CHAPITRE XIII
Troisième époque. Règne de Jupiter. Cosmographie d*aprèi' Jes opinÎDiis des andeni Grecs« — La ierre , ropéan , rÉlysiam, . l'Olympe. — Le ciel. — L'empire àes morts. — Le Tartare. — Fables coD cernant l'origine de la puissance de Jupiter et des dieux delatroisîémeépoqne. — Formeet qualités extérieures des divinités grecques. — De la forme des dieux, de leurb i)esoins , de leurs pccupations et de leurs amusements. — Immortalité , forces , grandeur, bîéauté, agitité des dieux. — Leur pouvoir de revêtir a*autres Idrmes. — Pouvoir des dieux sur les hoinmes et sur ]a nature. — Jupiter. Sa supériorité sur les autres dieux, tiimitation de son pouvoir. — Jupiter, imitation d'un monarque grec. — Ses attributs particuliers. Souverain du ciel et •des phénomènes célestes. — Jupiter, dieu tutelaire â»8 rois. — Maître ^n sort des hommes, en général. — Juge de leurs bonnes ou mauvaises actions. — Origine de Jupiter. Jugement sur les opinions qui dérivent son culte de la Palestine, de l'Inde , de l'Assyrie, de Perse, — de la Phénicie. — Baal-Zébub. Zens ànofivtoq. — Sur l'origine égyptienne de Jupiter. — Prétentions des Grecs a l'égard de l'origine du culte de Jupiter. *- €<)nclusion. Jupiter d'origine pélasgique. — Junon , reine àes dieux. Image de Jupiter, tant dans la direction des phénomènes physiques que dans l'administration des affaires humaines. — Déesse tutelaire des femmes. — Caractère particulier de Junon. — Neptune, souverain de la surface du globe et spécialement de la mer. — Cause de l'immobilité et des tremblements de terre. — Inventeur de l'art de conduire les chevaux. — Sa part à l'administration des affaires humaines. — Son caractère particulier. — Son origine. — Pluton , dieu* des régions souterraines et de l'empire des morts* — Sa part à la justice divine. — Proserpine. — Origine du culte de Pluton et de Proserpine. — Hécate , l'une des divinités de l'empire des morts. — Son origine.
Troisième épo- C/omme la troisième époque de la monar- Jupiter.ÛMmo- ^^'^ oéleste, celle que nous abordons maingraphie d'après tenant , offre à notre examen les divinités
«• opinions des „ ... . .. , .
anciens Grecs, auxquelles on attribuoit une activité non interrompue dans la direction des affaires hu-
naines , il me semble que c'est ici le cas d'exposer d'abord les opinions des Grecs^ quant à la scène d'activité de ces dieux , qu'ils se représentoient entièrement comme des personnages réels, soit dans leurs relations mutuelles , soit dans leur commerce avec les hommes. Ce tableau, qui n'est autre chose que l'ensemble des idées des anciens Grecs sur la cosmographie ou la face extérieure de l'univers , noW sembloit d'autant plus nécessaire qu'il pourra servir à édaircir aussi bien ce que nous aurons à dire sur les dieux eux mêmes que ce qiïe nous avons déjà rapporté sur )es opinions qu'on se formoit de ces parties de l'univers qu'on se représentoit'non seulement comme des personnes mais même comme des divinités,
La..terre.^ ,L'o- Les anciens Grecs plaçoient la terre dans ûm. L'Olympe, k centre de l'univers, entourée d'un fleuve large et limpide, qu'ils appeloient l'Océan (*). Aux extrémités de la terre se trouvoieut , suivant eux , les champs Élyséens , séjour agréable , rempli de lumière et rafraîchi.par Içs zéphyrs qui s'élèvent de l'océan. Ce séjour éloit destiné aux dieux et à ceux des mortels qu'ils d^ivroient de la nécessité de subir le sort d'ailleurs commun à tous
et de descendre dans l'empire de Pluton (.^). .
De la terre s'éievoit TOlympe , montagne si' haute et d'une si grande étendue qu'on auroit pu suâpeudre à ses flancs la terre entière et la mer (^). G'étoit sur la ciîne de cette montagne, au^essus des nuages, que se trouvoient les palais do Jupiter et des autres dieux (f) ,. ce qui faisoit que souvent on confondit le séjour des diçut avec le ciel (^) , quoique le ciel d'ailleurs ait toujours été soigneu-
(ï) Hom. II. 2. 607. (*) Hom; Od..^. 563 s^.
(?) Hom, II. 0. 24, 25. , (*) Hom. Il A, 75 ^^. . ' (s) L^Olympe^i le ciel sont commis aux soins dos Heures, £1-lés ^rdent les portes du ciel. Hom. II. £• 749 sq, . ef; T. 128^ 130. -Hes. Th.^689. Mars monte aiucîel^ et il arrive dans le séjour
tsement c(btingué de l'Olympe , comme domaine particù^ lier de Jupiter (f) , comme il le fut auparavant dé Saturne (5").
* Lçciel. On se représentoit le ciel comme une voûte immense de fer ou d'airain , quoique ces dénominations ne semblent souvent servir qu'à en signifier la solidité (^). Il étoit soutenu par des colonnes reposant sur la marge extérieure de- la terre (^) , orné d'étoiles ('®) , couvert de nuages et pénétré par un air fin et subtil , appelé éther(' ') , tandis qu'une vapeur plus condensée et moins translucide en veloppoit la terre (**)..
L'empire des Immédiatement au dessous de la terre , ou
dans la terre même , étoit le séjour des morts , l'empire de Pluton / dont l'entrée se trouvoit au-delà de rOcéan , dans foccident , aux extrémités de la terre, dans le pays ténébreux des Cimmériens , que le solefl ne
des dieux , sur V Olympe, ib. 867 , 868. On donne même le nom de ciel au palais des dieux. Voyez le premier endroit que nous Tenons de citer. Junon et Minenre, après s'être revêtues de leurs tuniques, sans doute dans leurs palais , sortent par les portes du ciel^ et remarquent Jupiter assis sur la cime la plus éleyée de V Olympe^
ciel. 11. isr. 178,201.
(^) La terre et TOlympe étoient la possession commune de tous les dieux. Hom. II. O. 192-
Faïa â* «T» Ivvfj Ttâiftfov , x«i /uaxçôç "OXvf^Tfoç, '
f ) Hes. Theog. 111.
C) xàXxtoç êçavéç. Hom. IL -P. 425. a^â^çeoç. Od. P. 565.
cf. H. 0. 388. àfitpl <f« cdJiTf^yèfv /»éyaç êçayàç»
(^) Hom. Od. ^. 53. — ■ — Kioi,aç
l/uanqà<; , ce» yaZuv Te naï êçaroif dfuplç ëxsû^v*
('^) Hom. II. E. 769. «ça^èç' «iç-^ ^o^ »ç. Le palais d'airain de Yùlcain, qu'on trouvoit parmi les autres habitations des dieux sur rOlympe, étoit aussi orné d'étoiles. II. ^^369 sq.
(**) Hom. II. O. 19^. iv al&iç*.*ai ve^iXfiayy. L'entrée du palais de Jupiter , au sommet de l'Olympe, étoit aussi couverte d'un nuage. II. jE.751.
('^) Hom. H. S. 287: L'arbre sur l'Ida di ^içoq aî&é4 Ua^év.
r^ouil jamais de sa lomière ('^). Nous reTiendrons plus fard sur oe siget.
Le Tartare. Loin au-dessous des fondements ou des la* cines de la terre et de la mer (on .n*attribuoit à la terre aucun mouvement) , à une ëgale. distance d'elle que la terre elle-même étoit éloignée du ciel C'^), setrouvoitle Tartare , vaste abime d'une étendue, et d'une profondeur immense et couvert de ténèbres ('^). L'entrée en étoit défendue par un mur d'airain , dans lequel se trouvoient des portes du même métal ou de fer, et par des nuages^ épais et impénétrables. Mon loin de ce gouffre se trouvoit le palais de la Nuit (^ ^).
(<s) -Hom. Od. K, fin. J- in. Il est éfident, par cet endroit, comme par une infinité d'autres, que Tempira des morts se trou- Yoit immédiatement sous la terre. Combien de fois n* est-il pas fait mention d'une entrée de ce sqjour, dans quelque grotte ou vallée, sur la surface de la terre. Il est donc clair que, lorsqu'Hésiode place la demeure de Pluton devant le tartare (Th. 766 sq.), il est aussi bien en opposition avec les fictions qu'on trouve chez Homère, qu'avec celles qui sont consignées par les poètes plus récents. Homère dit , en termes précis , que le tartare est aussi loin au-dessous de la terre que la terre l'est au-dessous du ciel (II. &• 16); et Hésiode lui-même a imité cet endroit, Theog. 721 sq. L'empire des morts et le- tartare sont encore confondu, dans le
Scutum Herculis, VS. 254. ^vxy à' aïào<;âf KaxëZiv^ Tàqxaqoif
èç Hçv6fv&\ Strabon commet la même faute (p. 222), et Apollodore porte la confusion à son comble, lorsqu'il place le tartare dans l'empire des morts (I. l. 2.).
(^^) Hésiode désigne cette distance d'une manière qui porte l'empreinte de la simplicité et de l'ignorance du siècle. Il dit qu'une enclume de fer, jetée du ciel, auroit besoin de neuf jours et de neuf nuits pour arriver sur la terre.
C) x^^c^A^» f*'ty*. Il faut une année , suivant Hésiode, pour arriver de l'entrée au fond du tartare. Mais il ajoute quc^ ce retard est causé par les tourbillons qui emportent continuellement les objets qu'on 7 descend et les agitent dans tons les sens. 11 est remarquable qu'Homère ait dit positivement que dans le tartare l'air n'est jamais rafraîchi par le moindre vent. Les poètes ont pris les extrêmes pour augmenter l'horreur de ce lieu terrible ; et on sait que les extrêmes se touchent.
('^) J'ai tâché de rassembler les principaux traits de la description d'Hésiode (Theog. 717—766, 807—816.) et d'Homère , (H.
Fables Goncer* Gqci paroitra suffisaot , j'espère » quant ii
naitt l'origine , ^ , , . j
et là puissance 1^ oonaoïssanoe de la cosmographie des andes ^eux^ u ^®°* Grocs, Nous avons décrit la scènp. Re* troisièine épo» louroons aux acteurs*
^"^' Saturne ayoit eu trois fils et trois filles : Ju*.
piter , Neptune et Pluton , Junon , Cérès et Vesta (' ').
Nous avons, yu qu'on croyoit Jupiter être le seul qui , piff les soins de sa mère , échappa à la cruauté de son père. On dit qu'il yengea ses frères et ses soeurs , et qu'il les rappela, pour ainsi dire, à la vie. Ce ne fut cependant qu'après une latte longue et opiniâtre entre ces divinitës et les Titans , frères et soeurs de Saturne , et qu'après que les puissants fils an Ciel « les Cjdopes et les Gentimanes , se furent rangés du côté de Jupiter , que celui-ci parvint A se rendre maître de l'empire , qui lui fut de nouveau disputé par ua ennemi plus terrible en^ corc que tous les autres , par Typhoéo ou Typhon , engendré par la Terre , déesse vénérable et bienfaisante , mais qui , ayant embrassé d'abord le parti de Jupiter , et l'ayant même préservé des attentats de son père , finit par se déclarer contre lui^, et lui suggérer des difficultés qui faillirent faire échouer toutes ses entreprises^ ")•
Jupiter , se voyant enfin tranquille possesseur de Tem* pire, en distribua les parties entre ses frères, de sorte
e. 13—16 , 478—4810. Celle d'Hésiode est courent confuse et obscare. Il place , p. e. , Atlas devant le palais de la Nuit. Or , pour ne pas dire . que , d*aprés Homère et les autres poètes , Atlas se trouve sur la terre même , quelle idée se former de cette fiction , lorsqu*on se rappelle la distance qu'il y aroit du tartare au ciel , soutenu par Atlas, d'après Hésiode lui-même , et que la terre, . placée entre deux, l'empôcheroit absolument de toucher au ciel, (^^) Hes. Th. 453 sq. Il £iut bien que nous commencions toujours par les rapports du plus récent des deux poëte^ que nous suivons ici , à cause de la manière systématique dont il a représenté les fictions de la mythologie grecque.
(") Hes, Th. 453— 506, 617— «85. cf. ApoUod. inH. Eral Catast. 13.
qu'ayant obtemi lui-iiiéme' l'admimstratioa dn dél , Neptune fut chargé de régner sur la mer et Pluton devînt le maître de Tempire des morts ('^)* La terre resta en commun à tous les dieux et aux lioinmes , quoique , par un arrangement ultérieur , plusieurs parties de la terre furent encore laissées sous la protection spéciale de qudque di- Tinîté(»^).
Ces trois dieux , leurs soeurs et leur fieimille , composée de fils et de fflles nés de leurs mariages mutuds eu de qudque autre union , à laquelle il faut encore ajouter quelques-unes des divinités de l'uicien r^ime , fSEusoient cette réunion d'êtres surnaturels que les Grecs ' reconnoissoient pour les souverains de l'univers et les adi^ nistrateurs des afiaircs humaines. On assignoit à chacune de ces divinités, au moins à la- plupart d'entr 'elles , une sphère d'activité particulière. On attribnoit à l'une la surveillance d'une partie de l'univers, à l'autre le pouvoir d'exciter quelque sensation particulière , à une troisième la faculté d'accorder aux hommes l'habileté dans qudque art ou dans quelque exercice spécial. Quelques-unes paroissoient chargées du soin de maintenir l'ordre dans la société humaine et punir les crimes qui pourroient le compromettre. D y en avoit cependant qudques-unes qui , quoique douées d'un grand pouvwr , ne paroîssent pas avoir rempli de fonction déterminée.
Forme et quâlî- Avant de nous occuper de chacune de ces
lé« extérieures i. . ., / .• ï- • • »•■
des divinités uivmités en particuher , je crois qi| il ne sera grecques. pug Jjq^s ^^ propos d'examiner en général
quelles furent les idées que se faisoient les Grecs de leur forme et de leurs qualités extérieures. En parlant de phénomènes physiques personnifiés , nous avons toujours ce phénomène même devant les yeux. Les émotions et les
('^) Neptune et Platon sont aussi désignés quelquefois par le nom de Jupiter, cf. Eustalh. ad 11. p. 668. 1. 20.
(*oj Hom. II. O. 187 sq.
«easatMms personaîfiëes prennent îaaeasîUemeol , daas notre imagination , la forme humaine. Mais «î , pow déterminer la forme des dîviaitës proprenaenf dîtes , des dieux personnds et rëels (s'il m'est permis 4e les désigner ainsi) , on se fioit k sa seule imaginatioii , il seroit très facile de s'y tromper. Pour s'en containcKe -on n^a qu'à se rappeler les divinités de l'Iadostan ei^de TÉ*
De la forme des L'orreur Cependant ne seroit jaimaîs si
dieux^ de leurs , .A i ' •
besoim , de grande , par rapport aux Grecs , par ila rah* teurs Qccupaii- g^n |yès simple que leur goût naturel leur
ons , de leurs , "
amusements, fit choisir , parmi toutes les formes possibles , celle qui se présenté la première à notre esprit et qui en même temps est la plus befle« Les dieux des Grecs étoient de forme humaine. Et c'est oetie forme qui déteraune en même temps le caractère distinotif de la mj' thologie grecque. On assignoit à ces dieux , avec la forme humaine, les besoins, les occupations , les défauts même et les passions des mortels ; mais on leur en attribuoit aussi la beauté , la force , l'agilité , et tout cela dans un degré éminent , joint à un pouvoir surnaturel et à des qualités entièrement miraculeuses.
On dira peut-être que des observations si Ihou reconnues ne méritoient pas d'être répétées ici. Sur ce point je répondrai que, commeje me suis proposé de présenter ici l'enscàoible des opinions religiettses des Grecs , il faut , pour compléter *mon travail , revenir sur des choses qui «ont assez connues d'ailleurs ; et , en second lieu , pour peu qu'on veuiHe se donner la peine de jeter les yeux sur quelques ouvrages modernes de mythologie et ce qu'y deviennent les divinités si bien caractérisées par Homère et Hésiode , on trouvera qu'il est d'autant plus nécessaire de rappeler l'authenticité de ces vérités qu'on s'est donné plus de peine pour les nier. Enfin il y a un rapport si intime entre
le caractère et les moean des Grecs et leurs dinnités ipie 'la connoissaoce des qualités qu'ils leur attribuoient peut servir à confirmer ce que lliistoire nous apprend d'euxmêmes , et que , pour bien connoitre ces divinités , on n'a qu'à se rappeler le caractère , les inclinations et les occupations ordinaires de la nation qui les adoroit.
Les dieux des Grecs , avons-nous dit , étoient des hommes. Us avoient par conséquent les besoins attachés à la condition humaine. Ils avoient des démeures (^') , des Tétements ; fls prenoient de la nourriture , des délassements , des jouissances , assistoient à des festins égayés par le chant et la musique (^*). Hormis leur nourriture céleste, c'est à dire le nectar et l'ambroisie, la fumée des victimes leur étoit d'un parfum agréable et nécessaire au rétablissement de leurs forces (^'). Yoilà pourquoi les poëtcs disent que les dieux sontfestoyés, lorsqu'ils assistent aux offrandes (^^)« Les dieux avoient besoin du som-
(^') Les palais des dieux sont ordinairement représentés comme brûlants de Téclat de plusieurs métaux. Yulcain en est Tarchitecte. Les interprètes d'Homère donnent encore ici un échantillon de leor sagacité. Es avoient oiMcnré qu*il n*entroit pas de bois dans la composition des palais et des chars des dieux (cf. £nst. ad II. p. 456 in.), et cela leur fournit le moyen d'expliquer pourquoi Patrocle prend toutes les armes d'Achille, à l'exception de sa lance, parceque c' étoit la seule partie de son armure que Yulcain n'auroit pu réparer, le bois manquant dans l'Olympe. Schol. Hom. II. /7« 140. Eust. ad II. p. 1064 in.
i*^) Voyez les descriptions des banquets des dieux dans Homère, IL ^. in. Od. E. 92 sq. II. 9^. 200 sq. II. O. 86 sq. Scut. Herc. 201 sq. L'aimable Nausicaa dit , en parlant de son père : »I1 est dans son palais , usant du vin, comme un immortel!" Od. Z* 309. Il se divertit aussi bien qu'un dieu ; il est aussi heureux qu'un habitant de l'Olympe. Chez les Grecs c'étoit plutôt le bonheur que la vertu qui égaloit les hommes à la divinité.
(^») Hom. Od. E. 101 sq.
