CHAPITRE XII
IMTiuHés persbnnêlles. ^-^ Itéffeiions prélimîoaires.' — Lès trois • ëpoipies ,da ]a iiionareliie'€âeste««-*«Rqj^e'dn€ieL --^ Les 'titans. — Les Cjdopes. — Les Centimanes. — Les Géants. •—- Réflexions sur la première époque. — Régne de Siaturne. — Origine des traditions qui se rapportent à Saturne et à son règne. — Rhéa. — Son origine. — Recherches sur la divinité de Tamour chez les peuples de TAsie et examen des opinions concernant la dérivation de Rhéa et d'autres déesses grecques de celle-ci. — Origine de Vénus. — Origine des fables d* Adonis. — Réponse à la question si la déesse de T Asie a pu donner lieu au culte de la Terre chez les Grecs. — Ou à celui de Rhéa. — Ou à celui de Junon. — On à celui de la Lune. — Ou à celui de Lncine. — Ou à celui de Diane. — Source de ces erreurs. — Réflexions sur la déesse d*Hiérapolis. — Famille de Japétus. — Prométhée. — Origine des traditions concernant Prométhée et sa famille. — Aspect moral des fables qui ont rapport aux deux premières époques. — Idées de proTidence et de justice divine qui s*7 rattachent.
Divinités per- JVous abordons la troisième et la plus intéflexioM préiil Pessante partie de la mythologie grecque, oelminaipéB. \^ ^ contient les êtres entièrement personnels,
qu'on se représentoit comme des gënies , chargés de Padministration de quelque partie de Tunivers , ou doués de la faculté d^exciter quelque émotion dans le coeur de Phomme , ou enfin présidant à l'exercice de quelque art ou de quelque science , pour lesquelles on croyoit qu'ils possédoient les talents nécessaires à un degré éminent, talents qu'ils communiquoient , à ce qu'on croyoit , . aux mortels qu'ils honoroient de leur faveur. Cette partie em* brasse par conséquent la famille nombreuse des divim'tés proprement dites , non seulement celles qui jouissoient des honneurs du culte établi , mais aussi celles qu'on croyoit avoir exercé auparavant le même pouvoir qu'on accordoit , dès les temps les plus anciens dont nous avons
confioissanee , au pc6t-fils du premier moiiar<|ue de Tuni* Ycrs et à ses frères et ses desœndants , et même tous les 4tres imaginaires auxquels on n'acoordoit aucune influence sur le sort de Thomme , et qui par conséquent n'avôient ni temples ni autels et ne paroissoient figurer parmi les autres divinités que pour remplir les places vides de la gran* de famille divine et pour en rapprocher les difiSérents membres par des chaînons intermédiaires.
On conçoit aisément que ces derniers ne peuvent nous inspirer qu*ûn intérêt très inférieur , et que nous ne bous en occuperons pas plus qu'il ne semblera nécessaire^
On croit peut-être qu'il seroit plus conforme à la marche naturelle du développement des idées religieuses de iSaire d'abord mention des divinités qui doivent leur exittenoe à Tapothéose d'hommes * illustrés par leurs 'méritea et • par les , services qu'ils avoient rendu à leurs contempot rains. Et , certes , Tapothéose est une des sources les plus anciennes de la mythologie de plusieurs nations. Je ne crois pas néanmoins qu'il en fut ainsi chez les Grecs. Les parties de l'univers et les phénomènes physiques étoieni bien certainement les premiers objets de leur culte religieux. Nous venons de voir qu'il y a quelques personnifi- * cations morales qui ne paroissent le céder en ancienneté à aucun objet physique ; cependant nous avons cru pourvoir admettre que la plupart de ces personnifications sont d'une date plus récente. Quant aui divinités proprement dites , elles sont si répandues par toute la mythologie grecque , que , bien que plusieurs ne paroissent avoir qu'une origine comparativement assez récente , quelquesunes cependant pourroient disputer le droit d'ainesse aux divinités de la seconde classe et paroissent même en droit de se mettre au rang de celles de la première. . Malgré cela, dans la théogonie , les dieux proprement dits , et spécialement ceux auxquels on attribuoit la plus grande influence sur l'administration des affaires humaines ^ sont près*
que tous dHuie naissanoe bien postérieure aux penonnifications soit physiques soit morales. Or les hommes déifies sont tous des descendants de ces dieux proprement dits ^ et n'ont aussi obtenu les honneurs du iculte public que longtemps après eux , particularité qui , pour le dire en passant , démontre à l'évidence la fausseté de Topimon de ces auteurs qui croient avoir trouvé l'essence de la mythologie grecque dans Tapothéose.
Ce que nous Tenons de dire contient en même temps la raison pourquoi nous avons cru devoir accorder le troisième rang aux divinités personnelles. Il y a certainement des personnifications morales qui sont d'une origine plus récente , mais , comme la plupart sont au moins aussi anciennes que les divinités que nous allons examiner dans ce moment, et comme elles se rapprochent par leur nature et leurs propriétés des personnifications d'objets physiques, tan* dis que les dieux personnels ont un rapport plus intimé avec les hommes déifiés , nous avons cru que l'ordre que nous noi^ sommes prescrit seroit le plus convenable à nos fins. Les trois épo- D'après la généalogie la plus ancienne de
ques de la mô- i«mij*« «i.* iii
narchie céleste, i^ lamille divme aussi bien que selon la plus
grande partie des poètes et des écrivains grecs , l'histoire de la monarchie céleste est divisée en trois époques , d'après les trois chefs qui tenoient successivement les rênes du gouvernement , savoir le Ciel , Saturne et Jupiter (')•
(') Quelques auteurs plus réeents parlent d'un certain Ophioa, qui auroit épousé £urynoine, fille deTOcéan, comme le premier roi des dieux et des hommes , détrôné ensuite par Saturne. Schol. ^ch. Prom. 955. Lycophr. 1191. et Tzetz. ad h. 1. Il est pro^ bable que c'est le même que Phérécyde appela Ophionée. M. Stûrz a traité cette matière avec beaucoup d'érudition et d*accuratesse, fr. Pherec. p. 46 — 51. Le Pseudo-Sanchoniathon reyendique cet Ophionée pour la Phénicie (ap. £useb. Praep. Euang.p. 41. D.). D'autres appellent le père de Saturne Acmon , quoiqu'il est possible
Îue ce ne fut qu'un épithète du Ciel (Eust. ad IL p. 1205 in.), ristoie enfin parle de l'opinion de quelques anciens théologiens
Règne du ciel. D'ainrès le flystème que sumtHësiode, le Chaos , qui existoit ayant toute$ cboses , produisit les Tér nèbres (Érébus) et la Nuit. La Terre , le Tartare et VAr mour naquirent après le Chaos, mais indëpendamment de lui. Nous ayons déjà parle de la plus grande partie des êtres auxquels ces substances primitives donnèrent l'existence • Les Parques , qui y appartiennent aussi , nous oo^ «cuperont dans la suite , lorsque nous parlerons des opni«ons des anciens Grecs sur la providence. Le» Titans. Hormis les objets physiques et les person-
nifications morales qui , d'après la théogonie d'Hésiode, appartiennent pour la plupart à cette première époque, savoir au règne du Ciel , fils de la Terre , on y trouve encore plusieura autres êtres , fils du Ciel , que le poète appelle les Titans. Hormis l'Océan , dont nous avons déjà parlé, et Saturne , le successeur du Ciel , il y en eut encore quatre: Céûs , Crius , Hypérioh et Japétus , qui , avec les femmes Titanes , leurs soeurs , la Loi (Thémis) , la Mémoire (Mnémosyne) , Thia , Rhéa , Phébé et Télhys , furent les auteurs des différentes branches de la famille divine (^). Céûs et Phébé donnèrent la vie àLatone et Astéria , dont la première fut la mère d'Apollon et de Diane, l'autre dHécaté. Nous avons vu que Crius et Eurybia, l'une des filles de la Mer , produisirent des objets physiques , les Vents et les Étoiles , tandis qu'un de ses fils , uni au * fleuve Styx, fut l'auteur de quelques personnifications morales. Hypérion et Thia virent naître de leur union le
qui prirent la Nuit pour le premier ie tous les êtres et qui asso* rèrent que la Nuit, le Ciel , le Chaos et TOcéan auroient porté sucèessiyement le sceptre de TuniTer^ (Metaph. XII. 6. XIY. 4.). M. Tiedemann (Griecbenl. erste Philos, p. 53, 54w) yeut qu'an de ees théologiens fut Orphée. Mais tout ceci n*empéche pas d'ailleurs que l'antiquité entière ne suiye la diyision ordinaire d*Hésiode. Quelques-uns même dégradent Ophion au point d'en faire un des géants Taincus par Jupiter. Schol. II. @* 479. Et d'ailleurs £urynome, fille de l'Océan, ne sauroit le disputer en ancienneté au Ciel et a Saturne. ( ) Hes. Th. 132 sq.
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SoleQ*, la Lune et rÂorare. hipAm y qui épousa Qymène , l'une dos Ooc^anides , fût le père de Prométhée et de ses Mirée. Nou» reviendrons sur eux dans la suite. Tëthya fut l'épouse de rOcéan , Rhéa celle de Saturne.
Le Ciel eut encore d'autres fils , ' qui n'ont pas été rangés parmi les Titans : c6 sont les Cyclopes et les Gentima-' nés , tandis que son sang , répandu par Saturne , donna Texistenee aux Furies, au?: Géants, aux Ifympbes Hé« lides , et, d'après Hésiode , à la déesse dés Atnouns ('). - Nous ne dirons riea deç Titans. La niaturc et les pro* priétM de ces êtres nous sont entièrement inconnues , et ila ne présentent d'ailleurs aucun intérêt pour nos recher* ehes (^). Les , Furies trouveront une place parmi les ré^ flexions sur les opinions des anoiens Grecs sur la justice divine. Koùs avons déjà dit un mot des Nymphes ; et,' comme âous n'osons disputer à la belle Vénus la place qui lui a été assignée par Homère (^) , elle ne sauroit nou»
(*) Hes. Th. 139 sq. 185 sq.
(^). H est ▼r4d que la superstitioii populaire s'attacha aussi qnel<* quefois à ces êtres obscurs et inconnus. €*est ainsi que les Pelleniens préfendoîent que leur ville avoit été fondée par Pallas, le fils de Crius, et que la rivière Crius avoit emprunté son nom à ce Tijtan. Paus.. VIL 26. 5. ib. 27 fin. Mais ces exemples sont très rares. Héàiode lui-même a tâché d'expliquer le nom Titan {Th. 207 .)« On peut trouver plusieurs conjectures étymologiques, à l'égard de jee nom et des noms de chaque Titan en particulier, chez Joannes Diaconus, dans ses notes $ur Hésiode (Hes. cum Schol. p. 129. vrs.), chez Cornutus (IC. D. 17.), chez Schwenck (Etymol.-MjthoL Andeutnngen, p. 35 sq.) , chez SicUer (Cadmus p. 30 sq.) et chez Eissner (Théogonie, p. 4 sq.). Pour moi je ne prétends pas décider, par exemple, si Japétus est Japhet ou le mouvement du cid (vid. Eust. ad II. p. 615 in.).
(s) Je ne l'oi^e pas parceque la place qu'elle occupe dans la Théogonie est évidemment la suite d'une allégorie fort dégoûtante et d'une subtilité étymologique qui ne fait pas grand honneur au favori des déesses au mont Hélicon. Voyez Th. 188 sq. ^Aççoâixti ab ^9Qoq , ex êfwniQ. orta^ ex sanguine testicul&rum in mare dejee^ torum^ et Ys. 200: fPiXoftfifj&i^q pour 0tXo/ififtâifç, cetépithète si aimable et si élégant qu'on trouYC si souvent dans Homère:
oG^tiper qci0 lorsque, nonb: purtëroas 'd^d divinîfésliBaiie» iè Ju^tct^ li ne bous* reste -pfii^ qomi^quent -qii^un mol à dire dei» Cydopes., des Ceatimaoes^t dès Géants", d'a^ hùfd pour donnei^ què^u6 idée des sujets ^ des nÛBistrea de ce premier règne ; et en «econd Heu •pàrcfeqiK'il y a quelques auteur» qui leur assignent ùne^ place parmi les personnifications physiques , et qu'un pourroit par con^' quent s'étonner de ne les voir mentionnés nulle part dani^ notre examen. ' > '•;>
Le^<}3fïîIope8. Hésiode, il çst vrai, appelle J'un d« Cy-i dopea Ttmnerre (Broutés) , et l'antre Foudre {Stéropès) y mais conâne il ajoute qu'ils forgërenlt éux<-inémes.la foudre pour Jupiter , il est assez évident qu'ils neipeiiyent étr6 de^ personnifications dé ces phéAomè&ea^f^^ - • /, Lés Centimatnes. Les ' Centimanes , Gottus\ Briarée et Op
gèfif , sont , d'après .Hésîedé , 'dea géants, d^origioé qélçste i
"• (^) Hes. Th.: 139*^146: • 6b son* ces Cycfôpes qui ddùhèf èifl i PluioB k CBsqaàmitamileaxiet le ti'ideiitÀ>|feptuQe.(ApoU«j[.fSS,;}i<) et q]ii furent tués par. iyqllon , irrité de ce que Jupitç^ ayoit mif à ■mort son fiïs'Esculàpe (ApoUod. IIÎ. *I0. 4."cf.*ÉrâtosVhî CalàSt. 29.). Phérécyde raconte la même histoire des fils des Cyclopes (Pheree. fr. éd. Stùrz , p. 82 fin»)', ^a leur attribua encore dans la suite, ' dan^ les mythes a^trenoiniques , ' T érection' de Taotel anp^s duquel lés ^iétix sanctionnèrent leur ^liatacbL contre, les: Titai^ Schbl. Aral. 4Q2v Voyez enoors la conte étrange mentionnéipair Is â^bliaiste d-Homère'^^îl.' <^« 39.) , que llfinerTe «seroit la filU' dé * Broutés et de Métis (la Tonnerre et T Intelligence), il fslut d'ailU leurs bien -âîstinguerj <ies Cyclopes -des Enchiro^astènes ; dont hous avons parlé* plus haut, aussi l)ien que des Cyclopes d*flomère, {iea'4 plade barbare et gigantesque qui babitoit les cMes de la Sicile. ,<()d: '^' 70 sq. Od. I. 106 sq, 273 sq^ etpassim. Quelques^ups re<* gardent ces derniers c'omtné une invention d^Hoinèpe (Strab. pw 4d in. Philostr. Her. c. 2, § 20. p. 694 fin.). D'autres prétendent qu*ils fureAt lés ancèh*es^e8>Léontins (SehoL Od; K^ m. ût Ensif ( ad Od. p. '277 in.). Ce dernier auteur fait très bie4 remarquer la différence entre ces trois sortes de Cyclopes (ad II. ^. 216. 1. >401 tf. ad. Odl'p. 346 in.): M. Heyne fait la même réflexion (afd Apel"* lod. 1. 1 . 1 . ^. 10. ). Il ne ks^ a pas si bien observés , dans ion mémoi-^ re de theog. ab Hâsiodo conditâ (Comm. Soc. Rc^. Goti. IV II. pi 139.). '. t
OU , si Ton TOul , des dieax gigantesques ^ qoe TimeginatioQ dér^ëc de quelque poSte ou peut-être la superstition d'un peuple encore barbare représenta pourvus ds oincpiante tètes et de cent bras('), indication de leur pouvoir et de-leurs foroes excessives , ce qui est confirmé par le récit d'Homère , que Tun d'eux , Briarée (appelé Égéon par les mortels) , vint au secours do Inpiter , à la prière de Thétia , pour le soustraire à la violence de quelques autres divinités (*) , et par la tradition des Corinthiens , qui assuroient que Briarée avoit été arbitre dans la querelle de deux dieux très puissapts , Neptune «t le Soleil , à l'égard de la possession de leur canton , tradition qui donne en. même temps une idée iavorable de la justice de ce géant (^). Quoiqu'il en soit , je ne vois pas (pie ces êtres soient des personnifications de quelque ob* jet phyrique et moins encore de quelque faculté de l'esprit ou de quelque émotion ( ' ^ ) •
I«s Géants. lîous avons déjà remarqué -que les combats
entre les dieux et les gésAts nous semblent être une imitation ou répétition du combat de Jupiter et de Typhon.
(') Hcs. Th. IW sq.
(*) Holii« II^ ^' 396 sq. Homère ne dit rien, ni de son origiiie« ni de sa £gure. Il dit seulement qa*il fut pliis fort que son père; et il .paroit êssez que lé poète parle iei d^une fiction ou d'une tradition connue depuis longtemps et qu'il n*âToit qa'à désigner pour la rappeler â ses auditeurs.
(9) Paus. II. 1. 6. £a général Briarée parolt avoir pins attiré rs^teotion que ses frères. Hésiode raconte que^ tandis que CottUs et Gjgès deyoïent garder les Titans prisonniers ^ Neptune honora Briarée par la main de sa fille Cymopolia. Th. 815 sq. Ibycus parle encore d'une fille de Briarée, appelée Oiolycé^ qui posséda la cein* ture que porta ensuite rAmazone Hippoljte et dont Hercule s'empara, par ordre d'Eurysthée (ap. Sckd. ijpoU. Rhod. II. 778.).
