adversités de cette vie pouvoient-elles avoir une origine plus analogue à leur nature que dans la source de l'équité et de la justice ?

S'il fut jamais une personnification qui ait mérité les honneurs du culte public , ce fut certainement celle dont nous parlons ici ; et la suite de cet ouvrage nous fournira plus d'une preuve qu'il en fut réellement ce qu'on nous en dit. n est vrai que dans cette époque nous ne trouvons encore aucune mention de temples ou d'autels érigés en son honneur , mais la tradition qui lui assignoit la surveillance de l'oracle de Delphes , jointe à un passage d*Homère où Télémaque l'invoque comme garant de la vérité de ses paroles (^^), prouvent que, si les temples, les statues et les autels que trouvèrent Pausanias et Strabon dans

lettres un peu moins fins le clu^rin de eroire qu*on se moque des témoignages les plus palpables de l'antiquité.

(") Apollod. m. 13. 5. . (") Hes, Th. 904 sq.

^") Hom* Od. B. 68.

plusiehrs endroits de la trrèoè oe pouvent être alléguer-: •comme preuves du culte de Thëmis dans les temps hëroî» ques, la haute îd^ qu'on aVoit de sa puissance, de sa sagesse et de son influence sur le sort de l'homme remonte, peut-être jusqu'aux sièdes les plus reculés . Les Heures. jiais nous avons aussi parlé de la person*

nomia). nification des suites de l'équité et des bonnes;

uSlhfrtré^^ institutions. Les Grecs les distinguoient par * trois personnages différents» qu'ils appeloien^ la Intimité 9 la Bonne Légialation, ou, si Ton Tealr^« l'Ordre (Eunomià) , le Droit (Dicé) et la Paix (Iréné). Elles étoient filles de la Loi (Thémis) ^ allusion qui n'est certainement pas difficile à saisir (^'^)* Mais cequidoi^ paroltre étrange c'est que ces mêmes déesses qui , par. leurs noms , sont désignées assez dairement coipmo des personnifioations morales , ne. portent pas seulement un alttre nom générique» qui semble nçus engager à las placer plutôt parmi les personnifications physiques , mais^ sont aussi caractérisées par les anciens poètes d'une ma* nière qui ne laisse aucun doute qu'elles aient appartenu aux diyinités qui furent chargées du gouvernement di; Blonde physique plutôt que de la conseryation de l'ordre dans le monde moral. .

ÉtabUssons d'abord les faits , et tâchons ensuite de les édaircir.

Le nom général dont nous venons de parler est Hora , Heure (<Sça) , qui signifie d'abord un temps défini , mais qui a été pris ensuite pour une partie de l'année , c'est à dire pour saison (^^) , et enfin pour une partie de la journée , d'où dérive la signification du mot latin hora (heure). La signification primitive se retrouve dans l'adjectif eoç^oç^

(*♦) Hes. Theog. 901 sa.

(*•) P. e. Hes. Th. 58.

Hom. Od. A 107.

verbe tigaUm , je rends mûr ou fertile , je foie prospérer. Ces déesses spnl ainsi désignées comme déesses du temps; mais oe n'est pas seulement le nom qm caractérise ces déesses comme des personnifications des différentes partie» de Tannée, des saisons, c'est aussi la manière dont le poète lo jAaa ancien les représente. Homère en parle en ce sens-, lorsqu'il leur attribue le soin de faire écouler Je tempa (^^) et cekû de fermer ou d^ouvrir l'entrée du del , par le moyen d'un nui^ qu'el^ les attirent ou dissipent à Tdonté (^^). SuiYant Pau-' sanias un poète plus ancien qu'Homère (Olen) aToit représenté les Heures comme chargées de l'éducation de Jûnon(^"). Cbet Hésiode ce sont les Heures qui décorent Pandore des fleurs du printemps (^^). Pausani^ as fait mention de^ deux Heures , dont les noms particuliers les caractérisent aussi bien con^e déesses des saisons et de la fertilité que leur nom générique. EUes s'appeloient Garpo et Thallo, noms dérivés des mots naqnog (fruit) et ^àXXitiv (fleurir). La dernière fut adorée à Athènes avec Pandrosos, fille de Gécrops, nom qui semble avoir rapport à l'une des causes les plus puissui^es de la fertilité (^^). Enfin, on racontoit. qu^Ampbictyon érigea un autel en l'honneur de Bacchu» dans le temple des

(^^1 gom. II. *. 450.

{^î) Hom. ILi^* 749 sq. £lles rendent aussi d6« serricss aux déesses d'un rang supérieur. Comme Iris , elles détellent les chevaux de Junon et de Minerve et les mènent à Técurie. II. 0» 433 sq. Mais il ^st évident que c'est «ne fiction poétique qui ne contnbud en rien à déterminer Tidée qii^'oadoit se former de ces déesses. • (*») Paus. II. 13. 3. (^9) Hes. Op. 75.

(3P> Paus. IX. 35. 1, Hygin (fab. 183.) a dix Heures, mais nous ne croyons pas que nous puissions retirer qudque profit des noms qu'il leur donne, parceque nous ne savons pas où illes a trouvés , et qu'ils peuvent par conséquent être d'une originâ trop réeea- ^ te pour mériter ici notre attention.

Heures , oe qui pàtoiï meote indiquer qiféil ëtoit pertiH ade que Finfluenoe de ces déesses pouvoit élre salutaire aux fruits de la yigne (^').

Il est donc évident que les Heures étoient <fes déesses dont les fonctions avoient rapport avec la nature, le temps , les saisons , la fertilité des plantes , la maturité des fruits (' ^). Hais il n'est pas mciûB évident que eee déesses, prises chacune séparément, sont dès pe^rsonnifications de notions morales. Or il est aussi impossible qcfune personnification d*une notion morale ait pu provenir d'un être imaginaire qu'on avoit miis en rapport avec la nature, que de métamorphoser en saison ou partie de Tannée une personnification de la paix ou de la légitimité. D ne nous reste par conséquent qu'à* supposer que les Heures et les personnifications morales dont nous venons de par» 1er ont été d'abord des personnages distincts , et que la conformité de leur empléi , celui de conserver l^)rdre et la distribution convenable des parties de Tensemble coîifié à leurs soins , les a fait confondre par la suite , de sorte qu'on aura donné le nom des Heures aux filles de Thénds^ et qu'avec le nom on leur aura attribué une partie def leurs ^ fonctions (* *).

La prenuère ^'Ordre , Eunomia) et la dernière -(la

- <* ') Pliiloehomf ap. AOien. IL 7. EostaOï. s^ Od. p. 625. L 30.

Ettstathe le croit aussi; il dit: al &y xa« %09 t^ç d/ê7fil9 »af-

(^^) Les poètes plus réeents les prenneaientièrtftteBt «a ce aeas. Chez Nonntis les Heares sont éyidemment les saisons , ou même les moiis. Il en compte douze et les appelle filles du Soleil, dont elles pansent les cheraux. Voyez surtout la fin de Tonzième irt le douzième lirre de ses'Dionysiaques.

C) Les interprètes des anciennes &bles ont expliqué la nature de ces déesses différemment, d'après Tune ou Tautre des acceptions dont nous Tenons de parler. Cornutus les pirend entièrement comme une allégorie physique (N. D. p. 151. Opnse. Myth. éd. Gai.). Diodore, dans son exposition euhémérique de la théogonie Cretoise, en fût des personnes qui conservent l'ordre et la paix dans le mour de moral (T. I. p< 389.)-

Puîll , irépé) ne sont mentionpë^s* par Hésiode que daici eeC eadiioît. Homère a'en parle pas. Le Droit (Oicë) est représenté par Hésiode comiDB aocusapt les crimiael9 .devant le tribunal de Jupiter et exigeant qu'on leur inflige la peine méritée par leurs forfaits (?^). Une autre^ foin îli la représente poursuivant les priminels qui l'avoient repoysaée , ma^ enveloppée d'un nuage et les lar« mes aux yeux (^ ^). Il paroit aussi. quQ }e même auteur ak représenté cette déesse -vivant avec Icf genre^humsân dans le vSiiGle d'or ^ le siècle d'innocence et de justice ,. et. quittant la 'terre.y, lorsque L'injustice et .la violence commenceleqt à y exercer leur domination (^^). U est très possible ^e l'une et l'autre de ces fictions soit entièrement de l'invention du poëte« Aussi ne voit*on pas que les personnifications morales dont nous iious sommes occupéijusT qu'ici aient été très développées, dans cette première, épo* que. Nous verrons quf ces développementsi étoient réservés pour un autre Age , ce qui certainement, ne nous -étonnera pas, après tQut ce que nous avons dit du peu de progrès qu'a voit encore laits la civilisation tant intellectuelle ' que morale dans ces siècles barbares*^ Cependant le culte des Heures étoit établi à Athènes , même avant le règne d'Amphictyon» au moips si nous» pouvons ajouter foi au récit que nous venons de rapporter.