(«^) Hom. II. /. 535. àlkoê. âè ^fol âahvv&* ixaTâf^fiaç»
C'est ainsi qu'ils assistent au banquet que leur donnent les Éthiopiens. II. uâ. 424 sq. Iris s'y rend pour aroir sa part du festin, JVa dy xai iyù nfvudalaofttt^ Iç&r. 11. V. 207. Les offrandes
meil (^^). Ils sont nés comme les hommes , et leurs^ mères n^ëtoient pas exemptes des douleurs qui accompagnent la déliyrance des mortelles (^^). Dans leur jeunesse ils réclamoient les mêmes soins que les enfants des hommes (^^). Us n'ëtoient pas exempts de maladies (^®) ; ils ëtoient sensibles à la douleur : ils ne ressentoient pas seulement les coups et les blessures que d'autres dieux leur portoient(^^) , mais ils étoient même vulnérables par les armes des foîbles mortels (^^). Us donnoient à leur corps les mêmes soins que les hommes : ils sliabilloient , ils se baignoient , ils faisoient usage de baumes et d'onctions (^ '). Dans leurs voyages et dans la guerre ils se ser- Yoient de chevaux et de chars , qu'ils atteloient et conduisoient absolument comme les anciens héros de la Grèce (^^). Gomme ceux-ci , ils se battoient aussi bien entre eux (^ ^) qu'avec les hommes (^ ^) ; ils travaQloient comme eux (^ ') , et ils avoient , comme eux , leur propriété , leurs trésors, leurs troupeaux (^^). En un mot, nous n'avons
sont de véritables amusements pour les dieux* Il est dit de Neptune (Od. -^* 25): ^Ayrtétay Tavç«>-y re «ai àçifëi&if inavéfAfifiç»
et de Minerre (Od. T. 435) :
Il est remarquable que les dieux aient paru manger avec les hommes des yiandes de la yictime. On entrouYe un exemple chez Homère, Od. H. 201—203.
(a«) Hom. U. B. 1. S. 244 sq. (a<J) Hymn. Hom. I. 89 sii. (»7) Ib. 120 sq. . («•) Hes. Th. 793 sq.
(a^) Hom. n. 0. 404 sq. O. 16 sq. (^o) Hom. U. JET. 335 sq.
(^i) Hom. U. S. 170 sq. cf. Hymn. Hom. III. 86 sq. VI. 6 sq.
(3^) Hom. II. JE. 335 sq. 750 sq., a 41 sq. Hymn. Hom. IV. 375 sq.
(3^) Hom. U. <iP« Pausanias parle d*une lutte entre Saturne et Jupiter. Il dit qu* Apollon, Mercure, Mars etc. s*exerçoient à la course et au pugilat. V. 7 fin.
(a*) Hom. II. -E. 840 sq.
(^^) Hom. II. £. 412 sq. 468 sq. Vulcain, en quittant sa forge, prend son habit et son sceptre.
(^^) Hom. Od, M. 127 sq. cf. Hymn. Hom. I. 412 sq. L'au-
qu'à onTrîr nn Irrre des poèmes d'Homère , potèraMS conrainere que r(Mympe n'est qu'une îmitatîoiK fidèle de la manière de Tivre et des ooonpattons des grands parmi les Grecs. Ceci deviendra pins évident encore, lorsque nous examinerons en détail les occupations et le» fonctions de chaque divinité en particulier.
Mais, avons-nous dit, ^ en second Keu, on attribuoit' iiussi aux «yeux la beauté , la force , l'agilité de la forme humaine, et tout cela dans un degré éminent, joint à un pouvoir sumatin^l tt à des qualités entièrement miracideuses.
Immortalité « D'abord les dieux , quoique semblables deur , 'beaiTii^ «1» mortds , quant à leur origine , et quoiaçiKié det qu'y paroisse qu'on ne les regardât pas comme pouToîr dere^ éternels ('^) , étoient cependant exempts de ▼êtir d'«ati«a |j^ n^ggii^ de voir finir leur existence après
formes. '^
un certain nombre d'années , et l'on pouvoit
teur dn liymne sur Mercure (71 sq.) parle aussi des.troupeaux des autres dieux , aouyelle preuve que les troupeaux du Soleil ne peuvent pas ^^ifier les jours de Tannée. Ce poète , quoique certainement d'une date assez récente, connoissoit assez le génie des sièdes héroïques pour entrevoir qu'il est bien plus naturel d'expliquer les fictions de la mythologie par les moeurs des Grecs ^ que par l'astronomie.
('^) Mars eut péri sans le secours de Mercure (Hom. H. £• 388.) , et cependant on l'appelle è naraB-yfixoq (ib. 901.). Mais ceci se rapporte à la facilité avec laquelle sa blessure est guérie. £n tout cas, comme le remarque très bien M. Heyne (ad Hom« D. E* 391.), il faut pardonner quelque petite inconséquence aux anciens Grecs. Ce savant Veut que la mort des dieux ne fut autre chose que la longue défaillance dont parle Hésiode. Cependant il y a des exemples d'une véritable mort. Le dieu marin Triton fut décapité par les Tanagréens. Pans. IX. 20 fin. A quelle fin aussi Hercule proposeroit-il à Chiron le sacrifice de soli immortalité, pour la rançon de Prométhée, si Jupiter n'eût /?m tuer celui-ci. Apollod. II. 5. 11. p. 139^. cf. II. 5. 4. p. 121. et HeyH. ad h. 1. Chez le même auteur et chez d'autres les Cyclopes, fils du Ciel, sont tués par Apollon. III. 10. 4. Le scholiaste d'Homère (ad Od. K. 323.) est d'avis que Circé craignit l'épée d'Ulysse, car, bien qu'elle^ pût vivre très longtemps, elle n'étoit cependant pas entièrement assurée contre la
1^ appeler « par consëqoeat , à jiute libre i dieni immar^ ieU{^ B). Ils vi voient » il est vrai , comme des hommes , mais leur vie étoit facile et agréable ('^). Ils n'étoient pas obliges de penser aox moyens de subvenir à leurs besoins. Us n'avoient à craindre aucune des vicissitudes du sort , qui remplit souvent d'amertume la vie des mortels , et dont la seule appréhension les tient sans cesse dans l'inquiétude , au miheii du {dus parfait bonheur. Leur séjour habituel étoit un lieu brillant de lumière et de clarté , ^ù jamais ni les vents , ni la neige , ni la phue ne troubloient
mort. — D'ailleurs les dienz n'étoient pas les seuls êtres immortels. SiÛTant ApoUodore le ^éant Alcjonée jouissoit de cet araiw tage , mais seulement dans le lieu de sa naissanpe. Les autres géants ne pouToient être tués par les dieux seuls. Il leur falloit pour cela le secoars des hommes , et la Terre chercha même à le rendre inutile par^une certaine herbe. Apoilod. I. 6. 1. Toilà la raison pourquoi ELercule les perça de ses flèches après qu'ils eurent été tués par les dieui^. Ib. 2. Il me paroît que M. Hejne n^'a pas remarqué ce motif (T. II. p. 77.). De trois Gorgones Méduse étoit seule mortelle. ApoUo4. II. 4. 2. p. 97. L'une des nef f têtes de l'hydre étoit immortelle , raison pourquoi Hercule l'ensevelit et la mit sous une grosse pierre (ib. II. 5. 2), fiction entièrement conforme aux idées simples et peu développées d'un peuple ignorant. Le dragon du jardin des Hespérides étoit aussi immortel. Ib. II. 5. II. p. 136. Il j ent même des moyens par desquels les hommes pouToient s'assurer l'immortalité, comme l'herbe de Glaucus. Quelques héros étoient inrulnérables , soit par tout leur corps , soit dans quelque partie, comme, d'après des fictions plus récentes, Cycnus, Cénée, Ajax, Achille. Sophocle (pour le dire en passant) n'en parle pas, dans l'Ajax; mais le scholiaste (ad Aj. 824. p. 369 fin. 370 in.) rapporte que, dans la tragédie du même nom d'Eschyle que nous ne possédons plus, Ajax s'efforce Tainement de se donner la mort ; son épée fléchit toujours contre sa poitrine inTulnérable , jusqu'à ce que l'un des dieux lui indiqua l'endroit fatal où il pourroit se blesser mortellement. Cet exemple nous arertit en même temps contre l'imprudent de prendre le silence de quelque auteur pour une prenre de l'origine plus récente de quelque fiction.
(^^} ^ji&dvçtrot, ttlttyéiféTtK:. Hom. II. ^- 400. aléif iorveç.
Hom. II. JL 99. Toilà pourquoi Esculape parut si condamnable à Jupiter, lorsqu'il ressuscita les morts, parcequ'en agissant ainsi il donnoit aux hommes le privilège exckisifde la divinité. Erat. Catast. 6. {^^) ^(Za f «^«ç.
ta sërënitë et la douceur de raîr(^^). Leur tie étoif ^ pour ainsi dire , un repaê perpétuel , une oontînuatioxi de plaisirs et de délices. Ils n'étoient pas exempts de chagrins « il est vrai : ils ayoient leurs tracasseries , leurs craintes , leurs soucis , mais tout cela ëtoit si peu de chose eu oom-* paraison de ce qu'éprouvent les mortels , qu'ils méritoient à juste titre le nom de bienheureuâp. Comme leur nour-' nture n'étoit pas grossière, comme celle des hommes, ce n'étoit pas le sang qui circuloit dans leurs veines, mais une humeur plus subtfle que les poètes désignent par le nom d'ichor(^'). Leur corps n'étoit pas invulnérable » mais leurs plaies se fermoient presqu'à l'instant , souvent même par le simple attouchement (^^). L'ambroisie et le nectar, qui rafralchissoient continuellement leurs humeurs , étoicnt une source perpétuelle de vie et de santé, qui ranimoit leurs forces, garantissoit leurs corps de toute corruption (^') et donnoit même aux eniants la'vigueur de Tàge viril (^^).
Les dieux naquirent comme les hommes , il est vrai , mais leur éducation n'exigea presque pas de soins. Leurs forces s'accroissoient en peu de temps , et Fétat d'enfance n'existoit pas pour eux(^'). Quelques-uns jouissoient d'une jeunesse éternelle j d'autres sont toujours représentés dans toute la force de Tàge mûr ; aucun d'eux ne connut jamais les incommodités de la vieillesse. Les dieux
(^^) Hom. Od. Z, 42 6({. L*Ûlympe est quelquefois désigné par les épithèies à* àyà^v^^ofi et de «v^^of »ç , mais cela ne se rapporte qu*à l'aspect de la montagne, telle que la yoyoient les hommes. (*«) Hom. II. E. 339 sq. (^^) Hom. IL E. 416, 417 , 900 sq- (^^) Hom. II. E. 339 sq. L'ambroisie et le nectar étoient des matières très subtiles, qui sont représentées aussi bien comme boisson que comme Aouf riture. Il y a même un endroit ou Minerve fait couler l'ambroisie dans la poitrine d'Achille (i^i ç^- &taah çàl\ Hom. II. T. 352 sq.) « sans qu'on s'appercoive s'il mange ou s'il boit* Thétis l'introduit dans les narines de Patrode, pour garantir son corps de la putréfaction, cf. Athen. II. 8. (**) Hymn. Hom. I. 124—130. cf. IV. 137 sq. (^<) Hom. II. S. 400. Hes. Th. 492 sq. Hymn. Hom. IL20sq.
étoiedt , il est yrai , susceptibles de fatigue , et ils avoient quelquefois besoin de ranimer leurs forces , mais ces forces étoient infiniment plusl grandes que celles des hommes (^^)- La Toix des dieux étoit 'aussi forte que celle de mille mortels (^^). '
Leur forme , quoique semblable à celle des hommes , étoit beaucoup plus grande et plus belle , ou , pour parler plus exactement , la forme humaine n'étoit autre chose' qu'une foible image de celle des dieux (^®).
Lorsque les dieux daignoient apparoltre aux mortels , ils prenoient ordinairement la forme de quelque persQnnage connu (^^). Jugeoient*ils à propos de ne pas se montrer , ils s'enyeloppoient d'un nuage ou se rendoient inTÎsibles (^^). Cependant , lorsqu'ils prenoient imc autre
{'^^) Hom. II. O. 355 sq. cf. Hjmn. Hom. II. 117 sq.
(^7) Hom. II. £. 859. Quelle naiVe simplicité ! Lestaient da dieu de la guerre ne consiste pas dans la force arec laquelle il résiste à la douleur, mais en ce qu*il crie plus fort que dix-^Lille guerriers. II. S. 148 sq.
(^") Hom. II. 2:. 518. <^k 407. Ce dernier endroit contient cependant une hyperbole éyidente. Sans cette supposition Mars seroit sans doute un monêlrum horrendum ingens. Cette obseryation est appliquable à plusieurs autres fictions qu*on ne doit pas prendre au pied de la lettre, et qui ne doivent être considérées que comme des preuves de ce désir d*exagérer propre aux nations encore peu policées. Voyez là remarque de M. Heyne, à ce sujet, Hom. nias, T. Y. p. 138, 139. Dans l'hymne homérique, Cérès est si grande que sa tête touche le plafond. Elle répand autour d'elle une lumière orillante. L'auteur de Thymne sur J^ercure y ajoute une odeur agréable, ts. 231. Admirons encore ici l'esprit des interprètes d'Homère. Diomède blessa Yénns à la main. C'est, dit Eustathe (ad U. p. 419. 1. 30.), que Ténus étoit si grande que Diomède ne put atteindre plus haut. Mais Plc^ton fut blessé à l'é-
Îaule et Junon au sein, l'un et l'autre par Hercule. Pluton et unon étoient-ils donc plus petits que Ténus , ou Hercule étoit-il plus grand que Diomède r Sed ohe jam satis !
(♦**) Hom. II. iv; 215 sq. i7.7l5sq. P.554sq. (^^) Hom. II. S. 342 sq. Ici Jupiter se soustrait môme aux regards des autres divinités. II. H, 789 sq. Personne ne pouvoit voir un dieu contre sa volonté. Hom. Od. it. 573. cf. Hymn. Hom. IT. 111. Toilà pourquoi Minerve éclaircit la vue à Diomède , afin qu'il pût distinguer les dieux et les mortels. U. E* 127 sq.
forme , il arriroit quelquefois que les hcnnines les reoooH noissoient soil à la beauté ëolatante de quelque partie de leur corps (^') ou à la vitesse de leur mouvement (^ ^) » ou enfin à l'influence qu'ils exerçoieni sur l'esprit de l'hom* meC). Quelquefois néanmoins les dieux se montroient aux hommes dans leur forme ordinaire. Lorsqu'ils le £aisoient avec une intention pacifique ou pour leur donner une preuve d'approbation , cette apparition n'avoit rien de propre à les effrayer (^^). Mais, si les dieux descendoient ainsi au milieu des mortels » pour leur interdire ce qui leur déplaisoit. ou pour les . combattre , leur asped ^étoit terrible et insoutenable aux foibles enfants de la terre (^^). Mais jamais les dieux ne prenoient des formes hideuses. L'indignation qui brille dans leurs yeux , leurs formes majestueuses , une seule preuve de leurs forces irrésistibles étoient suffisantes pour dompter le courage le plus intrépide (^^). Ils prenoient quelquefois la forme de quelque animal (^7) ou bien d'un météore (^®)y mais
C) Hom. II. r. 396 sq. ^« 71 sq. C'est dans ,ee sens qu'il faut prendre Texpression àçiyifaTOb âè &eoC ^tq.
('*) Hom. Od. -T. 371 sq. Il paroît même qu'Apollon s'étonne de n'être pas reconnu par Hector. II. X. 8 sq.
(") Hom. Od. A. 320 sq. 420 sq. (**) Hom. Od. H. 201 sq.
(«•) Hom. II. n. 710 sq. T. 131.
(*^) Voyez la belle description de la manière dont Cérès , indignée de la méfiance de la femme du roi Gelée , reprend sa forme ordinaire, dans le quatrième hymne homérique, ys. 275. £ile devient tout-à-coup plus grande et plus beUe ; elle est entourée d'une lumière éclatante qui s'étend par toute la maison, et sts yêtements répandent une odeur agréable et douce. Les yeux de Minerve , qui ne rient que pour calmer la fureur d'Achille, brillent d'un éclat terrible. Hom. 11. A. 200. Ici elle n'est visible qu'à Achille seul. De même elle se montre à Ulysse , sans être aperçue
de Télémaque. Od. 155 — 161. è yàç tto jràyxeaa^ ^eol qtaivoyrak ivaçytZq,
(«'') P. e. d'oiseaux. Hom. II. H. 58, 59. S. 286-^291. Leucothée, bien que métamorphosée en foulque , conserve la voix humaine. Od. 1^. 333 — 338. Minerve se montre à Ulysse d'abord comme un jeune, homme, et tout-à-coup elle prend la forme d'nne vieiUe. Od. N. 221 sq. cf. 287 sq.
(**) Hom. II. ^. 75 sq, cf. Hymn. Hom. I. 440 sq.
jainai» ils ne se transformoient en spectres ou monstres (^ ^).
Ce n'est pas que la mythologie grecque ne nous offre de temps en temps des exemples de compositions hideuses ou de descriptions que le bon goût ne sauroit approu- Ter. Nous en avons déjà indiqué la cause dans la vivadié de l'imagination d'un peuple encore peu cultivé , qui exagère aussi bien ce qui lui déplait que ce qui le charme. Les Gentimanes , les Gydopes , . Échidna , la Chimère , Scylla ^ la description du repas de Polyphème , dans Homère , des Kères et des Parques , chez Hésiode , en sont autant de preuves. Mais d'abord les poètes et les artistes s'efforçant de bien exprimer une personnification et de la rendre aussi parlante que possible , négligèrent quelquefois les règles du bon goût. Pour s'en convuincre on n'a qu'à se rappeler l'image de Typhoée et de la Tristesse chez Hésiode (^^) , et , dans les siècles postérieurs , celles de la Discorde , de l'Injustice et de la Terreur sur le coffre de Cypselus(^*).
Encore fautril remarquer que le sentiment du beau n'étoit pas partout également répandu parmi les habitants de la Grèce. L'image de Pan et de Gérés, en Arcadie(^^)f des oiseaux du lac Stymphale (^^) et de l'Océanide Eurynome , dans la même province (^^) , les fables des amours de Pasiphaé et de la naissance du Minotaure, en Crète (.^^),
(*^) On pourroit m'objecter peut-être Protée, qui prit successivement les formes d'un lion , cl*un dragon etc. , mais il n*en usa ainsi que pour se soustraire aux tentations de Jtfénélas , et cjts formes mêmes n*étoient pas contre nature, comme celles des divinités orientales, Od. ^. 455 sq. On peut faire la même réflexion à Fégard des métamorphoses deThétis, qui voulut se soustraire aux empressements 4)e Pelée. Apollod. III. 13. 5.
(^o) Scut. Herc. 264 sq. cf. Heinrich ad h* 1. («^') Paus.V. 19. 1. Ib. 18. 1.
(^*) Elle y avoit une tête de cheval. Paus. VIII. 25. 4. Et, pouvons-nous en croire Ftolémée (Hist. poët. scr. p. 312) , cette Gérés elle-même étoit désolée d'être si laide.
(«») Paus. VIII. 22. 5. (<^4) Paus. VIII. 41. 4.
(^«) Apollod. III. 1. 4.
peuvent nous en oonvainore. — Et , oependant , quelle diffërenoe encore , si l'on compare les preuves peu nombreuses d'un goût moins épuré que nous offre la mythologie grecque à cette foule de divinités les unes plus monstrueuses que les autres , dans l'Orient et dans l'Egypte , et surtout lorsqu'on pense que les Grecs ont eu plus d'une occasion de se les approprier. En effet , pour peu qu'on veuille &ire attention que les Grecs eussent pu adopter aussi bien les formes hideuses des divinités égyptiennes qu'ils leur ont emprunté les noms de leurs dieux, on s'étonnera plutôt que la plus grande partie des personnages de la mythologie grecque sont véritablement beaux , et que quelques-uns réunissent même tout ce que le goût le plus exquis a pu produire de plus sobUme , que de reprocher aux Grecs d'avoir tidopté quelques-unes des compositions des peuples qui les entouroient (^^)«
Enfin il faut bien se garder de confondre les productions pitoyables des logiciens des siècles postérieurs et des interprètes^ des anciens poètes avec les fictions de ceux-ci
ou les traditions originales des premiers habitants de la Grèce («7).
