‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 10 sur 31 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

Abandon de la coiffure hante — Anne de Bretagne. — Grandes et riches parures. — Influence de l'Italie sur la mode. — Luxe et faiblesses des femmes. — Amoindrissement de leur rôle.

— Le capuchon à templette. — La coiffure à l'espagnole. — Marguerite d'Autriche. — La mode sous Henri II. — La vogue de l'orfèvrerie. — Catherine de Médicis dans sa jeunesse.

— Un mariage de grands seigneurs. — Diane de Poitiers. — Le veuvage de Catherine. — Le nouvelliste de la cour. — La fraîcheur de Monsieur d'Imbercourt. — Marie Stuart. — Son veuvage et ses toilettes. — Un pamphlet. — La Marguerite des Marguerites et Brantôme. — Coiffures allemandes et hollandaises. — Testaments et contrats. — Marguerite de Parme. — Bonnets plats. — Une héroïne d'Anvers. — Modes espagnoles. — Maria de Padilla.

— L'étiquette de la cour d'Espagne. — Mariages royau.x. — • La reine Elisabeth. — L'impiété de l'Italie. — La comtesse de Collant. — Blanche de Montferrat. — Les mœurs italiennes. — Ecole allemande. — La république de Venise. — La réception de Henri III à Venise. — Influence de la Réforme sur la mode. — Rigueurs calvinistes. — Gretchen. — L'existence de la femme allemande. — Une reine de Pologne. — Sybille Fugger et Philippine Welser.

— Les diadèmes de Dantzig. — Marie Tudor. — Elisabeth. — Le fard.

A grande gloire du hennin est passée. Sic transit gloria viundi ! Ces coiffures orgueilleuses ont-elles cédé enfin aux objurgations, aux reproches, aux railleries, aux malédictions dont on les a chargées ?

Hélas, il ne le faut pas croire.

Il est une puissance à laquelle la femme obéira toujours, quelque chose qui, plus puissant que les raisonnements et les menaces,

obtiendra de notre sexe les plus durs sacrifices. Cette puissance irrésistible, c'est la mode. Ce que n'avaient pu renverser les plus illustres prédicateurs, la mode l'anéantit d'un geste.

C'est elle qui replie les escoffions peu à peu, qui, d'année en année, roafne la hauteur du hennin, abaisse les cornes, les raplatit sur les tempes, puis les enlève tout à fait et finit par déclarer que le petit capuchon à templettes sera désormais la coiffure-type du xvi« siècle, comme le hennin fut celle siècle précédent.

Suivons ce decrescendo, comme nous avons suivi le formidable crescendo d'e.xtravagances cent ans plus tôt.

Le hennin abdiquait. Il prit une forme de capuchon à fond très haut ou s'adjoignit la templette, en supprimant la moitié de sa hauteur (fig. 249).

Logique dans son renoncement, il supprima en même temps son voile.

iVm l^^^^r^ -'^K, ^^ capuchon haut se simplifie, il fait

"^ des économies de joyaux et les emploie

à créer une bande qui se relève par devant en forme de revers. Plus tard, il s'aplatit sur la tête. Quelques jeunes femmes seulement le portent assez court, ne dépassant guère la nuque. Les cheveux bouclés s'échappent par derrière et viennent tomber sur le dos. D'autres adoptent une coiffe descendant de chaque côté jusqu'à l'épaule et sur laquelle elles jettent une sorte d'écharpe assez roide, aux bouts très longs qui, remontés au-dessus de la tête et attachés sur la coiffe, forment de grandes ailes rappelant certaines coiffures de la Bretagne actuelle (fig. 250 et 251).

Comme nous l'avons remarqué, la simplicité dont Louis XI donna l'exemple exerça pendant quelque temps une certaine influence sur les hautes classes de la société, mais cela ne dura pas longtemps. Les guerres d'Italie donnèrent une nouvelle impul-

Fig. 249. — Marguerite de Chasse, femme de Jean Carondelet, d'après une médaille frappée en 1488.

sion aux nouveautés luxueuses et aux fantaisies de la mode. Anne de Bretagne, si économe et si raisonnable qu'elle fût, savait déployer une magnificence royale quand l'occasion l'exigeait. Elle aimait que les vêtements fussent à la hauteur du rang et, la première, elle imagina d'attacher à sa suite cette pléiade de dames et de jeunes filles de haute naissance, que les reines de France regar-

Fig. 250 — D'après des statuettes du commencement du xvi« siècle.

dèrent désormais comme un ornement de leur cour. Il y eut, à cette époque, des coiffures de parade, importées d'Allemagne, très compliquées, très surchargées et d'une lourdeur extrême. On en retrouve beaucoup dans les monuments français (fig. 232).