Les anciens Grecs apprirent sans doute à mieux apprécier l'ordre et Tes bonnes institutions par le déiTaut des avantages qu'elles procurent. Us personnifioiçnt donc aussi la violence , la discorde et toutes les antres causes du désordre, avec les suites fiî^nestes qu'elle entraine.

(f ♦) Hes. Op. 256 sq. (»«) Hes. Op. 222 sq.

(*^) Ératosthène (Catast. 9.) nous apprend qu^Arate avoit em* pninté cette idée à Hésiode.- Yoyez Àrat. Phaen. 96 sq. On trouve tin passaige analogue (Op. 197 sq.) à Tégard de la Pudeur et de Némésis. C*e»t probablement eette idée qui a donné lieu à Is» fiction' que la Vierge, Tun des signes du zodiaquo, seroit Dicé*

La Bbeorde et Notts avons déjà tu dkei Hésiode la I)î»-

féconde d'une infinité de malheurs , de la Peine , de TOiibli C) , de la Famine , des Combats et des Batailles^ de THomicide et du Garaage (^ *)•

Chez Homère la Discorde est soeur du' dieu de 1» guerre, qui l'accompagne dans les batailles et exeite l'animosité des combattants (^^). Jupiter l'envoie sur la terre, le signe de .Faltaque à la main. Sa voix tonnante ranime l'amour du carnage dans le coeur des guerriers (^^) , et elle be ré* jouit de voir que ses efforts ne restent pas sans succès (^'). C'est son imaige, avec celle de la Valeur et delà Soursuite ^ qu'on remarquoit sur l'égide de Minerve et sur le bouclier dUercule (**).

Il me semble que nous pouvons très bien regarder toutes Oes fictions, avec tant d'autres, que nous trouvons dans l'endroit cité d'Hésiode, comme des inventions des poètes. Nous ne voyons pas que ni la Discorde ni les autres personnifications dont nous venons déparier aient partagé les honneurs du culte public. H y en a cependant deux qui ont certainement fait partie de la foi populaire. Ce sont le Serment et la Victoire.

Le Serment. Le Serment (oçitoç) est représ^ité comme le

fils de la Discorde et comme une divinité qm

(^^) Qaelqaes-uns lisent à la place de Ai^^ifi' Xo^/téif. JeneTois , pas trop pourquoi. L'oubli est sans doute Tingratitude. cf. Henn. Handb. der Mjth., T. I. p. 18. not. 8.

(^*) Hes. Th. 225 — 232. La bonne discorde ou rémolation, qu'Hésiode appelle la fille ainée de la Nuit, et qui est la cause de l'activité et de la diligçnce , est encore une fiction entièrement poétique, aussi bien que toutes les suites de la discorde , mentionnées dans le texte.

(»^) Hom. II. ^. 440 sq.

(^^) Hom. U. ^. in. Le poète ne dit pas quel fût ce signe. On tronye les conjectures qu'on a faites à ce sujet dans la note du . vaut Heyne sur ce passage. (^') ib. 73 sq,

i"^*) Hes. Seat. Herc. 147 sq. cf. Hom. II. T. 48. .

point les injustes et les parjures (^')/ On veut que k Victoire , issue du Styx , avec la Foroe , la Yiolenoe et le Zèle f et attachée avec eux au service de Jupiter {^^) , ait déjà eu un temple en Italie , peu de temps après la guerre de Tro7e(^'). Il est au moins certain cpi'ellea ^të honorée dans la suite par une foule d'autds, de. statues et même de temples.

Nous pouTons encore faire id la même réflenon que nous ayons faite dans le chapitre, précédent^ savoir que les Grecs honoroient plus les êtres dmit ils crojoient pouYcir attendre des bienfaits que ceux dont ils craignoient la mauvaise volonté. La Loi, le Droit, la Yictoîre sont de» déesses ; la Discorde , la Violence et le Meurtre ne sont que des fictions poétiques (^^).

la&eiiomniée. Lorsqu'on se représentoit comme des personnes les droonstances plus ou .moins avantageuses dans lesquelles l'homme peut se trouver /avec leurs- causes et leurs e£kts , il n'est certamement pas étonnant qu'on personnifiât aussi la dispersion de quelque nouvelle soit bonne

(4») Hes. Th. 231, 232. cf. Op. 221, 803, 804.

(^^) Hes. Th. 383 sq. M. Hejiie (ad Apollod. L 2. 4.) s'exprime ainsi aa sujet de la personnification qu'Hésiode appelle Z'^Xoq : »Per ZfXoir** dit-il, ^yidentor felicitatem , sècundnm rerum Cttrsam désignasse «jcum eoi^îonelas sit cum yidoria/* Ilparolt que Hygin rend ce mot par invidia (fab. p. 11.). Nous ayons cm ponyoir le traduire par Zhle^ soit bon ou mauyais, qui ne contribue pas moins à la yicïoire que la force ou la yiolence. On nous excusera, j*espère, d'ayoir donné ici à la yictoire une aussi mauyaise compagnie. Elle est considérée comme un grand ayantage par celui qui l'obtient, et certainement ayec le plus grand droit ; mais« si la discorde n*ent pas aUumé les guerres , on se seroit facilement passé des bien^ts de la Yictoire. Le Serment n'est considéré c<Mnme un mal qu'autant qu'on a en yue les panes qu'il inflige. L'homme n'est que trop porté a haïr plutôt les suites du mal que le mal lui-même.

{^^) Dion. Hal. p. 26,

(^^) Nous crojons deyoir ayertir d'ayance que nous trouyerons une exception à la règle k l'égard de la Violence (Bia) , qui ayoit un temple, ayec laIféeessité('^ya^x7/),8ur}'aeroeoriatiie. Paus. IL 4.7.

8oit mauvaise. Il y a 8ouTent4{mlqaetAo8edé8i«Ktniordinaire dans la manière soudaine et imprévue dont une nouvelle se répand , qu'il ne faut pas même la vive ima^ gination des Gr^cs pour y voir Faction volontaire de quel-* que être surnaturel. Hdmère appelle la Renommée (Ossa , chez Hésiode Phémé) une messagère de Jupiter , qui , par la nouvelle du résultat de la délibération, des princes , excite les Grecs à se rendre à l'aissémblée dans le camp (^^) , et t{m âilleu)*s répand la nouvelle de la mort des prétendants de Pénélope (^*); H y a mêmç un endroit de cet auteur où la renommée est décrite comme l'effet immédiat du soin que prend Jupiter pour faire connoltre quelque nôu* velle et par conséquent différent de ce que les homme» contribuent ordinairement à la répandre ('^^). Lamau* vjaise réputation dont parle Hésiode est évidemment une fiction poëtique , mais la manière dont il s'exprime à son égard offre un exemiple frappant* tant de l'idée qu'on se formott en Grèce de la nature divine^ que de la manière dont les divinités pouvoient nattre de la personmfication. En avertissant son frère de se préserver des effets d'une mauvaise réputatiç»! ^ >1 dit que sa naissance e^souv^ftt imprévue , que les ^ inconvénients qui^eUe entraîne sont iasuppdrtables , et qu'il est impossible de s'en* dâéndre; après quoi il ajoute : » car elle est aussi une déesse " ('^)* Voilà ce qui oompose donc le caractère de la divinité , d'après les opinions des Grecs ! un pouvoir indépendant de la volonté de l'homme. La question si ce pouvoir lui est utile ou nuisible , et si par conséquent la volonté dqnï il dépend est bonne ou mauvme^ n'y entre pour rien; et , voilà aus«vComment s'explique que le nombre ides divinités a dû se multiplier à l'infini. Car , pour nous ponr vajncre que ce qui d'abord pe fut qu'une fiction poétique , fut souvent dans la suite accepté comme article de &i , et

(♦') Hom. D. B. 93 sq. (^») Hom. Od. /i. 412 sq.