{^^) Telle est, p. e., le Jupiter à trois yeux, à Argos. Les Grecs eux-mêmes assuroient que cette image étoit asiatique d*origine. Paus. II. 24. 5. Tel est encore Yulcain , comme nous le verrons bientôt.
(^^) Entre mille exemples il suffit de citer le récit de la naissance de Typhon chez ft scholiaste d*Homère (ad II. B. 782. éd. Wassenb.) ou de celle du cheyal Scyphius. Tzetz. ad Lycophr.
767. TftQl ràç Trivçaç tô iy ^-uiO-^ratç KoXmyS tta&tvd'^aaç (o Jloaitâwv) à7r«a7fiç/A^ye , xoi *7t7toç £Hvg)toç i^yX&tv. Une dcs
sources les plus fécondes de ces récits dégoûtants étoit le désir d'expliquer le nom de la personne dont il étoit question. Le récit de la naissance d'Orion et de celle d'Érichthonius nous en offire un exemple. On disoit que ce dernier nom étoit composé à^içiov et de x^wy f et on en racontoit ce qui suit. Je donne Toriginal , parcequejen*oseroisle traduire:' 6 âè CHq>akçoq) dTtiaTtiçfj^fiyey êîç
Il est même facile de prouver que les andennes fictions -ont été souvent corrompues par les poëtes suivants , et que le désir de renchérir sur la vivacité des tableaux de leurs prédécesseurs les a engagés à oublier cette noble simplicité et ce bon goût auxquels les Grecs d'ailleurs sem* bloient être faits par la nature. Et cette observation est d'autant plus importante que Ton a quelquefois commis Terreur de prendre la laideur et le mauvais goût que l'on remarque dans quelques images et dans quelques fictions des Grecs pour la mesure de leur antiquité , et qu'on a cru y trouver une preuve qu'elles ont été empruntées aux fictions orientales ou égyptiennes. Cette supposition tombe d elle même aussitôt qu'on voit que très souvent les fictions les plus belles ou au moins les plus simples et les moins difformes furent les plus anciennes.
Briarée , qui , dans Homère , n'est qu'un géant doué de forces énormes , a, dans Hésiode , cinquante têtes et cent bras (^®). Chez Homère le Cerbère est un simple chien , chez Hésiode il a cinquante têtes (^^). Chez Homère la Chimère est une chèvre avec une tête de lion et une queue de serpent. Hésiode a préféré lui donner trois têtes , Tune d'une chèvre , l'autre d'un lion , la troisième d'un serf)ent (^^). Quelle difiérence entre Vénus , fille de Jupiter et de Dione , chez Homère, et Yénus, née de sang et d'ordures, chez Hésiode C).
ÛTrofi&laaa tov yévoy flç yijy Jî^fi^t, ApoUod. lU. 14. 6. Je
ne puis croire que cette fable dégoûtante et certainement d'origine assez récente ait donné liea à placer la statue de Minerve dans le temple de Yulcain, comme le pense Pausanias (I. 14. 5.). La conformité entre les fonctions de ces deux divinités a pu fournir un motif suffisant pour les recevoir dans le même sanctuaire.
(<^«) Hom. II. ^. 402. Hes. Th. 150. cf. Apollod. I. 1. 1. Il est vrai qu'Homère fait mention de son titre, ixaroyxei'Çoç, mais il se garde bien de dire qu'il a cent bras , comme le fait Hésiode. Et en tout cas , il ne paroît pas qu'il eût plus qu'une tête. i^») Hom. II. ©. 368. Hes. Th. 310 sq. ' [^o) Hom. II. Z. 181. Hes. Th. 319 sq.
(^') Nous avons déjà remarqué que 1' '^9>çofriT^ d'Hésiode ne
Efc de même les Harpies , dont Hésiode loue la belle cheveliire ('^) , sont reprëseolëes dans la suite avec des corps de vautour, à bec humaine et à oreilles d'ours (^^). Le chien deiséryon, qui, chez Hésiode, n'a rien de remar- ^able (J^) 9 obtient dans les siècles postérieurs deux tètes de ohi^i et sept tètes de dragons (J^). Les Sirènes , (plu n'ont rien de hideux dans la fiotton originale , deviennent par la suite des femmes à pattes et ailes d'oiseau {^^)* Le Typhon d'ApoUodore (^ ^) est bien plus hideux que odui d'Hésiode; et quelle est Tîmagination qui puisse se figurer cette forme hideuse et gigantesque qui arrache les étoiles de la voûte du del , qui fracasse les montagnes , détourne les rivières et paroit vouloir faire retourner Tuoiivers au chaos , ainsi que la décrit Konnus , dans son poëme pkin de beautés du premier ordre , mais non moins rempli des extravagances les plus ridicules* L'hydre^ quin'avoit que neuf tètes chez Aloée , en a d^à cinquante chez Simomde (^®). Les Molionides , qui , chez ApoUodore, sont attachés l'un à Tautre dès la naissance (^^), et qui, diez Phérécyde, ont chacun deux tètes , quatre bras et quatre jambes, ne sont, chez Homère, que des hommes très ordinaires («<^).
Si l'on réfléchit à tout œ que nous venons de dire , on
doit son existence qu'au désir puéril d'expliquer Tétymologie de son nom.
(7a) Hes. Th. 267. (7») Tzetz. ad Lycophr, 653. {^^) Th. 308
(7 5) Tzetz. 1.1.
(7tf) Ib. Voyez, sur les représentations postérieures des Harpies et des Sirènes, Yoss, Myth. Br. T. I. br. 33. *T. II. br. 5. On •consultera, en général , àyec fruit , sur ce sujet, le deuxième volume de cet ouTrage. (^7) 1.6.3.
(7«) Ap. Schol. Hes. Th. 313.
(7^) Ibycus les appelle aussi ivt^vovç et les &ît sprtir d*un oeuf d'argent. Ap. Athen. II. 50.
(*<^) II. iP. 641. Apollod. IL 7. 3 et Heyne ad h. 1. Je prends la liberté de me représenter la chose en sens inverse de ce qu'en croit M. Creuzer , et de supposer que les didvfoi^ d*Homère aient été chaînés dans la suite en â^çvtZq et av/A^viZç»
ne manquwa pas de retrouyer daos les divinités grecques et même dans la plupart des compositions et des fictions de la mjTthoIogie de ce peuple ce caractère de beauté et de grâces qui distinguoit si éminemment les productions de leurs poètes et de leurs artistes. Yulcain , qui, chez Homère , n'est cependant pas dépourvu d'une certaine beauté , ' et Pan , dieu de l'Arcadie , sont presque les seules exceptions à cette règle générale , et ce qui leur manque à tous les deux , pour l'extérieur , est amplement compensé , dans le premier, parle sentiment de beauté et les talents les plus utiles et les plus agréables , et, dans l'autre, par sa gaieté naturelle et par sa sensibilité pour les plaisirs de la société et les agréments de la vie champêtre (®').
La beauté étoit donc une qualité distinctive de la divinité. Les Troyennes, en faisant Téloge de celle d'Hélène, disent qu'elle est aussi belle que les déesses immortelles (® ^). Minerve doue Pénélope d'une beauté semblable à celle de Vénus, lorsqu'elle se présente entourée des Grâces (•*). Lorsque la même déesse eut répandu la grâce et la beauté sur la tête d'Ulysse , Nausicaa , admirant cette métamorphose , compare son extérieur à celui des dieux immortels et en conclut que ce sont eux qui le lui envoient (^'^). Agamemnon , qui surpassoit tous les autres chefs grecs en stature et en beauté , avoit des yeux et un front senîblable à ceux de Jupiter , une taille aussi belle et aussi bien prise que celle du dieu de la guerre et une poitrine qui ne le cédoit pas à celle de Neptune (•*). Il n'y a presque pas de dieu ou de déesse qui n'ait quelque épithète qui désigne la beauté de quelque partie de son corps. Ju-
(«') Dans l'hymne homérique (XIX. 27 sq.) Pan, quoique laid, n'est pas hideux. Sa diiformité, comme celle de Yulcain , donne lieu à des railleries innocentes. Il amuse TOlympe entier, jusqu'à son père Mercure, et lui-même il n*est pas le dernier à s'en moquer. (■*) Hom. II. r. 158. cf. 0. 305.
(«3) Hom. Od. 2:. 191 sq. cf. Hes. Scut. Herc. 7 sq.
(«*) Hon^. Od. Z. 229—246; («•) Hom. II. B. 477 sq.
non aux bras blancs et aux grands yeux, Aurore aux doigts couleur de rose , Gérés , Apollon à la blonde chevelure , l'aimable et séduisante Vénus , Dione , la belle par excellence , et une infinité d'autres pourroient prouver la vérité de ce que. nous avançons. Le sein voluptueux et les yeux étincelaiits de Vénus la trahissent même dans son déguisement (^^). Diane surpasse toutes ses nymphes par la beauté et les grâces de sa taille (® ^). La beauté des déesses immortelles est si frappante qu'elle inspire une sorte de respect et confond tous ceux auxquels elles daignent se montrer dans leur forme naturelle ('^). Et ces êtres même dont on n'at,tendroit rien^de pareil , les Harpies, par exemple» Até même, ne sont pas entièrement dépourvues de beauté ('^). Et, comme les dieux étoient grands et beaux eux-mêmes , ils pouvoient donner ou ôter ces qualités aux hommes ^(^^). Gomme ils pouvoient se rendre invisibles* eux-mêmes, ils pouvoient aussi soustraire les hommes ou d'autres objets à la vue des mortels , ou les mçttre en état de voir ce que d'autres ne pouvoient apercevoir (^ * ) .
La toute-présence et la toute-science n'étoient pas des qualités caractéristiques des dieux Grecs (^^). Le Soleil
{^^) Hom. II. r. 396 sq. («7) Hom. Od. Z. 102 sq.
(^^) Hjxnii. Hom. IIL IT. Lorsque Yéniis se montre à Andiise dans là forme qu'elle avoit prise pour se cacher, il ne sentit que l'émotion des sens; lorsqu'elle lui apparolt dans sa forme naturelle, il se cache, frappé d'étonnement et de confusion. Il j a au fond de robservation de ces différents effets une idée morale plus sublime qu'on ne l'attendroit de ^anthropomorphisme des Grecs.
{^^) Hom. 11.7.126. Tous les ouvrages des déesses sont marqués au coin de la beauté et de l'élégance. Od. -S". 222. On consultera avec fruit, sur cet article, Bôttiger , Kunstmjth. p. 210 sq. , quoiqu'il attribue mal-à-propos la laideur de quelques fictions à l'influence de l'orient sur la mythologie grecque.
(^'>) Hom. Od. JSr. 429 sq. Od. Z. 229 sq. -T. 191 sq.
l^») Hom. Od. X 192 sq. Od. H. 15. Minerve et Diomède. II. £^
(^*) Jupiter se transporte de l'Olympe à l'Ida, afin de mieux
«8t le seul qui fasse une cxoepiion sur tous les autres , à cet ^ard , et nous avons vu combien ces qualités sont encore éloignées de la manière dont nous les entendons (^'). Mais ce défaut etoit compensé en quelque sorte par tme extrême rapidité dans tous leurs mouvements. Les dieux se transportent de l'Olympe sur la terre dans un moment (^^),
Toir les Grecs et les Troyens , Hom. II. S, 52. Il ne sait rien de ce qui arrive sur la terre, pendant son sommeil. Cérès ne peutretrouyer sa fiUe , car personne , ni dieu ni homme , ne Ta aperçue. Ifeptune est persuadé qu'il peut soustraire s^ actions à la connolssance de Jupiter. II. iV. 356 sq. Les dieux se transportent sur les lieux, pour voir ce que font les hommes, pour les aider dans leurs desseins , pour s'y opposer , ou pour prendre part aux repas qu'ils leur aToieni préparés. Il s'en faut beaucoup que tous les dieux prévissent l'ayenir, et Apollon qui, sous ce rapport, surpassa presque tous les autres , ne s'aperçoit pas que Tilphuse le trompe , mais , en reyanche, sa yne porte si loin qu'il yoit de Delphes, où il se trouve, im vaisseau , navigant au sud de la Grèce. Homère dit, avec une simplicité toute naïve, que les dieux se connoissent facilement, même lorsqu'ils ne demeurent pas dans le voisinage l'un de l'autre. Ces passages et une infinité d'autres prouvent à l'évidence que des endroits , coitime celui où il est dit que les Muses ou les dieux savent tout (Hom. II. B. 485. Od. //. 379) , qu'Apollon entend partout les prières des malheureux qui implorent son secours (Hom. II. n. 515.), que l'oeil de Jupiter voit tout et sait tout (Hes. Op, 267 , mais on doute de l'authenticité de cet endroit) , sont plutôt des idées propres aux poètes que des opinions populaires , et ne doivent pas être prises au pied de la lettre. £t néanmoins (car on ne trouvera pas plus de conséquence ici qu'ailleurs) le peuple étoit persu-» adé que les dieux pouvoient entendre les prières qu'on faiseit à voix basse , afin que les ennemis ne les entendissent pas et ne deman* dassent le contraire. Hom. II. H, 195 sq.
(^*) Jupiter, p. e, ne doute pas qu'il puisse empêcher le Soleil de le voir sur le mont Ida, lorsqu'il se couvre d'un nuage (II. S. 343 sq.). Et bien que le Soleil voie tout, il fallut cependant que sa fille Lampétié lui vint annoncer la mort de ses boeufs. Porphyre a &it la même remarque. Aristote a tâché de lever cette difficulté , en disant qu'il est vrai que le Soleil voit tout, mais qu'il ne voit pas tout à la fois. Schol. ad Hom. II. T. 277. Selon le scholiaste d'Homère (adOd. m 374.) Lampétié ne l'avoit annoncé que pour s'acquitter de son devoir, en faisant rapport, pour ainsi dire, ou le Soleil ne l'avoit pas vu , parceque cela étoit arrivé pendant la nuit. On voit bien que la lecture des scholiastes n'est pas sans agrément.
(»♦) Hom. II. ^. 770 sq,
Neptune ne fait que trois pas pour franchir Tespaoe entre la Samothrace et ^gae en Achale (^^). Le mouvement des dieux ëtoit semblable au vol des oiseaux , à la rapidité du vent (^') et même à celle de la pensée (^•). Leur marche éloit légère et facile ("); et, comme ils pouvoiént rendre les hommes plus grands et plus beaux , ils pouvoient aussi les rendre plus légers et plus agiles ('®^). D^ailleurs Tair n'étoit pas nécessaire pour soutenir la vie des dieux. Ils séjournoient dans les profondeurs de la mer, sans risque de suffoquer (***').
On ne sauroit mieux se former une idée de la manière dont les anciens Grecs envisageoient la différence entre les dieux et les hommes qu'en observant celle qu'ils adme^ toient entre les animaux immortels (car il y en avoit aussi selon eux) et les animaux ordinaires. Les chevaux des dieux étoient , nourris d'ambroisie, comme leurs maîtres ('®*). La course des poulains, fruits de l'union de Borée et des juments d'Erichthonius , étoit si rapide que les fleurs restoient intactes sous leurs pieds ; ils marchoient même sur la surface de la mer ('^^}. Achille est persuadé que , si ses chevaux prenoient part à la course , ils de-
(^<^) Hom. II. N. 17 sq.
(^^) Hom. H. iV. 62. Mercure tombe, pour ainsi dire, toutd'un-coup de Téther dans la mer. Od. £• 50. sq. La rapidité de Minerve est comparée à celle du rent. Od. Z. 20.
(^') Le poëte Texprime d'une manière très naïve. Il dit que Junon se transporte d'un lieu dans un autre aussi facilement que si Ton'disoit: »Je voudrois être dans tel endroit.** II. O. 80 sq.
(99) Hom. II. S. 281 sq. E. 778 sq. T. 350. -2". 615. cf. Hjmn. Hom. III. 67.
('P°) Hom. II. iV;59sq. Orion reçoit de Neptune la faculté de marcher sur la mer , et Péricljmène celle de prendre toutes sortes de formes. Hesiod. ap. £rat. Catast. 32. ApoUod. I. 9. 9.
C®'} Pour ne rien dire des dieux marins, Iris, p. e. , se plonge dans la mer pour se rendre auprès de Thétis, qui avoit sa demeure sous Tonde (Hom. II. SL 80 sq.), et fiacchus cherche^ un refuge dans le même séjour, pour se soustraire à la violence de Lycurgue. II. Z, 135 ^.
(»***) Hom. J?. 369. ("») Hom. IL T. 226 sq.
vaaceroîent tous les autres et remporterotent le prix , par*
cequ'ils étoient immortels (^®*).
Pouvoir de» Hais , hormis toutes ces qualités surpre*
dieux sur les
hommes et sur nantes et merveiUeuses , les dieux avoient ea« la nature. qq^q uue supériorité très marquée sur les mortdis, d'abord par le pouvoir qu'ils aroient sur eux et ensuite par celui qu'ils exerçoient sur la nature. Les dieux pouYoient non seulement changer l'extérieur des hommes , augmenter ou diminuer leurs forces ou leiir agilité C®^) , empêcher ou seconder leurs desseins par une influence entièrement miraculeuse (' ^^) > ils agissoient aussi sur leur esprit et sur leurs inclinations. Os pouvoient leur inspirer de certaines idées , édairer ou obscurcir leur intelligence : ils pouvoient leur donner le courage ou les intimider ; «ils pouvoient leur inspirer l'amour ou l'aversion , augmenter leur habileté , leur donner ou leur ôter des talents utiles , en un mot , leur influence sur l'intérieur de l'homme n'étoit pas moins sensible que sur ses qualités corporelles.
En sepond lieu , les dieux étoient les maîtres de la natu» re. La foudre et le tonnerre , la pluie et la neige , le vent et les tempêtes , la lumière et les ténèbres et tant d'autres
("*) Hom. II. 9f. 274 sq. cf. IK iT. 154. P. 443 sq. Eustathe (ad IL p. 1065. 1. 30.) est d'avis que ces che?aaxxBe sont ap-* pelés immortels que parceqae c* étoient des étalons et qa^ils pou* Yoient ainsi perpétuer Tespèce, le Pédase étant un hongre! Remarquons encore que le bélier de Phrixus, quoique â9>^^Toç (fr. Plie* rec. p. 159. éd. Stûrz.) , est cependant immolé. . (*°*) Ce pouvoir étoit souvent modifié d'après les qualités personnelles et les fonctions particulières de chaque divinité. C'est ainsi que Mercure avoit particulièrement le pouvoir d*endormir les hommes ou de lés éveiller par le contact de sa baguette. Nous es parlerons dans la suite. «
^lot^j II j a une foule d'endroits chez H«mère où les dieux ne se «ervent, pour exécuter leurs desseins, que de leurs forces excessives , mais il y en a plusieurs aussi où ils agissent par des moyens entièrement miraculeux. Jupiter, p. e. , &it avancer Hector par la force de son bras (Hom. II. O. 695) , mais il fait aussi sauter Tare de Teucer, comme par un miracle (ib. 461).
phënomènes physiques étoient en leur pouvoir , et ils s'en servoient pour exécuter leurè desseins ('^^). Mais nous remettons ce que nous avons à dire à ce sujet au moment où nous parlerons de chaque divinité en particulier. En développant ici cette matière il faudroit entrer dans des détails qui nous foroeroient dans la suile^ à nous engager dans ^es répétitions inutiles. Nouç n'avons voulu donner ici qu'une idée générale des opinions qu'avoient les anciens Grecs des qualités extérieures et du pouvoir de leurs divinités. Examinons maintenant ces divinités en jjarticulier , pour autant que la nature de cet ouvrage l'exige.