( ^) Et cependant Ton veut que Briarée soit ou le soleil , ouïe temps, ou un dieu marin, ou le pouvoir divin, ou un.conquérant qui s'établit dans, lea Cycladeâ et donna sour nom à la mer Egée (Egéon). Yoyes toutes ces explications , les unes plus absurdes que les autres , chez Ettst. sÀ IL p. 92 fin- 93 in. Schol. ad II. ^. 400 éd. Wassenb. Corn. N. D. 17. p. 172. (Opusc. Mytt éd. Gai.).
Ced oependant ne doit pas faire croire ^e nous prëten* doBs nier Texistence de ces êtres mêmes , dans les anciennés traditions. Homère (") en parle aussi bien qu'Hésiode (' ^) ; mais le premier les représente simplement comme des hommes féroces et insolents , tandis que l'autre se contente d'indiquer leur origine (' *), Encore est-il évident que la tradition d'une guerre non seulement entre Jupiter et d'autres dieux d'origine plus ancienne, mais aussi entre ce monarque de TOlympe et les premiers habitants gigantesques de la terre ne fut pas entièrement inconnue à Homère. Nous en avons la preuve dans ce qu'il raconte de l'insolence d'Otus et d'Éphialte , qui vonlurent escalader le del , par le moyen de montagnes qu'ils se proposoient d'entasser les unes sur les autres , mais qui furent tués par Apollon avant qu'ils purent exécuter ce dessein ('^). On voit que les éléments delà tradition {dus récente existoient dès les temps les plus roculés. En général (et voilà le principal motif qui nous a engagé de parler des Géants , qui d'ailleurs mériteroieni à peine une place parmi les membres de la famille céleste), en général lliistoire de cette première époque de la mjthologie grecque est caractérisée par des guerres et des révoltes entre les êtres surnaturels , fruits de l'imagination et de la superstition des Grecs. Les Gyclopes et les Centimanes , quoique ministres de l'ancienne dynastie , se rangèrent du côté de Jupiter. Contre lui se déclarèrent les
(") Hom. Od. H. 206, 59. cf. Schol. ad h. 1. (") Hes. Th. 185 sq.
i^^) Lorsque, chez Homère, Alcinoiis attribae Tayaiitage d*im commerce libre et égal, qtt*ayoieiit les Phéaciens, ayec les habi* tants de TOlympe à leur origine céleste , lieptane étant la souche de la famille royale de cette île , il les compare , sous ce rapport , a? ec les Géants et les Gyclopes. Od. H. 202 — ^206. Icusilaus et Alcée prétendirent dans la suite que les Phéaciens naquirent du sang da Ciel, absolument comme les Géants. Pherec. fr, éd. Stiiri» p. 216. X. {»*) Hom. Od. ^. 312 sq.
Titans 9 ensnito Typhon ei'âifin ménie les G^abts^ suivadl quelques traditions , fils de la Terre: (' ^). Ces combats ouï souvent servi de thèmq aux poètes , et ont été ornés de toutes les couleurs dlune.vive imagination. Mais souvent aussi l'on est tombé dans des répétitions , et Ton a enn prtinté des traits aux tableaux anciens , pour en .orner les nouvelles fictioos qu'on venoit d'inventer. C'est: ainsi que ; non confeent d'une gigantomàchie , on eu inventa plusi«. eurs('^), et que, comme on avoit placé, le., théâtre du combat entre Jupiter et Typhon dans des endroits minés par dès feux souterrains et sigets à des éruptiolss volcaniques, oa en iagit de «même, à Fégârd des: combats défgé^ ants. Trouvoit-ion un volcan, o'étoit un géant .qui, dans sa rage inutile ^ vomissoit des flammes par ses oiuvertuires^ sans pouvoir se tirer de la prison qui le tenoit enfermé^ ^). Trouvoit-on des sources d'eaux mihéraleis et fétides , c'é* toit le sang des géants terrassés en cet endroit 4ui les aivoit empoisonnées (' ®). Un rodier escarpé et soUtaîare , ai]^aii« lieu de la mer , cachoit un géant qui avoit été terrassé .par ce projectile, arraché à une chafne.de montagnes par. le
(**). Voyez le. récit d*Apolloclore (I. 6.) et de Diodore (T. I. p. 239.) , qui semble Vavoir emprunté à Dénys de Milêt.
{^<^) Diodore <T. I. p. 1Î39, 261 , 267 , 387) faiit^diicre les^é^ ants par Jupiter en Crète, en Phijgie, dans la péninsule de Pallè* ne, et dans les champs Phlégréens. S trabon. fait mention de PaUè* ne (p. 510) , comme aussi Pausanias (I. 25. 2.). Leâ champs Fhlégréens sont mentionnés par le premier (p. 376. -B.). L'on trouve encore des géants dans Tile de Rhodes (Diod. T. I. p. 374.) , dans la mer Egée (Strab. p. 748.) , dansl'Arcadie (Paus. VIII. 29. 2 , 3. ib. 32 fin. ib. 47. 1 .) et jusques sur les côtes septentrionales du Pont-Euxin (Strab. p. 757. B.).
(< 7) Striab. p. 376 B» Les poètes postérieurs placent Encélade , l'un des Géants, sous rEtna,-de la même manière que Pindare y ayoit placé Typhon (Voyez p. e. Quint. Smyrn. V. 641 sq. XIV. 582 sq.) , tandis que quelques-uns rangeoient même Typhon parmi les Géants (Diod. T. L p. 387.).
(»«) Strab. p. 430 An.
trident de Neptune ('^). La oonnoissanoe de cette origine très naturelle de la multiplicatioa et de la répétition de ces fables peut nous préserver en même temps de la ridicule opinion de ces auteurs qui regardent les Géants eux-méines comme des phénomènes physiques aussi bien que les Cydopes et les Gentimanes (*®).
Réflexion». sur Pour, nous , il nous suffit d'avoir signalé ,
la ' première é- . i v • j / t
poque. P^^ quelques exemples , les idées qu on se
formoit de Téconomie céleste dans les premiers temps de son existence ; et ces exemples peuvent nous convaincre que la moralité n'y entroit pour rien. Les ôruautés d'un père inhumain , les attentats d'un fils parricide, des perfidies et des crimes, des guerres et des révoltés , voilà les traits les plus saillants de Thistoire des anciennes divinités de la Grèce. Envain chercheroit-on dans ces qtierelles l'image d'une lutte entre les principe» du bien et du mal ; envain voudroit-on comparer les guerres des Titans ou des Géants avec la. révolte des esprits malins dans l'écriture sainte (^'). Ce sont les dieux eux-mêmes qui se font la guerre entr'eux. Des fils du Ciel se rangent du côté de Jupiter , pour combattre leurs frères. Typhon et les Géants sont les fils de la déesse la plus re-
('^} Strab. p. 748 fin. 749 in. L'imagination effarouchée da peuple croyoit même yoir des spectres dans le champ de bataille .ou les Géants avoîent été vaincus. Philostr. Her. c. 1. § 3. p. 67 L
(^o) L*un en fait une lutte des éléments , Tautre une guerre ordinaire (Strab. p. 373 in.); un troisième y trouve une allégorie des premières tentatives pour civiliser les habitants de la terre (Con. narr. p. 189.) ; un quatrième explique tout à la manière d'£uhéjnère (Diod. T. L p. 387.). Enfin on y trouve , si Ton veut , der Bi'ldungsprocêês der Erde (Sickler , Cadmus p. 39.).
(^') Dans le récit euhémérique de Diodore, la victoire remportée par Jupiter sur les Géants est représentée à peu près sous le même point de vue que les travaux d'Hercule, lorsqu'il délivra la terre des brigands et des monstres qui Tinfbtoient (T. I.p. 387 fin. 388 in.). Mais cette fiction est entièrement contraire au génie des anciennes traditions, telles que nous les connoissons parles écrits des poètes.
nommée par sa sagesse et sa bienfàisanœ , et , d'après une tradition aroadienne , o'est Rhéa elle-même qui invoque le secours des Géants contre son époux (^^). Eègne de Sa- Saturne , le plus jeune , mais le plus puis- ^"^' sant des Titans , fut le successeur du Ciel et
le second monarque de l'univers (^ '). Il vengea ses frères en maltraitant et en détrônant son père ; mais , comme il imita ses crimes , il fut détrôné à son tour par son fils Jupiter f qui efiaça la gloire de ses préd^Soesseurs et resta maître de Tempire, Voilà donc aussi pourquoi la mythologie des Grecs , telle qu'on la reconnoissoit dès les temps les plus anciens et pour autant qu'elle a quelque rapport avec le culte public , se borne au troisième prince des deux et aux divinités qui , quoique appartenant à l'andenne théogonie, conservèrent leurs emplois dans le nouvel ordre de choses , comme à celles qui tenoient leurs fonctions du nouveau maitre de Tunivers. Voilà pourquoi il ne nous reste que de foibles souvenirs du règne du Ciel et de Saturne , et pourquoi chez Homère ce dieu est d^à rélégué , avec les autres Titans , dans le tartare , sous les fondements de la terre et de la mer , lieu terrible que n'édairent jamais les rayons du soleil , et où la chaleur étouffante n'est jamais rafraichie par aucun vent salutaire (^^). Ce n'est qu'en passant que ce poète parle de la
{^*) Pans. YIII. 36.2. Diodore nons offire nne nouTelle preuve de notre assertion que les gigantomachies né sont que des répétitions des titanomachies , lorsqu'il confond les Géants avec les Titans (ap. Eustath. ad II. p. 1260. 1. 40. cf. Diod. T. II. p. 634. fr. III. et Ptolem. 5. p. 324. Hist. poët. Scr. ant. ^ où Ton trouve l'histoire des deux géants convertis et métamorphosés dn chevaux qui eurent l'honneur de servir à Achille, savoir Xanthus et Baiius).
(") Hes. Th. 136 sq.
(«4^ II. B. 478 sq. S. 204, 205. Les vrti^ara ^raJi^ç »ai atoitTOèo sont les extrémités inférieures, les racines , les fondements. On le voit par cet endroit d'Hésiode (Th. 727 sq. cf. 736 sq. 807 sq.):
Il &ttt hien distinguer ces tniçuTa des extrémités de la terre « oà
dé&ite de Satarne , dont oét emprisonnement aToit été la suite (^^). Sous un oertain point de vue cependant oes souvenirs ëloient très remarquables et ont servi fréquemment de thème aux fictions des poëtes. Je veux parler de la tradition qui représente le genre humain jouissant d'un bonheur parfait et inaltérable sous le règne du deuxième monarque.
Nous avons vu que les historiens font souvent mention de l'état sauvage des anciens habitants de la Grèce et des efforts de leurs premiers chefs et législateurs pour les civiliser. Les poëtes prenoient les .choses de plus haut , et, lorsqu'ils nous parlent d'un état primitif d'innocence , ils remontent jusqu'à l'origine du genre humain et jusqu'à cet état dont la barbarie, dont les historiens font ordinairement le premier tableau de leurs o^vrages ', ne fut qu'une dépravation.
D'après les poëtes les hommes reçurent l'existence sous le règne de Saturne. Suivant quelques auteurs Saturne et Jupiter avoieht lutté ensemble à Olympie , lorsque la terre étoit encore déserte et vuide d'habitants (^^), et, d'après la tradition des Éléens , les premiers mortels qui reçurent l'existence dans cette contrée y bâtirent un temple en l'honneur de Saturne (^').
elle touche TOcëan qui TenTeloppe , où demeure le Titan Oeéan et où se troaye TÉlysée. Od. ^* 543. Cette demeare de rOeéan est distinguée arec soin par Homère de celle de Satarne et des Titans. IL S* 200 — 204. La dernière est appelée r«^Y« y/f ^f — • xai àv^vyéroio S'aXàaatiq, — Hésiode a confondu tont-cela. Ches loi Saturne demeure, iiestyrai, ^ç ntif^axa yalifç , mais justement dans Tendroit où Homère place l'Océan , et dans les lies des bienheureux, fiction iuTentée aprèâ Homère, et composée des ré« cits de ce poète, à l'égard de TÉlysée et des traditions sur le siède de Saturne. (»<) Hom. II. O. 224, 225.
(»^) Fans. VIII. 2.1.
(^^) Pans. T. 7. .4. Les Areadiens disputoient à tous les àutrfs
Grecs l'honneur d'aroir été le peuple le plus ancien. Ibpréten-
doient qu'ils existoient déjà ayant la lune , quoique les autres Grées
tournoient en ridicule eette prétention et le nom de TrQoailiivM
SuÎTant Hésiode ces premiers habitants de la terre vécurent comme les dieux , sans peiqes , sans soins et sans maladies. Chéris des dieux immortels , la terre leur offroit une abondance de fruits , et , sans avoir éprouvé les in-* commodités de la vieillesse , la mort les endormoit dou« cernent » .sans angoisses ni douleurs. Le poète ajoute quV près la mort ces hommes heureux devinrent des génies qui , enveloppés d'un nuage , planoient sur la terre, pour observer les bonnes et les mauvaises actions de leurs descendants (^*). #
Si l'on compare cette relation d'Hésiode avec ce qui la précède , il me semble qu'il est évident que le commencement de la seconde génération , le siècle d'argent , oo« încide d'abord avec le commencement du règne de Jupiter et la création de Pandore (^^)* Ajoutons qn'après ce
Îa*ils se donnoient. Tzetz. ad Lyc. 482.;Chil. lY. 810 sf{» Lucian. '. II. p. 371. éd. Hemst. Le scholiaste d!Apollonius dit que, da temps où les étoiles et la lune n'existoient pas encore et où un grand .coaquérant de T Egypte fit une expédition militaire dans r£u«rope et rÂsie, il n*existoit dans la Grèce d'autre peuple que les Arcadiens (ad ApoU. Rhod. lY. 261 sq.). Yojez les autres témoignages cités, ad 263.- et £ust. ad II. p. 227. 1. 20. Lycosuraea Arcadie étoit aussi regardée comme la yille la plus ancienne. Paus. YIII. 38. 1. Ces relations, quelques ridicules qu'elles puissent nous paroître, s'accordent cependant d'une manière admirable aTécle résultat de nos recherches historiques , sa?oir que les traces les plus anciennes de l'existence des Pélasçes se retrouvent en Arcadie et que les Arcadiens sont le peuple du continent de la Grèce qui ont la plus grande quantité de traditions relatires à l'origine des différentes divinités. i
(^') Hes. Op. 108 sq. Ce tableau du siècle d'or on de Saturne a sern de thème à une foule de poètes, tant grecs que romains; mais nous verrons dans la suite que I4 description de ce siècle a souvent été confondue avec celle des îles fortunées.
(^^) Hes, Op. 47 — 105. Hésiode, en parlant des maux qui sortirent de la boîte de Pandore , dit expressément que les hommes vécurent jusqu'alors sans infortunes , sans peines et sans maladies. Hes. Op. 90 — 92. Ceci ne sauroit se rapporter qu'au siècle d'or. Aussi trouve-t-on que dans le siècle d'argent il y eût des femmes (Op. 130.), tandis qu'il n'en est pas fait mention dans le siècle d'or. Or Pandore fut la première de ce sexe (Th. 590.). On m'objectera
aiomenil^ëtet ^ès mcDRtels :«aipira gpràdiieHement , suivant; Hésiode. Les membres de la iseconde génération , le siècle d*argent ,. passèrent une. partie de leur Vie dans un état d'eafanoe V c^t le reste étoit rempli d'amertume et de peines . occasionnées par leur impiété et leurs injuatioes. Jupiter les' extermina. Ils obtinrent cependant encore le rang de • génies , . âpxès.leur mdrt*, mais d'un rang inférieur aux premifirs(^^).
') Les hommes dé-la troisièine génération, le sièdfe d'airain, appelé ainsi' d'après les armes d'airi^in dont on se servoit dans la guerre ;^:surpassoient leurs prédécesseurs en forces ,- . maïs ; Aussi ^en îi^uatice et en: insutence* Ils se perdirent wx-mémes par.lerurs querelles 'et' leurs guerres continuelles et descendirent dans l'empire de Pluton, en ne laissant k ia posiâdié- que. le. souvenir .de leurs ibriaitsr (^ ' ). >ii: La .qualrtëmi9'>siède fait- ui^' .exception à la règle. Les SbéroS' ^: ( <qui^ vécurent alors |i furent plus justes que leurs anicétres y. etr: passèrent après leur mort dans lés des des
r. Le- s'iibda de -fer, celui dan» lequel yécut Hésiode luiiytéme^.,.;fit. perdre au geniie humain ce ^ju'il avoit regagné dans {le mèole béroîqnle ; ^et le poeté né cifche pas sa crainte que j»eShdeseiEmdaiiisj ne'duipasserbienteticôreses côntem-^ porwi9.)enî crimes et en iidovtune^ >
peut-être que JE^o)^çtb^e:doi^n%I^fem s^x hammes et qa'il les reqi* dit plus Heureux qu'il^ n'avoient été jusqu'alors , ce quinecon- ^ieHA^dîir'pàà iivefe' Ifirbôttïléur des inenibres dé la première génération. Mais il faut bien remarquer que Jupiter avoit caché le feu , d'où il résiulte que la prenûèce génération l' avoit connu.