{*^) Hom. Od. A. 282. («*) Hes. Op. 760 sq.

que les fruits de TidiAgination des poêles devinrent sou- Tent dans la suite de véritables dieux , nous n'avons qu'à faire remarquer que oette même Renommée , que s^ns oela nous ne prendrions pas plus pour une divinité que celle dont parie Voltaire dans sa Henriade , eut dans la suite un autel à Athènes C).

PertonBificati- -Mais, comme nous l'avons déjà fait. reniar-

onsdesensati- i i . i •

ont et de fa« V^^^ * ^ ^^ ^^^ P^ seulement les circon* cultes de l'ei- gtanccs extérieures qui exercent souvent une

prit. ^

influence marquée sur le sort de l'homme,

oe ne. sont pas moins souvent les facultés et les mouvemonta intérieurs qui ont le même pouvoir » ou dont au moins l'activité et les effets paroissent si extraordinaires qu'on a cru pouvoir les personnifier aussi bien que les événements et, les phénomènes physiques. i

On conçoit aisément que les émotions et les passions auront plutôt attiré l'attention des habitants encore peu cultivés de la Grèce que les feicullés de Fesprit. La personnification de ces dernières aura même été d'une date comparativement très récente y quoiqu'elles existassent certainement longtemps avant Homère. Quoiqu'il soit impossible de déterminer l'ordre dans lequel les différentes personnifications dont nous parlons auront pris naissance , il paroit ici trop évident pour ne pas nous y conformer. L'amour (Éros). Parmi toutes les émotions du coeur hu- I^De«ir (Hune- ^j^^^j^ ^ ^^ ^ disons plutèt , parmi toutes les sensations physiques il n'y en a certainement pas qui ait dû pàrottre aussi forte et aussi irrésistible que cette passion violente dont, la natuce a voulu se servir comme 'de l'instrument le plus efficace pour la conservation de l'espèce .

Hésiode parle de TAmour (Éros) comme d'un dieu d'une origine très ancienne , mais , conune nous l'avons déjà re-

(") Paus. L17. 1.

marqué plus baut , on ne diroit pas que le poSle , en parlant de ce dieu, ait peâsé au même personnage que dëcrÎTent presque tous les poètes subséquents. Il le représente , il est vrai , recevant avec le Désir (Himeros) la déesse Vénus , à sa naissance, et Tiutroduisant dans rassemblée des habitante de rOlympe (^^) , il le décrit comme une divinité qui fait fuir tous les soucis et dont la force est. si invincible que ni les dieux ni les hommes ne sont en état de résister à son influence (^^) : mais d'ailleurs la place qu'occupe l'Amour dans la Théogonie dliésiode nous feroit plutôt soupçonner que le poète a voulu exprimer son opinion particulière sur l'origine des choses que de faire connoitre une personnification populaire de l'émotion physique à la quelle tous les poètes grecs ont donné le nom d'Eros.

Chez Hésiode l'Amour est un des premiers éléments de l'univers , fiction qui tient peut-être à un système philosophique, semblable à celui d^mpédode, embrassé parPhérécyde (^^) et , si l'on en peut croire le scholiaste de Théocrite , par Acusilaus C) > et défiguré dans la suite par les Alexandrins et les Neo-Platoniciens {^^)* On sait que l'Amour devint dans la suite le fils de Vénus. Nous ne pou-

(^^) Hes. Th. 201 sq. Le Désir (Himeros) demeure, selon lui, arec les Grâces dans le voisinage des Muses, ib. 64. L'Amour (Éros) , le Désir de joidr d*an objet présent (Himeros) et le Désir d'obtenir un objet absent (Pothos) ont été représentés dans la suite ehacun séparément par Seopas et sont aussi très bien distingués par Pausanias (I. 43. 6.), d*oii résulte que Cornutus se trompe lorsqu'il croit que T Amour et le Désir (Himeros] sont les mômes personnages^ N. D. p. 201. (Opusc. Myth. éd. Gai.).

(") Hes. Th. 120 sq.

('*) Pherec. fr. éd. Stùrz, p. 44.

('^) M. Stûrz a cité ce scholiaste in Pherec. et Acus. fr. p. 222. Suivant ce scholiaste Acusilaus auroit représenté T Amour comme fils de la Nuit et de TÉther. Mais , s*il a rapporté aussi fidèlement les opinions de cet auteur que celles d'Hésiode , comme on peut le voir dans le même endroit, son témoignage n'est certainement pas d'un très grand poids.

(^^) Les soi-disants hjmnes orphiques en offrent plus d'une preuve.

Tons D0U8 ditpMMer de faire observer dès à présent que {ilusîeurs poètes , tels qu'IbjFcos et Sappho , s'en tinrent d'à- ,bord à des fictions qui étoient plus conformes à celle d'Hésiode , et que Simonide fut probablement le premier qui introduisit TAmour comme fils de V^nus et de Mars ('^) , quoique , si nous pouvons en croire Pausanias, l'ancien po- ^te Olen avoit déjà représenté le même dieu comme fils de Lucine(*').

Quoique la naissance et la dignité de l'AmouF d'Hésiode soient bien plus illustres que de celui des sièdes postérieurs, il ne parott cependant pas qu'il ait joui , comme celui-ci , des honneurs du culte public. Les Gr&cet. D'après toift ce que nous avons dit , dans le commencement de cet ouvrage , sur la gaieté et la sociabilité des anciens Grecs, on auroit lieu xie s'étonner qu'ils n'eussent pas rangé parmi les autres émotions personnifiées la joie et le plaisir. En consultant les auteurs anciens nous trouverons cette attente plus que satisfaite. Il paroit que les Grecs reconnoissoient anciennement plusieurs déesses qu'ils désignoient d'un nom commun qui signifie en général Contentement, Plaisir (^^), mais qui indique non seulement le plaisir qu'on ressent soi-même, mais aussi celui qu'on fait à un autre par reconnoiçsance (^^), et plus spé-

(^') Ibjcus s'en tint entièrement à l'ancienae fiction. Sappho , qui, d* après Pausanias (IX. 27. 2.)) n*étoit pas trop bien d*accord avec elle même à ce sujet , fit de T Amour un fils du Ciel et de la Terre. Yojez , à l'égard de ces différentes fictions et de celle de Simonide, Schol. ApoU. Rhod. III. 26.

(^^) Paus. IX. 27. 2. Probablement Cicéron , on l'auteur qu'il a suivi dans cet endroit , a eu cela en vue , lorsqu'il parle d'un €upidon , fils de Diane (N. D. III. 23.). Il aura confondu Diane arec Lucine, comme on Ta fait souvent. L'Amour, fils d'Iris et.de Zéphyre est certainement une fiction très récente. Eust. ad U. p. 421.1.40. Nonn. XXXI. 110.

{^^) %à^^(i de xtt^çci» » j^ fne réjouis.

(^^) Dans la suite on a souvent attaché cette idée aux Grâces. Cornutus (N. D. 15.) s'y borne entièrement, ce qui fait que son explication de la nature de4:es déesses est très incomplète* cf. Diod. Sic. T. I. p. 389. ' .

dalement cet ag^rëment que nous désignons par la dénomi» nation aussi oâinue que di£BcîIe à définir , de Charmes oo de Grâces^

Suivant Pausanias Pamphns fut le premier qui composa un potee en l'honneur de ces déesses , ou qui au moins fit mention d'elles , mais il ne définit pas leur nombre ni no les désigna par des noms spéciaux (^^). Homère ne Ta pas beaucoup plus Idn. Nous trouvons chez lui le nom d'une des Grâces , c'est Pasithée , l'objet des amours du Sommeil (^^)> mais l'autre dont il fait mention, qui fiit l'épouse de Yulcain , n'est désignée par lui que par le nom générique de Grâce (Charis) (^^), et il nous laisse dans la même incertitude par rapport au nombre de ces déesses , en disant que l'amie du Sommeil fut une des plus jeunes , ce qui parolt indiquer toutefois qu'il y en eut plusieurs, Hésiode a été le premier à nous en apprendre le nombre , l'origine et les noms particuliers. D'après lui il y eut trois Grâces , filles de Jupiter et d'Ëurynome , Tune des Océanides , appelées Aglaîa, Euphrosync et Thalie , noms qui indiquent aussi bien la splendeur et l'agrément des festins que le contentement et la -joie bruyante qui y régnent (^^)« Cette fiction a été reçue assez généralement par toute la Grèce; et, quoique les noms qu'on a donnés à ces déesses , dans quelques endroits , paroissent prouver qu'on y a quelquefois attaché d'autres idées (^^)» cependant le nom

(<^«) Paus. IX. 35. (<^^) Hom. IL S. 275 sq.