Nous commençons par celui qui tcnoit le premier rang , par le monarque de l'univers , le père des dieux et des hommes, le puissant Jupiter.
Jupiter. Sa Ml- H .est remarquable que la mythologie de autres dieux. ^0^^ les peuples de l'antiquité nous offre limiution d« rexemple d'une divinité suprême , élevée au-
son pouvoir. ^ j . "^ '
dessus des autres en rang et en pouvoir. C'est ainsi que les Égyptiens avoient leur Ammon , les Perses leur Mithras , les Assyriens leur Bel , les Phéniciens leur Baâl, et c'est ainsi ^ue les Grecs , par trois systèmes de mythologie qui se succédèrent , mirent à la tête de chacun d^eux une divinité souveraine.
On a essayé d'expliquer ce phénomène par la pureté primitive du sentiment religieux , qui porte les hommes , pour ainsi dire , à leur insu , au théisme. lïous avons développé plus haut nos opinions à ce sujet , et je crois qu'il suffira d'ajouter ici que , quant aux Grecs , nous n'avons qu'à nous rappeler ce que nous avons dit de l'état de la société et du gouvernement des différents états, dans les siè-
('^^) Nous parlons ici des dieux en général , car tous ne possédolent pas ce pouvoir également ; différence qui s'explique aisément par la diversité des fonctions de chaque diyinité et des parties de la nature confiées à leurs soins. Nous en verrons des preuves , lorsque nous parlerons de chaque divinité en particulier.
des héroïques, pour comprendre l'origine de TopinioD que nous venons de signaler. Pour les Orientaux , s'il est yrai , comme rassurent plusieurs savants , que leur dieu suprême ne fût autre chose que le soleil , il n'est certaine* meut pas étonnant qu'on lui ait accordé le premier rangparmi les autres divinités , et d'ailleurs il ne seroit pas plus difficile , sans doute , de trouver le prototype d'un roi du ciel dans le despotisme sous le quel gémissoient ces peu* pies que dans la monarchie limitée des anciens Grecs.
Le Jupiter des Grecs étoit le roi des dieux , et la dis* tance entre ce dieu suprême et les autres étoit à peu près la même qu'entre les rois des petits empires, grecs et les nobles , leurs vassaux. D'abord (car c'est une qualité essentielle) il étoit le plus fort (^^^). Le seul mouvement de sa tète suffit pour faire trembler l'Olympe ('^^). Si tous les dieux tiroient par un bout une chaîne que lui seul tiendroit de l'autre , ils ne parviendroient jamais à lui faire quitter place , tandis qu'il les pourroit tous attirer à lui et les lancer facilement autour de l'Olympe C^). Il chasse du ciel celui qui résiste à ses ordres , et il arrive même quelquefois que, transporté de colère, il inflige aux autres dieux des peines corporelles ('"). Ce pouvoir cependant n'étoit pas illimité. Les autres dieux n'opposent pas seulement la ruse à la force , pour se soustraire à son pouvoir , comme le fit Junon sur le mont Ida (' ' ^) et lors de la nais-
P<>«) Hcs. Th. 49.
(<o') Hom. II. jà. 530. e. 443. Strabon fait remarquer que Jupiter , par le mouvement de sa tête , produit le même effet que Junon par Tagitalion de tout son corps, p. 543. B.
("o) Hom. II. 0. in.
('") Hom. II. ^. 581 sq. 590 sq. N.2o6sq. T. 130sq. e. 399, 447 sq» O. 14 sq. 104 sq. Voilà aussi pourquoi il préfère Faigle à tous les antres oiseaux, parcequ*il est le plus fort. D. /2. 192 sq. cf. ^. 253.
C^) Hom. n. X II est possiUe que cet épisode , comme bien d'antres que nous alléguons ici , soit entièrement de l*invention du poète , mais il suffit de nous rappeler la remarque que nons avons.
MBoe d*HereQleC*) ; il n'étoit pas seolement souttiisi rinflnenoe de ees dieux qui ayoient la faculté de faire nai^ tare quelque sensation ou exciter quelque émotion à laquelle il étoit assujetti , par sa nature humaine , comme à l'influence du Sommeil C^) et de Vénus (''^): mais il aniya même un jour que trois autres dieux Taycient tellement réduit à l'extrémité qu'ils l'auroient infailliblement fait prisonnier , si Briarée ne fut Tenu à son secours C ^)- Aussi n'auroit-il jamais Taincu les Titans ^ sans le secours des Centimanes. Il n'est donc pas étonnant que Junon , bien qu'elle cède parcequ'il est le jdus fort ('' ^) , n'hésite pas à l'insulter d'une manière assez grossière (' ' *), et que Minerve lui reproche les obligations qu'il lui ayoit » à cau^" se de la bienTeillanoe qu'elle avoit témoignée à son fils Hercule C^}. Lorsqu'il commença la guerre contre les Titans, il fut obligé d'engager, par des promesses , les au' très dieux à embrasser son parti C*^) ; aussi fallut-il leur consentement pour obtenir le pouvoir suprême ('^'). Ge fut ce pouvoir , cette dignité , qui lui assuroit le respect des autres habitants de l'Olympe , toutes les fois que leur int^ét , ou que leurs passions ne leur faisoient pas ouUier ce qu'ils lui dévoient. C'est à lui qu'ils cèdent le pas (' ^^) 9 lorsqu'il entre , tous se lèvent et vont à sa rencontre (' ^^ ) ; c'est lui qui a le droit de les convoquer dans son palais sur l'Olympe ( ' ^ ^) . Souvent même ils témoignent leur csnônte
déjà faite auparav^t, que nous n*aVons pas à craindre que les poètes aient représenté les dieux populaires d'une manière moins noble et moins conforme à leur dignité que ne se les représentoit le peuple lui-même^ Le cas on Ton trouve des idées plus sublimes k regard de la divinité que celles qui conviennent avec les traditi' ons reçues est différent.
(«"') Hom. IL r. 106 sq. ("*) Hom. II. X (''«) Hymn. Hom. IIL 36 sq. ("<^j Hom. II. ^- 396 sq. ("') Hom. II. ./. 56. ("«) P. e. Hom.IL^.SiOsq. ("^) Hom. II. ©. 360 sq. ("^) Hes. Th. 392 sq, (»*») Ib. 881 sq. ("*) Hom. II. ^. 495-
('^*) Hom. IL A. 53%sq. (<>^) Hom. IL T* in.
de lui dëjdaire('^^)« Junon est servie par Hébé et let Heures , mais Neptune lui-même ne dédaigne pas de dételer le char de Jupiter (* *^) , et il déclare qu^il n'ose lui résister ouvertement , parcequ^il est son aine et parceque son intelligence a plus d'étendue ('*'). Que si Ton croyoit devoir attribuer cet exemple de modération , comme plusieurs autres , au sentiment moral du poëte plutôt qu'aux opinions populaires , toujours est-il cer^^n qu'il y avoit une foule de divinités qui tenoient leur pouvoir et leur dignité du père des dieux et des hommes ; c'étoit par son ordre qu'Iris alloit chercher l'eau du Styx , dont les effets sur rorganisation divine étoit le garant de la bonne foi des habitaDts de l'Olympe ('* ®) , d'où il résulte que c'étoit lu; qui maintenoit l'ordre parmi eux ; il est certain enfin qu'on trouve des exemples que jusqu'aux dieux des dynasties précédentes ex;écutoient ses ordres ('^^)*
Encore la supériorité de Jupiter ne consistoit pas seulement dans la force. Le» anciennes divinités ^ la Terre , le Ciel , Thémis , Prométhée , il est vrai , dévoient l'avertir des dangers qu'il n'avoit pas prévus , ce qui fait que nous ne pouvons pas admettre sans exception l'éloge que font souvent les poètes de sa sagesse , qu^ils représentent comme supérieure à celle de tous les autres dieux (' ^^) :. mais il n'en est pas moins vrai qu'il est appelé constamment le sagç , par excellence (' ^ ') » que parmi les jeunes dieux il est y supérieur à tous dans la «connoîssaoce de l'avenir , qsCil est même regardé cpoune l'auteur de tous les présages ('**), que les oraolea le$ plus anciens de la Grèce lui étoient consacrés ('^^), que le dieu qu'on regardoit
("«) Hom. II. E. 34. p. e. ('^^) Hom. II. 0. 440 sq.
("^) Hom. IL If^ 354 sq. ('^») Hes. Th. 784 sq.
(*a^) P. e. leSokil, la Lune et 1* Aurore (Apoliod.I. 6. 1.) et Rhéa (Hymn. Hom. lY. 442 j.
("*») Hom. 11. li' 631 , 632. Hes. Th. 656.
("^) Non seulement celui de Dodone, mais aussi un «racle à
oomme le prophète de TOI jmpe tenoit de lai sa connoUi'' sanoe de Fayenir et que la phis sage et la plus prévoyante des déesses fut sa fille (' ^^).
Jupiter, imiu- Jupiter étoit donc le roi des dieux, le
tion d'un ma- , y -j 4 j i>
narque grec. premier souverain , le président de 1 as*
semblée des rois de TOlympe. Comme les nobles des Phéaciens obéissent à la voix du héraut qui les invite à se rendre au palais royal » comme les chefs de Tannée s'assemblent dans la tente d'Agamemnon , convoqués par Taltbybius , de même Jupiter fait convoquer les divinités dans les parvis célestes par la voix de Thémis ou de Hercure. Mais quel que soit son pouvoir , quelle que soit sa supériorité, il n'est nullement un despote oriental , dont le plus grand seigneur , aussi bien que le moindre de ses scgets , est l'esclave plutôt que le serviteur. Quoiqu'on lui rende l'honneur qui lui est dû , lui-même il doit respecter les autres divinités , à son tour : quelquefois ce sont des menaces , mais quelquefois aussi des promesses dont il se sert pour les engager à exécuter ses desseins , auxquels ils n'hésitent pas de s'opposer soit par ruse ou par force toutes les fois qu'ils ont des intérêts ou des vues opposées aux siennes^.
Sesattribuu Mais, hormis cette dignité de chef des
particuliers. ..
Souyerain du dieux , Jupiter avoit , comme nous venons dcl et des • j^ |ç y^jj^ jj^ surveillance spéciale du ciel et
phénomènes ^
f^lestes. des phénomènes qui s'y opèrent. Il étoit par
excellence le dieu habitant de réther('^^). C'étoit son domaine spécial , où il résidoit , comme l'avoit
Olympia qa*on croyoit avoir existé dans cet endroit, avant Tinstitution des jeux.
{^^^\ Apollon et Minerve. C*est aussi dans ce sens que Pénélope put dire que Jupiter savoit tont, quant an bonheur et au malheur des hommes, Hom. Od. T. 75, 76.
('>') ai&fç^ ifaiwif. Hom. IL -B. 412. ^/»ôç t^èyai, la lumière brillante de Téther (II. iV; 837) , qu'il faut bien distinguer de ai>rai (Vf. 244), oà c'est la fondre.
ftiit Saturne avant lui , tandis que le Ciel même personnifié étoit regarde comme le prëdëoesseur de Saturne , preuve frappante de la manière dont le culte des parties de l'uni- Ters fut absorbé par celui des dieux existants et personnels.
Ce ne fut plus le Ciel lui-même qui lança la foudre et humecta les champs de pluie et de neige , ce fut un être de forme humaine qui avoit établi son trône dans les hau-» tes régions de l'air , qui se servoit du feu céleste soit comme un instrument de son courroux soit comme un moyen pour effrayer les téméraires mortels qui s'opposoicnt à ses desseins , soit enfin comme un signe de l'avenir , pour les avertir de la prochaine exécution des décrets de sa volonté ('*^). Ce fut lui qui faisoitgronder le tonnerre C^'), qui rassembloit ou dissipoit les nuages ('^') et qui agi* toit l'atmosphère par des tempêtes et des orages ('^^). Lorsque , dans l'automne^ la pluie inondoit la terre , lors^ qu'elle fiiisoit monter les eaux des rivières , et que les tor» rents descëndoient en mugissant dans la plaine , dérad* nant les arbres et enfonçant les flancs des rochers , lors» que la grêle détruisoit l'espérance du laboureur , ou que , dans l'hiver , la neige couvroit les montagnes et les promontoires et les plaines , c'étoit à Jupiter , le dieu du ciel , qu^on attribuoit tous ces phénomènes ('^^). C'est ainsi que les habitants de la Corinthie attribuoient à sa bienveillance la crue extraordinaire du fleuve Chrysorrhoas , qui compensoit les suites funestes d'un*e sécheresse excessive , du temps du roi Aëtius ; et , pour lui en témoigner leur
C^^j ztqmniqavifoii. cf. Hom. II. N. 242 si{. II. S* 414 sq.
("^) ^^yfiatiiixfiii. cf. Hom. 11. e. 170. ('*•) -Pêçt^vr'ç*^^^ 9 MêXa^vêç'jç. cf. Hom. II. J^- 297 sq«
nwgçbç Jkèç à% ifêçtXà»^» II. B» 146.
(»»«^J Hom. II. JT. 364 sq. Jf. 795 sq. ('^«"J Hom. II. /r. 384 sq. K. 5 sq. M. 278 sq. ef. Hes. Op. 415 sa. On éàsoii Zêifç ir<» (ib. 488)9 ou simplement ô ^«oç ^«».
Hom. II. M» 25. iê â* àça Ziifç ùvifix^^*
Or , si Jupiter ëtoit oonsidëré oomme l'auteur et la aour^ oe de la digoitë royale, il n'est pas étonnant que les rois se crussent placés sons sa protection. Comme régulateur du sort des humains , il étoit déjà le dispensateur de la guerre et de la paix^^); en outre c'étoit lui qui donnoit la victoire aux princes ou qui les humilioit par la dé* faite, selon sa volonté ('^'), ce qui fut certainement la raison pourquoi on le représenta dans la suite , ainsi que Minerve , portant à' la main l'image de la Victoire ('^^); et , comme les rois étoient juges aussi bien que généraux , Jupiter étoit considéré comme la source de la justice ('^^)f et c'étoit, pour ainsi dire, en son nom que les princes prononçoient leurs arrêts ('^').
Mattre du tort jfais ce n'éloient pas seulement les rois général. qu'on croyoit dépendants de Jupiter : tous
les hommes , aussi bien que tous les dieux , étoient soumis à son pouvoir (' ^^). Leur vie et leur sort , leur bonheur et leurs adversités dépendoient de lui , pour autant (il est toujours nécessaire d'ajouter cette exception) pour autant que son pouvoir n'éloit pas limité par les décrets du destin. Voilà pourquoi Tinfluence de Jupiter s'étend quelquefois jusques dans la sphère d'activité des autres dieux. Ce n'étoit pas Neptune seulement mais Jupiter qui pouvoit aussi faire périr les hommes sur la,mer ('^')«
('^^) Hom. II. ^* 84. rafilaç TroXéf^oho. Oenomaiis offrit des sacrifices à Zêvç â^«»oçy lorsqu*il entroit en lice avec les prétendants de sa fille Hippodamie. Paus. Y. 14. 5.
('^") Hom. II. T. 242 sq, ir paroit qa*on lui donnoit aussi répithète de a&ir^oç. Paus. II. 32. 7.
("i>) Paus. 1.1.3.
(«^°) Hes. Op. 279 sq. cf. 36.
(«<^') Hom. 11.^.238,239.
('^^) H suffit dé rappeler ici la fiction de la balance et des deux vases remplis de bien et de mal (Hom. II. &• et U. JL) et au commencement des Oeuvres et Jours d*Hésiode. L'Iliade entière en est, pour ainsi dire, la preuve. J^oç d^ iveX^UTo fivk^,
(«<^») Hfcs. Op. 668.
Les songes lui obëissoient, comme lesTents('^^) ; et, oomme tous les dieux lui ëtoient soumis , on peut aussi dire en quelque sorte que son pouvoir s'ëlendoit sur toutes les choses dont la surveillance leur est attribuée à chacun en particulier. — Jupiter protëgeoit les maisons , et sa providence en gardoit , pour ainsi dire , Tentrée (' ^^) ; Jupiter ëtoit le refuge dans le danger ('^^); Jupiter donnoit les richesses , la sagesse et les talents nécessaires pour Texercice des arts (' ^^) 9 en un mot c'est en lui que la notion de la providence divine fut réalisée par les grecs jusqu'à un point auquel on <»'eiroit à peine que le polythéisme pût parvenir.
Juge de leuri Or , si Fou attribuoit à Jupiter un pou-
bonnei ou mau* . • /^ j .■ «^ . •
Taises actions. '^^^^ A^^si étendu , il seroit cerlamement
étonnant si on ne le reconnoissoit pas en mAme temps comme le juge des bonnes ou des mauvaises actions des mortels.
Le dieu , qui étoit le père du Droit (Dicé) , qui avoit mis le sceptre de la justice entre les mains des rois ^ devoit bien être regardé comme le juge suprême des habitants de la terre. Selon Hésiode une infinité de démons planent sur la terre , par Tordre de Jupiter , pour observer la conduite des mortels , et Dicé vient accuser les injustes devant son tribunal ('^'). Et ^juand il faudroit même placer
{^^^) Hom. n. -^. 63. B. in.
(«tf*) iç»*»oç. Pans. V. 14. 5 fin. Pheree. fr. éd. Sturz , p. 72. ef. Pans. IL 24. 5. et net. Siebelis.
(«^^) 0t'^o«. Schol. Apollon. Rhod. IL 1246. cf. Apollod. L 9. 1 , quoique, selon Pausanias, Tépithète fut ici jiaçiç^oç (L 24. 2.). cf. Millier, Orchomeniër, p. 161 sq.
('^^) Hom. II. If' 730 sq. Le mot &fbç est ici, comme souTcnt ailleurs , Jupiter, le dieu, par excellence. Voyez II. B. 669, 670. L*autenr du troisième hymne homérique va même si loin qn*il représente Jupiter, quoique soumis à Tinfluence de Yénns , cependant en étatd*inspirer, à son tour, deTamour à cette déesse, vs. 34 — 46.
C^*) Hes. Op. 252 sq. Le vingt-troisième hymoe homérique,
çant par Topiiuon de ces pères de Vé^âae qui prétendoioit qae Jopîter Sabaiiiu (ëpithète dont rexamen n'appartient pat à l'époque dont nous nous occupons en ce moment) ne fut autre chose que Jéhoyah Sabaoth (' ^ ' ) • Tient ensuite » d'après le droit d'ancienneté, le Buddha des Indiens, qui , sdon quelques auteurs modernes , est le Jupiter Dodonée ou Bodonée('^^). Le Bel des Assyriens est le troisième. Si Ton lait à Saturne llionnenr de le déduire de ce dieu de l'Asie, parceque Tun et Tautre
tenoient le premier rang dans les mythologies respectÎYes auxquelles ils appartenoient , on serait injuste de ne pas en agir de même à l'égard de Jupiter (''')• Je doute fort cependant qu'on trouve une grande ressemblance entre le Jupiter des Grecs , tel qu'Homère et Hésiode nous le font connoltre , et Bel , qui coupa en deux la femme Marghaia , qui fit de ces deux parties le ciel et la terre et qui forma les hommes déterre, pétrie de son sang(^^^), ni entre le même Jupiter des Grecs et le Bel ou Créateur
C') Yojez , sur cette opinion , Selden , de Dis Sjr. p. 32.