(^<^) les'. Op. 12^—142. (sï) Hes. Op. 143—155. (sa) Hes. Op. 156—173. On croit que le vers 169 n'est pas d'Hésiode. Des traditions plus récentes.,, à ce qu'il me paroit aumoinis ,' placent le déluge de Deucalion après la troisième génération. Nous ne nous enfoncerons pas daQs le$ obscurités de cette chronologie n^ytholôgique. • •
• (»«) Hés. Op. 174-^201.. M. Buttmann'(Mythologus, T. II. dap. 13.) croit que la fiction, décrois générations est la plus ancienne et que le reste n'est qu'un amas d'additions soit d'Hésiode soit de ,
Nous ayons oro deroir pounuivre oette relation d'Hë* riode , pour donner une idée des opinions des Grecs à regard de la dépravation des moeurs de leurs ancêtres , et parceque nous aurons besoin de ces renseignements dans oe que nous dirons par la suite au sujet de Prométhée. n seroit facile de confirmer le rapport du poète d*Àsora par les traces assez nombreuses de l'opinion que le genre humain s*affoiblit aussi bien en forces et en Iongëvitë qu'en moralité , mais je ne crois pas que notre •iqet exige que nous nous étendions sur ces fictions. Aussi n'avons*nous fait ici mention des hommes que pour autant que leur histoire se trouve en rapport avec celle des dieux, qui doivent nous occuper exdnsivement dans cette partie de nos recherches.
Hormis les tradition» dont nous venons de parier , on trouve encore quelques foiUes traces des souvenirs du règne de Saturne. Les Achéens prétendoient que le promontoire Drépanum avoit emprunté ce nom à la &ucille que Sa» tume avoit jetée dans la mer en cet endroit , après avràr mutilé son père(''^)« Les Arcadiens montroient Tendroit où Rhéa avoit caché ses enfants , pour les scpstraire à la cruauté de Saturne , et celui où elle avoit mis au monde Jupiter (^^). Le9 Béotiens, à leur tour, transportant la scène de ces fables dans leur pays , crojoient connoltre Tendroit où Rhéa avoit trompé son époux , en lui donnant une pierre au lieu du fils qu'il voulut dévorer (*^).
Et cependant , quoique les traditions concernant le
quelque autear qu'il avoit imité ; ef. Tôlcker , Myihol. des Japetiachen Geschlechts , § 6.
(3^) Paus. VIL 23. 4. D'autres donnent la même origine i l'un deis noms anciens de l'Ile de Corcyre • savoir Drépané • Sehol.
(") Paus. VIII. 8. 2. ib. 36. 2. ib. 41. 2. {^^ Paus. IX fin. Selon Tzetzès (ad Lje. 202.) quelques-uns prétendoient que l'orade de Delphes avoit appartenu ancienne* ment à Saturne.
règne de Saturne rentrent entièrement dans le domaine de la poésie , et quoiqu'elles n^eussent rien d'historique, même pour les Grecs crédules et superstitieux , cependant ni ce dieu , ni même les Titans n'ëtoient entièrement exclus de toute relation avec les autres divinités. Junon les prend à tëaKrin d'un sermfsnt qu'elle fait ('^). Et d'ailleurs Saturne «e fut pas entièrement oublie dans le culte public. Ifous ayo6s déjà fait mention de son temple à Olympie. Il en avoit un autre à Athènes C) , et jusques dans les temps de Pausanias on lui ofiroit des sacrifices sur la col* Une de l'Altis qui portoit son nom (*^). Wous en trouverons quelques autres exemples dans la suite de cet oi:^ vrage.
Origine dei tra- Qr gj l'on recherche Torigine des traditions qui se . ......
rapportent à Sa- uitions qui nous ont occupe jusquioi, je
turne «t à son ^e SUIS dëclarë sur l'absurdilë de l'opinion
règne. /
qui dérive les titanomachics et les gigantomachies des relations de la révolte des esprits malins contre l'Être suprême. Diodore parle de Titans égyptiens qui attentèrent à la vie de Horus(^^), tnais ces Titans me paroissent aussi bons Grecs que les autres personnages •dont il cherche l'origine en Egypte. Je m'épargnerai par conséquent la peine de parler des relations de titanomaohies rapportées en Grèce par Mélampus , d'après les Egyptiens. Je ne chercherai pas non plus à exposer la futilité du rapport de Castor, qui transporte les Titans^
(»^) Hom. II. S. 2TI sc^, 278 sq. cf. Hes. Th. 851. L'auteur du premier hymne homérique va bien plus loin , lorsqu'il représente cette déesse priant les Titans de la mettre en état de donner la vie à un être plus puissant que Jupiter (vs. 334 sq.). Onomacrite rappela même les Titans de leur prison souterraine , pour maltraiter Bacchus (ap. Paus. VIII. 37. 2.).
(»«) Paus. 1. 18. 7.
('^) Paus. VI. 20. 1. Je ne croispas qu'on exige que j'examine si ce culte fut institué du temps d'Iphitus ou si l'honneur en est dû àEinus. Theophyi. ad Autolyc. p. 139. J?- (adealc. Just. Mart.).
(*°) Diod. Sic. T. I. p. 30.
les Gydopes et les Géants en Assyrie et dans le siède du roi Bélus(^'). Enfin, quant aux combats des Géants, il suffit de nous rappeler ce que nous avons dit de l'origine de ces fables , pour nous convaincre que Içs statues de géants que Diodore vit dans les temples des Égyptiens (^^), ne furent certainement pas les mêmes dont la révolte, contre les dieux n'est mentionnée en Grèce que par des auteurs trop réctents pour que nous osions en pla* cer Torigine dans l'époque qui nous occupe présentement.
Quant à Saturne lui-même , après ce que nDus avons remarqué , dans l'un des chapitres précédents^ à l'égard de l'absurdité de dériver la mythologie grecque des Indes et de la haute Asie , nous poun*ons écarter d'abord les opinions de ces savants qui comparent, le Ciel , Saturne et Jupiter avec Brahma, Sbiva et yist-noû(^^) , comme les rapports d'un dieu des Assyriens , appelé Saturne , qui auroit prédit le déluge à Xisuthre(^^). Je crois que nous pouvons en agir de même par rapport aux récits d'un Saturne égyptien {^^) , dont parle Diodore , et à l'opinion qui voit dans la pierre donnée par Rhéa à Saturne une imitation de la pierre sur laquelle le patriarche Jacob se reposa dans le désert ('^^).
{*') Euseb. Chron. I. 13. (éd. Maj. et Zohr.). Théophylactc place Bêlas dans les rangs des Titans , opposé à Jupiter, ad Autol. p. 138.' C. (ad cale. Just. Mart.).
{**) Diod. Sic. T. I. p. 31. Il y a môme des auteurs qui croient que les géants des Grecs ne sont autre chose que les fils d'Énac de l'écriture sainte et que Typhon est le même personnage qu*Og, roi de Basan. Yoss. Theol. Gent. 1 . 26.
(^') Comme Ta fait M. Gôrres, Mythengesch. der Asiat. Welt , T. II. p. 624.
(**) Euseb. Chron. I. 31. Suirant Théophylacte (v. note 4L) quelques-uns ont pris Bélus pour Saturne, cf. Euseb. Chron. 1. 13.
(^5) Diod. Sic. T. I. p. 109.
(^^) Cette opinion se fonde sur la ressemblance du mot Belh-d et de Baeiîdusy nom qu'on donna à la pierre de Rhéa. On nommoit en général Bétiles toutes les pierres rudes et informes qui furent
Il y a yne autre opinion qui ne me parott pat ^bMdufnent dénuée de Yraïscmblànce.
On sait que les Phéniciens , les Gananites et les Cartha^ gin'ois avoient la coutume bacbared'ofirir der enfants eu holocauste à quelques-unes de leurs divinités. Serbit-fl impossible que les rapports sur ce culte barbare , ayant été transmis en Grèce par des marchands et des navigateurs phéniciens , y aieht donné lieu aux contes ridicules d'un dieu qui dévoroit ses propres enfants ? Les auteuirs anciens nous assurent que lés malheureuses victimes étoient mises dans les bras de Tidole , sous lesquels le feu âvoit été allumé. Or c'est absolument Tattitude de Saturne sur les monuments anciens. D'ailleurs nous savons que les Cretois , qui étoient plus près de la source de >ee culte , Tayant mieux compris que les Grecs , qui étèient plus éloignés , l^avoient adopté et sacrifioi^it des enfants eomme le faisoient les peuples de l'Asie ('^'}.
Ce qu'on vient de lire ne doit cependant pas iaire supposer que je prétende affirmer que le Moloch de la Syrie «st le Saturne des Grecs ; car Moloch ne fut pas le seul auquel on offroit des sacrifices humains. On raconte la même chose du dieu Melkarth, qu'on prend ordinairement
les objets d^un culte assez approchant du fétichisme. Yoss. Théo!. Gent. VI. 39. (T. II. p. 149.) cf. Hoeck, Creta, p. 166 sq. J'admire qa* aucun de ces savants qui se donnent tant de peine pour dériyer la mythologie grecque de Torienl n'ait pris garde que Philoa ^sure que les Phéniciens donnoient à Saturne le nom d'Israël. Eujeb; Praep. Ëuang. T. I. p. 40.
{+7J Yoyez les auteurs cites par Hoeck, Creta, p. 165, 166 not. r. et les remarques- de Bottiger (Kanstmyth. p. 221 , 355 «q.) , snr les vestiges de ce cuite barbare sur les côtes de la mer méditerranée. Ce savant me paroît cependant aller un peu trop loin, lorsque les plus légères ressemblances lui semblent des preuves de ce culte. Il y rapporte p. e. Talus , le minotaure , Cacus , le tau» reau de Phalaris , et jusqu'à la Diane de la Tauride ! Hermann (Handb. der Mylhol. T. III. ^. 242 , 243.) croit aussi que le minotaure est le Moloch des Syriens , et que le tribut imposé par Hinos aux Athéniens étoit destiné à lui être sacrifié. '
pour THercule des Grecs (^*). D'eSlears JHoloch ou Miicam ëtoit aussi le nom de la planète appelée Mars par les peuples de rooddeni(^^), tandis que odle qui porte dies eeux-oi le nom de Saturne ne s*appeloit pas Holooh en Orient , mais dun. Au moins c'est ainsi que le pensent quelques savants ('^).
Cet exemple peut suffire pour nous convaincre combien il est diffibile de retrouver les dieux grecs parmi ceux des orientaux, quand même il seroit prouve qu'il fallut les y chercher. Car , tandis qu'il est déjà si incertain si Moloch est la même divinité que Saturne , quelques-uns nous assurent que Saturne est le Baal dés Phéniciens (le Bel des Assyriens) ., que -d'autres prétendent être Jupiter ou Mars(*«).
n suffit de remarquer id , une fois pour toutes , que tous ces noms Mohchy Bel, Baal , Adonai ne signifient autre chose que Roi ou Seigneur {^^) ; et , comme
(^"} Voyez les auteurs cités par Selden, de Bis Syris, p. 181—186. cf. Butimann, Mjthol. T. J. p. 41 not. B'après Selden Melech on Moloch signifie Roi , et Malcha Reine, Il croit que Melkarth est composé du même substantif et de ^r/Y« (ilfe//caritê -, ou , comme le prononçoient les Grecs , Melicratus)^ ce qui signifie fort ^ robuste , par conséquent le roi fort. Il donne la même origine au mot Arlaetie (fort , illuêtre) , dont parle Hérodote fX que Ton retrouve dans quelques noms propres des Perses , Arta^xerxey Arta-hane^ tandis que le mot Moloch ou Me^ lech forme la terminaison de plusieurs noms Cartl^ginois , ZTamilcar , Bo^milcary Hi-milco, On trouve la description du cul** te infâme de Moloch chezHyde, Relig. Y«tt. Pers. p, 134, 135. Les dieux de Sepharraïm , Adramelech et Anamelech sont les mêmes que Moloch , suivant Selden , ih. p. 328.
(-*5>) Hyde, Hist. relig. vett. Pers.p. 64.
(^^) Il est question de cette planète, Amos V. 26. Le célèbre théologien van der Palm pense que c'est Saturne. Selden (de Dis Syr. Synt. II. 14.) , qui rapporte les autres opinions à ce sujet , dit de ce passage : » In lo«o autem isto Amos prophetae obscuro me tam caecutire sentio , ut nihil omnino videam."
(«') Selden, de Dis Syr. p. 195.
(^^) Selon Selden-, à qui j*emprunte tout ce savoir, Baiil et Adonai n*étoit anciennement autre chose que le nom de Dieu mé-
€6 nom conTient à tous' les dieux , on a eu le champ librepCfUT en faire telle divinité grecque qu'on a jugé à propos. Pour moi je n'ose rien affirmer , et je m'en tiens à mes conjectures sur l'origine des fables qui couroient en Grèce au sujet de la voracité de Saturne. Nous avons déjà remarqué plus haut qu'il n'est pas moins vraisemblable que la fable de la mutilation du Ciel par Saturne soit une imitation des légendes égyptiennes à l'égard d'Osiris. Nous ▼errons bientôt que les Grecs n'en ont été instruits que par rintermède des Phénicien». Nous nous contentons de faire remarquer que ces fables tristes et dégoûtantes des malheurs d'Adonis etd'Atys, et même les cérémonies du culte de Gybèle^ dans rAsie-mineure , dérivent toutes de la même origine, des fablfes d'isis et d'Osiris ('^). Les Phéniciens ont transplanté ees^ fictions assez fidèlement dans leur mythologie ; les peuple» de l'Asie-mineure les ont rendues visibles ^ pour ainsi dire , par des cérémonies non moins ridicules que dégoûtantes ; les Grecs enfin , peuple humain et éloigné de ces cruautés absurdes , ont au contraire changé les cérémonies en fable» , et leurs poètes , s'^emparant de ces légendes et relevant ce qui pouvœt satisfÎEdro le goût épuré de leurs compatriotes et leur sentiment d'humanité , ont remplacé les vociférations efirénées des prêtres de la Phrygie par la voix' douce el plaintive de l'a*
me. Après la déprayation du tbéîsme primitif, ce nom a été donné d'abord au soleil et ensuite aux autres dieux qu'on adoroit dans rOrient, de sorte qu'on le trouve souvent avec les noms propres de chaque diTinité particulière, f, t, Badl^Peor ^ Badl^Zebub ^ Badl-Moloch etc. On retrouve encore ce nom dans les noms Assyriens, comme dans ceux àts Carthaginois , p* e. Bel^tsasar , fftu-' djru-ial , . Hanni-hal , Adker-bal, Ceci donne en même temps la raison pourquoi on a pu prendre le même dieu (Baàl) pour le modèle du Ciel, de Saturne, du Soleil, de Jupiter et de plusieurs autres dieux grecs.
(^3) Voilà aussi pourquoi toutes ces fables ont souvent été expliquées de la même manière , voyez p. e. ïtacrob. Saturn. I. 21. cf. yoss. Theol. Gcnt. II. 56.
rnonr, déplorant le sort funeatp de Vobjet de ses feux (^^^ Rhéa. L'hisloire de Saturne est celle de Kfaëa , son
épouse et sa soeur , Tune des filles du Ciel (^'). Homère en connoissoit les traditions , comme il fiaroit par ce qu'il dit du soin qu'elle prit pour mellre Juoon en sûreté chez^ l'Océan et Tétbys, di^rant la guerre entre Jupiter et Saturne. Mais nous ne voyons pas que cette déesse partageât l'exil de ,son époux. Bans l'un des hymnes homériques , qui est certainement d'une date très ancienne '^ cUe est cnyoyée par Jupiter pour introduire Gérés dans l'assemblée des immortels (^^).. Suivant ce poète elle étoit donc restée dans le ciel , quoiqu'elle y fut en quelque sorte soumise aux ordres de son fiU , le monarque de TOlympe. D'ail-* leurs cette époque ne nous offre que des renseignements peu nombreux touchant cette déesse. Nous aurons d'autant plus à dire sur. son origine , paroeque l'examen de cette question se rattache à, celui de l'origine de presque toute» les déesses grecques , ce qui nous mènera à des réflexion» qu'il est très difficile de ne pas présenter sous un seul point de vue. Nous allons donc prier nos lecteurs de nous accorder quelque attention pour cette digression peut-être un peu longue , mais nécessaire à notre sujet. Son origine. Les Assyriens adoroient une déité que le»
Recherches «ur , ,^ ». ,,
la diYÎDité de. ^nteurs grecs appellent ^ymto. llestimpos- Tamour chez gjijjg ^jg g^ méprendre sur les fonctions de
les peuples de ^ i t» / i
l'Asie ei exa-- cette déesse, lorsqu'on lit dans Hérodote et men des opini- gtrabon les détails de son culte àBabylonef^ n.
ons concernant ^ ^ /
ladérirationde Elle est caractérisée suffisamment par ces
Rhéa et d'au- . i j»* • •< / j i»
très déesses auteurs comme la divmite de 1 amour.
grecques de Les Arabes appeloient cette déesse Alitta
ou plutôt A{ilaih{^^). Les Perses, d'ail-
(^^) On comprend sans doute que je yeux parler ici de la noa"^ mère dont les poètes grecs ont traité la fable d'Adonis..
(*«) Hes. Th. 135 sq. (*^) Hymn. Hom. IV. 441 s^,
{^'^) Herod.J. 199. Strab. p. 1081. C.