(^') Hsm. II. S* 267 sq. 382 sq. Hésiode donne à cette Gràes le nom d" Aglaîa, Theog. 945 sq. Eustaihe (ad Od. p. 407. 1. 40.) rapporte un récit dans lequel cette Grâce portoit le nom de CaU (la Belle) , tandis que les deux autres se nommoient Pasithée et Euphrosjne. L'infortunée Belle perdit sa beauté et fut changée par Vénus en une vieille femme , parceque cette déesse ne pouYoit souffrir qu'on la lui préférât.

(<»4) Hes.Th. 907— 911.

(^') Les Lacédémoniens et les Athéniens n'atoient anciennement que deux Grâces. C^es àts premiers se nommoient Cléta et Pha« <;mia (la Cém9»ê ei nUusire). M. Muller (Ordiom. T. I. p. 180.)

gënëriqoe qui leur est reste partout, démontre si bien que la notion primitiTe, signalée par Homère et par Hésiode, s*est maintenue, qu'on ne sauroit douter un moment de la Yéritable nature de ces êtres imaginaires.- Chez Homère les Grâces, déesses aimables et charmantes (^^), travaSlent à une tunique pour Vénus (^') et sont représentées en général comme les filles d'atours (s'il m'est permis de les figurer ainsi) de cette déesse (^ ^) « qui prend elle^^néme part à leurs plaisirs et à leurs amusements (^^). Hésiode loue leur beauté, en disant que l'amonr brille dans leurs yeux ('^) , et signale leur nature et leurs fonbtions, en leur attribuant le soin delà toilette de Pandore (^'.). Il paroit

rend ces noms par Schall et Schimmer, Celles des Athéniens portoient les noms d*^ux0 eï à* Hégémone [Celle qui' augmente ^ qui fait oroitre et Celle qui conduit ^ qui montre le ehetnin). Il est remarquable qae , comme Pausanias , de qui nous tenons ces particularités, rapporte (IX. 35.) que les Grâces ont été confondues quelquefois avec les Heures , Hygin place justement parmi les Heures cette Auxo qui fut Tune des Grâces d'Athènes, fab. 183.

(^^) Le poète compare la cherelure du bel Eupho'rbus à celle des Grâces. II. i^* 51.

(<^7) Hom. il. E. 338. (« «) Hom. Od. 0. 364 sq. (<'9) Hom. Od. 2. 193. (^'') Hes. Th. 907 sq.

C^) Hes. Op. 73 sq. Ajoutons à la fin de cet article qu*il y eut une assez grande divergence d'opinions par rapport au nom de la mère des Grâces. Hésiode l'appelle Ëurynome ; d'autres l'ont appelée Euânthé ; Aniimaque les représente comme filles du Soleil et d*£glé. Quelques-uns prétendoient que Junon fut la mère des Grâces. Corn. JV. D. 13. Paus. IX. 35. 1. D'autres encore veulent qu'elles aient été les filles de Bacchus et de Vénus , fiction assez jolie en effet. Vid. interpr. ad Hygin. fab. p. 13. Enfin d'autres eacore les appeloient filles de Léthé^ £ust; ad II. p. 973. cf. p. 1202. 1. 10. Cependant la fiction d'Hésiode est la plus généralement reçue, et la plupart des autres ne doivent leur existence qu'à des explications allégoriques des siècles postérieurs. M. Mûller (Orchomea. p. 180.) a très bien exprimé les idées qu'on attachoit à ces déesses, lorsqu'il dit : » Nicht also den abstrakten Begriff eines» an sich Schônen , sondern vielmehr den Reiz àts geselligen Lebens scheinen sie zu sinnbilden , die Einigung der Menschen in Gesetzlichkeit , und das frohe , heitre Festesleben , in Schmuck und Glanz , bei Gelag und Gesang. Geseliigkeit ist ihr Hauptzug ; sie sind unter sich Bwig ûnzertrennlich, zugleich aber wahre Gesellschaflsfrau^

que le culte des Gràced a été très anden dans la Grëœ. Nous reviendrons là dessus & la fin de ce chapitre , lorsque nous parlerons de Torigine de quelques unes des persônnificatiobs morales. On sait que la Grèce entière fut , pour ainsi dire, couverte des temples, des statues et dos autels ërigës en leur honneur.

Les anciens Grecs , qui personnifioient les phénomènes nuisibles aussi bien que ceux dont ils reconnoissoient Futilité , en agissoient de même à l'égard des émotions. L'indignation , la terreur , la crainte , la fureur , la hobte , la miséricorde furent de ce nombre.

L'Indignation fl parolt incertain si llndigUàtion (Némé- Honte. sis) a déjà été personnifiée dès les tempd re-

culés que nous parcourons. On en trouve la notion chez Homère (^^), mais il ne paroit pas que la personnification ait été connue à ce poète. Hésiode en parle comme d'une fille de la Nuit , et , quoiqu'il la place parmi les êtres nuisibles (^^) , il indique cependant assez que la notion morale contenue dans cette personnification ne lui étoit pas inconnue , parcequ'il la représenta quittant la terre avec la Honte , et abandonnant les mortels dépravés aux suites naturelles de leurs forfaits , pour habiter désormais avec les dieux immortels (J^)^

lein der Aphrodite, und atif ailes andrebesondersHsnrortretende verzichtend."

C^) Dans le passage coann : o-è -vifA^tayti T^ôaç «te. Voyez d'autres endroits II. O. 211. P. 254. T. 182. N- 119. S. 80, 336. Od. JL 350. B. 136. P. 481. Hes. Op. 303. ^:<f«ç et >^a**o^ç sont proposées aax guerriers , comme motifs d'une bonne conduite, n. iV. 121 , 122. Ce sont les mêmes sensations qui ont été personnifiées ensemble par Hésiode. Op. 200.

(^^) Hes. Th. 223. Quelques-uns la erojoient fille de l'Océan. Paus. I. 33. 3.

(^^) Hes. Op. 197 sq. M. Heyne doute de l'authenticité du vers de la Théogonie où il est question de Némésis. L'illustre Rilhnkenius, qui rejette les vers 217 — 222, garde le vers desapprouyé par Heyne. cf. Hermann, Handb. der Myth. T. IL p. 18 fin. 19 Bôt. in.

Qttoupi*]! en toit , il est oeriain que cette personnifica* tioQ a reçu ses plus grands développements dans les siéoies qui suivirent l'âge d'Homère et même celui d'Hésiode, raison qui nous engage à en devoir parler plus en détail , lorsque nous serons parvenus à cette époque.. La Terreur et H n'y a peut -être point d'émotions qui pa-

roissent plus susceptibles d'être regardées comme des êtres entièrement distincts de lliomme que celles qui naissent subitement dans l'âme et l'entrainent malgré elle avec une force irrésistible. Telles soot la terreur et la crainte. Homère et Hésiode les représentent , non sans raison , comme les fils du dieu de la guerre (^^) 9 quoiqu'il est bien probable que lespersonm'fioations elles-mêmes existassent longtemps avant que les Grecs aient connu ce dernier.

Si nous devons en croire Plutarque, la Terreur reçut déjà les bonneurs du culte public avant la guerre deTroye. Thésée lui auroit offert des sacrifices , lorsqu'il alla combattre, les Amazones (^^). On racontoit à Pausanias que la statue de la Crainte qu'il vit à Corinlhe auroit été érigée par les habitants de cette ville , par ordre d'un oracle , pour apaiser > les mânes des enfants dé Médée , qui au* roient été massacrés par eux ('^). Mais on connoit assez, l'autorité de pareils récits pour ne pas s'y rapporter uniquement. Ce qu'ils prouvent c'est que les Grecs eux-mê* mes attribuoient une origine très ancienne à ces personnifications;

La Rage (Ly«»a). La tradition , rapportée par Phé^-écyde ; qu'Ixion fut puni du meurtre de son beau-père par la

(^s) Hom. IL O. 119 sq. Il ne le dit expressément que de la Terreur. II. iV. 299. Hésiode les représente tous les deux comme fils de Mars. Th. 933 sq.