L'église d'Eu possède un type très exact de ce genre de coiffure. Les cheveux légèrement ondulés vont .se perdre sous une coiffe en riche étoffe, à laquelle est adapté une sorte de turban, terminé

lui-même par un sac en forme de boudin, également en damas ou drap d'or. Le tout est garni d'une profusion de perles. De chaque côté deux boucles s'échappent et viennent tomber sur les épaules.

La grande complication de ces coiffures, comme leur poids énorme, devait les rendre très incommodes. Aussi n'eurent-elles qu'un succès passager en France. Elles durèrent beaucoup plus en Bourgogne, en Flandre et dans les pays limitrophes de l'Allemagne. L'escoffîon aux larges dimensions et généralement toutes les coiffures lourdes et larges furent aimées des dames allemandes

avec une constance digne d'un objet plus favorable à la beauté (fig. 253 et 254). On leur donnait le nom de bourrelets.

Elles affectaient toutes sortes de formes, cœurs, conques, coussins et se faisaient en étoffes très riches, très surchargées de broderies, d'or, d'argent, de pierreries. Comme elles étaient l'occasion de grosses dépenses pour les femmes, les moralistes en firent l'objet de leurs attaques (fig. 255).

Fig. 251. — Capuchon à ailes.

Dames à rebrassez collets (i) De quelconque condition Portant atours et bourrelets Mort saisit sans exception.

dit \'illon dans son Grand Testament.

Les campagnes d'Italie suscitèrent aux bourrelets la rude concurrence des coiffures à grands développements de cheveux. Elles mirent l'Italie en vogue. Les guerriers qui en revenaient racontaient de ce beau pays des choses merveilleuses et éblouissantes ; aussi, toutes les dames voulaient s'habiller à l'italienne et la mode se fut faite italienne du coup, sans la reine Anne de Bretagne, qui

(l) Rebrassez collets, c'est-à-dire collets bordés en fourrures.

résista énergiquement au courant. Elle ne consentit jamais à quitter ses vieilles modes françaises et les dames de la cour, à son exemple, n osèrent se montrer trop avides de nouveautés. Le chaperon de la reine Anne demeura donc vainqueur dans la lutte et s'établit

Fig. 252. — Coiffure d"après une statue de l'église d'Eu.

si bien dans les habitudes françaises qu'il régna longtemps encore après la princesse bretonne.

Le capuchon de la reine Anne était petit, court, avec un bandeau plat entourant le visage et appelé templette. Les templettes étaient plus ou moins longues et plus ou moins ornées.

Quelquefois, le capuchon couvrait lui-même une première coiffe de toile fine ou de linon, toujours plate et se terminant par un morceau d'étoffe en forme de barbe, l'n tableau de Lucas de Leyde représente une de ces' coiffures portée par une grande

dame, duchesse ou comtesse. Le capuchon est en velours bordé d'or, la coiffe en linon. Une élégante couronne s'élève sur le front (fig. 256).

Anne s'était mariée les cheveux épars, d'après un ancien usage qui voulait que les reines, à leurs épousailles, eussent les cheveux tombant sur les épaules et seulement ornés d'une couronne.

Fig. 253. — Seigneurs allemands, par Lucas de Leyde.

Cette coiffure, qui semblait normale 150 ans plus tôt, était devenue chose extraordinaire après le long règne des coiffures hautes, surchargées et cachant tout le cuir chevelu; aussi les vieilles chroniques rapportent-elles que l'on s'étonna beaucoup de voir la reine dans cet appareil et qu'on la trouva très bien ainsi.

Mais ce fut un jour d'exception; Anne reprit bien vite son capuchon et ne le quitta plus. Tantôt il était en velours, tantôt

en soie ou en toile ; la reine l'accommodait à toutes les circonstances.