(^") Herod. I. 131. cf. Selden , de Dis Syr. p. 253 sq.
leurs adonnés au sabëisme , reçurent le culte ée cette divinitë des Assyriens , sous le règne d'Artaxerxè Mnëmon , et lui consacrèrent des temples et des auteb (dont ils nb faîsoient d'ailleurs aucun usage dans leur culte) , sous le nom de Mura {^ ^) ou à'jànaîtù , Anàhtd^ Nd* hid ^ comme Ta prouvé le savant Hyde(*®). Lfe culte d'Anaîtis chez les Mèdes et les Arméniens décrit par Strabon est absolument le même que celui de Mylitta à Babylone. Les Arméniens lui consacrèrent non seulement leurs esclaves des deux sexes , mais aussi leurs filles , qui étoient obligées de se prostituer en son honneur jusqu'à l'époque de leur mariage. Strabon donne ici 9 non sans raison , un passage d'Hérodote , qui avoit trouvé la même coutume chez les Lydiens ; et, quoique cet
C) Herod. 1. 1. Strab.p. 1064 C ef. Hyde, Hist relig. rett. Pers. p; 90, 91. cf. p. 3 fin. et Creuzer, Symb. T. I. p. 728-732. Je crois qa*an autre endroit de Strabon (p. 1066. '^.} semble indiquer que le cuite de Mitra a été confondu ou , si l'on vent , réuni par les Perses avec le culte du feu.
(^^) Hist. relig. vett. Pers. p. 90 — 94. Ce savant rend ce nom (p. 92.) "pAT puniceû^ tnammiê praedita puella , td est rotundis et protuhemntihus mammi». Les Grecs Tappeloient Netiiê^ les Syriens Nani ou Nanaï, Elle est appelée Nanea , IL Macab. L 13. , quoique M. van der Palm semble la distinguer d*Anaîtis , de Mitra etc. Strabon auroit il pensé à cette Nanea, lorsqu*il parle d'un temple à^Anêa près d* Arbelles ? Les savants interprètes de ce géographe (ad p. 1072. B.) ne paroissent pas en douter. Bochart (Phaleg , III. 14. p. 196.) regarde VAnea de Strabon et VEna de Poljbe (Alvfi , X. 27 fin.) comme le même personnagie qn'Anaïtis. Hjde a encore d'autres noms ou épithètes de la même déesse , ^apardï y Biducht ou Biduéht''Bergh ^ Zukra ou Zohrat, avec l'article Al Zuhra , ou Azzuhra , qu'il croit être le même que Azara^ déesse que Strabon appelle Diane ; enfin Zaretes^ nom rendu par Diane chez Hésychius. Car il est prouvé suffisamment par cet auteur que la déesse persienne que les Grecs appeloient Diane ou Minerve n'est autre chose que Mylitta ou Anaïtis (p. 98.). Ces peuples n'ont jamais connu une Diane ou Minerve , telles qu'elles ont été caractérisées par les Grecs. Il paroît que M. Anqnetil-Duperron est d'ayis que le nom Moêchieri qu'on trouve dans le Zerdust-namak est encore la même déesse de l'amour. Yie de Zoroas* tre, T. ï.p. 15.
auteur m due pa9 e^ressëment qu'elle eut quelque rapport avec la religion , cependant il n'y a rien qui empèohe de le croire (*'').
Il me parolt dëmontrë , par les recherches des savant» orientalistes qui se sont occupes de ce sujet, que la Mylitta des Assyriens , qui fut TAlilath des Arabes , la Mitra ou Anaîtis des Perses et qui porta encore les noms de Nani , Nanea ou Anea , est la même déesse que les Phéniciens appeloient Astaroth (Astarté en grec). Pour ne pas répéter tous les arguments qu'ils ont aDégués-à l'appui de cette assertion , il suffit de faire remarquer la ressemblance entre le culte de la déesse dont Josia détruisit les tabernacles , déesse qui fut bien certainement rAstaroth des Phéniciens, et celui de la déesse de Babylone (^^)* La déesse dont Salomon embrassa le culte dans sa Tjeillesse est bien évidemment la même Astarotb ou Astarté (^^). Mais je renvoie mes lecteurs aux écrivains qui ont approfondi cette matière (^^)*
Les mêmes savants ont prouvé que cette Astarté est
(<^M Strab. p. 805. Herod. I. 93. Strai)on loue la fibéraTité des jeunes filles arméniennes envers leurs amants. Les Ljdiennes sont loin de mériter les mêmes éloges. Elles yendoient même leurs faveurs à un prix très élevé. Hérodote en fournit une preuve assez frappante. Selden (de Dis Syr. p. 285.) croit que le culte de cette déesse 8*est maintenu chez les Sarasins , sous le nom de Cabar ou Ciihar^ et, s*il en faut croire Philostrate (vit. ApoU. III. 1.), il seroit pénétré jusques dans Tlnde. cf. Hejne de Babyl. inst. relig. Comm. Soc. reg. Gôtt. T. XYI. surtout p. 38. et les passages de Justin et de Yalère-Mazime , cités par cet auteur..
(^») II Reg. XXIII. 7. Selden , de Dis Syr. p. 234 sq.
(<^») I Reg. XI. 5.
(^^) Selden, de Dis Syr. Synt. II. c. 2. On peut ajouter aux témoignages qu'il a cités Artemid. Oneirocr. I. 9. , qui assure que les poissons étoient aussi consacrés à Astaroth. L'opinion du prêtre phénicien rapportée dans T ouvrage de Dea Syria , attribué à Lucien , que le temple d' Astarté seroit celui d'Europe n*est autre chose qu'une interprétation euhémérique qui ne me paroit valoir aucune réfutation. Lucian. de Dea Syr. 4, (T. III. p. 453. éd. Hemst.).
encore la même déesse cpie les Syriens appeloient Addirdag , nom corrompu de diverses manières , Aiergatù , Adergatis , Adargidis , Derceto , Dercé , et qui , étant d'un sete équivoque {aqaivà^fiXvç) , n'est encore autre chose que la divinité d'Asdod qui portoit le nom. de Dagan , et dont la forme , humaine jusqu'à la ceinture , se terminoit en queue de poisson , animal qui lui étoit oonsapré aussi bien que la colombe (^^).
(^ ') On iroUYe les preuves de tout ceci chez Selden , de Dis Sjr. Synt. II. c. 3, 4 in. c. 2. p. 239— 243. D'après cet auteur ^rfdirdag signifie piscîs magnificuSé Ouzelius, dans ses notes sur Minucius Félix (p. 273 — 276.) , traite aussi en détûlle culte des poissons , la forme singulière d'Addirdagou Derceto et son identité avec Dagon. Selden , qui croit que cette déesse portoit encore les noms de Delephat et de Salamho , est d'ayis que les poissons lui . furent consacrés , à cause de la grande fécondité de ces animaux (p.284sq.). Creuzer paroit croire qu'Atergaiis et Astarté sont deux personnages différents , quoiqu'il avoue qu' Astarté et Derceto ne sont que deux noms d'une seule et même déesse (Hist. Gr. anUq. fir. p. 183.). Il me semble qu'il est impossible d'admettre l'identité de ces deux dernières, sans avouer en même temps celle des premières, car il n'est pas douteux que Derceto et Atergatis ne soient pas seulement la même déesse , mais aussi le même nom. Salmasius (Exerc. Plin. p. 574, cité par Creuzer) distingue Derceto et Astarté, et Yossius , qui fait la même chose , reconnoit cependant l'identité de Derceto et d' Atergatis (Tbeol. Gent. T. I. p. 89.). Les Grecs arrangeoient ces fables syriennes à leur façon. Yoyez p. e. l'histoire d' Atergatis , rapportée par Xanthus de Lydie , ap. Athen. YlII. 37. cf. Creuz. Hist. Gr. antiq. fr. p. 183. Ici Atergatis est une princesse qui fut noyée avec son fils Ichthys (le poisson) dans le lac d' Asoalon par Mopsus , roi de Lydie. Yoyez encore la fable d' Atergatis ou Derceto , aimée de Caystrus , fils de l'amazone Penthésilée . (ap. Schol. 11. B. 461.) , celle rapportée par Ctésias, qui raconte que Derceto fut sauvée par un poisson , après qu'elle se fut jetée elle même dans ce lac (ap. Ëratosth. Gatast. 38.). Le scholiaste d'Arate (ad vs. 239.) fait même mention d'une Dercé , fille de Yen us. Diodore (T. I. p. 116.][, enfin, raconte que Sémiramis, fille de Derceto, fut élevée par des colombes et que Derceto ellemême fut changée en poisson. Mais la finesse de l'inventeur de cette fiction est assez évidente , lorsqu'on voit qu'il fait deux personnages différents de Derceto et de Yénus, cf. Tzetz. Chil. IX. 502 ^. Je ne parle pas maintenant des explications de ces fables qu'on trouve, p. e., chez Cornutus, K. D. p. 147 in. (Opusc*
Origlm de V«- Or cette Addirdag on Dero^- ftit adorée
à Ascaloii(^^) , et ce fut d'Ascalon qae le culte de Vénus Uranie passa dans Tile de Chypre , d'après le témoignage des habitants de cette ile (^'). Les Phénieiens bâtirent un temple en l'honneur de cette déesse dans File de Gythère. Selon Pausanias , JBgée transporta son culte à Athènes , quoique d'autres font honneur de cette institution A un roi beaucoup plus ancien appelé Porphyrion , qui régna encore avant Actée (^•).
Et , pour qu'il ne reste aucun doute que cette déesse , transportée en Grèce par les Syriens ou les Phéniciens , soit la même déesse de l'amour dont nous avons parlé jusqu'ici , on n'a qu'à se rappder le motif qui , suivant la tradition rapportée par Pausanias , engagea ^gée à lui consacrer un temple à Athènes , par la raison que ce
Myth. éd. Gai.). Il suffit deyoir, par tes exemples que nous venons de eiter, quel fut le sort des fables étrangères, lorsque les Grecs s* en emparèrent.
(«^) Diod. Sic. T. I. p. 1 16. Luc. de Dea Syr. 14, 45 (T. III. p. 459, 460, 483.) ; cf. Selden, de Dis Syr. p. 280.
(^^) Il ne nous importe aucunement de décider si la ville de Paphos , dont il est ici question , exîstoit déjà alors ; car on^sait que Tîle entière portoit anciennement ce nom. Voyez Meurs. Cypr. p. 8. Voyez le même, p. 43 , au sujet du temps de la fondation de la ville de Paphos. Pausanias parle d*un endroit de cette île , appelé Golgi, où Vénus auroit été adorée avant la fondation de Paphos. Vlil. 5. 2.
(^^) Herod. I. 105. Pans. I. 14. 6. Lorsque Pausanias dit, dans un autre endroit (III. 23. 1 .) , que le temple de Cythère est le plus ancien de tous les temples grecs de Vénus , il ne parle sans doute ainsi qu'à l'exception du temple de Chypre ; car, dans l'endroit précité , il assure que ce dernier temple fut le plus ancien , ce qui est aussi bien plus vraisemblable et se confirme par le témoignage d'Hérodote, qui donne le premier rang au temple d'Ascalon, le second à celui de Chypre , le dernier enfin au sanctuaire de Cythère. La fiction d'Hésiode , qui fait arriver Vénus de Cythère en Chypre (Th. 192 s({. cf. Diod. Sic. T. I. p. 394) , ne paroît pas devoir nous arrêter ici , aussi peu que les mensonges des Cretois , qui prétendoient que non seulement la Vénus d'Éryx et de Paphos, mais la déesse des Syriens même étoit d'oriffine Cretoise. Diod. T. I- p- 393.
prince attribuoit la stérilité de son épouse à la colère de cette déesse. Encore , Hérodote assure que la même di- Tinité punit les Scythes , qui du temps de Psammétique firent une invasion en Asie et pillèrent son temple , par une maladie qu'il appelle une maladie de femme , particularité qui ne semble laisser aucun doute sur la nature et les fonctions de cette déesse (^^).
On me dira peut-être que, tout en avouant qu'il soit possible que le culte de Vénus Uranie ait été transplanté do Syrie et de Phénicie en Grëce , on n'est pas forcé de rejeter l'existence du culte d'une déesse indigène à qui Ton attribuoit les mêmes fonctions , avant que la déesse d'Ascalon fût connue en Grèce (^°). Nous répondons que , tout en admettant la possibilité de l'existence d'un semblable culte , nous n'en trouvons aucune trace , et que ^ comme tout ce que nous savons de la Vénus qu'adoroient les Grecs indique son origine phénicienne , il est évident que , s'il» ont eu une déesse indigène , avant quils aient connu celle de la Phénicie , cette divinité indigène , a été cntièremeni oubliée , ou qu'elle s'est si bien amalgamée avec sa compagne que celle-ci l'a totalement obscurcie , ou , pour ainsi, dire , absorbée. Nous n'avons qu'à ouvrir Homère ou Hésiode, pour nous« convaincre que la déesse de Tamour est constamment dés^née par l¥pithète de chyprîenne r
(^^) On trouve les différentes opinions sur cette maladie chez M* Larcher, Hérodote, T. I. not. 266. Hérodien (V. 6. 10.) appelle Vénus Uranie Astroarchey corruption évidente d'^#/ar/é.
C^) Voyez Voss. Mythol. Br. T. H. br. 36. Je pensois ainsi moi-même lorsque j'écrivis mes remarques sur les découverte» de Champollion (Icts over Champ, p. 108 fin. 109 in,). Je vois maintenant que je me suis trompé/ M. Clavier distingue la Ténus Uranie de celle des Grecs , et il croit qu« le culte de celle-ci avoit été institué par Orphée pour contenir fa licence des pompes célébrées en rhonneur de la première (Hist. des prem. temps de la Grèce , T. I. p. 93—95.). Mais je dois avouer que je ne vois goutte dans le désordre que met cet auteur dans les rangs des divinités grecques, en les confondant indistinctement les unes avec les autres.
exemple qui a été sum par tous les poSles grecs et ro* mains. La Vénus d'Éryx , dont le temple fut bâti par ua Grec y a toujours été l'objet de la vénération la plus assidue des Carthaginois , ce qui prouye qu'ils la regardoient comme la même déesse que celle qu'ils adoroient à Carthage. Or les Carthaginois étant Phéniciens d'ori* gine y il est plus que probable que la déesse de l'amour de ces peuples n'étoit autre chose qu'Astarté(''). Et, quoiqu'il ne soit point nécessaire de croire que la fable qui fait naître Vénus du fond des mers soit dérivée de l'opinion des Syriens, qui lui consacroicnt les poissons (^^) , il parott néanmoins assez naturel de croire que les colombes n'auront été consacrées à Vénus , en Grèce, que parcequ'elles l'étoient auparavant en Phénicie(^^). n me parolt même assez vraisemblable que la Vénus armée qu'on trouvoit en plusieurs endroits de la Grèce doit son origine à l'opinion des peuples de l'Asie qui atlribuoit à cette déesse un sexe équivoque (o^ff^tro^^- ^vç) , opinion qui explique la coutume de ces peuples de faire assister à son culte des hommes en habits de femmes et des femmes en habits dliommcs (J^).
Je sais qu'on a souvent expliqué le nom de Vénus liranie comme une indication de l'amour pur et éloigné de toute sensualité. Je sais que Pausanias expliqua ainsi le nom de la statue de bois érigée à Thèbes, par ordre d'Harmonie , et qu'il ajoute que la Vénus Pandémos
(^') Diod. Sic. T. I. p. 326. Hérodien assure que Didon transporta le culte de Ténus Uranie de Sidon à Carthage. Y. 6. 9.
(^^) Cf. Selden , de Dis Syr. p. 284. Je ne le crois pas , pareeqne cette fiction n*est pas la plus ancienne. Chez Homère Yénus est la fille de Jupiter et de Dione.
(7») Cf. Selden, de Dis Syr. p. 274.
(^^) SuiTant Philochore on obsenroit la même coutume en Chypre. Voyez le fragment de cet auteur chez Macrobe (Saturn. III. 8. in. cf. Selden, de Dis Syr. p. 280 sa.) , qui parle même d'une statue de Vénus barbue dans cette ue. Voyez la conjecture de Larcher sur ce passage , in Philoch. fr. éd. Lenz , p. 19.
consacrée par la même princesse signifie Famour vulgaire et sensuel (^^), signification qu'y attacha aussi Solon , lorsqu'il fit bâtir un temple en l'honneur de la même ^déesse à Athènes (^^). Mais nous n'avons qu'à jeter les yeux sur le culte de Mylitta à Babylone , d'Astartë en Phénicie et de Vénus Uranie à Paphos ; pour nous convaincre que l'ëpithète d'Uranie , que Ton donnoit à cette déesse en considération de son origine asiatique , ne désigne rien moins qu'un amour platonique. D^ailleura nous verrons bientôt que cet épithète avoit une origine bien différente de l'explication qu'en ont donnée quelques philosophes grecs. Encore , Vénus Pandémos signifioit aussi peu la déesse de l'amour sensuel, par excellence, que Vénus Uranie celle de l'amour pur et spirituel. C'est Pausanias lui-même qui nous en fournit la preuve. Selon lui Thésée donna cet épithète à Vénus en commémoration de la réunion du peuple entier ^soua un seul et même gouvernement (^^).