(7«) Plut. Thés. 27.

(^') Paus. IL* 3. 6. Cette statue représentoit une femme d'une forme hideuse. Sur le coffre de Cypselus la Terreur avoit une tête de lion. ib. V, 19, I.

Rage (Ljssa) , rapporte Texisteiice de cette personnification à l'iépoquc dont nondniMift oocupons dans ce moment C) , mais oUe^ ne se rencontre pas encore chez les poêles qui doivent ici guider nos pas ('^).

L» Jliaérioorde. Oa peut Éaire la même réflexion à Tégard de la HKsérioorde. ApoUodore parle d*an autel ^rigë en l'honneur de cette déesse et auprès duquel les Héradides cherchèrent un refuge , lorsqu'ils iureut poursuivis par Sûrysthée , après la mort d'Hercule ('^). Mais ni Homère ni Hésiode n^en parlent , ce qui cependant ne devroit pas étonner , quand inéme on pourroit admettre le témoignage d^ApoUodore-, puisque, d'après. Pausanias, les Athéniens forent les seuls • qui lui accordèrent les honneurs du culte public (^^), ce qui, pour le dire en passant, joint au témoignage du même auteur qu'ib avoiei^ aussi un autel sur lequel ils offroient des sacrifices à la Honte , fait un ^ grand honneur à leur humanité.

L'Jgspiit ou S'il pareil douteux si les anciens Grecs ont (Méiis). connu assez la misencorde et la honte pour

les pei'sonnifier y on pourroit douter peutêtre à plusjuste titre encore que Tidée leur soit venue d'accorder cet honneur aux facultés ou aux opérations de Pesprit. Il y en a , à la vérité , dont la personnification ne paroit pas surpasser le degré de civilisation inteHecluelle des Grecs de cette époque , telle que nous l'avons connue

(^^) Pher«c. ap. Schol. Apoll. Khod. III. 62. ^^aaa âè vm *I^ioyi> hiTftae â^à tôto, Euripide saisit cette idée et la développa dans son Hercale furieux.

(^^) Cependant la manière dont Homère en parle paroit contenir lefonds de cette personnification. II. 1.239. KqaTfçij âè i Xvaoa âJâvxev cf. Schol. ad h. 1.

(•») IpoUod. II. 8. 1.

(*') Paus. I. 17.1. Nous passons sous silence les personnifications qui paroissent entièrement Tourrage des poé'tos où on les trouve, tels que la Fuite (0t'(a) d*Hoinère (II. 1. 2.)', la Souffrance ('Oii:v<;)y la Tristesse Cjtx^éçy d'ÎLéâiod» (Th. 214. Se. Herc 264 sq.).

dans run des chapitres prëoédents , mais je ne pins croi^ re que ces peuples encore si peu oiviiisés aient, jamais conçu l'idée de personnifier Tesprit ou rintoUigence en général. En effet , cette idée est beaucoup trop abstraite pour cet âge. Cependant Hàiode et ApoUodore en parlent comme d'une ancienne déesse. Hais je suis très porté à croire que tout ce qu'ils en racontent n'est que le développement peu judicieux d'une simple métapliore ou une fiction inyentée après coup , pour amplifies la fable connue de la naissance He Minerve.

Suivant Hésiode l'esprit personnifié (Métis) fut la première épousé de Jupiter , qui , craignant l'accomplissement d'une prédiction du Ciel et de la Terre , portant que cette femme lui donneroit un fils qui le détrôneroit , s'avisa de la dévorer, ce qui fit que la fille dont elle étoit déjà enceinte se fraya un passage par la tête de son père (•*). Or , pour remonter à l'origine de cette insipide et dégoûtante fable, on n'a qu'à en rassembler les éléments , savoir la fiction que Minerve , la plus sage des déesses , naquit de la tète de son père , et une métaphore très usitée chez les poètes épiques , qui a été prise au pied de la lettre dans la fable dpnt nous parlons (^^). Que celte déesse fut assez habile dans la médecine pour pouvoir débarrasser Saturne des enfants qu'il avoit dévorés (®^) , ce n'est certainement pas étonnant , maiis cette fiction nous fournit en même temps une nouvelle preuve de l'insipidité de cette froide allégorie ; car c*est ici que je crois pouvoir admettre une allégorie, quoique, bien loin de croire qu'elle ait été Iç fruit des méditations d'une ancienne école de phi-

(«*) Hes. Theog. Ô86— 900.- cf. ApoUod. I. 3. 6. et Heyne ad h. 1.

((») P. e. diez Homère, IL 9^, 313.

Japiter la cacha dans ses entrailles dit Hésiode (Th. 900.) .

(•♦) Apolïod. I. 2. 1.

losophes 9 je crois plutôt que noas la devons eutièrelnent à Hësiode , qui , comme le prouvent quelques autres endroits de »es poèmes , fut le premier qui commença à corrompre la mythologie primitive des Grecs , tant par des explications allégoriques des fables existantes que par de nouvelles .allégories qu'il inventa lui-même. Il n'y a qu'une particularité que je ne prétends pas expliquer , c'est pourquoi cette Intelligence (Métis) est représentée comme une fille de l'Océan (^').

La Mémoire S'il est difficile de comprendre que les an- ' aens Grecs aient pu se représenter 1 mtclligence en général comme un être personnifié , il parolt d'autant plus possible qu'ils aient remarqué et distingué comme un personnage oette faculté de l'esprit par laquelle nous sommes en état de conserver les connoissances aoquiseis et de noi^ rappeler en tout temps ce qui nous est arrivé ou ce que nous avons déjà vu ou entendu. On sait qu'à mesure que les ressources dont on peut se servir pour aider la mémoire diminuent , cette faculté se développe d'autant plus , et que , partant , son utilité est bien plus grande et mieux appréciée diez les nations enoôre peu civilisées et surtout chez celles qui ne connoissent pas encore l'art d'écrire. Suivant Hésiode la Mémoire a donc une origine plus ancienne que l'Intelligence même. Elle est, comme la Loi , fille du Ciel , soeur de Saturne (^^) et mère de ces déesses qui ne fiirent d'abord que des personnifications morales et qui , dans la suite augmentées en nombre et distinguées par d'autres homs , présidoient 2i l'étude des arts et des sciences ('^). Les Muses ne furent d'abord que trois. L'une d'elles portoit un nom synonyme à celui de sa mère, Mnémé(^®)y les deux autres s'appeloient l'Exerce) Hes. Th. 358. (»^) Hes. Th. 135.

(«7) Hes. Th. 915 sq. cf. 53 sf{, ('^) Les poètes invoquent les Ijluses lorsqu*ils se voient obligés à

d» el lé Cfatnl {UAétè, A^)edé)(^^). Les neuf 80em# aonl rtprésentëes » il est vrai , par Hésiode oommé fiUes de la Mémoire , mais il est certain que les trois déesses dMit BOUS yenons de parler furent les premières Kuses « ado-' rées ^8ar THélioon longtemps avant les Piérides» Nous en parl^t>ns lorsque nous nous occuperons d'ApolIcm , par* cequ'eUes sont (Mrdînairement ses compagnes oi qu'^Ues ne sauroient être placées au nombre des personnifications. Le» SoD0Cf. Parmi toutes les opérations de Tesprit il n'y en a peut*étre aucune qui ait d6 fixer aussi puissamment l'attention des peuples ignorants et peu poBcés que celle activité involontaire qui se manifeste durant le sommeil et dont le souvenir nous reste souvent après le réveil. 11 n'est pas étonnant que les effets d'une opération aussi extraordi*naire aient été regardés ou comme des apparitions rc^es ou comme des manifestations immédiates de la volonté< divine , et que , même après qu'on eut mieux envisagé Uk* nature de ce phénomène , on Tait rangé parmi les person-^ nifications, auxquelles on atlribuoit toufours la faculté de faire connottre l'avenir , quoique l'expérience ^ ^ qui aura sans doute souvent' prouvé la vanité de ces prédictions , ait certainement été la cause Jqu'on les distingua en véritables et trompeuses. Nous trouvons cette distinction dhex Homère , où il dit que les Songes véritables veaoieut par la porte de corne , et ceux qui ne produisent que de vaines visions et des paroles trompeuses par la porte d'i** voire (^^). Il seroit difficile de trouver pour les Songes

réciter une .longue suite de noms propres » ce qui exige toujours des efforts extraordinaires de mémoire, cf. Hermann, Handb. der Myth. T. I. p. 147, not. 168.