('^^) Ritter, Yorhalle, p. 416: »der altdodonaeische
Zens, der Orakelgott — aber nicht der spatere g^riechische, sondern eben jener Eoros-Baddha, Sonne nnd Wasser zug^Ieich, Sol-iïari^ nus^ seibst nnergnindiich, aber gnàdig, gastlich and unentweiht Yom antbropomorphîstischen Mythos, daher orakelnd, aber sich oSenbarend in dunkeln Reden, in weisen Gesetzen und heiligen Geboten , in den Erscheinnngen der Natur , daher ans der heiligen Eiche redend , wie mit der Sprache der Gewàsser , dem Wogengerausch und dem Blitzstrahl ans dem Himmelsraume , wie ans den Brunnen und Quellen und Hôhlen der £rde , und durch die belebte Thier- und Menschenwelt, die Seelenwandernde , sich metamorphosirende , daraus der Hellenen viel-zweigige Gôtter- und Heroënwelt hervortrat.** Un semblable passage pourra servir à m*excuser si je reviens sur des particularités qui doivent paroître assez connues à plusieurs de mes lecteurs. J'ai au moins T espoir que quelques-uns , qui n'auront connu la mythologie grecque que par de pareils ouvrages, trouveront ma manière de voir entièrement nouvelle.
('^') Herod* I. 181—183. Berosus ap. Euseb. Chron. I. 2. 6. ('^^) Berosus ap. Euseb. Chron. L 2. 4 — 6.
di| monde , le fils d'Aos et de Daucé , lequel Aos fut lui* même fils de Cissarès , qui dut la vie à Hapasoon et à Tautfaé , la mère des dieux (* ^ *).
Mais je ne crois pas qu'il soit nécessaire de nous arrêter à ces fables , dont Tauthentioité d'ailleurs n'est pas élevée au-dessus de tout doute , pour ne pas dire qu'on a représenté le même Bel comme un roi , sous le règne duquel arriva la guerre des Titans , et même comme un prince qui prit part lui-même à ces combats (' ^^).
Les Grecs pensoient que les Perses , lorsqu'ils sacrifioient sur la cime des montagnes , adoroient le ciel , et ^ comme ils croyoient que p'étoit le dieu suprême de ces peuples, ils l'appeloient Jupiter (' 7^). Les livres sacrés des Perses nous ont mieux instruits à cet égard , mais du reste le Jupter des Gtecs n'est rien moins que le ciel , comme pous venons de le voir , et quand même il en eut été ainsi , il n'en est pas moins certain qu'il est aussi impossible que les Grecs eussent emprunté aux Perses cette opinion comme tout autre , par la raison très simple qu'ils n'ont eu aucun rapport avec eux avant les temps d'Alexandre le Grand (* ^•)-
{^'^^) Damasc. de princ. ia inal. 6r. éd. Wolf. T. III. p. 258, 2$9.
('^^) Euseb. Chron. I. 13. Theophyl. ad Autol. p. 138. C. (ai ealc. Jnst. Mart.)
('^') Herod. I. 131. cf. VIL 40. Voyez les endroits de Xéuophon et de Plutarque^ cités par Brissonios, de regîo Persamm principatu, II. 1.
('^^) Il parolt qae M. Anqaetil-Duperron prend le Zohoré ^ dont il est question dans le Zerdust-namah (oà Ton compare Tédat du yisage de Zoroastre à Zohoré) pour le Jupiter des Grecs: aa moins il ajoute ce nom en parenthèse, comme pour expliquer Tantre. Zend-Avesta, T. IL Tiède Zoroastre, p. 15. Je ne comprends pas ce qui Ta engagé à le faire. S'il y avoit une divinité des Perses qu'on put comparer avec le Jupiter des Grecs, ilfaudroit que ce fut Mithras, mais seulement parcéqu'il occupe le premier rang; car d'ailleurs il n'y a pas la moindre ressemblance entre cef deux diyinitésf
de là Phénicie. Après 00 qae nous avons dit plus haut du Baal et du Holooh des Phënioiens , il ne doit pas parottre étonnant qu'on ait oru retrouver en eux le Jupiter des Grecs C^) » et même dans le Marnas , divinité assez peu oonnue de Gaza , par la seule raison que Marnas signifie encore Seigneur , d'après ce que nous apprennent les orientalistes (*•**).
Bafll-Zébttb.^ La ressemblance qu'on croit avoir remar-
lu jro/*v*oç. ^^^ entre le dieu d'Accaron ou Écron, Baal-Zébub (le dieu des mouches ou des insectes) ('®') , et Jupter , le disperseur des mouches {ànofivtog) , semble avoir un peu plus de fondement. On sait qu'Hercule donna ce nom à Jupiter , son père , lorsqu'il lui sacrifia à Olympie , en le suppliant de le délivrer des mouches qui l'incommodoient dans ses pratiques de piété (' ® ^). Mais ce Baal-Zébub le connoit-on assez pour oser assigrer qu'il cfaassoit aussi les insectes C'), et ne s'est-on pas pIutAt servi de l'attribut connu du dieu grec pour expliquer le nom de la divinité phénicienne ?
(^79) Diod. Sic. T. I. p. 122. Voss. Theol. Gent. II. 5 (T. I. p. 169.). Selden, de Dis Syr. p. 197. Le pseudo-Sanchoniathon (ap. Euseb. Praep. Eaang. p. 34 C.) représente leBeè'lsames (c^est à dire Baal-Schamaïm , le Seigneur du ciel, le Soleil) comme le Jupiter des Grecs. Mais outre lui il y a encore un autre Jupiter, et bien un Jupiter qui mène la charrue {àçôzçuoq)^ qui estDagon (N.B.) (ib. p. 37.), et un troisième , Zeus Bélus, frère d'Apollon (ib. p. 38.). On n*a.qu'à choisir , comme on voit. Se peut-il qu'on se soH jamais avisé de prendre ce fatras d'absurdités gréco-phénicîennes pour la véritaÛ^ mythologie des habitants de Tyr et de Sidon. (»«^) Selden,deDîsSyr. p. 215.
('«») IReg. II. 2.
(isaj Pjus V. 14. 2. Clem. Alex. Coh. ad Gent. p. 33 i». Pline en fait une divinité séparée, qu'il appelle Myïodes , i7* Z^- XXIX. 6. Les Arcadiens adoroient i par le même motif, un héros qu'ils appeloient Myïagrus (celui qui attrape le* mouche»), Paus. TIII. 26. 4.
C') Quelques-uns expliquent ce nom par Dieu^mouche et croient qu'on le représentoit effectivement sous la forme de oet insecte , à Aecaron ; d'autres le traduisent par le Dieu^ po^êetteur des mouches. Selden, de Dis Syr. p. 3QI sq.
Je me garderois biai de faire ces questions » si je n'avois pas TU qu'an des plus savants orientalistes dëdare ouvertement qu'il ignore absolument l'origine du nom Baàl-Zëbub et qu'il ne croit pas qu'il y ait personne qui la puisse indiquer ('®^). Et, d'ailleurs^ seroit-il plus difficile d'imaginer que les Greos eussent pu inventer un Jupiter 9 chasseur de mouches , qu'un Hercule , chasseur de sauterelles on de chenilles (''*')? L'opinion qu'il £ei1* loit une intervention divine > pour garantir les victimes des insectes nuisibles , étoit extrêmement répandue parmi les peuples de l'antiquité , et on pourroit en citer plusieurs exemples (^•^).
Quoiqu'il en soit , il est certain que les Grecs donnoieol: le nom de Jupiter à l'un des dieux phéniciens , comme ils le laisoient à Tune des divinités de presque toutes les nati*' ons barbares C^'^). Il est très vraisemblable que ce dieu iitt Baal , mais je dois avouer qu'il ne me parott pas pos* sible de prouver que le Jupiter des Grecs soit la même dî* vinité que Baal où qu'une aurtre divinité quelconque de la Phénide , quoiqu'il secoit peut-être aussi téméraire de nier que les opinions des Phéniciens h Tégard de leur dieu suprême n'aient eu quelque influence sur edles des Grecs k l'égard du dieu k qui ils acc|ordoient le même rang dans leur mythologie.
^z8 4^ »Qaid rêvera in causa fuerit nominisiiequeodieere, née mihi quis alius , opinor , satis potest/* Selden , de Dis Syr. p. 303» Voyez surtout p. 301 si\. Ce sayant, aussi bien que Bochart, re« jette Topinion que Baal-^Zebub serpit une corruption dn nom Ba* aUZebahim (le dieu ài^ offrandes), introduite par les Israélites , pour témoigner leur mépris envers cette divinité.
('"^) Selden a déjà cité ces endroits , 1. i.
(i8<^) On les trouve chez Bochart, Hierozoïcon, T. II. Lib. IV. eap. 9. p. 500 , où il parle d*une semblable opinion répandue parmi les Hébreux, qui croyoientque Jéhovah avoit cette précaution pour le temple de Jérusalem. Il ajoute: »Quae si verasunt, Diabolus, ut solet, fuerit hac in parte Dei simia."
C**^) Polyb. III. 11. 5, où il est question d'Hamilcar, qui &t jurer son fils Hannibal devant Tautel de Jupiter.
Je orois que oous pouTons faire la même rëfiexioa , Telalhremeat aux peuples de l'Asie mineure , et nommément aux Phrygiens , dont quelques auteurs ont touIu tirer le Jupiter des Grecs ('* «).
Sur l'origine Quant à TÉgypte , on sait que presque ^hcr.""* * tous les auteurs anciens s'accordent en ce
point que le Jupiter des Grecs n'étoit autre •chose que TAmmon des Égyptiens / et la combinaison très <x>nnue des deux noms (Jupiter- Ammon , Zeus-Ammon) démontre asset que cette opinion étoit très généralement reçue. On croit donc que le culte de Jupiter a été transféré d'Egypte en Crète (^•^), lie où Jupiter auroit vu le jour , suivant Hésiode , et que de Vue de Crète ce culte se seroit répandu par la Grèce , opinion qui paroit être confirmée par des traditions telles qu'allègue Aglaosthène , que Jupiter auroit ,passé d'abord de Crète à Naxos , et que eette dernière lie auroit été Tendroit d'où il avoit entrepris l'expédition contre les Titans ('^^), et celle dont parle Pausanias , que les Dactyles de llda seroient venus de Crète en Élide ('^') , et qu'un fils d'Hercule Idée y auroit bâti un temple pour Minerve Cydonia (' ^ ^).
{"•) M. Hoeek (Creta, p. 160— 197, 234 sq.) prétend qne le culte de Jupiter a été transporté de Phrjgie en Crète. Il se fonde principalement sur l'arrivée des Curetés de Phrygie en Crète , et sur les traditions à Tégard d'Ida et d*Adrastée, nourrices de Jupiter , en Phrygie. Je dois avouer que l'auteur ne m'a pas convaincu ,' et quand même on ne pourroit faire aucune objection solide contre sa manière d'argumenter, toujours est-il certain qu'il ne suffit pas de démontrer l'arrivée de prêtres et de nourrices , mais que nous avons le droit de demander une preuve de l'arrivée du dieu même , ce dont il n'y a pas la moindre trace. Mais , en tout cas, ce Jupiter phrygien ne seroit, sans doute, dans l'origine, autre chose que le Baàl des Phéniciens ; et M. Hoeck est si bien persuadé que ce qu'il avance ne diminue en rien la force des preuves bien plus solides d'une origine pélasgique de ce dieu , qu'il se voit obligé d'admettre deux Jupiters , l'uncrétois, l'autre pélasgique.
("^J P. e. Dupuis, Orig. de tous les Cultes, T. Illi p. 207. (^^<») Ap. Eratosth. Catast. 30. (»^») Paus. V. 7. 4.
('^^) Paus. VI. 21. 5. Voyez les auteurs cités par Hoeck, Creta , p. 339—344.
Il pourroit suffire do rappeler ici ce qae nous av<His dît auparavant à l'égard de rorigine de roracle de Dôdone : cependant il ne me paroit pas hors de propos d'entrer ici dans quelques détails ultérieurs à ce sujet.
n n*est certainement pas nécessaire de chercher le Jupi-* ter des Xîrecs dans le Papéus des Scythes (^^*), ni de prétendre que son culte soit venu des contrées au nord de la Grèce , mais nous savons que Tauteur même qui s'efforçoit le plus de déduire la mythologie grecque de l'Egypte avoue que l'oracle de Dodone , consacré à Jupiter , existoit avant que les dieux grecs et par conséquent Jupiter lui-même , eussent été distingués par des noms particuliers ('^^) ; et les rapports d'autres auteurs dignes de foi , que nous avons cités plus haut , ne nous permet-
(«^«) Herod. IV. 59. cf. V. 127. et Diod. Se. T. I. p. 155.
Yoyez la juste réflexion d*Origène, c. Gels. p. 661 (T. I.), sur les erreurs qui sont les suites naturelles de cette comparaison maladroite des dirinités grecques aVep celles de P étranger. Suivant M. Anquetil (cité par Gôrres, Mythengesch. T. I. p. 198not.)/'ajfèu» signifie pèr£, Yeut-on encore un exemple de la manière singulière dont les Grecs appliquoient leur mythologie aux traditions des nations barbares , on en trouye un qui est assez frappant , dans le rapport de Thistorien Duris (ap. Schol. Apoll. Rhod. IV. 1249.), que les habitants du Caucase n*adoroient ni Jupiter ni Minerve , parceque le premier avoit puni Prométhée , à cause de rindination qu*il avoit conçue pour la déesse.
{^^^) Je n*ose assurer que le nom Z^vç signifie dans T origine Dieu, comme le prétendent quelques savants (Zf vç , Jivç , &f6q , Deuê) : mais il me semble que la particularité dont hous parlons ici est une nouvelle preuve que Jajpïier fut effectivement le dieu le plus ancien du culte établi , et que le règne de ses deux prédécesseurs n*a jamais existé que dans les traditions et dans les productions des poètes. M. Clavier (Hist. des prem. temps delà Grèce, T. I. p*. 90 sq.) s'efforce de démontrer que le Ciel, Saturne et Jupiter ne sont que des noms différents d'un seul et même personnage. Mais cet auteur emprunte les preuves de cette assertion à la chronologie de ces temps (p. e. en prouvant que. le père d'Io n*a pu être Jupiter) et à des interprétations allégoriques qui ne semblent lai inspirer aucun doute ; et avec tout cela il ne fait aucune distinction entre la mythologie des Grecs et celle des Romains.
lent {Mfl de douter que i'oraole de Dodone n'ait étë fonde par les Pëlasges.
Néanmoins nous avons aussi avoué y d*abord, que nous n'avons aucune raison de douter de la vérité do rapport d'Hérodote, que les Grecs ont emprunté à l'Ammon égyptien le nom dont ils ont décoré leur dieu suprême , sans pouvoir expliquer toutefois la manière dont ils s'y sont pris. Ensuite nous avons consenti à admettre quelque influence des rapports à l'yard du dieu de l'Egypte sur les opinions des Grecs concernant Jupiter ^ et sur la manière dont on rendoit les oracles à Dodone.
Mais , tout en avouant ced, nous sommes bien éloignés de croire que cette influence puisse élre démontrée par des fictions comme celle du rqpas que les £tbio|Nens donnèrent à Jupiter et aux autres dieux ('^^). Diodore explique ce passage d'Homère par la coutume des Égyptiens de transporter chaque année la diàsse de Jupiter de son temple à Thèbes à l'autre rive du Nil , du colé de la Libye (' ^^). Je ne vois pas en eflet pourquoi Homère n'auroit pu ima* giner ce banquet , ou pourquoi on n'auroit pu l'avoir reçu parmi les traditions populaires, sans aucun secours des Égyptiens. OEnée festoie les dieux aussi bien que les Éthiopiens ("^). Les Phéaciens en agissent absolument de la même manière ('^®). Nestor prépare un festin à Minerve ('^^) , et Iris(*°®) aussi bien que Neptune (^*^') vont Tune et l'autre à un banquet chez les mêmes Éthiopiens , sans qu'on ait jamais pensé à expliquer ces fictions, en effet très faciles à comprendre , par les cérémonies de quelque
('^«) Hom. n. ^. 423 sq- (»^*) Diod. Sic. T. L p. 110 in. cf. Eustath. ad II. p. 96. 1. 40 sq. et DupuiS) Orig. de tous les Cultes, T. III. p. 206. Préfère^ t<-qn Yoir métamorphoser cette fiction si simple et si claire en méditation philosophico-astronomique , on n'a qu*à ouTrir l'ouTragd de M. Hug , ûber den Mythos etc. , à la page 43 sq.
('^^) Hom. II. L 535 sq. ('^«) Hbm. Od. JET. 201 sq.
(f**^) Hom. Od. r. 435 , 436. (****) Hom. H: 9^^ 205 sq.
(*«>») Hom. Od. ^. 22 sq.
peuple baiiwre. Et , pour nous conyaincre que œtte explication est entièremeot fausse et qu'elle ne doit son origine qu'au désir de retrouver en Egypte les principes et les fondements de la mythologie grecque , on n'a qu'à faire observer que, dans le même endroit, le passage connu de l'entrevue de Jupiter et de Junon , sur le mont Ida , est aussi bien expliqué par une cérémonie ^[yptienne que le banquet des dieux en Ethiopie* Or , s'il y a un endroit dans les poèmes d'Homère qui porte les empreintes de l'originalité , c'est bien sans doute ce tableau charmant et décoré des plus belles couleurs de Timagination poétique ; ^ » si l'on a osé pousser l'absurdité jusqu'à prétendre qu'une fiction aussi évidemment originale n'est que l'expression figurée d'une cérémonie religieuse , il est facile de concevoir ce qu'il faut penser de tout le reste. -^ Homère dit que Jupiter préféroit l'aigle à tous les autres oiseaux paroequ'il les surpasse tous en forces (^^^). U me semble que nous pouvons nous contenter de cette raison , qui est en effet aussi simple que jdausible. Ce n'est point ainsi , a ditDiodore , c'est parceque l,es habitants de laThébaîde adoroient cet oiseau , car il leur sembloit être digne d'Ammon (^^^). Or il est assez connu qu'on n'a trouvé jusqu'ici nulle trace d'une semblable consécration en Egypte. Parmi cette infinité d'animaux sacrés dont on a trouvé les images- ou les momies , l'aigle ne parok nulle part y et il est plus que probable , comme l'a déjà remarqué le savant Yossius , que Diodore a voulu parler ici de répervier(*®*).
(*•*) Hom. II. Si. 192 sq. cf. *. 253. (*<^3) Dioa. Sic. T. I. p. 98.
^2o4j j^p^ Wessel. ad h. 1. Yeai-on d*autres explications des rapports entre Jupiter et T aigle, qui ioutes ensemble ne Talent pas la simple raison donnée par Homère, on peut consulter £ustath. ad U. p. 1484. 1. 50 sq. cf. p. 597. 1. 10. SchoL ad II. S. 247. Ëratostli. Catast. 30. Anton. Lih. 6. M. Hermann (Handb. der Mythol. T. I. p» 302.) prétend que le ftdç»| de J4ipiter (Hom.