Mais , quoiqu'il me semble prouvé que la Vénus des Grecs «oit d'origine asiatique , je ne prétends pas nier qu^elle est devenue une déesse absoliunent différente sous la main des peuples qui adoptèrent son culte. En effet , l'aimable fille de Dione , rayonnante de jeunesse et de beauté, aux yeux bradants de volupté , au • sein palpitant d'amour et ornée de sa ceinture magique , ne pouvoit naitre que dans la Grèce , et elle ne surpasse pas moins son modèle de Syrie , que les chefs-d'oeuvre de Scopas et de Praxitèle ne surpassent les figures hideuses qu'on adoroit à Asdod et à Ascalon.
Après les réflexions qu'on vient de lire , je ne crois pas qu'il soit nécessaire de prouver que la Vénus des Grecs
(^') Paus. IX. 16. 2.
(^<^) Nieander ap. Athen. XIII. 25.
C^) Paos. I. 22. 3. cf. fragm. ApoUod. T. IV. p. 1056. éd. Heyn.
est aussi peu la déesse Artimpasa des Scythes (^®), que la F'énus d'or que Ghampoliion prétend avoir trouvée en Egypte (^^). Nous la dtercherons bien moins encore dans le déluge , 4CQminé le fait M. Ritter (^^)i Origine de* fa- L'Egypte cependant nous oflFre un autre
blés d'Adonb. . ^ .
point de vue que nous ne pouvons nous empêcher ici d'examiner. Les fêtes lugubres qu'on célébroît à Byblis en Thonneur d'Adonis , suivies d'expressions de joie immodérée , à l'occasion de sa résurrection , avoient une si grande ressemblance av^c les fêtes qu'on oélébr<^ en Egypte en l'honneur d'Osiris que les ByUiens alloient même jusqu'à assurer que leurs fêtes fur^ii instituées en mémoire d'Osiris , aussi bien que celles des Égyptiens. Cette ressemblance et la tradition de la tête flottante qui abordoit chaque année de l'Egypte en Pbénicie (®') prouvent assez bien qu'au moins du temps de l'auteur dont nous tenons ces rapports les Phéniciens crdyoient que leur Adonis devoit son origine à l'Osiris de l'Egypte , et que ses fêtes furent arrangées d'après le modèle de celles que les Egyptiens câébr(Sient pour leur divinité (**). , U est vrai que ces particularités ne sont mentionnées que par un auteur trop moderne pour que spn témoignage seul puisse entraîner notre suffrage , mais , suivant Apollodore, Hésiode a déjà fait mention d'Adonis, et Panyasis, dans un de ses poèmes , rapporte la naissance d'Adonis ,
(y«y Herod. IV. 59. {^9) Panth. Égypt. Litr. XII. pi. 18. A.
(^^) Vorhalle, p. 433. La preaVe est la fable de Deuealion, fondateur présamé du temple de la déesse d'Hiérapolis, qu*oii trouve chez Lucien.
(«') Luc. de Dea Syr. 6, 7 (T. IIL p. 454, 455.). Ce qui est appelé ici une tête est ailleurs une boite de papyrus, daas laquelle les Alexandrins transmettoient une lettre aux Bybliens, pour, les avertir qu* Adonis perdu avoit été retrouvé. "Voyez Selden , de Bis Syr. p. 333 , 334. Sur la conforinité du temps où Ton célébroit «es fêtes, voyez p. 335.
(^^) Cette ressemblance a été remarquée et indiquée par plusieurs savants, \A% que Jablonski, Selden, Creuzer, Hu{[, Sylvestre de Sacy.
l'inimitië de^ Vénus et de Proserpine , à son sojet , et sa mort occasionnée par la morsure d'un sanglier (^^). Or c'étoit cette mort qu'on célébroit dans les fêtes funèbres , et d'ailleurs le nom même d'Adonis (Adonai , Seigneur) indique assez clairement l'origine du personnage aussi bien que celle des fables qu'on racontoit à son sujet. Je ne crois donc pas que nous soyons très éloignés de la vé* rite 9 en admettant que les fables et les fêtes d'Adonis sont upe imitation de celles d'Osiris , et que les Phéniciens les ont transportées de l'Egypte en Grèce. Il est au moins très probable que les Chyprieas aient reçu les Adonia des Phéniciens (^^) ; et Tçu sait que les Athéniens les célébrèrent aussi dans la suite (^^).
Après cette excursion sur Adonis , nous retournons à la déesse de Tamour des peuples, de TAsie.
Cette déesse occupoit le premier rang panni celles qu'adoroient les Orientaux. Dans l'écriture sainte Baal et Astaroth sont tes deux principales divinités des peuples payons, voisins de la Judée (^^). Baal et Molis , qui assurément n'est autre chose que Mylitta , sont invoqués ensemble par l'Assyrien Nanybrus , chez Nicolas de Damas (^^)* Baal fut le dieu suprême des Phéniciens , Astarté , sous le nom de Badltis (la Reine) , leur, première déesse. Baal fut le maitre , le seigneur du ciel (Baàl-Scha-
(8») ApoUod. m. 14. 3, 4. cf. Anton. Lib. 36. Hygin. fab. 58. et les auteurs cités par Heyne, ad ApoUod. T. III. p. 827 , 828. Sur Adonis et les variantes de sa faÛe voyez Ptolem. Heph. f. p. 306 fin. (Hist. poèt. scr. antiq.) cf. p. 319, 328, 336, 337. Tzetz. ad Lyc. 831. Schol. Hom. II. E. 385.
(8^) Steph. Byzanth. in v. '^^^cc^sç. Il porte ici le nom à^Ado'-
(•*) P. e. Paus. II. 20. 5. M. Sylvestre de Sacy croit que le TbÀmmuz étoit une divinité étrangère dont les Phéniciens avoient adopté le culte, mais que, dans leur langue , ils Tappeloient Adonai, titre qu'on donnoit aussi aux autres dieux. Voyez S. Croix , Myst. du Pagan. T. II. p. 101. not. 3.
(8^) Jud. II. 13.
(87) Nicol. Dam. fragm. éd. Orell. p. 20 fin.
nuâm), Astartë la reine du del (Baaletli4(chaiiiuiii)(*'). Or y comme cette qualité de Baal donna lien aux Grecs de le regarder comme le prototype du dieu auquel ils assignoient le premier rang , et qu'on le nomma par conséquent tour-à*tour le Ciel , Saturne et Jupiter , le même motif les engagea à croire que la première déesse des Orientaux , TAstarté des Phéniciens , étoit le modMe de la compagne de chacun des trois monarques de l'univers , qui , suivant leurs ùMes , régnèrent successivement l'un après l'autre. D n'est donc pas étonnant que , tandis que quelques-uns nous assurent que Baâltis ou Astarté étoit la Terre , d'autres veuillent qu'elle soit Rhéa , tandis que d'autres encore prétendent qu'elle n'est autre chose que Junon (««>).
RépoDie à la Nous verrons bientôt qu'il est impossible
SuestioD si U i ■« / . . ?
éeste de l'A- V^^ 1^ deesse asiatique dont nous nous oo-
•ieapudoDiierciipoQs ici soît la Terre. Il est d'ailleurs
ueu au culte de * .
la Terre, chez certam que cette opinion se fonde principales Grecs. lement sur une interprétation allégorique des attributs qu'on donna à cette déesse, dans les monarchies grecques, des Seleucides et des Ptolémées ('^). On conçoit aisément qu'il n'a pas dû paroitre très difficile de changer la déesse qui préside à l'union des deux sexes et à la conservation de l'espèce en celle qu'on regardoit anciennement conime la source de la vie et de la fécondité tant des hommes que des animaux et des plantes. Nous renvoyons d'ailleurs à ce que nous avons dit sur l'origine du culte des parties de l'univers.
C) Je tiens la plus grande partie de ce qae j*avance ici de Selden, de Dis Syr. p. 245—249.
("^) Hesychius, p. e. , traduit le mot Belthes^ qui est bien certainement le même que Baaltis , par Junon , aussi bien que par
(^°) D'après Lucien et Slacrobe. Yossius (Theol. Gent. IL 55.) , non content de prendre cette déesse pour la Terre , y voit encore l'Eau et l'Air (ib. 76.).
Oa à celui de C'est une autre question de savoir si la
Rhéa
déesse de l'Asie a pu donner lieu au culte de Rhëa ; et c'est ainsi que nous retournons au point d'où xious sommes partis d'abord.
Les habitants de FAsie-niineure adoroient une déesse qu'ils appeloient la mère des dieux et , d'après les lieux consacrés à son culte , Cybèle , la mère Dindymène , Sipylène , la déesse de la Phrygîe , de Pessinùs , du mont Ida; et les auteurs grecs nous assurent presque d'un commun ïiccord que c'étoit la même déesse que la Rhéa de l'Europe (s>^).
Nous ne noms arrêterons pas pour réfuter les prétentions des Cretois , des Arcadiens et des Béotiens , qui tous assuroient que Rhéa avoit yu le jour dans leurs provinces. Nous examinerons «ncore moins où Arnobe a pu puiser le conte qu'il rapporte , que la mère des dieux soit née des pierres jetées par Deucalion et Pyrrha (^*). Nous n'entrerons dans aucun détail sur la tradition qui attribue aux Amazones l'institution du culte de celte déesse , dans Vile de Samothrace C^*) , nî «w 1© rapport de Néanthe de Cyzique , qui prétend que les Argonautes avoîent bâti un temple pour Rhéa dans sa ville natale (^^)9 ni enfin sur lo conte des Magnésiens , qui assuroient que le temple le plus ancien de cette déesse étoit celui qui avoit été bâti , selon leurs traditions , à Sipylus , par le fils de Tantale (^*). La déesse de Hiérapdis , bien qu'ello
(^») Slrab. p. 718. C. 719 in. cL p, 852. ^. et les auteurs cités par Yossius, Theol. Cent II. 52.
(«^») Arnob. c. Cent V. 8.
(^a) Diod. Sic. T. I. p. 223 fia. 224 in.
(^*) Ap. Strab. p. 76. B. et p. 862. ^. Selon Apollonins de Rhodes (Argon. I. 1134 sq.) Rhéa étoit déjà adorée sur le mont Dindymus, avant FarriTée des Argonautes , mais ils furent les premiers qui instituèrent des danses en son honneur , imitées ensuite par les Phrygiens.
(^«) Paus. (IL 22. 4. cf. V. 13. 4. et la note sur le nom P/«lène qu'on lui donna. D-après la Chronique de Paros on aToit
oonvienne sous plusieurs rapports avec Rhëa , dont eDe a plusieurs aliributs , appartieni entièremeut au siècle des Sëleuddes (^^) , et la Rhëa de Babylone , dont parle Diodore , si elle n'est pas aussi récente , est certainement une imitation de celte de la Phrygie ou de la Grèce (^^). Mais. nous nous contenterons de deux observations qui ^ ce me semble , suffisent pour déterminer notre opinion sur l'origine de 'Gybèle. La première est que les fables qui se rapportent à cette déesse (^^) ont une grande ressemblance avec celles qui étoient en Togue à l'égard de la Vénus de l'Asie et d'Adonis , dont nous venons de reconnoitre l'origine égyptienne. Le thème de tous ces contes d'Osiris et d'Isis , d* Adonis et de Vénus , d*Atys et de Gybèle est absolument le même. C'est toujours un dieu et une déesse, amoureux l'un de l'autre^ le dieU est vaincu ou tué par quelque divinité ennemie, la ^déesse déplore sa mort ou s'expo&e aux plus grands dangers , pour le yenger, et parvient enfin à le ressusciter (^^). On peut
déjà bâti un temple pour Cybèle ea Phrygie, 1242 ans ayant la eompoûtioB de cette Chronique, c*est à dîre 1500 ans ayant J. C. Yoyez Bôttiger, Kunstmyth. p. 292. not. 1.
(^<^) Luc.deDeaSyr. 15. (T. n.p.461 , 462. cf. 32. p. 478.). La mutilation des prêtres a ici aussi une cause très différente de celle qui donna lieu à cette coutume barbare parmi les prêtres de Cybèle. C'est rhistoire dégfoiitante de Combabus à qui on la rapporte, (ib. 19— 27. p. 466— 473.) <
(^0 Diod. Sic. T. I. p. 123. On peut faire la même réflexion sur le rapport de Macrobe (Saturn. I. 23 un. p. 336.) , qui assure que la statue d'Atergatis ctoit aussi accompagnée de lions.
{^^) On trouye ces fables racontées en détail par Arnobe (c. Gent. V. 5 — ^7.) , d*après Timothée, et par Pausanias (VII. 17. 5.), d'après Hermésianax. cf. Diod. Sic. T. I. p. 226, 227.
(^^) M. Hamaker, l'un des plus savants orientalistes de notre pays , a trouvé sur des monuments carthaginois les noms de Tholad et de Tholaih , qu'il croit être des épithètes de Baal et de Baaltis ou Astaroth. Il fait remarquer, à cette occasion , la conformité entre ce Tholad et Osiris , Thammuz , Adonis. Diatribe aliquot monum. Pun. nuper in Africa repertorum interpretationem exhibens. Hérodote nous apprend que les Arabes adoroient le même dieu , sous le nom d*Orotal, et, comme nous l'avons remarqué plus haut , la même déesse , sous le nom d'Alilath. III. 8.
faire la même observation à l'égard du culte des deux déesses. La déesse de la haute-Asie fot d'un sexe équivoque. Ses prêtres portoient des babils de femmes , Iqs femmes , qui officioient dans son temple ou qui lui of*^ froient des sacrifices , des habits d'hommes. Or , les prêtres de Gybèle, nou contents de changer d'habits , se rendoient entièrement semblables aux femmes par une mutilation des plus humiliantes et des plus doukrarettfles(^<»^).
La çeconde observation que nOus croyons devoir faire îd ne tend qu'à rappeler à mes lecteurs l'endroit de Slrabon , où cet auteur assure que les cérémonies en usage dans le culte de là mère des dietix sont les mêmes que celles instituées en Thrace en l'honneur des déesses Cotys et Bendide('^'). Or, comme nous avons déjà vu que ces cérémonies ont passé de Thrace en Phrygie , et qu'elles n'ont pas été transmises aux Thraces par les Phrygiens , il faut st^poser que Strabon parle ici d'autres cérémonies que de la mutilation des prêtres , ce qui se confirme par ce qu'il ajoute , savoir que ces rtêroes cérémonies étoient encore conformes avec les rites du culte de Bacehus à Athènes , où il n'a jamais été question de mutilations. Aussi est-il assez évident qu'il parle de la musique et du chant.
En rapprochant donc ces deux observations^ j'en conclus
(**»®) Yoyez les auteurs cités par Selden , de DîsSyr.p.280-284, Yoilà aussi pourquoi le Seigneur défendit aux Israélites d*habiller les hommes en femmes et de donner des armes aux femmes. Bottigcr (Kunstmyth. p. 285, 286) fait observer que la couronne de Cybèle n'est autre chose qu'un turban , et par conséquent d'origine asiatique. La déesse de Pessinùs porte aussi quelquefois le nom ^ AngiâMh , ^nom affecté également à la déesse de T Asie-supérieure. Strab. p. 851 fin. 852 in. Cornutus (N. D. p. 146. Opusc. myth. éd. Gai.) croit o^AtergatU et Cyhele sont àts noms différents d'une seule et même divinité. Selden (de Dis Syr. p. 255 sq,) ne paroît pas douter que la mère des dieux ne soit la déesse des peuples de l'Asie. ('<*') Strab. p. 721 B. , 722.
qu*il est très vraisemblable que la Cybèle des Phrygiens soit raie imitation de la déesse de la haute-Asie, mais qu'on ait introduit dans son culte des oérëmonies et des rites empruntes aux nations européennes au-delà de l'Hellespont.
Quant k Rhéa , je n'ai pu me persuader qu'elle soit absolument la même déesse que Cybèle. Il me semble que la différence qu'il y a , soit entre l'histoire soit entre le culte de ces deux déesses nous empêche d'embrasser cette opinion ('^^). Aussi voit-on que les Grecs les distinguoient soigneusement. A Dyme et à Patres il y avoit un temple de Cybèle et d'Atys et un autre de Rhéa (" *). Cependant la .probabilité que les fables de la mutilation du ciel aient été empruntées , soit aux cérémonies usitées dans le culte de la déesse de la Phrygie , soit aux traditions d'Osiris , dont ces cérémonies ,me semblent dériver également , et que les traditions à l'égard de la cruauté de Saturne envers ses enfants doivent leur origine aux sacrifices inhumains des Phéniciens en l'honneur de Moloch ou de quelque autre divinité , me semble nous donner le droit de croire que la Rhéa des Grecs doit au moins son origine à la compagne du dieu qui peut avoir fourni l'idée du culte de son époux , d'>où il résulteroit que oette déesse , sans
(s^s) Je ne yenx pas aUëgaer ici ropinion de ceux des auteurs anciens qui ont pris Cybèle pour la Terre. Voyez , p. e. , Soph. Pbil. 391 sq. et Apdl. Rhed. I. 1141 sq. cf. Schol. ad h. L; car on a fait la même chose avec Rhéa , et d^aiUeurs cette opinion parolt aussi fausse à Pégard de Tune qu'à Tégard de Tautre de ces déesses. Dans le cas où Cybèle seroit une imitation de la déesse de la haute- Asie , comme nous croyons avoir prouvé , elle n'est certainement pas la Terre , parceque cette déesse ne Tétoit pas ; et , pour se persuader que Rhéa est un personnage entièrement différent de la Terre, on n'a qu'à ouvrir Homère ou Hésiode.