(*^) Paus. IX. 29. 2. Suiyaat Mimnerme les Muses furent elles^ mêmes filles du Ciel. Pausanias (ib. 3.) parle encore d'une nourrice des Muses, Euphémé. Fut-ce aussi une personnification.*^ M. Schwarze , cité par M. Siebelis (ad h. 1.) le traduit /aw*, fama , hthnoê y qui artes et itequilur plerumque et alit maxime. Je crois que cela pourroit être la signification à^ Evqftift^ia.

i^"*) Hom. Od. r. 562. Coluthus a imité cet endrmt, Rapt. Hel.

une autre place qu'à cAté du Sammeil et de la Mort , et , oomme eux , parmi les detoendanU de la Nuit (^'). Tous les Sooges sont représentes comme dépendants de Jupiter (^^). La fiction d'Homère où ce dieu envoie un Songe trompeur à Agamemnon , dans le commencement du second livre de TlUade , est trop connue pour qu'il y ait be» soin de nous 7 arrêter.

L'ATeuglement En voyant qu'on personnifioit l'intelligence ^ ^* ou la prudence , on a quelque droit d'atten-

dre qu'où n'aura pas manqué de se représenter de la même manière la disposition contraire de l'esprit, l'inconsidération ou Timprudence , soit par suite de grandes passions, on d'un aveuglement difficile à expliquer, et il est même probable que cette dernière personnification aura été bien plus ancienne. Je crois que nous la trou- Tons dans la déesse qu'Homère et Hésiode ont appelée Até('*). Homère surtout l'a caractérisée d'une manière qui ne laisse aucun doute à l'^rd de la nature de cet être imaginaire (^^)* On seroit même tenté de la prendre pour une simple invention de ce poète , si lliistoire asset détaillée de la manière dont Jupiter diassa Até de l'O-

311 sq. Il est probable qu'on lUmaginoit une baUtatioii des Songes

à deux issues 9 peut-être dans Tempire des morts, cf. Hom. Od. JU

12. Pour les explicalions de cette fiction, T03rez le scholiaste à cet

endroit, cf. Herm., Handb. der Mjtliol. T. I. p. 376. not. 350.

(<^s) Hes. Tk. 212. (^') Hom. II. A, 63.

(^*) n me semble qu'on peut très bien traduire àrti par aveu^

glemetUj dans les deux endroits classiques dont il en est question.

' Jnnon trompa Jupiter (à^àT^os'v 9 IL T, 97 .) ^ et Jupiter, parim»

préroyance , lui fit une promesse dont il se sepentit dans la suite (/ ;r#^

va ai vroXkôif âàù&ii^ Ts, 1 1 3.) , et , lorsqu'il s*en aperçut , il chassa

Até de rOlympe (ys. 126.). Dans tous les passages on Homère se sert

de cette expression, elle signifie , à mon atis , ou TaTenglement , ou

les suites funestes qu'en ressent soit la personne areuglée elle-mé«

me, soit quelque autre, ou enfin le malheur en général. Je crois

qu'on peut restreindre à ces trois significations toutes les subdiTisi*

ons de M. Hejne, dans le premier excnrsus sur II. T.

(^^) Hom. U. /. 502 sq. IL T. 91 sq.

1 jmpe el Veu bannit pour toigoara , lors de la naissance d'Hercule , ne nous bisoit croire que le fond de oe tableau est emprunté à une ancienne tradition dont Homère nous a conservé les restes (^ ')• L'origine de cette d^se , telle que la rapporte ce poëte , qui la représente comme une fille de Jupiter, est aussi moins conforme à l'idée qu'il semble d'ailleurs nous en donner, que la fiction d'Hésiode , qui la place parmi les descendants de la Nuit (^^). Les Priérei. Parmi les effets de, l'activité de l'esprit hu-

La Raillerit. . ' . ^ .^

La fertuasioD. main on trouve une charmante personnmca-

tion des Prières chez Homère (^^). Hésiode parle d'iroe autre qu'il ne fait cependant qu'indiquer, mais qui dans la suite joua un rôle assez remarquable , surtout dans les écrits d'auteurs tels que Lucien, savoir la Raillerie (Momus) (^ ^ ) • Enfin ce poète place parmi les filles de l'Océan une déesse qui dans la suite fut l'objet d'un culte particur lier , surtout chez les Athéniens. Je veux parler de la Persuasiop (Pitho) (^^). Il en fait encore une fois mention lorsqu'il la représente assistant , avec les Grâces , à la toilette de Pandore (*°®). Homère n'en parle nulle part ; mais Pausanias nous rapporte une tradition à son égard qui ofire en même temps un exemple de la manière dont l'idée d'adorer unç semblable personnification a quel-

(<**) Hom. IL T. 95—133. (^^) Hes. Th. 23».

{9^) Hom. IL I. 502 sq. cf. Corn. N. D. 12. et Heracl. Meg. Hom. p. 457 fin. 458. (Opusc, Mylh. éd. Gai.). Ëuâtathe (ad II. p. 674. 1. 20.) appelle cette fiction d*Hoinère très à propos un tableau (i(oyçag>ia). Clément d'Alexandrie (Cohort. ad Gent. T. I. p. 49 fin.) est très choqué de la laideur de ces filles de Jupiter , mais le père de Téglisé n*a pas tu que sans cette laideur elles ne seroient pas des Prières. Homère ne «auroit avoir assez de poids dans le sens de ces graves docteurs ; autrement on croiroit que la morale sublime contenue dans cette personnification eut dû les toucher.

{^») Hes. Th. 214.

('^} Hes. Th. 349. Sappho la représentoit comme une fille de Vénus (ap. Procl. ad Hes. Op. p. 15. vrs. fin.). Nous la trouverons dans la suite très souvent diuis la compagnie de cette déesse.

(»too) Hes. Op. 73. ,

quefois pris naissance. Les habitants de Sicyone raoon^ toient à Pausanias qu'Apollon et Diane , étant venus dans leur canton pour se faire purifier , après qu'ils eurent tué le serpent Python , l'avoient quitté presqu'aussitôt , frappés d'une terreurdont on ne connoissoit pas lacause , et qu'après leur départ les habitants de cette contrée avoient été attaqués d'une maladie contagieuse , ce qui fit qu'ils conjurèrent Apollon et Diane de revenir dans leur pays , pour les délivrer du fléau qui les désoloit* Les divinités ayant exaucé leurs prières , les Siçyoniens bâtirent un temple à la Persuasion , dans l'endroit par où elles avoient fait leur entrée dans la ville , et décrétèrent qu'on transporteroit chaque année les statues d'Apollon et de Diane dans le sanctuaire de la déesse qui les avoient soustraits à une perte certaine (' °')»

De l'origine des Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de

idées des Grecs

à l'égard des nous arrêter longtemps à examiner Torigine personnificati* ^jgg* personnifications dont nous avons parlé

ons morales. . ,. . . .

jusqu ICI. S il y a des fictions qui appartiennent en propre au peuple chez lequel on les trouve , ce sont sans doute celles qu'il puise , pour ainsi dire , dans sa propre existence , dans ses idées , dans ses sensations.. Aussi Hérodote avoue-t-il que les Pélasges n'ont pu trouver en Egypte des divinités dont ils aient pu appliquer les noms aux Grâces et à Thémis (^'^^}.

yioij Pans. II, 7. 7,

("^) Herod. II. 50. M. ChampoUion (Phanth. Egypt. Lirr. XIV. pi. 26.) veut avoir troavé une déesse de la vérité et de la justice» qu'il appelle Tkmet\ fille ainée du Soleil. Mais je crois qu'après les réflexions de M. Klaproth (Collect. d'Antiq. égypt. , recueill. par M. le Chev. dePalin, publ. par MM. Dorow et Klaproth, p. 15 — 19), sur l'incertitude qui règne encore à l'égard de» caractères qui composent le nom de cette déesse , nous pouvons tou-

g[er nous en i

re. D'ailleun

langue égypti( nale n'est que trop connue.