PrétentioiitdM Quant aQX prétentions des Cretois et ans de^riçine^du traditions qui semblent les confirmer (^^^) , cuits de Jupî- pQny ne pug ]<^péter ce que nous avons dit
auparavant à ce sujet , nou^ nous contenterons de fidre observer qu'ils n'ëtoient pas les seuls à revendiquer, l'honneur d'avoir vu naître le père des dieux et des hommes , vanitë toutefois très excusable dans les habitants des différents cantons de la Grèce. Les Arcadiens , par exemple , prëtendoient que tout ce qu'on raoontoit en Crète de la naissance de Jupiter , de la supercherie de Rhëa etc. , étoit arrivé chez eux. Ds montroicnt l'endroit où Rhéa avoit caché Jupiter (^^^), où elle s'étoit purifiée après ses couches (^^') , où le nouveau né avoît été baigné (^^*), où il avoit été élevé, en un mot, ils as* suroient que l'unique source de l'erreur des Cretois étoit que ce dernier lieu , sur le mont Lycée , portoit le nom .de Crétée(^^'). Us prétendoient que plusieurs de leurs rivières et do leurs fontaines avoient emprunté leurs noms aux Nymphes qui avoient eu soin de Jupiter , dans son enfance (^ ' ^) , et ils montroient à l'étranger les monuments qui consacroient la mémoire de ces événements (^' ')• On sont qu'il est bien diflBicile de combattre des prétentions soutenues par des preuves aussi solides. Mais que dirons nous , en voyant les Messéoiens montrer à leur tout des lieux et des rivières dont les noms rappellent ceux des
II. Jlf* 37. W* 812.) est d'origine égyptienne, mais il n*en apporte aucune preuve.
(^^') Voyez encore les endroits cités par Hoeck, Creta, p. 160 sq.
(»«<^^ Paus. Vm. 36. 2.
(»«0 I^- 41- 2. cf. Strab. p. 535 fin. 536 in.
(**»•) Paus. VIIL 28. 2.
(*o^) Paus. VIIL 38. 2. (»»<>) ib. 38. 3.
(^'') Ib. 31. 2. ib. 47. 2. Caliimaque, dans son hymne à Jupiter , hésite d*abord entre TUe de Crète et 1* Arcadie , mais il finit par donner la préférence à cette dernière province. Des trois Jupiters, dont parle Cicéron (N. D. III. 21.), deux sont nés en Arcadie et un en Crète.
nourrices de Jupiter et conservent même , à ce qu'ils pré-* tendent , la mémoire d^ua fait particulier qui arriva à cette occasion , celui par lequel les Nymphes dérobèrent le jeune dieu aux Curetés ; que dirons nous , si nous y voyons même ^consacré par des cérémonies religieuses le souvenir des premiers soins qu'on lui donna (*'*).
Hais que parlons-nous des Cretois , des Arcadiens , des Messéniens : les Éléens ( * * ^ ) , les Achéens (***), les Thébains (***), les Troyens eux-mêmes ( * ' ^ ) prétendoient que Jupiter étoit leur compatriote , tandis qu'il est plus que probable que les Gariens , qui étoient si fiers .de l'ancienneté du temple de leur Jupiter , et qui ne vouloient avouer en aucune manière qu'ils étoient issus des Cretois , n'auront certainement pas manqué d'avancer de seml^lables'prétentions (^''). Eu un mot, il seroit extrêmement difficile, comme le remarque très à propos Pausanias , d'énumérer toutes les peuplades qui revendiquoient pour elles l'honneur d'avoir vu naître le souverain de l'Olympe (^'^). Ce que nous en avons dit peut suffire pour nous convaincre que^, si les relations des Cretois pouvoient nous faire croire que le culte de Jupiter eut été transmis de l'Egypte en Grèce, parceque la Crète est , pour ainsi dire , sur le chemin entre ces deux pays , les rapports des Arcadiens , par exemple , peuvent nous
(*") Paus. ly. 33. 2.
(^^^) Paus. y. 7. 4. Ils arouoient cependant que les Dactyles de rida , qui prirent soin de Tédueation de Jupiter , fassent yenu de Crète.
(^'^) Ils prétendoient que Jupiter aroit été allaité par la chèyre à ^gium. Strab. p. 593. A. fin. B.
(«M) Lycoï^LT. Alex. 1194. cf. Tzetz. ad h. 1. C^^^) Demetr. Sceps. ap. Schol. ApoUod. Rhod. III. 134. («'H Herod. I. 171. cf, Strab. p. 973 fin. 974. in. et Herod. V. 119.
' (*") IlàifTaç fity »y xaraçp&ft^aaa&ai^ xai Ttço&vttij&éifT*
Pau?. IV/33. 2.
oonduire à une oondusion tout opposée , ou , ce qui me parolt bien plus prudent , à oelle que des traditions aussi contradictoires et aussi faciles à expliquer par la yanité naturelle des nations où on les trouye ne peuvent avoir aucun poids dans des recherches historiques. Gondution. U résulte de tout ceci que , l'orade de Do-
%\L pélassique. ^^^^^ ^^^^ l'institution religieuse la j[dus ancienne que nous connoissions en Grèce , et cet oracle étant fondé par les Pélasges , nous avons le droit de croire que le dieu qui y dévoiloit l'avenir longtemps avant d'être désigné par un nom particulier , qui loi vini de l'Egypte , fut aussi une divinité pélasgique , sans vouloir mer l'influence que l'Egypte et la Phénide peuvent avoir eue dans la suite sur son culte. Junon^reinedet L'épouse du premier monarque del'uni-
dieux. Image de , •. . «
Jup^r,tant ^^^ 1® surpassoit en naissance et SOUS pludan» la dîrecti- gîeurs autres rapports. Celle de son sucoes-
on des pheno- , .
mènes physi- seur navoit pas partagé l'humiliation que
?adminUtratk)n* ^^'^^ oclni-d après la révolution qui donna des affaires hu- un nouveau maître aux dieux et aux bom- "**"*•• mes. Il paroit que les Grecs n'ont pu se
représenter leur <Ueu suprême sans une compagne. Aussi n'étoit-il pas étonnant qu'on donnât une reine aux déesses comme on donna un roi aux dieux. L'honneur de partager la couche du père des dieux et des hommes avoit déjà été accordé à plusieurs déesses , à Métis , à Thémis , à Eurynome , à Gérés , à Mnémosyne , à Latone , lorsqu'à la fin la J^lle et majestueuse Junon sembla fixer sa préférence (»'^). Et, quoique loin d'avoir été la première à qui Jupiter adressa ses voeux, et quoique ses enfants même (Hébé , Mars , Ludne et Vulcain) ne tinssent certainement pas le premier rang parmi les habitants 4e rOlympe (**<>) , Junon fut cependant regardée gêné-
("^) Hes. Th. 886— 929.
{^^'>) Hes. Th. 922 si{. Dans Phymne que Pausamas (IL
ralement comme Tëpouse du monarque des deux , comme la première des déesses et la divinité tutélaire des plu» illustres parmi les mortels. Son nom même/ Héré (la Reine , la Souveraine) , indique assez sa haute dignité , dont aussi elle est extrêmement jalouse , partout où il en est question chez Homère. La fille ainée de Saturne , Tépouse de celui qui gouverne les dieqx immortds comme les habitants de la terre , ne cède le pas qu'à son époux, et elle est persuadée que , pourvu qu'ils soient d'aooord , il ne reste aux autres divinités qu'à obéir à leurs volontés réunies (^^'). Et, en effet, ces divinités lui tëmoignoient les mêmes égards qu'à son illustre époux. Elles alloient à sa rencontre , lorsqu'elle entroit dans l'assemblée céleste (^^^). Le Soleil, dieu d'une naissance si ancienne et si illustre , fut obligé de suivre ses ordres (^^ ^). Les vents écoutent sa voix(^^^)» et les eaux agitées des fleuves grosMS par les torrents et les pluies retournent an calme, lorsqu'elle fait entendre sa voix(^^^). On la Toyoit même quelquefois s'emparer des armes du mattre de l'Olympe (^*^).
13. 3.) attribue à Olen , elle est même représentée comme plus jeune que les Heures, pareequ'il y est dit qu^eUe leur dut son éducation. C"^') Hom. II. ^^ 55—64.
(^a«) Hom. 11. O. 84 sfi. cf. Hymn. Hom. XII. 4. 5. (^«•) Hom. II. S. 239 sq.
(««♦) Hoin. II. <P. 334 sq. cf. O. 26. {^^^) Junou avoit, disoit-on, préser?é laLaconie des effets funestes d*une inondation de TËurotas. On lui érigea , en conséquence, un temple sous le nom de Hypérchirie (la protectrice*, littéralement celle qui tient la main audeeeuê de queîqiCun , pour le protéger. Paus. III. 13. 6.). H est probable que ceci se rapporte à àds temps plus récents, mais ce trait est si conforme au caractère de Junon comme partageant le pouvoir de Jupiter , dans son influence sur la nature , tel que nous le trouvons dépeint par Homère ,' que nous croyons pouvoir alléguer ici ce passage. M. Siebelis , dans sa note sur cet endroit , fait remarquer la ressemblance entre Jupiter et Junon sous ce rapport, entr'autres par ces vers dePIliade;
•^^ fidXtt yàq i&fw tvqvoita Zeifç X^X^a. êijif if^êçéoxt (H* !• 4l9.) Ot a* x' i>/«*> VTréoitxjl X'*Ç«* ^ÇottifOy (D, ^* 249«}«
("^) Hom. II. A. 45.
Junon étoit ^ pour ainsi dire , l'image de Jupiter , dan9 radministration des affaires humaines aussi bien que dans la sunreiUance de la nature. Tandis que Minerve promit à Paris de la sagesse ou des victoires et Vénus les pinsirs de l'amour , Junon lui offrit des dignités et du pouvoir. Comme à Jupiter , on attribuoit anciennement à Junon la faculté de prédire l'avenir (^^^) ; et, comme Jupiter étoit la divinité dont dépendoit principalement le sort de tous les hommes en général , Junon étoit regardée comme la déesse qui prenoit un soin particulier de celui des femmes.
Déesse tutélaire Pausanias nous apprend que Téménus,
fils de Pélasgus, bâtit trois temples pour Junon , et qu'il l'adoroit dans chaque temple sous une dénomination différente , sayoir sous celles de Junon la aierge^ Junon répouse (uXela) éi Junon la veuve 1^^^). Ces trois dénominations la caractérisent comme protectrice des femmes dans leurs différentes relations. Ajoutons que Lucine , ou les Lucines , comme l'exprime Homère , les déesses dont le secours étoit si utile aux femmes , dans l'époque la plus intéressante et la plus dangereuse de leur existence, étoicnt les filles de Junon (^^^) et soumises à ses ordres C®). Ce fut-elle qui doua les filles de Pandarée de sagesse et les décora d'une belle taille (^ ^ ') , et à qui Hippodamie consacra des jeux après son mariage avec Pélops ( ' "). Enfin , suivant une fable astronomique , la voie lactée seroit le lait qui écoula du sein de Junon , lors-
(»*^) Strab. p. 583. A.
(228^ Suivant une tradition qui rapportoit que Junon avoit été séparée pendant quelque temps de Jupiter. Paus. YIII. 22. 2. IX. 3. 1 , 2. cf. VIII. 31. 6. IX. 2 fin.
(**^) Hom. II. ^. 270, 271. Hes. Theog. 922-
(*3«>) Hom. II. r. 119. cf. Apollod. IL 4. 5. Hymn. ApoU. I. 97 sq. («") Hom. Od. T. 70 sq.
^2 8aj Pans. Y. 16. 3. On verra dans la suite que , si Junon emprunta plusieurs dé ses fonctions à Jupiter , celui-ci deyint le dieu tutélaire des époux, à Timitation de Junon {tiXt^ot;).
qu'elle repoussa Hercule , qui , pour obtenir Tadmission dans la famille céleste , devoit être allaité par Tépouse du ^oî des dieux. Il n'y a aucun doute que cette fable , quoique probablement d'origine assez récente > ne se fonde sur une ancienne tradition , qui doit son origine à la fiction qui représente Junon comme la mère des dieux , de même que Jupiter en fut le père (***).
Nous ne nous arrêterons pas à énumérer les faits qui démontrent que Junon , comme tant d'autres déesses , avoit une influence marquée sur les événements , qu'elle protégeoit les mortels qu'elle honoroit de sa bicnyeillanoe , et qu^elle poursuivoit de sa yengeance ceux quiavoienteu le malheur d'encourir sa disgrâce. Mais il n'est peut-être pas bors de propos de faire remarquer que Junon est ordinairement représentée par les poètes comme une déesse extrêmement jalouse de son pouvoir , sévère et même cruelle dans l'exécution de sa vengeance , et dont les traditions qui nous ont été conservées confirment pleinement le caractère que lui donnent les poètes.
Caractère par- Qn sait que , chez Homère , elle n'est rien
ticulier de Ju- .
noD. moins qu'aimable. Quelle baine implacable
contre Hercule (* 3*) et contre les Troyeos ! Quelle audace dans sa résistance contre son époux ! Hésiode la représente absolument de la même manière (^'^) , et nous savons comme Virgile a développé cette idée dans son Enéide. Les traditions nous la représentent poursuivant de sa baine tour-à-tour lo , Latone , Athamas , Hercule et plusieurs autres. Quelle cruauté dans la peine qu^elle infligea aux filles de Prétus (^ ^ ^) et au fruit innocent
(*»») Eratosth. Catast. 44.
(^*^) Les Lacédémoniens racontoient qu*Hercale fit une offrande à Junon, parceque dans un cas elle ne s'étoit pas opposée à ses desseins ; c'est dans le combat avec les fils d*Hippocoon. Pans. IIL 15.7. (a 3 5) Hes.Th. 928.
(^^^) D'autres attribuent cela à Bacchus, Apollod. II. 2. 2. cf. Hejn. ad h. 1. et Pherec. ap. Schol. Od. O. 225.
des amours de Jupiter ci de Callisto {*^^)' Ce fut elle , au moins d'après quelques auteurs , qui se servit de Mëdée comme de l'instrument de sa haine contre Pélias , parcequ'il avoit néglige son service (»*•). Ce fut-elle qui envoya le sphinx oon|re Thèbes(^^^). L'opinion qui loi attnbuoit ce caractère cruel et vindicatif étoit si Inen établie que quelques-uns la regardoient comme la déesse qui avoit donné la vie à l'ennemi des dieux , au terriUe TyphoD, l'auteur d'une infinité de malheurs et de monstres (»♦•).
Il est difficile de dire ce qui a pu donner lieu à une réputation aussi peu honorable. Homère ^voit besoin de oe caractère dans son poëme épique , pour contrebalancer le pouvoir de Jupiter et pour former l'intrigue de son récit. Mais Homère auroit-il représenté ainsi la reine des dieux , sans qu'un caractère si peu aimable fut déjà , pour ainsi dire , consacré par les traditions reçues , et osons-nous assurer que toutes ces traditions soient plus récentes que l'Diade et qu'elles n'aient emprunté qu'à ce poème les couleurs avec lesquelles elles dépeignent l'épouse de Jupiter. Je me garderai bien de répondre décisivement à ces questions. Malheureusement nous verrons que Junon ne fut pas la seule divinité des Grecs dont ils avoient une si mauvaiae opinion. Quant à l'origine du 4)ttlte de ' Junon , nous avons vu , sous l'article de Rhéa , qu'elle est vraisemblablement une divinité pélasgique aussi bien que Jupiter.
Neptune, soaye- Des trois parties de l'empire de Saturne ,
rain de la surfa- , /^ ..^ / i mx
4MS du globe, et ^^ ^^^ ^toit échue en partage à rteptu- «pécialement de ne (*♦'). Le succès des voyages entrepris
sur cet élément dépendoit de lui(^^^).
(*»') Schol. Hes. p. 75. vrs. fin. («»») ApoUod. I. 9. 16.
(»a^) ApoUod. III. 5. 8.
(^4oj gom, Hymn. I. 305 sq. Cette fiction étoit é'ertainement plus répandue que ne le yeut faire eroire M. Muller , Prol. zu ein. Wissenseh. Mythol. p. 358.
(**') Hom. II. 0. 187 sq. (»♦») Hom. II. i. 362 sq.
Les orages qui Tà^tent étoient soumis à ses ordres (^^'). Quoique l'un des dieux olympiques , Neptune avoit un palais dans les profondeurs de la mer , non loin d'^gae en Achaîe , où se trouvoient son char et ses chevaux , qui fendoient les flots avec une extrême rapidité , lorsque le souverain de l'océan alloit visiter les difiérentes parties de son empire (***).
Cause de Pîm- Hormis cc principal attribut de Neptune ,
mobilité et des . i .. i i-
tremblementf fin le regardoit comme le dieu qm conserde terre. y^j^ ^ la terre son immobilité , et qui ,
lorsqu'il le jugeoit à propos , pouvoit l'ébranler dans ses fondements. On Tappeloit par excellence le dieu qui assure ou affermit la terre (***), et on le regardoit en même temps comme Tauteur des tremblements de terre C*^). On croyoit c[u'il se servoit à cette fin de son sceptre , qui , d'après sa forme particulière , fut appelé trident , et qui , dans son origine , ne paroit avoir été qu'un harpon ('*^^).
(a*») Hom. Od. passim. (*^*) Hom. II. N. 21 sq.
(34s^ raè^oxoç f àaipàXtoq, Plat. Thes. fin. Strab. p. 100 fin. Paus. VII. 21. 3. ^f^tf A*«x«Ç- porn. N. D. 22. Opusc. Myth. p. 194. Fut-ce la raison pourquoi Jupiter commit à Neptune le soin de bâtir et dé consolider les murs de Troje ? II. ^* 446.
^34tf) 'E^^oalyMoç , àtoaixd'ioy. Cet attribut Ini étoit aussi propre qu'à Jupiter celui d*agiter Tatmosphère par les tempêtes. Hom. II. T. 56 s(\. Strabon croit que cette. opinion donna lieu au culte de Neptune dans les cantons au milieu de T Asie-mineure et qui ne touchent nulle part à la mer, mais dont le sol est très yolcanique et fréqaenunent sujet à des tremblements de terre, p. 868. C.
(^^7) Cette explication de Cornutus (N. D. 22. p. 124.) me paroit assez plausible. On attribuoit à Neptune le succès de la pêche. Paus. X. 9. 2. Au moins je la préfère à celle qui représente le trident comme le sjmbole de la souveraineté sur Teau de la mer , des lacs et dés rivières (Schol. ^sch. Prom. 922 fin.) , ou comme rindication de Tadministration du troisième élément, ou de ce que Teau est ou salée, ou douce ou mêlée, ou des trois sortes de tremblements de terre. ' Eust. ad II. p. 845. 1. 20. Cet auteur veut que les noms à* Amphitrite et de Triton aient la même origine.
Dans l'niade Neptane fait écrouler le retranohemeot des Greos par nn coup de trident (^^')# et il s'en sert poar fendre les rochers (**^).
On a cru pouvoir expliquer cette qualité de Neptune ca disant qu'on croyoit anciennement que l'écoulement des eaux souterraines étoit la cause des tremblements de terre. Sans Youloir nier entièrement l'existence de cette opinion , je crois qu'il est plus sûr de dire qu'en général on regardoit Neptune comme le souverain de la surface du globe , au moins pour ce qui concerne ses révolutions extérieures ; car il ne iaut jamais oublier qu'il est dit expressément que la terre étoit l'habitation ou la possession commune des dieux et des hommes. Ce fut Neptune qui forma les lies dans la mer(^'®); ce fut lui qui empêcha que l'Ile de Gorcyre ne se réunit avec le continent , par l'alluvion des fleuves de rÉpire (**').