Son portrait, d'après une médaille frappée lors de son mariage

avec Louis XII, la représente en capuchon de toile fine plissée et

posée sur les cheveux relevés à racine droite. Au-dessus est jeté

Fig. 254. — Dame allemande vers 15^5, d'après Holbcin.

le voile en soie bordé de perles. La couronne surmonte le tout

En temps ordinaire, la reine portait le chaperon de velours ou

de soie, les cheveux relevés à racine droite, mais non tirés et

aplatis comme au siècle précédent. Ils formaient un bourrelet

léger qui encadrait le visage. Quelques dames y ajoutaient aux

tempes des petites boucles très vaporeuses (fig. 258).

Anne de Bretagne est une des grandes figures féminines de l'époque.

Son influence sur les modes, comme sur les mœurs, fut salutaire. Son austérité, que tempérait un juste discernement des obligations

Fig. 255. — Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, d'après un portrait

du musée de Versailles.

sociales, arrêta quelque temps le débordement du luxe amené par les guerres d'Italie.

Elle était généralement ventrée et Inspirait à son épou.\, Louis XII, non moins de crainte que de respect. A sa mort, ce prince lui fit des obsèques comme depuis longtemps on n'en avait plus vues

pour une reine de France. Selon l'étiquette, on avait posé sur le cercueil l'effigie en cire de la reine, revêtue d'une cotte de drap d'or, d'un surcot de velours cramoisi de pourpre fourré d'hermine et d'une couronne sur la tête.

Le deuil fut sévère et long. Louis XII ne permit même pas qu'on le quittât pour le mariage du duc d'Angoulême. La cérémonie nuptiale fut faite très simplement dans la chapelle du

Fig. 256. — Duchesse, d'après une peinture de Lucas de Leyde.

château de Saint-Germain; tout le monde était en noir, même les mariés.

Brantôme, qui nous conte ces détails, dans ses Mémoires, ajoute que son père, en revenant d'Italie, fut au désespoir de ne plus retrouver la reine Anne, qui l'avait toujours traité avec bienveillance et était la marraine de sa femme, Anne de Vivonne.

11 nous apprend que le jour de son mariage, la dite Anne de Vivonne fut comblée de cadeaux par sa royale marraine, qui lui donna, entre autres pièces de trousseau, deux robes de drap d'or.

Fig. 257. — Aune de Bretagne, d'après une médaille frappée lors de son mariage.

deux de toile d'argent et deux de damas rayé d'or et d'argent, plus un nombre considérable de broderies et bordures. L'aurore des beaux costumes de la Renaissance se levait radieuse. La sage influence de la reine mitigeait encore la poussée des splendides modes italiennes. Il n'en fut plus de même après elle.

La reine Marie d'Angleterre, qui lui succéda, était belle et coquette. Fleurange, dans ses Mémoires, dit qu'elle émerveilla les Français par sa beauté.

Après avoir rendu compte des fêtes de l'entrée de la jeune princesse à Paris, il arrive au mariage royal.

« Le lendemain, dit-il, furent les e.spou- « sailles et ne furent pas faictes à l'église, « mais en une belle grande salle tendue « de drap d'or, là où tout le monde les « pouvoit veoir.

« Et estait le roy et la reyne assis, et « la reyne toute deschevellée avait un cha- « peau sur son chef, le plus riche de la

« chrétienté et ne porta point de couronne pour ce que la coutume « est de n'en point porter si elles ne sont couronnées à S'-Denis.

Les ordonnances somptuaires éditées par Charles VIII étaient restées lettres mortes. Elles n'arrêtèrent pas un .seul moment les progrès du luxe, favorisés par la Renaissance. La soie, dit un auteur contemporain, semblait être devenue le porter général, commun à toutes les classes. Louis XII mort, la couronne de France pa.ssa sur la tête du trop galant François I*^'', qui allait montrer une si déplorable faiblesse pour les égarements de la coquetterie féminine.

Le budget de la royauté se greva de .sommes énormes consacrées à donner aux dames des joyaux et des étoffes précieuses. Les comptes de François L' sont quadruples de ceux de Louis XII, en ce qui concerne les dépenses du luxe. Les femmes, il faut le confesser, deviennent k; fléau de la cour. Leurs intrigues, leurs

^,> v-0- Fig. 258 — Dame noble.

basses cupidités, leurs folles prodigalités constituent de véritables plaies rongeant le trésor de l'État.