B'-ailleurs nous pouvons même mdiqttor TorigiDe g^rcc* «que de qaelqaes-unes de ces personnifici^ons. A Tèsard de Pausanias assure que l'auteur de Fhy mue ^^ ^' à Cërès , qu'il oroit être Homère , a fait le

premier mention de la Fortune (Tych^ , et qu'un oertaia Bupalus fut le premier qui érigea une statue à cette dé- ^wse (*«»»).

de la Victoire. . Jiou» ne disputerons certainement pas aux Arcadiens l'honneur d'avoir ëtë les premiers à adorer la Victoire, surtout parccqu'on la représentoit comme la fille du fleuve aroadien , le Styx (' ^^). Quoiqu'il en soit , il est certain que personne n'a jamais douté de l'origine , al non aroadienne , au moins grecque de cette déesse. 4e l'Amour. Suivant Pausanias , Olen est le premier poète qui ait (ait mention de l'Amour ('^'). Or , si tous les auteurs s'accordoient à représenter Olen comme un Lyoien , ainsi que le fait ici Pausanias , on pourroit peut- ^tre croire que la personnification dont il a parlé le premier ait eu la même origine, quoique cela même ne fût pas encore certain ,- puisque , Yitge d'Olen ne nous étant pas connu , .et les Lyciens ayant passé , dès les temps les plus anciens dont le souvenir nous ait été conservé , non ^seulement de l'Asie dans les iles , mais aussi bien des lies sur le continent , il est impossible de dire si les Ghrecs ont reçu <»ttc personnification des habitants de l'Asie , ou si elle a été transportée des lies sur le continent. Mais comme nous savons que quelques-uns ont prétendu qu'Olen fut

C®*) Pans. IV. 30. 4.

('«»^) Dion. Hal. p. 26. ' V***) Pa«s- IX. M. 1. i^^^) Clément d'Alexandrie (Cohort. ad Gent. p. 38 lin.) assure que Charmus d* Athènes fut le premier qui adorât «e dieu. Il est possible que le père de Tiglise ait consulté des^auteurs que nous ne possédons plus, mais il est certain que Tinscription de Tautel de TAmour qui se trouvoit encore à T entrée de rAeadémie du temps de Pausanias (I. 30. 1.) ne prouve antre chose sijion que ee Char-^ mus fut le premier Athénien qui éleva un autel à T Amour.

Qil.'Hyperboréeii et ^pe la dtfesieJjiiciiie , «pi'il aiHepré^ sefftéd comme la mère de rAmonr ^ est de la mène ongiae septentrioQaie , imhm aurions le même droit de croire qM* eètte pevsoimificaiioa ait ëtë inventée 4'abord dans led ooatrées au nord ide la Grèce. Quoiqu'il en soii , je ne trouve aucune difficulté de croire que le dieu des A*' mours soit né et ait été élevé au fond de la Grèce ('^^). de» Grftcet. D'après la tradition des Béotiens , ni^

portée par Pausanias et le scholiaste de Pindare , Éléode , roi d'Ordiomène , fut Tàuteur du culte des GrAces ('^'). Strabon , qui dit la «aiâme chose , croit que oeprinoe ado^ ràt ces déesses pour témoigner sa rcconuoissanee pour lea bienfaits qu'il avoit reçus , ou paroequ'O croyoit avoir le droit d'en exiger pour ceux qu'il avoit témoignés à d'au** très ('^- )• Le peuple croyoit que les pierres qu'on adoroît comme des symboles de ces déesses, dans le temple le plua ancien consacré à leur culte , étoieot tombées du oiel devant les pieds du rot Éléode ('^^). Je ne vois pas ooia« ment, la tradition rapportée par Apollodore , que Hioo8> auroit sacrifié aux Grâces dant lile de. Paros , lors de la mort do son fils Androgée ("^) 9 quand même oe témoi-* gnage mériteroit plus de foi qu'il ne mérite en e&t , m pu paroltre k quelques savants une preuve de l'origme Cretoise de ce cultpC'); car Étéode est bien {dus an*»

(«<>^) Pans. IX. 35. 1. Sehol. Pind. 01. XIV. 1.

(»^») Slrab. p. 635. C. et Eustathe ad II. p. 206.1. 30. C^est la raison pourquoi Théocrite appelle les Grâces ^ETtônXtko^ ^tui (U. XYI. 104 , cité par Casauben ad 1. Strab.) , et Nomias ATa^»- Téç *Oçx*'M'^^'^<>» XVI. 131.

(»*»*) Paus. IX. 38. 1. ("«) ApoUod. III. 15. 7.

{«"} C'est ropînion de M. Heync (ad ApoU. 1. 1. T. III. p. 881 .) et de M. Hermaiin (Bandb. der Mjth. T. I. p. 152 net.). Le dernier de ces auteurs prétend même que les Orchoméaiens furent les derniers \ qui* le culte des Grâces soit parvenu. On voit que Paiisanias dit tout le contraire. Et quand même Étéocle auroit vécu après le roi Lacédémon, à qui on attribue Tinstitution du culte des deux Grâces Spartiates, il n*en est pas moins vrai qu'Étéocle lut le premier qui adora les itùh Grâces dont Hésiode fut mention et

den qne Hinos. U rëgnoit léoglemps aranlErgiaus , qui fal «ontemporaia d'Hercidf^ , et par conséquent de Min«s et de Thësée. Hais je crois id'ailleufs que v: Sftiuinoii9 embrauiller dans cette obscure chronologie, sous'&'aYOBS pas à hésiter entre le témoignage formel de Pausaoias et la tradition incertaine- nentionDéé' par Apollodoro. deNémétii. D'aprës le poëte ÂntimiK^us et rhistorfen

Callisthène , Adras^^ , roi de f htygie , fat le premier qui bâtit un temple à Néméais , qu'il appela Adraslée (' ' ^).« Quelques-uns en font honneur à cet Adraeite'qui marcha ' avec Polynioe contre Thèbes , et qui , ayaàt été le seul swvivant à cette expédition.» perdit^son fils dans la guerre des ÉfMgones , Némésis n'ayaqt paft voulu que son bonheur surpassât : celui de tous les autres chefs qui a voient pris part à cette- expédition. Mais je crois que les .réflexions qub nôuà avonë faites à l'égard de cette déesse 'suflisent pour nous convaincre qu'il .n^est pas probable que son origine remonte jusqu'aux temps de la guerre.de Troye , et que cette origipe .peut être retracée dans les ouvrages des poètes grecs , tellemenJ; que uo^s n'avons pas besoin de la chercher dans Ja Phrygie ni daiïs^auôune autre partie du monde^ Aussï y a-t-il des auteurs qui préteudent que l'épithète Adràstea n'a aucun rapport avec .quelque prince de ce nom, pui3qu'il signifie ïném'table ^ opinion qui me paroit au moins bien plus probable que celle qui fait de Némésis et d'Adrastée deux personnages différents C ^).

dont le culte fut bien plus, répandu qi^ celui de leurs soeurs jde Sparte , Cléta et Phaënna.

( ' ") Ap. Strab. p. 879 fin. 880 in. (^'') Eustath. ad II. p. 269. Il y a des auteurs qui confondent très mal-à-propos Némésis arec Dicé et arec la Fortune (Tyché) , comme le scholiaste d'Eschyle (F^om. 936) et celui de Sophofde (£1. 786.). L'endroit d'Eschyle lui-même peut nous . conyaincre que Némésis est absolument le même personnage qu*Adrastée et différante tant de Dicé que de la Fortune. Cornutus (N, D. 13.] la confond même ayiec le Destin. M. Hoeck (Creta, p. 192 — 194.) , «'appuyant sur i»n endroit de la Phoronide (ap. Schol. Apolloné

âefà^ennmSèn* : Enfin , : nous avons tu oe qui a doitné Ken à rinstitutipo 4u culte de la Persuasion à Sîoyono. Ajou* tons que , selon Pausànias , Thésëe institua le culte de cette déesse à Athènes / après qu'il eut persuadé aux habilants de T Attique de se réunir , pour former un seul et même corps d'état (' ' '♦)• Réflçxiolwsuriff; Nous! passons aux réflexions que nous

mythologie mo- j * .

raie des anciens 'founnt lexameu.que BOUS venons de faire* Grecs. 'Nous suîvrons l'ordre que nous nous som-

mes prescrit , lorsque nous avons rendu 4:;ompte des résultats de nos recherches à l'égard de la mythologie physique^

Points de Yue lo, pes personnifications morales ce forent lesquels ils coû- 1» i^oi (Thémis) , la Victoire (Nioé) , les Gràsidéroient les œs et la Persuasion qui parorssent avoir joui

personnifîcati- , , ... i ,, /

ODS morales, des honneurs du culte pubuc , dans 1 époque qui fait le sujet de nos recherches actuelles. Si nous pou» TOUS en criÂre les rapports de Phîlochorus , de Paasaniàs et de Plutarque que nous avons cités à cette occasion , il fiiudroit y ajouter les Heures , la Terreur et la Crainte.

lïous venons de voir que nous pourrons y ajouter dans la ism'te la Renommée , l'Amour , Ilémésis , la Honte , la Miséricorde, le Désir ^ la Yiolehce; mais jusqu'ici nous n'avons trouvé aucun vestige d'honneurs rendus à ces êtres , ' aussi peu qu'aux autres dont nous avons fait mention.