(i«>s) Faus. VII. 17. 5. ib. 20. 2. Téleste de Sélinonte rapporte que les compagnons de Pélops furent les premiers qui introduisirent en Grèce la musique dont on se servoit dans le culte de Cybèle. ap. Athen. XIV. 21.
être la même que Cybèle , fut néanmoins redevable de son existence à œtte divinité.
Cette opinion au moins me semble pins probable que oeUe qui fait dériver la Rbéa des Grecs de la Netphé des Égyptiens {^^ ^) , ne fut ce que par la plus grande facilité du commerce entre les Phéniciens et les Grecs qu'entra ceux-ci et les Égyptiens.
Le même motif qui nous a bit commencer cet examen sur Torigine de Rhéa par celui sur Torigine de Vénus nous engage à poursuivre cette matière et à donner , en même temps 9 notre opinion sur l'origine des autres déesses grecques que quelques auteurs ont représentées comme des imitations de celle de l'Asie.
Ou à celui de If qus avons dit que la même raison qui a
fait regarder cette déesse comme le froioijpe de la Terre et de Rhéa l'a aussi fait prendre pour le mo-* dëie de Junon. Mais , comme il ne me parolt pas probable qu'on se soit deux fois servi de la même déesse pour en faire une déesse grecque cpii avoit absolument les mêmes fonctions , celle de compagne du dieu suprême , je crois que Junon ne peut être dérivée de la déesse de l'Asie 9 par cela seul qu'il paroit assez probable que eelle-ci ait donné lieu au culte de Rhéa.
Mais d'ailleurs je crois que nous ne nous tromperons pas en prenant Junon pour une divinité d'origine pélasgique.
Il e^t vrai que nous ne pouvons pas alléguer en faveur de cette opinion les prétentions des Cretois ni celles des Arcadiens , dont les premiers veulent que Junon soit née, et les derniers qu'elle soit élevée dans leur pays ('^').
(*•*) Champollion, Panth. Égypt. Livr. XIII. pi. 36. cf. leU OTer Champ, p. 137 — 140. La Rhéa des Égyptiens est la mère d*Oftiris et d*lsi$, et non de Jupiter et de Junon (Ammon et Saté) » comme chez les Grecs.
C^») Paus. VIII. 22. 2.
Noos eonoetons aisëment qm les Argiens elles Stmiieiis, qui l'adoroient plus qu'aucune autre divinité, reTendîquoient oet honneur chacun pour soi avec une égale ani-' mosilé ('^^). Cependant ces traditions , surtout celles de» Argiens C®'), semblent au moins prouver que le culte de Junott fut l'un des plus anciens de la Grèce , et les soupçons qu*elles font naitre à Tégard de l'origine de cette déesse sont pleinement confirmés par le témoignage d*Hérodoto, qui place Junon parmi les divinités dont les noms n'ont pas été empruntés aux Égyptiens (' ^ *). Et , comme oet auteur ajoute qu*il croit que ces divinités sont d*origine pélasgique , comme le frère et Tépoux de Junon étoient de la même origine (' ® ^) , et , enfin, comme Déilys d'Halicamasse lui assigne celle origine en propres. termes C^)f
('**) Dans YArgoVide le» monfagnes et les lieux à 1* en tour da grand temple de Jnnon , près de Mycènes , portoient les noms des Njmphes qui auroient soigné son éducation. Paus. II. 17. 2. Les Sainiens,'au contraire, prétendoient que la déesse avoit reçu le jour dans leur île , et que son tempre y a?oit été bâti par les Lélèges et les Nymphes « tandis que les Argiens assuroient que son culte avoil été transporté d*Argos à Samos par les Argonautes. Paus. YII. 4. 4: Menodotus Sainius ap. Athen. XV. 12.
('^^) Surtout celle de la dispute de Junon et de Neptune, an su-" jet de la possession de TArgolide, décidée en faveur de la première par le fleuve Inachus, le père du premier roi de cette contrée. Paus, II. 15. b, L*histoire du culte de Junon commence avec rhistoira du pays. On disoit que la statue la plus ancienne de Junon, faite de bois du poiner sauvage, avoit été dédiée par Pirasos, fils d; Argus. Paus. II. 17. d. cf. Heync ad Apollod. p. 280.
('^^) ChampoUion cherche à défendre Topinion de Diodore (T* I. p. 17.) ft de Porphyre (Abstin. 11.55.), qui dérivent Junon d*ttae déesse égyptienne, contre Hérodote (II. 50.): n^s la seule preuve qu'en apporte M. ChampoUion est une inscription du siècle de Ptolémée £uergète II , dans laquelle le nom de Salé ou Saiis est traduit par Hère (Panth. Égypt. Li?r. VII. pi. 7. uâ. pi. 7. B. Livr. XIII. pi. 19, ^.), ce qui ne proute nen si non que du temps de Ptolémée Euergète II Ton regardoit Junon comme la même déesse que Saié.
(*°^) Nous le prouverons sous Tarticle de Jupiter.
(**°) Dion. Hal. p. 17. Vénus-Junon (Aphrodite -Hère), qu'on adoroit à Sparte (Paus. IIL 13. 6.), n*est autre chose que Vénus à laquelle on a donné les attributs de Junon , ou, comme Siebelis
je crois que nous avons le droit de regarder Junon oonme une divinité pélasgîque. Que si l'on me dit que les Pélasges ont emprunté leurs dieux à TAsie , je répondrai que je ne le crois pas , et qu'il est au moins aussi impossible de le prouver que l'origine asiatique des Péiasges eux-mêmes , puisque , comme nous Tavons vu , dans le commencement de cet ouvrage, nous ne pouvons jamais retracer leur origine plus haut que dans la Grèce même. Ou à celui de Les orientalistes nous apprennent que le
roi et la reine du ciel qu'on adoroit en Asie nMtoient d'abord autre chose que le soleil et la lune (* * ')♦. S'il en est ainsi, il est bien certain que celte reine ne peut pas être la Terre. £t quant au culte -de la Lune chez les Grecs , nous n'avons qu'à répondre par deux observations. La
Texplique très bien , la déesse de Tamour conjugal. CreUzer (Symb. T. IL p. 564.) en juge différemment, mais, comme ce tarant n'a pas remarqué que la Junon Hyperchirie, à la quelle on avoit consacré un temple, en mémoire de son inierventi on bienfaisante, lors d'une inondation causée par le débordement de TEurotas, dont Pausanias ])arle un moment auparavant, n'a aucun rapport avec la statue de bois de Vénus- Junon , tout ce- qui suit doit nécessairement manquer de fonAeinent: »Hier sehen wir so recht die alte Naturgottin , die ihre beiden Aerme ansbreitet, die in Flulhen der Wasser .sich kund giebt, die (N.B.) dem Monatsflusse der Frauen yorsteht , die die Ehe einseg^net; — sie ist an Wasserfluthen Babjlons geboren ; und dieselben Weiden , an denen Israëls verbannte Sànger ihre Harfen aufhangen, wolben sich der Gottin zum àltesten Tempeldach,^' — etc. etc. »Das ist," selon M. Creuzer, »der Geist der allegorischen Sprache religioser Vorzeit." — ^, Clavier (Hist. àe& prem. temps de la Grèce, T. L p. 34 — 36.) tache de prouver , par la transposition de quelques lettres, que la Terre, Rhéa, Junon, Cérès ne sont toutes qu'une seule et même déesse. Je ne crois pas qu'on exige que je réfute ces opinions. Je puis me contenter de répondre au premier de ces auteurs par l'endroit même de Pausanias qu'il cite , et à l'autre par Homère et par tous les poètes anciens.
(**') Voyez les endroits cités parSelden, de Dis Syr. p. 114, 115, 244 , 248 , 249 , 288 et p. 240 , où il parle de son sexe équi- Toqne. Il me semble cependant que ce savant auteur eût pu se passer de cette tête de taureau dont. parle le Fseudo-Sanchoniathon , p. 243 fin.
première c'est que la Yénus des Grecs , qui pardi deToir son existence à la déesse de l'Asie , n*a jamais été la lune; et l'autre que les Grecs adoroient cet astre long^ temps ayant d'adopter le oïdte de Yénus* Ou à celui d* Selon les mêmes auteurs Alilalh , TÀs-
tarte des Arabes , est le même personnage que la Lilith des Hébreux , déesse malfaisante qui tourmente les femmes en couche. Nous nous garde]:on8 bien de leur contester ce résultat de leurs recherches. Mais, comme ils nous assurent que cette Lilith est l'Ilithyîe des Grecs et la Lucine des Romains , nous prendrons la liberté d'être d'un avis différent (>''').
Nous ne parlons pas maintenant de la déesse romaine , quoiqu'il puisse paroltre bien plus facile de faire dériver la Junon-Ludne de la Junon des Grecs , la mère des Bilhjîes , la déesse tutélaire du beau sexe , et de se contenter de la dérivation du mot Luctna de lux , que d'en chercher l'origine en Arabie , quand même il seroit yrai , comme on le prétend , que Lilith eut la même signification^
Nous ne dirons pas davantage sur l'origine du mot grec Ilithyta. Nous nous contenterons d'observer que , s'il est vrai que Lilith fut une déesse maUeûsante , cela seul prouve qu'elle ne put pas avoir donné lieu au culte de Lucine, puisque Lucine étoit une déesse bienfEÛsante, dont le secours étoit réputé nécessaire pour effectuer l'aocouchement.
Il est vrai qu'Homère la désigne par un epithète qui indique les douleurs qui accompagnent cet important phénomène , et qu'il lui attribue même des flèches dont eKe frappe les femmes en couche : mais il n'est pas moins vrai que la manière dont il parle de cette déesse prouve qu'on regardoit son influence comme aussi nécessaire à la délivrance que les douleurs mêmes dont on crojoit qu'elle
(*") Sddcn, de Dis Syr. p. 249 sq. Creuzer, Symb. T. L p. 734 sf{. ^
ëtoit la cause. Comment , en effet , expliquer autranent ce que cet auteur nous apprend sur Junon , qui retint les Lucines (il en parle ici en pluriel) y lorsque le terme de la grossesse d'Alcmène approehoit, pour empêcher quHercule ne naquit ayant Eurysthëe (^ ' ^) ? Junon en agit de même à l'égard de Latone , dans le premier hymne homérique ; et Lucine , appelée par les autres déesses , absolu, ment comme une sage femme , et invitée par l'appât du gain , s'approche à peine de Latone que celle-ci éprouve les douleurs de l'enfantement et est délivrée bientôt après ('^^). Ce n'est donc pas sans raison que Pindare donne à Lucine l'épithète de bienveillante , et que , suivant lui , Apollon l'envoya avec les Parques à Coronis , pour la secourir dans ses couches C'). Voilà aussi la raison pourquoi on lui consacra des temples » par reconnoissance pour son influence salutaire C^} > et pourquoi on la représentoit couronnée de dictame, plante qu'on croyoit accélérer et faciliter le travail des femmes en cou-
("») Hom.ll. r.ll9.
cf. Apollod. II. 4. 5. (p. 103.). Il y ayoit aussi an temple de» Lucines (en pluriel) à Mégare. Paus. I. 44. 3. Il n*y a qu'Antoninus Liberalis (26.) chez lequel les Parques et Lucine empêchent la délivrance dÙlcméne, mais elles le font ici par une sorte d^enchantement que les femmes des Grecs modernes ne craignent pas moins que celles de leurs ancêtres , c'est à dire en pliant les doigts. C^) Hymn. Hom. I. 89 sq. Latone ayoit été tourmentée pendant neuf jours et neuf nuits par de £iusses douleurs:
êitx* ànl J^Xs Jtfiai/vt /loyoçouoç. ElXtl&v^a y â-i] Tort Tfjy Tonoq tlXe , //tfvoiifijatr ai Têxio&at» ("«) TtçaiJ^^fiT^q 'EXtv&w. 01. VL71.
(''^) P. e. pour la délivrance heureuse et presque miraculeuse d'Augé. Paus. VIII. 48. 5. cf. Nonn. III. 334. ElXd&v^aïf — nirtqov iXaççifsaav-roKiToVo, Dans uu autre endroit (XXV. 41.) il donne même le nom d'ElXêl&vka à la faucille de Persée, qui, en répandant le sang de Méduse, donna Tezistence au Pégase.
FoQyéwoq EUti^v^u fioroçéuoç ïl&çkOtif â^^rif- 4 XXZVIII. 281.
€lie('^'). Eq un mol , 3 n'y a aucon des autctm anciens , sans en eioepiter les allëgoristes , qui ne prennent Lucine pour une divinité bienfaisante C ')•
Par conséquent , tout en permettant aux orientalistes de regarder la déesse de Tamour comnie un esprit malin et d'attribuer aux peuples de TAsie l'opinion que la lune , dont plusieurs nations croyoient l'influence salutaire pour la menstruation et pour l'accouchement même , chez la femme , est tellement acharnée contre elle qu'elle aiguise les douleurs de l'enfantement et qu'elle rend encore plus pénible le travail nécessaire à la délivrance , tout en leur passant cela , nous les prions de croire , à leur tour , que notre Lucine n'est pas si mal intentionnée et que c'est une
C^) Schol. Arat. 33. Il n'en fut pas autrement chez les Romains. Horace, dans le commencement de son Carmen seculare, 8*exprime en ces termes :
Rite maturos aperire partus Leni9 llithyia.
Qui d'ailleurs ne se rappelle pas Tinvoeation connue: Juno Ltieina^ fer operh. M. Selden se la rappelle, mais il T explique d* une manière assez singulière: i>Quod (savoir la flèche, jaculum, fidXoç ilif) ut averruncarent (N.B.) pariurientes, Junonis Lucinae sive llithyiae opem , uti in . comoedia yidere est , implorare eis erat solenne , sed non aliter quam si Deo Palaemnaeo , £umenidibus aut namini iraio supplicarent*' (p. 252.). Certes, Lilith doit avoir confondu le jugement d* ailleurs si éclairé de ce savant orientaliste.
pour 1 engager a ne pas seroit peut-être pas difiicile de trouver des Liliths même chez les Grecs. Les Pharmacides au moins , qui auroient été envoyées par Junon à Alcmène , pour empêcher sa délivrance (Paus. IX. 11.2.), paroissent leur être hien plus semblables que Lucine ; mais ces Pharmacides n'étoient certainement pas connues ni d*Homère ni d'Hésiode.
("•) Voyez, p. e. , Cornutus, p. 233. Eustathe, ad II. p. 781 in. , et, pour les euhéméristes , Diodore, T. I. p. 389. Eiléù&v^ait
ai Xa^tZv tijy TTfçi ràç v^xTéauç tTTi'/AéÀfyav , xai ê-^çuTtëiaif vmif iv T& Tinxttv xaxoTta&ocâv ' âtb xal xàç èv rotç .to*«to*ç
d^sse dont tes femmes imploreiit le secours et dont elles attendent une heureuse délivrance , et que cette différence est la meilleure preuve que Lucine n'est pas le même personnage que la déesse de TAsie.
Or, cette opinion est pleinement confirmée par une tradition bien plus vraisemblable , qui assigne à Lucine une origine septentrionale , ou, comme les Grecs s'exprimoient» hyperboréenne. Suivant cette tradition le culte de Lucine fut transmis d'abord des cantons qui bordent les frontières septentrionales de la Gr^ce dans l'Ile de Délos , d'où Érysichthon transporta la statue la plus ancienne de cette déesse en Attique , après quoi son culte fut répandu par toute la Grèce , quoique les Cretois , comme de coutume , prétendent encore que Lucine naquit dans leur lie , et que par conséquent son culte y prit naissance ("^)« Oa k celui de Or , si l'oD a cru retrouver Lucine dans la
Mylitta ou l'Astarté des peuples de TAsie , il n'est pas étonnant qu'on ait pris celle-ci pour le prototype de Diane. Cette erreur étoit d'autant plus excusable que les Grecs ont dans la suite confondu Diane avec la Lune ,
("^) Paus. L 18. 5. Il est vrai , Homère (Od. T. 188.) parle d'une grotte consacrée à Lucine /dans Tile de Crète , située dans le même endroit où elle vit le jour , selon la tradition des Cretois. Mais on peut o))|)oser à ce témoignage celui d'Hérodote, qui prouve son origine septentrionale (IV. ôb.). Son culte ne fut connu à Sparte qu'après la fondation de Toracle de Delphes, t'aus. III. 17. 1. Le récit euhémérique de Diodore (T. I. p^ 380.), au sujet d'Hémitbée, adorée dans T Asie-mineure, paroU aiwir rapport à une déesse qui ressembloit à la déesse asiatique, au moins s'il est vrai que les Perses épargnèrent son temple. £t , si cette déesse avoit soin des malades et des femmes en couche, comme le rapporte le même auteur , nous y trouvons un exemple de la manière dont ou confondit Diane avec Lucine ; car nous avons déjà vu que les Grecs donnoient souvent le nom de Diane à Astarté ou Mylitta. M. Sickler (Cadmus, p. 92.) voit dans les traditions Cretoises une preuve certaine de Torigine orientale de Lucine. Il semble qu'il n'a pas même pensé à la possibilité qu'elle put venir d'ailleurs. Quanta sa prétendue origine égyptienne , nous en avons dit notre opinion dans notre ouvrage , lets over ChalnpoUion , p. 79 sq.
oomme ik ont cra qu'Apollon n*ëtoit antre chose qne le Soleil y que la Diane qu'on adoroit à Éphèse ressemr bloit bien plus à la Vénus de l'Asie qu'à la soeur d'Apollon , et qu'enfin , d'après une tradition assez répandue f. les oérëmonies du culte de la déesse Ênyo (Bellone) k Comane, qui paroissent avoir eu beaucoup de ressemblance tant avec celles usitées en Phry^e , en l'honneur de la mère des dieux , qu'ayec les rites du culte de la déesse babylonienne , étoient les mêmes que celles qui s'observoient en Tauride , dans le temple de Diane ('^^).