Inventeur de Cette acception me semble pleinement conduire lei che- firmée par un autre attribut qui , sans cela , ▼*"<• doit paroitre assez peu convenable au dieu de
la mer , c'est la faculté de dompter et de conduire les che-' vaux , art dont on attribuoit l'invention à Neptune. On a cru que cette opinion découloit de ce qu'anciennement les nations peu policées , la première fois qu'elles virent un vaisseau, lui donnèrent le nom de chariot (^^^). D'autres cherchent l'origine de cet attribut dans la célérité de mouvement propre tant aux chevaux qu'aux vaisseaux (***). Les Arcadiens prétendoicnt que Neptune avoit été représenté^ comme inventeur de l'équitation parcequ'il avoit pris la forme d'un cheval, lorsqu'il poursuivit Gérès,qui s'étoit
(^♦*) Hom. 11. M, 27 sq. cf. M. 459 sq.
(^^^) Hom. Od. ^. 506 sq.
(»5oj strab. p. 748 fin. Apollod. I. 6. 2. {^si\ Eustalh. ad Od. p. 204. 1. 10.
{^^^) Hermann, Handb. der Mythol. T. 1. p. 128. cf. Vôlcker, Mythol. des Japeiischen Gesleehts, p. 143 sq.
(^s«) Corn. N. D. 22. p. 195.
métamorphosée en jument (^^^). Mais il est assez probable que cette fable , aussi bien que celle qui représente Rhéa substituant un poulain à Neptune , lorsque Saturne voulut le dévoreF(^^^), doit elle même son origine à l'opinion qui attribue à Neptune la faculté dont il est ici question. II paroit bien plus naturd de suj^oser que , comme Neptune étoit le souverain de la surface du globe , il étbit aussi le dieu qui fournit aux hommes les moyens de se déplacer , soit par mer soit par terre. D'ailleurs les premières tentatives pour dompter un animal si fier et si vigoureux que le cheval et le faire servir à l'usage des hommes n'ont dû paroitre guère moins audacieuses que celles de se hasarder sur les eaux dans un frêle esquif (^^^).
n n'est pas moins remarquable que la qualité de dieu de Tequitation est aussi ancienne que celle de dieu maria. Pamphus , qui composa le premier des hymnes pour les Athéniens, appelle Neptune le dieu qui fournit aux hommes des chevaux et des vaisseaux » et Tauteur qui cite
(«*) Pans. VIII. 27. 4, 5. cf. Apollod. II. 6 fin.
(^^^) Pans. YIII. 8. 2. M. Bôttiger, cité par Matthias (Animadv. in Hymn. Hom. I. 230.) , croit que l'attribut dont noas parlons ici a été donné an dieu de la mer , parceque le cheval a passé de la Libye en Grèce à pea près en môme temps que le culte de Neptune. Il fandroit d*abord que le fût fù\ mieux constaté qu'il ne Test en effet, pour pouvoir le faire servir d'explication pour un autre. M. Clavier (Hist. des prem. temps delà Grèce, T. I. p. 140.) veut que Neptune fut nommé "TtTts^oç, parceque la Béotie, province qui lui étoit très dévouée , étoit très propre à nourrir des chevaux. J'ai contre cette opinion la même objection que contre celle des Arca* diens.
{»s6j j[ uiQ semble que cette explication, que je ne donne d'ailleurs nullement pour indubitable, est confirmée par cet endroit remarquable de Sophocle (Oed. Col. 710 sq.). C'est le choeur qui adresse la parole à Neptune :
UqcÊTa^aïf taVoâê xziaaç àyvpaVç,' A d* ê-ô^çêTfAoç txTTvyV âkia Xeçal TtaçaTteTtrafiiva 7tXàTa(\e<ipn proposée par Briinck)
Wriqr^^ipv dxéXo&oç*
oe passage nous fait remarquer que, chez Homère , les héros jurent par Neptune à roccasion d'un différend survenu sur une oourse de chevaux (^^7). Ajoutons que, d'après le même poSte , Neptune avoit donné à Pelée les chevaux immorteb dont son fils se servit dans la guerre de Troye (^^ ®) , et que Nestor rappelle à son fils Antiloque qu'il est redevable à Neptune de son habileté dans l'art de l'éqoitation {^'^)> Il n'est donc pas étonnant que Ton ait représenté Neptune dans la suite non seulement comme le père des dieux marins (^^^) , mais même comme l'auteur de la vie du cheval Pégase (* ^ * ) .
Sa part à Tad- Hormis ces qualités spéciales, par lesqnel-
minûtration des ... -. i /«v • /« . t
affaires humai- 1^^ ^ exerçoit déjà une mnuence très mar- "»••• quée sur le sort des hommes (***), Neptune
jouissoit d'un pouvoir d'autant plus étendu qu'il partàgeoit avec ses frères l'empire de Tunivers (^^^) et que, par sa présence immédiate, il avoit une influence encore plus s^isible qu'eux sur les habitants deda terre. £n effet , Neptune , que Jupiter lui-même traite avec une considération particulière (^^^) , ne se servoit pas seulement de son tri-
(»") Paus. VIL 21. 3. Le passage d'Homàre se tronrc D. ÎP. • 584.
' (»«8) Hom. II. y. 277 sq. cf. Apollod. III. 13. 5. Ptolem. Heph. f. p. 332. (Hist. poët. scr. ant.). Il donne aussi des chevaiur à Hereule , suivant Diodok-e (T. I. p. 260.).
(^5i>) Hom. II. «'. 307 sq.
(*<^o) De Triton, p. e., Hes. Th. 930 sq.
(^^') Apollod. II. 3. 2. Chez Hésiode le Pégase est issu du sang de Méduse , répandu par Persée , Th. 280.
(^<^^) Les mortels lui étoient souvent redevables d'une célérité étonnante et du pouvoir de se soutenir sur la surface de Teau , pouvoir qu'il possédoit lui-même ainsi que les chevaux dont il se servoit. Orion, Apollod. I. 4. 3. Ërastoth. Catast. 32. £uphemus, Apollon. Rhod. I. 182 sq. Tzelz. ad Lycophr. 886.
(^^^) Neptune et Pluton sont désignés quelquefois par le nom de Jupiter. 11 y avoit un temple de Zeus Poséidon dans la- Carie, Ëustath. ad II. p. 668. 1. 20. Zêvq xavax^ov^oç est un nom très connu de Pluton.
(^<^*) P. e. Hom. II. 0. 164 sq. T. 20 sq. . Neptune est le pre-
dent pour agiter la mer et pour ébranler la terre : ce sceptre ëtoit , dans sa main , une baguette qui produisoit les effets les plus miraculeux (*^*) > Neptune ne partageoit pas seulement avec plusieurs autres dieux le pouvoir d'agir sur l'esprit et les inclinations des hommes (^^^) , de changer leur extérieur (**^) et de les rendre immortels (*^*) î mais on le voyoit même , comme le dieu de la guerre , le glaive à la main , se m^ei^aux rangs des combattants (^^^); les rivières obéissoient à sa voix (»^®) , et , presque égal à son illustre frère > son pouvoir s^éténdoit jusques dans son empire , lorsqu'il voidoit exciter des orages et des tempêtes (*^')j il partageoit dans les premiers temps avec la Terre la surveillance de Torade de Delphes (*^*) , et, comme^ Jupiter , il pouvoit faire naître dans le coeur des hommes la violente passion qui d'ailleurs n'étoit généralement attribuée qu'à l'influence de Vénus (*^*). Soncaractâve Neptune est ordinairement représenté par ^^ ' Homère comme une divinité d'un caractère
grave et calme (*'^*) , et , quoique , dans l'Odyssée , il se présente d'un côté moins favorable , cependant les traits de
mier qui, dans rassemblée des dieux, adresse la parole à JttjHteri poar s'informer du motif de la conyocation. U. 0. 185 sq. . T*
I3.sq.
^2^5 j £n touchant les deux Ajax de son sceptre , U leur inspire le eourage, et les remplit de force et de vigueur. Hom. 11. iV. 59 sq,
(afftfj Les députés des Grecs, envoyés pour persuader Achille de revenir dans Tarmée, supplient Neptune d'adoucir son coeur indomptable. Hom. 11. /. 182 tq. Ils s'adressent probablement à Neptune, parcequ*ils marchoient le long du rivage.
^atf7j Périclyniène reçut de lui le pouvoir de changer de forme. Apollod. 1. 9. 9. Schol *0d. ^. 286.
(*<^8) Ptérélans reçut de lui un gage de l-immortalité. Apollod. IL 4. 4. p. 102. {^^^} Hom. IL X 384 sq.
(^7oj Hom. II. M. 32 sq. cf. Eust. ad Od. p. 204. (*7i) Hom. Od. E. 291. ' (^^a) Paus. X. 5. 3.
(^^*) On racontoit que, pour punir Minos de son audace, il alluma dans les sens dePasiphaë une passion contre nature , qui donna le jour au Minotaure, Biod. Sic. T. I. p. 320.
(*7^) P. e. Hom. IL 0. 206 sq, T. 135 sq.
gënërositë el de modératîoD n'y manquent pas entièrement (^^^). JEais il ne pardt pas que , dans les traditions anciennes , Neptune partageât avec Jupiter le soin pour le maintien de Tordre parmi les mortels (^^^). Les peines qu'il inflige ne sont que les suites d'une Tengeance particulière. L'Argolide est desséchée parceque le fleuve luachus ayoit terminé en faveur de Junon la dispute qui s'étoit élevée entre elle et Neptune , au «iijet de cette contrée C*''^). L'empire de Gépbée^st dévasté par des inondations , et , sans Persée , sa fille Andromède seroit devenue la proie du monstre qui sortit du fond des mers , par ordre de Neptune (^^*). L'ile de Crète est dévastée par un taureau , paroeque Minos , ayant obtenu l'empire des mers environnantes , avoit négligé d'en témoigner sa reconnoisaance au dieu qui le lui avoit assuré (^^^). Ulysse est poursuivi par lui , pendant plusieurs années ^^à cause de son attentat contre Polyphème. Les habitants de Trézène sentirent les efiets de sa vengeance , lorsqu'ils virent leurs champs couverts d'eau marine , quoiqu'ici Neptune démontra qu^il ne tid pas inflexible aux prières des malheureux sur lesquels sa main puissante venoit de s'appesantir (»»<>).
Si nous nous étions proposés d'écrire une mythologie , il
^27 5 j P. e. dans Tendroit où il essaie d*apaiser l'indignation de Tuleain, exeitée par les dérèglements de son épouse. Hom. Od. &• 344 sq.
^27tfj II ||*y 21 qii*un trait qui -semble indiquer une exception à ce que nous ayançons ici , c*est celui où Ton jure par Ifeptnne dans les courses de chey^ux. La tradition suivant laquelle il auroit détruit rîle des Phlégyens , qui avoient refosé Thospitalité à Jupiter et à Apollon^ rapportée par ffonnus (XYIII. 35 sq.), meparoit une imitation de la fable de Philémon et Baucis.
(«77) Apolbd. IL 1. 4. p. 83".
(*'*) ApoUod. II. 4. 3. cf. Erat. Calast 16.
(*'f ) Paus. I. 27. 9. Suivant Diodore (T. I. p. 320.) Neptune étoit irrité contre Miuos, parceque celui-ci avoit négligé de lui offrir le plus beau de ses taureaux , comme il avoit coutume de le faire. C»»^) Paus. II. 32. 7.
nous faudroit parler ici de plusieurs autres dieux tnarins d'un ordre inférieur , de Triton , de Phorcys , de Protée etc, : maintenant il suffit de faire observer la qualité* qu'on leur attribuoit assez généralement de prédire l'avenir et de prendre toute sorte de formes (***)• Son origine. Les Grecs prétendoient que Neptune étoit une divinité indigène. Sophocle le représente comme donnant , en Attique , les premières preuves de son talent à dompter les chevaux (*•*), ce qui certainement ne prou^eroit pas beaucoup pour la sagacité de ce dieu, vu l'inégalité du terrain de cette contrée , qui n'étoit rien moins que favorable à réquitation. Les Rhbdiens vouloient que Neptune fut élevé dans leur lie par les Telchines , & qui Rhea auroit commis le soin de son éducation (^^'). D'après les Arcadiens il avoit vu le jour dans leur province (*•♦).
Nous avons déjà remarqué que la mer , quoique étant l'une des personnifications les plus anciennes dont parle Hésiode , n'est cependant pas représentée comme une divinité , et cette observation nous a paru fournir une nouvelle preuve pour l'opinion que tes premiers habitants de la Grèce y soient entrés du côté du continent. Cependant rien n'empêche de supposer que les Grecs , après les premiers essais de navigation , aient pu imaginer eux-mêmes une semblable divinité.
Hérodote prétend que les Grecs ont reçu le culte de Neptune , ou au moins tiré son nom des peuples de l'Afrique (^^^). Je dois avouer que ce témoignage me parott aussi suspect qu'au savantMûller (* • ^), et d'ailleurs je doute
(asij p. e. Protée, Hom. Od. ^. Nérée est le sage par excellence , qai connoit la yérité. Hes. Th. 233 sq.
(«8») Oed. Col. 708 sq. (^8«) Diod. Sic. T. I. p. 374.
{^•♦) Paus. Vin. 8. 2.
(««5) Herod. II. 50. cf. IV. 188.
^ftStfj M. MtiÙer (Orchom. p. 358.) croit qae l'opinion sar le
culte de Neptune, comme originaire de la Libye, n*a été adoptée
que longtemps après par les habitants de Cyrène , qni avoient des
haras considérables et se livroient avec beaucoup de zèle aux cour^
ibii, oomme l'assure le père de l'histoire , qae ces peuples aient ëté les seuls à oonnoitre un dieu de la mer. S'il y a un peuple de l'antiquité chez lequel on puisse supposer l'eadstence d'une semblable divinité , ce sont les Phéniciens. Hesychius parle d'un Jupiter ou Belus-marin , qu'on adoroit à Sidon (**')• Les Carthaginois avoient leur Nep* tane (^**}, et, quoiqu'on put dire que les Carthaginois avoient reçu le culte de ce dieu des habitants de la contrée k la quelle Hérodote eu attribue l'invention , il meparoit cependant absolument impossible de concevoir comment les * Phéniciens , fondateurs de Carthage , ont pu jamais parvenir jusqu'à s'établir dans une contrée aussi éloignée de leur pays ) sans avoir connu un dieu de la mer , ou , pour parler plus exactement , je ne comprends pas que les Phéniciens , peuple religieux, ou, si Ton veut, superstitieux, aient pu cultiver la navigation jusqu'air point d'oser entreprendre des expéditions aus^ lointaines , sans jamais avcur conçu l'idée d'une divinité qui pût les protéger dans leurs courses et à la quelle ils attribuassent le pouvoir d'excité et de calmer les tempêtes , de modérer les vents et les cou* rants d'eau etc.
Je crois donc que , si les Grecs ont reçu le culte de Neptune de quelque nation étrangère , il est bien plus vraisem*
»és de chevaux. M. Clavier (Hist. des prem. temps- delà Grèee, T. I. p. 138 — 140) n'est pas très porté non plus à adopter Topinîon d*Hérodote , quoique Torigine grecque du nom Poséidon ne puisse être allégné& comme preuve, vu qu'il y a des divinités dont l'origine étrangère est prouvée et dont les noms ne sont pas moins grecs que celui de Poséidon. Je joe crois pas nécessaire, au reste, de nous arrêter au Neptune des Scythes, qu'Hérodote appelle Thamimasadas, lY. 59.
{«»7j Voyez l'.endroit cité par Selden, de Dîs Syr. p. 197 : e«-
('^^^) On trouve son nom dans le traité entre Hannibal et Philippe , Polyb. VII. 9. 2. Hannon bâtit un temple pour Neptune sur la côte occidentale de l'Afrique, Hann. peripl. p. 2. in Hndson. Geogr. vett. script.* Gr. min. T. 1. Durant le siège d'Agrigente, Hamilcar fit jeter des victimes. dans la mer, pour apaiser la eo- 1ère de Neptune. Diod. Sic. T, I. p. 610 fin.
blable de supposer qu'ils l'auront reçu des Phéniciens que des Africains. Mais , puisque je ne crois pas qu'on puisse trouver des preuves suflisantes d'ime transmission de ce euhe de la Phënicie en Grèce , nous pouvons aussi bien ^ ee me semble , entrer dans la soppositum que les andena Péiasges l'auront institué sans le secours de quelque nation étrangère.
PlutoD. Dieu des Des trois grandes parties de runivers , la
régions souter- . , . ,, . j * »
minesctdel'em- P«^^ supérieure, celle qui comprend tout pire ^ morts* ^ qui ge trc^ve dans les r^ons élevées ,
au dessus de la terre , étoit éehue en partage à Jupiter^ Neptune avoit obtenu la surveillance de la terre et de la mer qui r^ivironne. Les parties intérieures du globe , et par conséquent aussi l'empire des morts , étoient commises aux soins de Pluton , le Jupiter des régions souterraines (^ "^)* De tous 'les dieux il n'y en avoit presque aucun qui j»^:: si peu de part aux affaires de ce monde que Pluton. . Caché dans l'intérieur de son empire sombre et ténébreux , Hades, Vtnvùtbie {^.^ ^) ne se montroit que rarement aux yeux des dieux et des mortels. Homère , danà ses poëmes ^ n'en cite qu'un exemple , c'est lorsqu'il vint au secours des Pyliens contre Hercule , qui le blessa et lé força de monter dans l'Olympe - pour se faire guérir par le médecin des dieux, Péëon(^^'). On sait qu'il quitta encore une fois son empira ^ pour enlever la belle Proserpine. Mais d'ailleurs , quoiqu'il eut , comme les autres dieux , ses chars
(*8^) Hom. U. O. 191. Zevç navax^^ifpoç. II. L 457. (*^°) 'Aiâriq. Pluton avoit un casque <pii rendoit inyisible eelui qui s'en couvroit la tête. Minerve s'en servit* pour se soustraire aux yeux de Mars. Hom. II. l^- 844 ,.345. D'après ApoUodore . Mercure, par ee moyen, se rendoit invisible dans le combat contre les- géants (L 6. 2.) , etPersée, lorsqu'il alla combattre Méduse. Scut. Herc. 226 s(\* cf. ApoUod. II. 4. 2. cf. Heyne ad Apollod. T. IL p. 76. Heinrich ad Hesiod. Scut, Herc. 227. Les interprètes d'Homère font de ce casi^ue un nuage. Schol, aidlliad. E* 845. cf. Eust. ad II. p. 467. 1. 10. . .
(^^^) Hom. U. E. 395 sq. cf. Apollod. IL 7. 3. Paus, VL25. 3.
et set oheTaux , ses armes et même ses troupeaux (a'^) , il ne prit jamais part ni aux délibérations de l'assemblée ' céleste , ni aux festins ni aux amusements des habitants de rOlympe. Tandis que ceux-ci se mêlent dans les combats des mortels et épousent chacun la cause d'une des parties belligérantes , la seule fois où il soit fait mention de Pluton •c'est pour dépeindre la terreur qui s'empara de son ame, lorsqu'il craignit que la terre , ébranlée par Neptune , dans : le combat des dieux , ne s'entr'ouvrit et ne découvrit sa sombre demeure aux yeux des dieux et des hommes (^ ^ ^). Après ces réflexions on ne doit pas être étonné de voir que les Sables ne nous offrent pas autant d'exemples de vi- (denoes et 'de dérèglements dans la conduite de Pluton que dans celle des autres dieux. Ceci s'explique très bien par le peu de commerce qu'il avoit avec les dieux et les hommes. En revanche Pluton étoit regardé , à cause de la nature même de ses fonctions , comme un être inflexible et inexorable , et comme le dieu le plus ennemi des hommes (^^^). Nous avons déjà vu que la bonté n'étoit pas une qualité essentielle des divinités grecques , et , comme
(»^») ApoUodore en parle, II. 5. 10.