Les reines sont impuissantes à arrêter le mal. La douce et modeste Claude comptait pour bien peu dans ce monde corrompu. Femme aimante et fidèle, rudoyée par une belle-mère orgueilleuse, oubliée par son mari, elle ne trouvait de consolation que dans la piété et la patience. Clément ISIarot l'a dépeinte d'un mot :

« Esprit lassé de vivre, en peine et deuil », dit-il.

Fig. 259. — Louise de Savoie en coiffure de veuve.

Fig. 260. — Yolaude de Savoie, d'après une médaille frappée en 1470.

Si populaire fut le renom de sa bonté que les bonnes gens de la campagne l'invoquaient comme une sainte et lui attribuaient des miracles.

La mère de François l" , Louise de Savoie, semble cependant n'avoir pas tenu au luxe pour sa propre parure. Son image, du moins, ne nous est parvenue qu'embéguinée de la coiffe .sévère des veuves (fig. 25g).

Mais autant elle apparaît simple pour elle, autant elle aimait le faste autour d'elle. Pour rendre la cour de France plus brillante, rien n'était trop beau, aucune libéralité trop grande. Son esprit de domination lui faisait trouver, dans les faiblesses de son

fils, un moyen de garder plus longtemps le pouvoir et sa peu scrupuleuse vertu encourageait au moins tacitement les légèretés de conduite de ce prince. La coiffure de veuve que l'artiste lui a

Fig. 261. — Têtes de femmes nobles provenant d'une tapisserie de la fin du XV» siècle.

donnée se portait beaucoup en Italie et dans les pays voisins. Lorsque Amédée IX, duc de Savoie, mourut, laissant la régence à sa femme Yolande, une médaille fut frappée en l'honneur de la régente (fig. 260). Cette princesse y est représentée coiffée d'un capuchon très orné, garni sur le devant d'une rangée de branlants

avec une broderie légère tout autour. Les cheveux sont en bandeaux ondulés. On appelait branlants ou papillottes de petits motifs en or léger, fixés soit au bout des plumes, soit au bord des voiles, partout enfin où ils pouvaient servir d'embellissement et de garniture. Ils avaient les formes les plus variées, pois, gousses, triangles, croissants, etc.

D'autres capuchons, presque toujours en velours, étaient entièrement semés de branlants, de broderies, de joyaux ou de semis de perles. Quelquefois, ces capuchons étaient arrondis par derrière en forme de bonnet (fig. 261).

Le capuchon à templette constituait la coiffure obligatoire des veuves. Celui de Marguerite, veuve du duc Philibert de Savoie, a un revers qui se relève en forme de diadème ; la templette est en soie plus claire que le capuchon et garnie de perles. Cette intéressante figure nous vient d'une médaille frappée en 1504 (fig. 262).

A la fin du x\ <= et au commencement du xyi*^ siècle, la coiffure à capuchon est si générale en France qu'il est très rare d'en rencontrer d'autres.

Le tombeau de Philippe de Comines, détruit à la Révolution avec le beau château de Gaillon, où il se trouvait, portait la statue d'Hélène de Chambes, temme de Philippe, et de leur fille Jeanne, épouse du comte de Penthièvre; les deux femmes ont le capuchon, la mère en drap, la fille en velours et plus court que celui de la mère, avec le devant richement orné d'un revers serti de pierreries.

11 nous est difficile aujourd'hui de bien saisir les différentes nuances déterminées par des noms de coiffures dont la description, souvent trop vague, n'a pu être bien comprise que des contemporains. Rabelais nous parle des modes de sa jeunesse :

« L'accoustrement de la tête était selon le temps. En hiver à « la mode française, au printemps à l'espagnole, en été à la « tusque; excepté les fêtes et les dimanches où les femmes portaient « accoustrement français parce qu'il est plus honorable. »

La coiffure à la française, nous le savons, c'était le capuchon à templettes. Celui-là ne variait guère de longueur. Mais la coiffure à l'italienne, à 1 espagnole, à la tusque? 'Qu'était-ce? On nous dit bien que l'italienne était un bonnet dépourvu de toute

Fig. 262. — Marguerite, veuve de Philibert de Savoie, d'après une médaille frappée en 1504.

espèce de garnitures, si ce n'est d'une passe d'orfèvrerie, qui s'assujettissait à la tête; mais quand nous étudions les modes italiennes, nous ne rencontrons que très peu de bonnets. L'espagnole consistait en un toquet posé sur les cheveux; mais la mode du toquet date seulement du milieu du xvi« siècle !