Aussi Pausanias appelle Diane la déesse des Lydiens , Anaitis , et plusieurs autres auteurs donnent le même nom à la Mitra des Perses (' ^'). Les Perses eux-mêmes, qui d'ailleurs , avec un fanatisme inconnu aux peuples anciens , incendièrent et saccagèrent les temples des divinités grecques 9 épargnoient le temple de Diane d'Éphèse et d'Apollon à Délos y certainement parcequ'ils prenoient l'une pour leur Mitra et l'autre pour le Soleil (' ^^).
Et cependant les uns et les autres se trompoient grossièrement. Pour s'en convaincre on n'a qu'à comparer le» attributs de la chasseresse* des Grecs avec ceux de la déesse des amours. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails nécessaires à ce sujet. Ils se présenteront d'eux-mêmes , lorsque nous parlerons de ces deux divinités , et d'ailleurs la différence entr'elles est assez bien connue.
("*») Strab. p. 805, 809, 811. C. cf. Paus.IIL 16. 6. Il y eut à Comane un grand nombre de femmes consacrées à la déesse, qui s'acquittoient de leurs deyoirs envers elle de la même manière que les femmes de Babylone, de la Lydie et de T Arménie.
('") Paus. VII. 6. 4. Nicol. Dam. fr. éd. Orell. p. 55 fin* 56w Remarquons que les Lydiens prétendoient même que le culte de leur Anaïtis fut le même que celui de la Diane de la Tauride. Il me semble que ceci confirme très bien ce que nous avons dit plus haut, savoir que les peuples de T Asie-mineure ont introduit oans le culte de la déesse de la haute- Asie des rites qu*ils avoient appris des peuplades septentrionales.
('^^) Voyez les remarques judicieuses du savant Hyde, Hist. rel. vett. Fers. p. 98.
^Source de ce» En général , c'est encore rexplicatîon allégorique ées siècles postérieurs qni , ayant métamorphosé les divinités personnelles des Grecs en autant de phénomènes de la nature , a fait croire queJeur culte dérive de celui de ces phénomènes , tels qu'on les adoroit en Asie , erreur qui , joint à l'envie qu'on paroit avoir eue de regarder comme les mêmes personnages des divinités entièrement différentes , a enfin produit une telle t^nfusion qu'on a changé la déesse de l'Asie en un Panthée de presque toutes les déesses de l'Olympe.
C'est ainsi que , comme ies Grecs des siècles postérieurs parlent d'une Diane-Lucine , et que sous plusieurs rapports leur Hécate est aussi conforme à la Lune que celle-ci k Lucine , on n'a pas manqué de saisir cette occasion pour déclarer que Mylitta est aussi bien Hécate que Vénus ('*'*)•
Encore , comme quelques auteurs croient que l'Isis des Égyptiens n'étoit pas seulement Cérès , mais tout aussi bien la Lune et Junon (^^^) , et comme la constellation que l'on appeloit Cérès ou Isis fut appelée par d'autres Atergatis(^^^) , on comprend, au moins en quelque sorte ^ comment on a pu croire que Hylitta fut Cérès. On en a même fait Proserpine , ce qui néanmoins me paroit «n peu plus difficile à concevoir (**^).
Enfin , comme il y a eu des auteurs anciens qui prétendent que Mylitta est Minerve , on peut bien pardonner aux modernes d'avoir commis la même erreur ('^^).
L'explication allégorique et le désir de rassembler sous un seul point de vue les attributs des divinités les plus différentes sont surtout manifestes dans les images de la
('**) Selden, de Dis Syr. p. 260. Creuzer, Symb. T. I.p. 735. ('^^) Diod.Sic. T.Lp.29.
("«) La Vierge. Eratosth. Catast. 9. cf. Voss. Theol. Gcnt. II. 55 fin. ("^) Creuzer, Symb. T. I. p. 733 sq.
("^) Selden, de Dis Syris, p. 246.
déetae <ie l'Asie que les siècles nostërieun ont va naître , Ql ces , image9 , qui à juste titre méritent lô titre de Pantbées , ont fourni à leur tour aux auteurs modernes , prévenus en faveur de cette explication et de ces combinai* sons monstrueuses , des preuves pour des opinions dout ib ne pouvoient certainement mieux exposer toute Tabsurdité qu'en les fondant sur de semblables témoignages. Réflexions sur J'ai cru trouver un exemple d'une serarapolis. blable figure panthée dans la déesse syrienne
qu'on adoroit à Hiérapolis et dont on trouve la description dans un petit ouvrage d^un auteur inconnu qu'on a attribué maUà-propos à Lucien.
Le temple de cette déesse , «a statue et le culte qu'on kn offroit indiquent évidemment une combinaison des attributs de l'ancienne déesse des amours des peuples de TAsic et do ceux de plusieurs divinités grecques , comme la monarchie de Sélèucus , dont l'épouse Stratonice fonda ce sanctuaire , offre un assemblage de la religion et des moeurs de l'Orient et de la Grèce (' * ®).
D'abord il est si évident que cette déesse d'Hiérapolis n'est au fond autre chose que l'ancienne déesse de la haute-Asie qull doit paroitre étonnant quil y ait encore des savants qui semblent en douter. L'auteur assure, dès le oommenœment de son ouvrage , que le temple d'Hiérapolis a été consacré à la Junon' de l'Assyrie , c'est à dire à la déesse suprême adorée en ce pays (^*^). Or, que cette déesse suprême ne soit autre que la déesse des amours est prouvé par le récit qu'elle inspira de l'amour à Çtratonice , pour la punir de l'aversion
jx2«j Voyez comme Tauteur même de la description dont nous parlons ici s'exprime à cet égard , Lucian. de Dea Syr. 11. (T. IIL p. 457.).
(^*^) Ib. L p. 451. cf. 16. p. 462, où Ton peut voir l'inscription qui confirme pleinement ce que nous venons d'avancer* Yoyez aussi le récit du songe de Stratonice, 19. p. 466.
qu'elle montra d'abord pour obéir à son commandement de lui élever un temple ^^°). L'autcui^ ajoute l'opinion de ceux qui prétendoieot que le temple avoit été fonde dans des temps beaucoup plus anciens par Sémiramis , en rhonncur de sa mère Derceto (' * '). Or , nous venons de voir que Derceto ou Atergatis est la même déesse qu'Astarte , Mylitta , Alilath , et qu'elle n'étoit pas seulement la déesse des amours des peuples de l'Asie , mais aussi leur déesse suprême , d'où il résulte que l'opinion qui attribue ce temple à Dcrçeto ne diffère en rien, de celle qui l'assîgnoit à la Junon , c'est à dire à la première déesse , assyrienne. Cependant l'auteur n'est pas de cet avis , évidemment parceqne l'image de la déesse ne se terminoit pas en poisson , comme les statues de Derceto ou de Dagon en Pbénicie , et p'est spécialement cette observation qui a engagé plusieurs auteurs modernes à croire que la déesse d'Hiérapolis fut différente de celle de l'Asie ( ' ^ ^). Mais d'abord Strabon nous assure en termes positifs que ces deux déesses sont absolument le même personnage ('^^). D'ailleurs il n'est aucunement étonnant que le bon goût des Grecs ait rejeté la monstrueuse combinaison de formes qu'on remarquoit dans les images orientales. Ce ne seroit certainement pas la première fois qu'ils l'eussent fait. Et , si l'on désire une preuve qui ne laisse plus aucun doute à cet égard ; on n'a qu'à jeter les yeux dans la deiscription même du temple. Voici ce qu'en dit Tauteur : il rapporte qu'il y avoit un étang dans son voisinage où Ton gardoit les poissons sacrés ('^*), qu'on y voyoit aussi une grande quantité de colombes ('**) et qu'une colombe d'or ornoit la tête de la statue ('*^).
(«3o) ib. 21. p. 468. («"1 ib. 14. p. 459.
^x3ïj P. e. Ouzelius, dans sa acte sur Minuc. Félix, p. 273. b. et Yossius, Theol. Gent. I. 23. p. 91. a.
|x93j Yossius lui-même cite ce passage, 1. 1. ('«*) Lucian. de DeaSyr. 45. p. 483.
. ("*) Ib. 54. p. 487. (»3tf) Ib. 33. p. 479.
Ainsi dono les Grecs de l'empire des Sëleuddes aYoienI gardé les symboles asiatiques , en tant qu'ils n'étoient pas réprouvés par le sentiment de la beauté.
C'est à cette image de l'ancienne déesse de l'Asie qu'on a d'abord donné les attributs de Gybèle. La déesse est représentée assise dans un char tiré par des lions } elle tient des cymbales à la main , et sa tête est couronnée de tours; elle est servie par des eunuques ('' ^) , quoique l'origine de cette coutume soit ici entièrement différente de celle qu'on donne à la même ordonnance dans le culte de Cybèle (»»«).
L'auteur, nous apprend que la même image étoit ornée des attributs de Minerve , de Vénus , de la Lune , de Diane , de Némésis et des Parques (' ^ ^).
On trouvoit encore dans le temple et dans son enceinte des statues d'Apollon ('^^) » d'Atlas, de Mercure, de Ludne ; et , afin qu'il ne restât plus aucun doute à l'égard de la combinaison de fables grecques et orientales dans les ornements et la décoration du temple de cette déesse , nous n'avons qu'à faire observer qu'on n'y voyoit pas seulement de» statues d'Hécube , d'Andromaque , de Paris , d'Hector , mais aussi celles d'Achille , de Nirée , de Phi-< lomèle , de Procné , de Térée (^*').
On a traité ici absolument de la même manière l'ancienne déesse de l'amour des peuples de l'Asie que l'Isis des Égyptiens (*♦*).
("î') Ib. 15. p. 461.
("8) Ib. 17—27. p. 464—473. On donne aussi une autre cause à la coutume des prêtres de porter des habits de femme.
("^) Ib. 32. p. 478.
('^^) Cette statue. étoit vêtue et barbue. Macrobe (Saturn. I. 17. p. 307 , 308) la décrit amplement et prétend que ses attributs et ses ornements indiquent la nature et Tinfluence du soleil. (» ^') Lucian. de Dea Syr. 40. p. 482 , 16. p. 462. (*^*) Chez Apulée (Metamorph. XI. p. 756 sq. , p. 762 sq. cf. p. 806 — 808. T. I. éd. Oudend.) Isis est Minerve, Ténus, Cyhèle, Junon, Diane, Proserpine, Cérès, Bellone, Hécate, la souveraine des éléments , le commencement et la fin de tous les siè-
J'ai cru devoir m'étendre tin peu plus sur cette dëesse de la Syrie qu'il n'a peut-être paru nécessaire à mes lecteurs , pour indiquer une fois pour toutes la principale source des erreurs dans lesquelles sont tombés ces savants qui se sont servis de pareiOes compositions et nommément de celle dont nous venons de parler , pour démontrer l'existence d'une philosophie sublime et occulte chez les prêtres de l'Orienta
Concluons enfin sur cette digression déjà trop langue peut*-étre. Je crois avoir prouvé que la Vénus des Grecs doit son origine à TAtergatis d'Ascalon , autrement dite Dagon , divinité d'un sexe équivoque , qui est absolument la même que l'Astaroth des Phéniciens , la Mylitta des Assyriens , l'AIilath des Arabes , la Miira des Perses , tandis que les fables d'Adonis , quoique transmises de FAsie en Grèce , ne paroissent autre chose qu'une imitation de celles d'Osiris et d'Isis. Nous avons avoué qu'il est très probable que , tandis que la qualité de déesse de l'amour de cette divinité asiatique aura donné lieu au culte * de Vénus , on ait exprimé sa qualité de déesse suprême dans la personne de Rhéa , mais que c'est à tort qu'on a voulu dériver d'elle d'autres déesses grecques (*^^).
clés, la déesse de toute la nature, la première des divinités. Jablonski (Panth. iEgypt. Part. IL p. 23.) s'exprime à ce sujet en ces termes: »Recentiores iEgyptiorum philosophi, dogmatibus Graecorum, uti censeo, jam yehementer imbuti, in una Iside Deorum rjeliquorum fere omnium attributa et proprietates agnoverunt et reli^iose coluerunt;*' et un peu plus loin: »Postquam sicisis iEgyptia, temporibus Ptolemaeorum , vultum habitumque Graecanicum sensim induit, et ipsi sacerdotes iEgyptii de ea tradere coeperunt quod de natnra divinà docuerant in Graecia Pythagoraei , Platonici et ex parte etiam Stoici, sacra ejus Graecis etiam arriserunt."
('*') On ne consultera pas sans fruit , sur cette matière , le mémoire de M. Heyne , de Sacerdotio Comanensi , Comm. Soc. Reg. Gôtt. T. XVI. Sniraiit cet illustre savant la Bellone de la Cappadoce est la même déesse que Mylitta. Je crois qu'elle lui doit son origine ^ mais que son culte a été composé en partie de cérémonies
Tamille de J*- Pour oomplëter oe que nous avons à dire ^ "'' ' , à regard de la finnille des Titans et des deux premiers r^fnes célestes , il ne nous reste qu*à faire quel* ques réflexions au sujet des enfants de Japétus et d'Eurjnome , une des Océanides ('^^).
Frométliée. Nous nous occuperons ici spécialement de
Prométhée , tant parcequ'fl fut le dieu que les Hellènes regardoient comme Tauteur de leur nation que paroeque , parmi tant d'êtres qui ne semblent avoir aucun rapport avec la moralité , Prométhée se distingue favorablement comme le bienfaiteur du genre humain.
Les fables les plus anciennes qui se rapportent à cette partie de la £Bunille céleste portent l'empreinte de la simplicité et de k naïveté des andens Grecs , et nous fournissent en même temps un exemple frappant de leurs opinions bizarres sur les relation^ mutudles des dieux et des hommes.
n y eut un jour une réunion des dieux et des hommes , convoqués pour faire quelques arrangements entre eux (' ^ ^ )• Dans cette réunion Prométhée essaya de tromper Jupiter , à roccasion de la distribution des parties d'un taureau , et Jupiter s!'en vengea sur les hommes', favorisés par
usitées en Europe , en Thonneur de la déesse à laquelle , comme nous le verrons dans la suite, la Diane des Grecs doit son existence. Il n*est pas nécessaire d'avertir mes lecteurs que^je ne suis pas de Tavis de cet auteur, lorsquUl prend la déesse de T Asie pour une allégorie de la nature.
(«♦*) Hes. Th. 507 sq. ApoUod. I. 2. 3. Produs (Schol. Hes. p. 1 1 yrs.) donne à ce Titan vingt-neuf enfsmts.
(I4SJ Je crois pouvoir traduire ainsi le moi inçhàyvo y ce qui signifie à la lettre se séparer. M. Yoss (Myihol. Br. T. II. p. 304.) le rend par nsich aus einander zu setzen,'** et il ajoute: *»dasist, êàe vers(Juedenen Schutzâmter , £hren und Pflichten mit einander aus zu machen.'* Je crois, avec cet auteur, que le but de cette réunion étoit de déterminer les différentes parties de la terre que chaque divinité recevroit. comme son apanage et les services que les habitants de ces contrées leur rendroient pour leur protection. U est à présumer que Prométhée se présenta déjà dans cette occasion comme le défenseur de la cause des mortels.
Prométhëe; , en leur retranchant le feu; Prométhéo , dq troûirant plus le feu sur la terre , eo dérobi^ une étincelle aii'oiel, el Jupiter»^ àsén tour, ardoc^a à Vuleain-d» oréer une femme v' 1^ .preitiiàre de son e^èo^^; ' et renVajitt. aur la terre , où elle devint la cause d'une infinité de maux qéi affligèrent le' genre humain 9 soit par le mal (p&'élli^ même causa dans la société «jsoit^jmrrimprudenci^ d^É^ ptmëfhée , > fr^re de Prôihëthée ^ qui ouvrit un' vase ou ttàe botte , apportée ou indiquée par Pandore (c'étoit 1q, nom de la.&mme) ('^^) , tandis que Proraétbée f ul puni pour son audace par les tourments' que M. fit dubir l'ai^ de Jupiter-, - qui déchifoit ses etitirailks , jusqu^à ee qu'eii^ fin Hercule le délivra de. ce «uppliee ,: en tuant l'eiseait rapace, ministre.dela vengeance de Jupiter ('^^)« - 1 En. comparant les endroits dea deux-pôëmes d'Hésiode où if traite ce sujet, on voit aisément ifix*û l'a anrangé
différemment d'après le but qu'il s'est proposé , otiqu^il
i^f^) M, .Buttmana (MythoU T. .1. p* 59 .sqO fidt observer qu'Hésiode pe dit p^s que Pandore apporta 1# y %5e pu la J>o}te. ,11 croit que ce vase , ou ce tonneau , comme il T appelle, se trouvoit déjà dains la maison d'Epiméthée.