Rhod. I. 1129.), Teut que Tidrastée de l'Asie soit Cybèle. Je Je Teuz bien aussi ; mais , dans ce cas , il faudra ou prouver ou croire (car il m'importe peu) qu*£ustathe se soit trompé, lorsqu^^il a dit qae cette Âdrastée est la Némésis des- Grecs ; et d'ailleurs , quel que Ait le nombre des Adrastées qu'on croiroit pouvoir déterrer dans les autres parties du monde, je m'en réserye toujours une , comme épilhète de ma déesse grecque. Car ce sont là deux articles qui me paroissent ne laisser lieu à aueiui doute : eu premier lieu', que Némésis est grecque d'origine, et, en second lieu, qu' Adrastée est l'un de ses épitbètes.

(»»^) Paus. I. 22. 3.

La Lot (Thepiîs) osl la seule dont, nous 8aoIik>ns% qui Toa 'attribua U' poss^isioB' d'uuorade^ quoique Métis se distiogua parmi les dieux par sa prëvoyance de Taveoir; Moiiftf du culte . 2**. Lorsque nousr compiirons la grande

des personnifia ^. ^ , * •/» »• i

eatioi^t morales, quantité deoes personnifications avec la.paa-

"yretë des inythologics* des autres nations, à eet égard (à Texoeption toutefois des Romains) , nous ne pouYons nous dispenser . de remarquer rhumanité des an* oiens Grecs et d*aTOuer que leurs idée» religieuses ^ qui aboient un rapport si intime ayco.les besoilis du coeur hu^ naki , touefaoient atesi dé .plus prèa le . sentiment laûrai que les mythologues qui étoient basées pour la plupart «ur le culte des objets et des phénomènes phyfliques.

Zt , loréquc ^ d'un autre cAté^ nous considérons les personnifications morales des Grecs , dmeune en particulier , dles peuvent nous servir de mesure de la tsiVilisation intellectuelle et morale de ces peuples. Les facultés de Tesprit n'y tiennent qu'une très petite [rface. La plupart de ces personnifications Ont rapport à la vie active et spécialement aux.passions qui sont les plus fortes chet un peuple eneore peu policé. Plusieurs nous rappellent l'état encore mal réglé de la société et les désordres qui en.étoient.les suites inévitables. Combien n'y, en »*t-il pas qui se rapportent à kl guerre et aux effets des violentes coosmotionsque subirent alors les différents états de la Grèce. Mais aussi combien n'indiquent pas déjà les premières traces de la sensibilité et de rhumanité des habitants de ces contrées. L'Amour , la Persuasion , les Prières , la Honte montrent déjà des sentiments plus doux et plus humains. La Loi surtout , l'Ordre , le Droit et la Paix sont des personnifications qui démontrent évidemment combien les Grecs surpâssoient en civilisation les autres nations. Les Grâces seules suffiroient pour mériter aux anciens Grecs -le nom du peuple le plus civilisé du monde ancien. Si l'on veut donc, que nous indiquions la source de cette partie de la mythologie

des Grecs , nous rappeleron» d*abord la Tiye imaginaiioii' de ces peuples , qui personnifioieat des idées et des fidion» que d'autres nations aperoevoient à peine ; nons rappelé- ' rons ensuite leur excessive sensibilité , enfin leur sentiment exquis pour Thumanité, pour la moralité, pour Tordre et l'équité et surtout pour les plaisirs que procurent à l'homme la soeiabililé et la contemplation des beautés tant de la nature que de l'art. Toutes ces fictions , il est vrai , ne sont pas marquées au coin du bon goût ; oa adoroit aussi des êtres dont on crojoit aroir à craindre l'influence nuisible : mais les fictions agréables et les divinités bienfaisantes conatituent certainement le plus grand nombre.

Aspect moral de go, jj esta peine nécessaire d'indiquer le

ces personnifi- * » » •£ *• t

calions. rapport quont ces personnifications avec la

morale. Combien n'en trouve-t-on pas auxquelles on attribuoit la distribution égale des biens de la fortune , le maintien de l'ordre et de la paix dans la sodé» té. Mais , d'un autre c6té , nous ne pouvons nous dispenser de fkire observer l'influence nuisible que les erreurs du polythéisme dévoient exercer sur la morale. Aussitôt qu'oa r^ardoit comme participant à la nature divine toute puis» sance qui surpasse le pouvoir humain^ il étoit impossible qu'on put y attacher la moralité comme une condition né» cessaire. Voilà pourquoi Homère put donner le nom su* blime de divinité à la Discorde, qu'il caractérise lui-mè» me comme un être qui se réjouit du malheur et des sou^ frances du genre humain. Voilà aussi pourquoi ces fiction» étoient susceptibles d'une double explication, de sorte qu'Hésiode parie d'une bonne et d'une mauvaise Discorde» * Voilà pourquoi le même poëte put envisager comme uoi malheur pour le genre humain que Némésis quitta la terre ^ tan<}is que, dans un autre endroit, il n'hésite pas déranger cette déesse parmi les êtres malfaisants. Voilà pourquoi' le trône de Jupiter n'est pas seulement entouré par la Victoire

et la Force mais ' aussi par la Violence. Ajoutons que, si la ooûtume de personnifier les vices peut avoir une influence des plus nuisibles sur la moralité elle trouve presque aussi souvent sa cause dans l'inclination naturelle qu'on a d'excuser ses fautes , par la force de la tentation ou des passions qui j entraînent. Nous n'avons qu'à nous rappeler ici la fiction d'Homère touchant l'aveuglement. Cette fiction est si conforme au génie d'un peuple encore ignorant et grossier qu'en voyant Jupiter chasser Até du ciel nous pensons involontairement à l'enfant qui bat la table contre laquelle il vient de se heurter par sa propre imprudence. Avouons néanmoins que , si cette fiction paroit fournir une excuse à l'étourderie, celle qui suit immédiatement > c'est à dire la personnification ingénieuse des Prières , qui redressent , par un repentir sincère , le mal occasionné par l'Aveuglement , prouvent un sentiment moral très exquis et contiennent une exhortation efficace à la douceur et à la clémence. Idée» ooiicei^ 4*. On seroit tenté de croire que des êtres

naot l'influence . ,., ^ . . . , , ,

de ces divinités ^^81 entièrement imaginaires que le sont les sur le sort de personnifications morales pourroient à peine

rhommc et de la ^ ^ ^ ^

part qu'elles a- avoir été Considérées comme ayant quelque-

cS"L^^•''u8dI P^^^ ^ ** providence et à la justice divine, ce diHae. Cette opiniop cependant ne se trouve confir-

mée que par rapport à ces personnifications qui doivent être considérées plutôt comme des imagés poétiques que comme des divinités adorées par le peuple. Mais , pour ces dernières , le respect qu'on leur témoignoit , surtout dans les siècles postérieurs , prouve assez qu'on leur accordoit une influence assez manifeste sur le sort de l'homme , et surtout sur le maintien de l'ordre dans la société. L'Amour , la Victoire et les Grâces , Thémis , Némésis et Dicé nous en fourniront quantité d'exemples dans la suite. Mais toujours est-il vrai que jamais le sentiment de dépendance , la crainte pour la colère de ces êtres imaginaires ou l'es-

fKnr des bienfiiite qa*on pouvoit en attendre n'ëtoient n Ti- Tes et si constantes qu'à l'ëgard de ces diTinitës qui d'à* bord forent connues • comme des personnes yéritables , et auxquelles on pouvoit par conséquent attacher bien plus iacflement des idées d'activité yolontaire qu'à des personnifications , fitdts de l'imagination sdt du peuple soit de ses postes. '

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