Cependant, nous arrivons à un moment où les documents se

Fig. 263. — i" Isabelle, femme de Christian II, roi de Danemark, 1515 2» Isabelle, femme de Charles-Quint, 1526. 3" Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, 1537. 40 Renée, femme d'Antoine de Lorraine, 1522.

HISTOIRE DE LA COIFFURE FExMIXINE

font nombreux. C'est la belle époque de l'art numismatique, venu aussi de l'Italie avec la Renaissance.

Tout événement important, public ou de famille, victoire, mariage, naissance, décès, est consacré par une ou plusieurs médailles et la minutieuse exactitude du graveur à rendre les moindres accessoires ne néglige aucun détail, sans que l'art y soit sacrifié.

Nous donnons ici une planche représentant quatre princesses

Fig. 264. — Dame en capuchon à queue.

d'après des médailles frappées à l'occasion de leur mariage (hg. 263). C'est d'abord Isabelle, femme de Christian II, roi de Danemark, mariée en 1515. Elle porte encore la crépine et n'a qu'une mince couronne sur le front. La .seconde Isabelle, mariée à Charles- Quint, en 1526, est coiffée à l'espagnole. Les cheveux courts et bouclés sont surmontés de d^iux; rangs de tresses et simplement égayés d'une agrafe en pierreries. La troisième, Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, en 1537, est coiffée avec plus

de recherche. Ses cheveux sont d'abord retroussés entièrement et ramenés en arrière. Ils sont noués sur la nuque et recouverts d'un réseau maintenu par une bande de métal précieux enrichie de pierreries; ensuite, ils sont partagés en deux torsades inégales, mêlées de perles. La plus mince fait le tour du front, la plus grosse contourne le crâne par derrière. La quatrième est Renée de Bourbon, femme d'Antoine, duc de Lorraine et de Bar. La médaille date de 1522. La princesse a les cheveux entièrement cachés par un bandeau de toile. Le capuchon est à double templette. Une queue a.ssez longue tombe par derrière. Cette mode des queues de capuchon, déjà fort ancienne, était encore en faveur. Quelques-unes traînaient jusqu'à terre, ce qui avait ses inconvénients, ainsi que nous le fait voir J. Lemaire des Belges, parlant d'une belle dame décoiffée par l'inadvertance d'un maladroit.

« Marcha, dit-il, l'un de ses pieds sur son atour et fit apparoir « les tresses de ses beaux cheveux dorés » (fig. 264).

Les cheveux étaient soigneusement renfermés dans le couvrechef et n'apparaissaient que par devant. Généralement, le capuchon des femmes de la noblesse était en velours et celui de la bourgeoisie en drap écarlate. Sous Charles \'I1I et Louis XI L les dames de haut parage portaient encore souvent la couronne soit sur les cheveux, soit sur un voile, un chaperon ou une coiffe, mais à dater de François L^ cet usage disparut et la couronne ne fut plus guère mise que par les reines ou dans les cérémonies de grand apparat. Les habillements n'en devinrent pas plus simples pour cela. Le goût des étoffes brochées, mêlées d'or, brodées, parsemées de perles ou de pierreries, dégénéra en véritable fureur. Les étoffes étaient si raides, si surchargées qu'elles nécessitèrent des inventions nouvelles. Il fallut les soutenir par des montures solides. Les basquines et les vertugadins apparurent, donnant au corps une ampleur démesurée qu'augmentaient encore des manches bouffantes de proportions colossales, si bien que la têtç, dégagée des coiffures élevées d'antan, paraissait démesurément petite au milieu de ces exagérations du reste du costume.

Fig. 265 — Slaluettc du musée archiépiscopal d'Utrecht du connnencemcnt du xvi" siècle, provenant de l'église d'Amersforl.