; .(f.t'j. Hes. Tk M>7— 616v Op, 47—107. cf. Ap<rflo4 l- 7- Paus. L 24. 7. Hésiode dit que Prométhée fdt attaché à une colonne. Il ne parle pas du Caucase , comme Apollodore. Il me sem- Ue que cette différence mérite Tattentioa de ceux qm font valoir la mention du Caucase «ommé une. preuve de reri^ne asiatiqua des mythes qui> se rapportent à Prométhéeu Aussi Hésiode appoUe réponse de Prométhée Clymèaie et jion Asia. Hérodote estie pi^-» mier, que je sache, qui parle d'Asia {l\^k^^),,,JekMejfoiipsa qu'il .soit p0ssil3le.de proayer qu'Acusilatts Tait fait* 11 appelle réponse de Prométhée Hésione^ et je ne crois pas que nèus ayons le droit de changer ce nomAnAénà^ comme le £ûtJf«Stûrz, £r» Pherec. et Acus. p. 224; d'autant moins que le même nom , Hésp* 01»*, se trouve chez Ésdiyfe (Prom. 559.). Ce poël^ repi'ésaite d'abord Prométhée attaché à un rocher de la Scjrthie ,. et ensuite tourmenté par Taigie (Prom. 101 4 sq, cf. Sehiitz , dans sou édition d^Éschyle, T.I. p. 10 sq.)«£uphori9Breprésenta'Piwmétfaée somme BB filsde Junon etdugéanrt^ËurymédoUy et :raeonta que Jupiter je^ ▼engea du père, en le jetant dans le tartare» i^*.Schol.Hôm^'B. S. 295. cf. Ettst. ad II. p. 970^ L 20^
a suîinl des' triiditions diflërentes , dans chacun des deux poèmes. Le râisonneiiieiit qu'on trouye dans la Théogonie^ sur les maibeors causës^par les femmes, Éie semble avoir' trop- T^ir d'une contemplation plus ou moins pfailo* sophique de la vie humaine pour la regarder comme une fiction populaire, et pour ne pas croire qu'elle est le fruit des méditations ' du poète ('^^). Le vase avec les maux' qui en sortent me semblé être bien plus conforme au génie des anciennes tnadilions. Je ne crains pas de ranger sous le même chef l'antithèse manifeste dans les noms de Promëihée et d'Épiméthée('^^), pourvu qu'on n'en pondue, pas que l'intention de là faire ressortir soit le seiri motif de l'invention de cette.fable. Que faire, en effet , en ce cas , de Ménëtius et d'Atlas?
Je ^crois qu'il y a un rapport intime entre l'histoire de Pronoethée et les traditions à l'égard du siëde de Saturne. Prométhéé, Atlas, Blénétkis sont évidemm«it des partisans de la cause des Titans. Hésiode , il est vrai , ne le dit pas expressément , mais la manière dont il parle de ces frères ('*®) , comparée avec les traditions rapportées par Eschyle , sur la cause de l'inimitié entre Jupiter et PrômétfaéeC^'), me semblent assez bien confirmer
('^') Leis satyres sur les femmes qu^on irottre chez des poètes postérieurs ne sont pas des imitations de cet endroit d*Hésiode, comme le veut M. Yôicker (Myth. des Japet: Geschleehts, p. 42.). Ce n'est certainement pas difficile d4ma^ner que plusieurs poètes aient choisi lé même sujet.
\^^^) Hésiode fait remarquer cette antithèse, Op. 85 — 89. M. Bug se le rend très facile , eh déclarant qu*Épiméthée et Pandore sont des additions d*nne date plus récente. Ueber den Mythos , etc. p. 7. '
. (ISO) y oyez, p. e., comme il s'exprime à Tégard de Ménétius, Th. 5L4 sq. cf. ipdlod. I. 2. 3.
(' ^') Je ne puis me persuader que ce que ce poëte dit à ce sujet soit ntièrement de son invention. Prom. 197 sq. Chez lui la fonction imposée à Atlas , savoir de soutenir le ciel , est aussi représentée comme un supplice , vs. 347. Dans son Prométhéé délivré , le même poète représente les Titans visitant Prométhéé, preuve
cette qiiiuoii. Et , ifil eir est aiosi , il.a'e8t oertainement pas étannânt que Promëthëe ait été r^résenté oomaie une diTiDÎtë qui tàehoit d'assurer au genre bumaiu les avantages dont il avoit constamment joui sous le règne de Saturne > et dont il paroit que Jupiter le voulut pri* ver {* * * ) . Ce fut lui qui rendit aux mortels le. feu que le nouveau monarquedu dd leur avoit dérobe ('^ ') » et , si
qu'ils, prenoi^nt pari à son malhear (MschjL éd. Schiitz, T. Y. p. 124) ; et, dans le fragment traduit par Cicéron (ib» p. 127. ap. Cic. Tusc. II. 10.) , Prométhée leur adresse la parole;
(^'^) Ceci est éfident par le récit 4ans la Tnéogonie (Toyej surtout Ys. 551 , 563 sq. 570 sq.) ; et je prends la liberté de regarder comme une fiction de ce poète tout ce qu'il dit, dans les Oeuvres, des bonnes intentions de Jupiter , lorsqu'il aggrara les difficultés que les hommes eurent à surmonter pour pourvoir à leur subsistance. Ces réflexions sont absolument contraires à la tradition qu*il rap^ porte, mais s'ezpli'quent très bien, lorsqu'on les considère comme une leçon pour le frère injuste et indocile à qui ce poème est adressé. Voyez, p. e., ts. 42 sq. 48 — 50, et surtout le passage connu , ts. 287 sq. Il me semble que les vs. 90 sq. sont entièrement dans le ton de la description du siècle de Saturne ; ts. 99 est sans doute interpolé. Eschyle a ))ris ces traditions absolument dans le sens que je leur donne ici. Selon lui Jupiter fait du bien à tous lesautres êtres, à l'exception des hommes , qu'il néglige. Remarquons encore la supposition assez vraisemblable d'Hygin (Poët. Astron. II. 15.) que Jupiter auroit été le ibu aux hommes , afin qu'ils ne pussent pas user de la viande que Prométhée leur avoit destinée. Le plan de Jupiter de détruire la génération d'airain , et le eonseil donné à cette occasion par Prométhée à son fils Deucalion, de bâtir une arche ou un vaisseau , pour sauver sa vie, est entièrement in* dépendant de tout cela et appartient probablement à des traditions plus récentes (ApoUod. I. 7. 2.). Virgile a imité la manière dont Hésiode représente ces faits, dans ses Géorgiques (I. 131 sq.);
('^^) Il &ut bien remarquer que, d'après Hésiode, Jupiter cneha le feu, d'où il résulte queles hommes l'avoient déjà en au- • paravant. Prométhée ne découvrit pas le feu, suivant ce poète , mais il le déroba au ciel et le rendit aux hommes. Lorsque M. Vôlcker (Mythol. desJap. Geschlechts, p. 26.) dit de'cet endroit: »£s kann der Sinn dieser Worte unmôglich seyn , er entzog oder nahm den Menschen das Feuer , denn er hatte es nodi nicht gegeben, sondern er enthielt es ihnen vor,** cet auteur allègue comme preuve un fiiit qui n'est nullement constaté, et dont le contraire est prouvé justeiùent par ce qu'il s^éfforce de réfuter. Une nous importe aucunement ^e que la Théogonie (qui est si souvent en opposition avec
l'on eiil tOQlU nilyre aea cooseib , 'lesnoaTelIe» tcodtatiYffi du prinoe des dieux nfauroieiit jamais réussi* On atoît dono bien ndsoo' de décorer du nom de Prénoyant (Pro-^ méthée) le dieu qui prit si bien à coeur les intérêts dos infortunés mortels, et qui tàoba de les préserver des dan^ gers .qui les menaçoient , tandis qu'on .donna le noM diÉtourdi (Épiméâiée, c'est à. dire quelqu'un qui pense après avoir agi, qui réfléchit trop tard) à la divinité qui lui étoit opposée , et qui devint par là la cause des malheurs du genre humain ( ' ^ *) .
Yèflà les idées que Houe pouvons supposer avoir été attachées par les Grecs à ces traditions , en tant qu'il est permis de le conjecturer par des récits sur une antiquité aussi reculée (*'*). ^
les OeuTres et Jours) ou ee que d'autres auteurs rapportent à eet ^ard; ituds nous sarons qiâe le rerbe x(>îi9rTe*i' ne signifie autre imose que cacher. Mais ce n*est pas le seul point dans lequd cet auteur a mal interprété Hésiode. 11 prétend que la' perte du bonheur dont jouissaient les homnoies, dans le siècle de Saturne, fîiJt une suite du toI de Prométhée (p. 25..), tandis que chez Hésiode Prométhée ne dérobe le feu qu*après qu'ils ayoient déjà perdu ce bonheur. La principale cause de cette confusion c'est que la plupart des auteurs modernes, comme M. Yôkker, ont traité cette histoire, la tête pleiiie des traditions de l'écriture sainte. M. Yolcker Ta. même si loin qu'il parle toujours de la chute des premiers hommes (der SundenM).
(' «♦) Cf. JProère over Eschylus , p. 22 fin. 23 in. (' ^^) Je crois que 'dette manière d'envisager ces traditions est au moins aussi probable, que de comparer Prométhée et Épiméthée à Gog etMagog, au serpent et Adam, ou Pandore à {Ive. yojez^ p. e. , Buttmann, Mythol. T. I. p. 60, 61, qui traite d'ailleurs ces récits d'une manière très judicieuse. U n'est pas étonnant que les allégoristes prirent Prométhée pour la Proyidence (p. e. Corn. If. D. 18.) : mais ils n'jr pensoient sûrement pas que cette Providence est ici en opposition directe arec le premier de tous les dieux. Il est un peu plus difficile à concevoir comment ces allégoristes ont pu expliquer en même tempe le vol ,du feu par la découverte de cet élément par Vinduetrie humaine. Si l'on veut d' autres preuves de la perspicacité de ces savants interprètes , je puis recommander à mes lecteurs , ne fut ce que pour s'amuser un moment , SchoL H^s. p. 144 vrs. p. 147 vrs. p. 153, et surtout l'ezplieatioD co«
^Quoiqu'il en soit , Prométhëe est Tune des premièrea dÎTinités de l'ancienne dynastie , surpassait toutes les autres en sagesse et en bienveillance envers le genre humain, ce qui certainetnent est la raison pourquoi il a é\é représente par Eschyle comme fils de Thémis (* * ^) , et pourquoi quelques-uns attribuent à lui-même l'avertissement que cette sage déesse donna , suivant d'autres , à Jupiter ,
àrëgarddeThëlis('»n-
Prométhée , quoique aussi sage et bienfaisant , n'avoit.
pas beaucoup d'adorateurs eu Grèce. Son culte a-t-il été i^emplacé par celui des dieux de la dernière époque , ou Ta-t-on négligé dès le commencement , à cause de la préférence qu'on accordoit à Jupiter et à ses descendants? n nous est impossible de répondre à ces questions , mais le fait existe. Il est vrai que Prométhée avoit un autel dans {(^Académie ; on y célébroit une lampadophorie en son honneur ('^'); on voyoit sa statue à Golo-
mique de la supercherie de Prométhée , p. 154 yrs. Les modernes ne sont pas resté en arrière à cet égard. M. Hermann (Handb. der Myth. T. I. p. 48. not. 52.) Toit dans ces traditions an /7A/7o#ophême qui les change entièrement de face. Ce philosophéme représente le feu comme la cause des malheurs du genre humain , savoir par les effets nuisibles des arts et du Ijixe, qui les accompagne, sur les moeurs. M. Welcker (die iEschjlîsche Trilogie Prometheus etc. p. 66 — 89.) me semble avoir pris les anciennes traditions comme le thème de ses propres méditations. Au moins je ne crois pas qu*il puisse s'imaginer de bonne foi que nous attribuerons aux anciens Grecs les réflexions suivantes (p. 74.) : »Das Ganze stellt sich, dem inneren Gehalt der Sage nach, so dar: der Geist (c*est Prométhée) setzt sich in Widerstreit mit Gott (tous ces auteurs mettent le tort du côté de Prométhée) und versinkt in ein miihevoUes Daseyn ; er yerbindet sich mit der Sinnlichkeit (Pandora ; . d'après le scholiaste d'Apollonius, III. 1088, qui dit que , suivant Hésiode, Deucalion naquit de Prométhée et de Pandore) , und mit ihr trit aile mensch- Ëche Bilduog, zugleich aile Verfàhrung und Sûnde ein."
(ï«^) iEsch. Prom. 18. ^
(*^^) Apollod. III. 13. 5. Chez le même auteur il donne de sages conseils à Hercule, ib. II. 5. 11. p. 139. • Chez Eschyle sa sagesse et sa prévoyance surpasse de beaucoup celle de Jupiter.
('^^} Paus. I. 30. 2. Il est assez remarquable que, tandis qn'É-
ne (^ ' ^) et une autre enPhooide(' ^ ^) , et l'on assuroit qu'3 avoit ëlé l'objet d*ua culte particulier sur le mont Acacésium en Arcadie (*^') : mais tout ceci est certainement peu de chose en comparaison de ses mérites , et ce n'est peut-être pas sans raison que Lucien représente ce dieu se plaignant de ce qu'il ne possédoit aucun temple en Grèce ('^^)^ et nulle part il n'est fait mention d'un oracle de Prométhée » quoiqu'il fut si célèbre par sa sagesse ('^'), Seroit-il absurde de croire que les sanctuaires consacrés" d'abord à Promélhée eussent été dédiés ensuite à Yulcain , le dieu qui , sous le règne de Jupiter , remplit la place que Prométhée avoit occupée auparavai)t sous les anciens règnes? Au moins est^il évident que dans les fables Prométhée et Yulcain ont été souvent pris l'un pour l'autre. Suivant quelques-uns ce ne fut pas Yulcain qui ouvrit la léte à Jupiter , pour en faire sortir Minerve , mais Prométhée (' ^^).
schyle représente Capanée avec un bouclier , orné de Timage d*an guerrier qui tenoit à la main un flambeau allumé , et de cette inscription: »Je brûlerai la tille'* (VIT. c. Th. 417 sq.), Euripide, dans rimitation qu'il fait de cet emblème, ajoute que ce fut le Titan Prométhée qui porta le flambeau (Phoen. 1129.). U me semble au moins évident qu'on parle ici d'une image du bouclier. Pour sous-entendre 6>ç auprès des mots T^vày nçof*fj&fifq , comme le fait Barnes , me semble un peu dur ; et , si on veut lire, avec Mus- ^ave, l'i'Tàv JIçof*fj&êvç fçêçév (tfç, TfÇ'^aoyy nék^y , on change en un solécisme une expression très claire et très juste.
C*^) Soph. Oed. Col. 55. ô invçç>6çoç ê-êoç , Tt^jàv Jlçof^'^&êifç,
^x<5oj p^yj, X, 4. 3. Quelques-uns croyoient que cette statue représentoit £sculape.
('^'j Schol. in Hes. Th. 614. Je dois ce passage au célèbre Hemsterhuis , dans sa note sur celui de Lucien , que je citerai dans la note' suivante. Aucun des autres passages ne lui est échappé.
('^^) Lucian. Prom. 14. (T. I. p. 197.). Apollodore fait cependant mention d'un temple de Prométhée, près d'Athènes (ap. Schol. Soph. Oed. Col. 55. cf.. ApoUod. ed.Heyn. T. IV. p. 1066.), mais il paroit certain qu'il n'ezistoit plus du temps de Pausanias.
(' *^^ J Cf. Hug, ûber den Mythos , p. 6 , 7. Mais il paroit qu'on lui aUribuoit le pouvoir de donner aux hommes la faculté de prévoir l'avenir. Apollod. III. 12. 6.
(' ^^) Apollod. I. 3. 6. Euripide a suivi cette tradition (Ion ,
Lliistorien Duris rapporte qae Promëtbée fut puni par Jupiter de ce qtfîl avoit osé aimer Minerve (*^*). Or, on connoit assez l'inclination de Yulcain pour cette déesse et la naissance d'Érichthonius , qui en fut la conséquence. De même Yulcain est , à son tour , le créateur du feu , dans la théogonie égyptienne de Diodore(*^^) , et le créateur de Thomme, chez Lucien (^*'). Sur un piédestal ilaiis l'Académie on voyoit Prométhée et Yulcain , repréagités l'un à côté de l'autre , le premier comme une personne âgée, l'autre comme plus jeune. On les y adoroit ensemble avec Minerve (* ^ *)• '
Les traditions à l'égard des frères de Prométhée ne nous offrent aucun intérêt pour nos recherches. Origine des tra- Je crois que nous pouvons admettre sans
ditîons concer- , i . ••»•
nant Prométhée scrupule que les traditions qm concernent et sa famille. Prométhée et sa famille sont d'origine septentrionale. L'explication euhémérique du supplice de Prométhée qu'on trouve parmi les fables égyptiennes chezDiodore ne nous conduira pas certainement à attribuer ces traditions à l'Egypte ('^^). Nous laissons à M. Ritter de prendre