(29S) Hom. II. T. 61 sq, Lescholiaste attribue son absence du combat à sa graTité (Sr» oê/tvûTfçoç). Eustathe (ad II. p. 1265. 1. ZO.) vent que Pluton ne se soit point mêlé dans ces querelles parceqa*il ne se donna jamais la peine de sauver la vie à qui que ce fut. 11 ajoute que Cérès et Bacchus faisoient la même chose par un-motif tout-à-fait opposé , à cause qu*ils avoient la guerre en aversion , comme nuisible à Tagriculture. Quant à Pluton , le savant interprète d*Homère eût pu trouver un passage dans son auteur qui STOUf e le contraire de ce qu*il avance. Je veux parler de la guerre e Pylos, à laquelle Pluton prit une part très active.
(* 7 — — — /itâijç To* àfitiXtj^oç ^â* ââdfittçoç •
TUiftna Kfx) %t fiqoToïOi &êây «x^^çoç ànàifTiav, Hom. IL /•
158, 159. rriXtèç ^TOQ ?/*>♦. Hes. Th. 456. uçvêçéç* Op. 153. Le caractère de Pluton , tel qu'il a été représenté par Fauteur de rbymne à Cérès , où il n*est rien moins qu'injuste ou intraitable (vs. 35? sq,) , démontre assez que les couleurs défavorables avec lesquelles il e{st ordinairement dépeint ne sont qu'une allusion à la nécessité dé la mort.
Pluton ëtoit le souverain de l'empire des morts, on ne craignoit pas de le représenter comme se réjouissant dans Faccroissement de la population de son royaume. Voilà la raison de son ressentiment contre Esculape^ qui avoit trouvé le moyen de ressusciter les morts (*^*). Sous ce rapport Pluton pouvoit à peine être un objet de culte. A quoi auroit-il servi en effet d'adresser des prières à une di* vinité qui ne les exauçoit jamais ! Les traditions qui se rapportent à l'époque dont il s'agit parlent d'honneurs consacrés à Pluton par reconnoissance pour les bienfaits que l'on ctoyoit lui devoir (*^^), mais d'ailleurs il paroit que", persuadé qu'il seroit inutile de le prier de différer le moment fatal qui devoit rendre les hommes ses sujets , on se contcntoit de lui demander une entrée sans obstacles dans son royaume {^^^)* Il ne me parott même pas invraisem^ blable que la coutume de lui offrir des sacrifices humains , pour prévenir une guerre funeste ou quelqu'autre calamité , dont on trouve des exemples dans les siècles postérieurs , ait existé dès les temps qui font le sujet de nos recherches actuelles ( ^ ^ ® ) .
n y a néanmoins un autre point de vue par où Pluton se présente dans un jour bien plus favorable. Nous avons dit qu'il étoit le dieu des régions souterraines , de tout ce qui se trouvoit sous la terre , et , sous ce rapport , on lui al-
(*^«) Diod. Sic*. T. I. p. 315.
^29ffj D'après la manière dont parle Paiisanîas des autels consacrés à Trézène au dieu de Tempire des morts , il semble que la permission que Bacchus obtint de Pluton de ramener sa mère Sémélé, après qu'elle fut descendue parmi les ombres, y ait donné lieu. II. 31 . 2. ^ Les Eléens racontoient que leur temple de Pluton ayoit été bâti par reconnoissance pour le secours que ce dieu Uny avoit prêté contre Hercule. On n*ouTroit ce temple qu'une fois chaque année, et on n'y entroit jamais. Paus. YI. 25. 3. La suite de cet ouvrage nous fournira l'occasion de parler des rapports du culte de Pluton avec les mystères.
(^^^) Les poètes tragiques nous en fourniront plusieurs exemples , dans la suite.
^298^ p^ ^^ j^Q^ l^ guerre messénienne, Paus. IV. 9. 2.
Iribuoil aussi le soin de la semenoo oonfiëe au sein de la terre. H^iode au moins conseille à son frère d'invoquer non seulement Cérès, mais aussi Pluton , pour la fertilité de ses champs (^^). Mais les exemples de oc^Hte manière de l'envisager sont bien plus rares que ceux de l'autre , et l'on pourroit même douter si oette opinion fût aussi ancienne que le £at l'acception générale.
Sa 4>art à u jui* jfais , si l'influence de Pluton sur les habitants de la terre n'étoit pas très marquée pendant leur v|e , ^lle l'étoit d'autant plus , et de droit , après leur mort. Et c'est ce pointée TUe qui donne à ce persopqage et à son épouse (parcequ'on les trouve presque toujours mentionnés simultanément) une haute importanfse sous le raj^rt moral.
En effet, tandis que Junon et Neptune ne vengeoient que leurs injures personnelles , Pluton n^est pas seulement inv^ que conjointement avec Jupiter , le. Soleil , les Rivières et la Terre , comme témoin du serment , mais on croyoit aussi qu'il punissoit les paijures après leur mort (^^^) 5 et qu'il sévissoit avec Proserpine contre les hommes dont leurs parents ou leurs amis a voient à se plaindre (^^'). Proserpine. Il n'y a point de déesse qui eut autant
de part aux honneurs et aux dignités de son époux que Proserpine , fiUe de Jupiter et de Gérés. Son père l'avoit donnée en mariage à Pluton , quoique celui-ci ne put s'aspurer de sa personne que par la force , et qu'il fut con-
( *^^) Op. 465 sq. Remarquons cepend^t que Strabon , en parlant du temple de Cérès ci de Proserpine et de celui de Pluton en Élide, soupçonne quelayariété des produits de cette contrée, qui étoit également fertile en grains et en mauvaises herbes , avoit donné lieu à la consécration de ces deux temples, p. 530. >^' Il est évident que, comme la fertilité de graiiû ne peut être attribuée qu'à Gérés et Proserpine, il faut croire qu'on regardoit Pluton comme cause de la grande production de Tiyraie.
(*°°) Hom. II. -T. 278, 279.
(^^') Hom. II. J. 455 , 456, 568 sq.
traint de. pennettre qu'elle passât la plus grande partie de l'année auprès de sa mère , laquelle , inconsolable de sa perte , ne put être apaisée que sous celle condition (^®*)» Les fables assignent la même cause au pouyoir qu'elle obtint. Son époux ne puti la réconcilier avec son sort qu'en lui promettant la* jouissance d'une autorité égale à la sienne (^^^), conditipn .qui fut si bien observée que non seulement parlout qù il est question de Pluton , de son empire sur les ombres , de son pouvoir de punir les malfatleurs et les parjures , on rencontre presque toujours le nom de son épouse , mais que souvent même on la trouve mentionnée tonte seule , xomme s'il n'y avoit eu d'autre sou-* veraiu de Tempire des- morts (*°*) , tandis que, par la suite au moins,, son pouvoir fut bien plus grand et plua généralement rec(mnu , relativement à l'autre partie des fonctions de Pluton , par les soins qu'on lui attribuoit pour la semence que l'on confioit au sein de la terre (^^^J), point de vue sous lequel elle se rapproche davantage de sa
(»«^) Hymn. Hom. IV. 398 sq. 445 sq. Hes. Th. 912 sq. Chez Apollodore (I. 3.1.) elle est fille de Jupiter et de Styx (cf. I. 5. 3.) Plusieurs cantons se disputoient Thonneur d*aYoi-r été le théâtre de TenlèTement de Proserpine: TAttique (Paus. I. 38. 5.), l'Argolide {?aus. II. 36. 7.), la Sicile (Diod. Sic. T. I. p. 331 fin. cf. p. 334.), Tîle de Crète (Bacchylides ap. Schol. Hes. p. 163. vrs. fin., où l'on trouve encore d'autres relations à cet égard). Voyez aussi les auteurs cités par Kuhnkenius ad Hymn. in Cer. vs* 17. (»o3) Hymn. Hom. IV..360 sq.
(«*^-*) P. e. Hom. Od. K. 494. ^. 634.
(^**') 11 en est question dans l'hymne homérique à Cérès , vs. 486 sq. 493 sq. Mais d'ailleurs nous n'en trouvons aucune trace ni dans Homère ni dans Hésiode. Je croyois qu'il pourroit être utile d'en arertir ces lecteurs qui chercheront peut-être ici le développement de cette opinion aussi bien que des rapports de Proserpine et de Cérès avec les mystères. La loi que je me suis prescrite de distinguer les époques de la civilisation religieuse des Grecs ne me permet pas d'entrer dès à présent dans des détails à ce sujet. Je laisse à d'autres la liberté de rapporter tout ceci à la plus haute antiquité. La seule raison pourquoijene lefais pas, c'est que je n'en ai trouvé aucune trace dans les auteurs qui doivent nous servir de guide dans les siècles qui nous occupent ici..
mère Cërès , ayeo laquelle elle partagea constamment le» honneurs du culte public dans les siècles dont nous nous^ occuperons dans la suite.
Origine da culte Quant à Forigine dti culte de Pluton et de
de Pluton etde . . .«^ • ^ ^ j»
Proserpine. Proserpme , on conçoit aisément que , des
qu'on fut parvenu à admettre un lieu ou les hommes séjournoient après la mort , on ne put laisser ôe lieu sans être sous la surveillance de quelque divinité de la terre ou du ciel , et d'autunt moins après qu'on eut conçu ridée de peines à infliger dans ce séjour , pour les mauvaises actions commises pendant la vie. C'est ainsi qu'on nous parle d'un dieu des morts chez les Perses (^ ^^) , chez les Égyptiens (»®'), chez les Phéniciens (î,^*). Et, si d'autres nations ont pu inventer une semblable divinité , il n'y a aucune raison pour ne pas croire que les Grecs aient pu le faire également , sans qu'il soit pour cela nécessaire d'admettre absolument le témoignage des Arcadiens , qui prétendoient que Proserpine naquit dans leur provinoe('®'). Nous le croirons d'autant plus facilement que nous n'avons aucune preuve solide d'une origine étrangère de ces divinités. Car , quant à la prétention connue des Égyptients à l'égard de l'origine des opinions sur l'empire des morts , il suflBt de jeter un coup d'oeil rapide sur leurs raisonnements chezDiodore (^'^), pour se convaincre que tout cela a bien plus l'air d'avoir été inventé par des Grecs que par des Égyptiens, pour ne pas dire qu'il seroit
(»«^) Herod.yil. 114.
f8o7j Voyez les auteurs que j*ai cités dans mon ouyrage sur rÉgypte , Gedachten enz. p. 330 sq.
^ 3 o 8 j Moutk , représenté à la manière d*£uhémère par le Pseudo- Sanchoniathon, Euseb. Praep. Ëuang. p. 38. D. cf. Selden, de Dis Syr. p. 164.
(30PJ paus. Yiii, 42. 2. Les Lacédémoniens prétendoient que leur temple de Prosèrpine-Soteira ayoit été fondé par Orphée ou Abaris. Paus. III. 13. 2.
("«) Diod. Sic. T. I. p. 103, 107 fin. 108.
difficile d'imaginer quelque chose de plus absurde que de croire les cérémonies funèbres d'un peuple cpielconque (cérémonies qui se célébroient en public et devant les yeux de tout le monde) être devenues des opinions sur la situation des hommeé après la mort , chez un autre peuple , et que ce peuple eut adopté ces opinions par ordre d'un philosophe voyageur , qui auroit été témoin des cérémonies. Et, quand même nous pourrions admettre une pareille absurdité , il seroit toujours étonnant qu'on eut omis , dans ces opinions , les parties les plus essentielles de la cérémonie , savoir le passage du fleuve dans la nacelle et le jugement des morts. Car il est assez connu que ces particularités dans les fictions des Grecs sont d'une date postérieure. On n'en trouve rien chez Homère , le poëte le plus anden que nous connoissions et qui a rapporté ces fictions avec beaucoup d'exactitude , ce qui prouveroit du moins que ce ne seroit pas Orphée qui a«roit &it connoitre ces particularités.
Nous avons vu plus haut que Proserpine n'étoit pas la déesse de Babylone. Il ne paroitra pas étonnant que M. Creuzer croie Perse-Aphone avoir été une déesse des Perses y mais je ne puis penser que les preuves que ce savant allègue à l'appui de cette opini(m , paraissent très convaincantes à celui qui les examinera avec quelque attention (»").
Hécate , l'une C'est ici le cas de dire un mot d'une autre
cies diviiiités de
P«mpire des àéiié de l'empire des morts , c'est à dire ^'^^' Hécate. Sa mère Astéria fut la fille du Titan
Céus , et son père Perses fils du Titan Grius. Hésiode donne une description pompeuse du pouvoir que lui accorda Jupiter , pouvoir qui ne dififère presque en rien de celui de Jupiter lui-même. La richesse et l'abondance , la gloire dans les combats et dans les jeux publics, la
(»") Creuzer, Symb. T. I. p. 733, 734.
sagesse et râoquenœ , l^heureux succès de toutes sortes d'entreprises et plusieurs autres bienfaits lui sont attribua sans aucune réserve (^'^). Hais il est assez ëyident et avoué d'ailleurs par les interprètes d'Hésiode que cette fiction n'est que l'expression d'une opinion particulière et qu'elle ne contient aucunement les idées populaires des anciens Grecs à l'égard de cette déesse. Jamais les anciens Grecs n'ont attribué un pouvoir aussi étendu à une déesse .d'un rang inférieur* Aucun auteur ne confirme ce qu'Hésiode ajoute dans cet endroit , savoir qu'on invoquoit Hécate dans tous les sacrifices C ^ ) , et Hésiode lui-même assure , dans ses Éoes , quHécaté n'est autre qulphi* génie, élevée au rang des divinités (^'^). Sans von}oir défendre cette opinion, il est clair que deux manières ausri différentes de représenter la même déesse ne peuvent être sorties de la plume d'un même poète. Il seroit d'ailleurs étonnant qu'Homère n'eût jamais parlé d'une déesse aussi puissante , et que son origine .fût tellement incertaine que chaque auteur en donne un témoignage à peu près diflérent (»»*).
Or, aussitôt qu'on veut admettre qu'Hécate fut une déesse d'un rang inférieur , la preuve qu'on pourroit tirer d'ailleurs du silence d'Homère perdroit beaucoup de sa
("*) Hes. Th. 411—452. ("») cf. WoUFadvs. 416.
(»'*) Ap. Paus. I. 43. 1.
^sx5j pfous venons dd parler de Topinion d'Hésiode. Qaelqass* uns prétendent qu'elle étoit une fille de Jupiter, d'autres de Gérés. Bacchylides dit qu'elle étoit la fille de la Nuit. IKusée la fait descendre de Jupiter et d'Astéria, Phérécyde d'Aristée. Schol. ApoU. Rhod. III. 467. cf. 1035. cf. Pherec. fr. 32. éd. Stiirz. Denysde MUet (ap. Diod. Sic. T. I. p. 288. cf. Schol. ApoU. Rhod. III. 200.) confond Perses, fils de Crius, avec Perses, fils du Sc^il, frèm d'j£étès , et il représente Hécate d'ailleurs entièrement à la manière d'Euhémère, quoiqu'il soit assez remarquable qu'ici Hécate n'est pas seulement une déesse d'une date plus récente, puisqu'il est dit qu'elle fonda un temple à Diane, mais qu'elle y est aussi représentée comme une empoisonneuse et en général conmie un personnage d'un caractère eruel et sanguinaire.
force. En effet , pourquoi n'admettrions-nous'pas que ce poëte ait pu comprendre Hécate sous la dénomination générale de divinités de Tempire des morts sans qu'il eût jugé nécessaire de la désigner spécialement^ Pour moi , je suis persuadé à admettre sans difficulté que la dignité d'Hécate , telle qu'elle est caractérisée dans lliymne à Cérès 9 a été reconnue dès cette première époque de la mythologie grecque. Elle y est représentée comme prenant la part la plus vive à la perte de Cérès (*'^) , aussi bien qu'à son bonheur, lorsqu'elle eut retrouvé sa fille^; le poëte ajoute que depuis ce moment elle devint raide et la compagne de Proserptne(^^^). Ce passage est le fondement de toutes les fictions suivantes à l'égard d'Hécate , comme déesse de l'empire des morts. Ifous ne dirons rien ici de la confusion d'Hécate avec Diane ou la Lune. Nous n'en trouvons aucune trace chez les auteurs les plus anciens. Hésiode distingue soigneusement ces trois déesses , et les Éginètes avoient des statues séparées de Diane et d'Hécate (a ^8),
Son origine. Les Éginètes racontoient qu'Orphée avoit bÂti un temple à Hécate et ordonné les mystères qu'on célébroit en son honneur , dans leur lie C^). Sans oser
("<^) Hymn. Hom. IV. 24 sq. 52 sq.
(^7) Ib. 440.. 'JEx T8 oï TTçÔTtoXoç xtti è^àtav tJfXt t' avatto a y OU, si Ton veut, ayaaarjy pour le rapporter à Proserpine. Mitscherlich et Matthiae rejetent ce vers et les deux précédents , comme interpolés, mais principalement parcequ*Hécaté n'avoit que faire ici, à leur avis. Pour moi je suis à ce sujet de Tavis de J. H. Yoss,, lorsqu'il dit: »£inen so wichtigen Glaubenssatz der mystischen Yerehrung ol^le weiteres als unachtes £inschiebsel za verdammen^ war eîn verwegener Flug der hôheren Crltik.'* U ne paroit pas non plus que Rulfnkenius ait désapprouvé ce vers.
(3' 8) Le scholiaste d'Hésiode (p. 141 fin. 141 vrs.) dit que la déesse décrite par Hésiode est la Lune. S'il en est ainsi , ce seroit une nouyelle preuve de l'origine récente de ce passage. Quelques-» uns ont même confondu Hécate avec Proserpine, p. e. Schol. Soph. Ant. 1183.
(31^) Paus. II. 30. 1, 2. Pausanias ajoute que sa statue n'y A
nous fier à oe témoignage , il est bien certain qu'Héoatë ne fiit pas la déesse "de Babylone , oomme nous l'avons vu plus haut ('^^). Quant au temple d'Hëcaté en Egypte dont parle Diodore , s'il j fut jamais , il aura eu la même origine que les portes du Cocyte- et le fleuve Lëthë (**'). D'ailleurs nous reviendrons sur ce sujet , lorsque nous traiterons des mystères d'Uëcatë dans l'Ile de Samothrace.
qu'une face, et qu'llcamène fat le premier qui la représenta avée l^ois visages.
(»^o) C*est ropinion de Selden, de Dis Sjr. p. 260. Creuzer , Symb. T. I. p. 735. Hermann, Handb. der Mythol. T. I. p. 42.
(»*') Diod. Sic. T. 1. 108. Plutarque (de Is. et Osir. p. 453. T. YIL éd. Reisk.) dit qu'il croit qu'Anubisavoit^n Egypte la même dignité qu*Hécaté en Grèce. Mais il prend pour base de cette opinion le pouvoir d*Hécaté, qui n*est, comme nous l'ayons remarqué, qu'une fietion.de date plus récente.