Jamais peut-être la forme normale humaine ne fut plus défigurée. La Renaissance, qui fut largement païenne et qui prétendit remettre en honneur les beautés romaines et grecques, est l'époque où le vêtement s'éloigna le plus des tuniques souples, des vêtements aux plis gracieux des femmes de l'antiquité (fig. 265)

Le bon goût revint un peu en France avec Henri II. Les édits somptuaires furent si multipliés au commencement de ce règne, qu'ils réussirent à ramener pour im temps la nation dans des idées

plus raisonnables. Le chancelier de Henri II, Olivier, partant du principe que « maintenir la décence publique et la distinction hiérarchique du rang était un des devoirs importants du pouvoir » ne se contenta pas de remettre en vigueur les ordonnances anciennes, il les renforça d'une foule d'autres nouvelles touchant au.K détails les plus infîmes.

Couleurs, garnitures, formes, boutons, ferrements, broderies, passementeries, tout fut réglé et classé minutieusement. Chaque couche sociale eut sa couleur déterminée. Aux princes et aux princesses appartenait de s'habiller d'étoffes de couleur rouge cramoisi. Les simples gentilshommes ne pouvaient user de cette couleur que pour une pièce de leur vêtement. Les dames de la cour eurent le privilège e.xclusif du velours de toute couleur, sauf le cramoisi ; leurs suivantes, la tolérance du velours noir ou tanné.

Quant au.x bourgeoises, force leur fut de renoncer au velours. A grand'peine obtinrent-elles d'en border leurs cottes ou leurs manches. Mais si précis et si minutieux que fussent les décrets royaux, ils ne purent éviter le péril des interprétations. Il se produisit tant de plaintes, de récriminations, de colères et de

Fig. 266.

Bourgeoise de Paris vers 1520.

résistances qu'il fallut bien composer. Pour avoir la paix on mitio-ea la guerre. Les bourgeoises reconquirent la liberté des bandeaux d'orfèvrerie et le droit aux lourdes et massives chaînes d'or dont elles avaient l'habitude d'orner leur poitrine. A leur tour, les femmes du peuple furent autorisées à garnir de soie leurs capuchons, mais ces adoucissements à la loi promulguée furent compensés par un redoublement de rigueur dans l'observation des prohibitions maintenues.

Le velours trop commun en France Sous toy reprend son vieil honneur, Tellement que ta remonstrance Nous a fait voir la différence Du valet et de son seigneur.

Et du muguet chargé de soye Qui à des princes s'égalait Et riche en drap de soye allait Faisant flamber toute la voie.

Les Tusques ingénieuses Ja trop de velouter s'usoyent Pour nos femmes délicieuses Qui en robes trop précieuses Du rang des nobles abusoyent ; Mais or la laine méprisée Reprend son premier ornement Tant vaut le grave enseignement De ta parole auctorisée !

Ainsi applaudissait le bon Ronsard à la loi dont il navait que faire. Les femmes ne disaient pas comme lui! (fîg. 267).

A la cour on ne se fit pas faute de tourner les ordonnances, voire de les braver. La femme du connétable de Montmorency ne voulut jamais abandonner ses anciennes parures. Elle garda les vastes manches italiennes, les grands chaperons et, toute démodée qu'elle était, elle avait fort grand air et imposait silence aux moqueries que sa mise pouvait inspirer.

Les chaperons continuaient à diminuer en tous sens ; ils finirent par se transformer en véritables bonnets, dans l'acception actuelle de ce mot. On enfermait les cheveux dans une cale ou sac qu'on recouvrait soit d'une toque à l'espagnole, soit du chaperon.

Le mot bonnet alors désignait la toque, importation espagnole qui eut une grande vogue, parce qu'elle a le mérite d'être très coquette et très seyante aux jeunes femmes. La toque ou bonnet, presque toujours en velours, était embellie de plumes et d'un joyau appelé enseigne. Les plus jolies femmes de la cour s'habillaient à l'espagnole. Ce fut le caprice du moment, témoin les récits de Brantôme, soit qu'il nous dépeigne les « accoutrements > des filles de la reine, soit qu'il déplore le malheur de la pauvre Hélène de Grandmont, perdant sa toque ornée d'une riche enseigne

Fig. 267 — Têtes tirées d"\ine tapisserie de la collection Erlanger, xvi"' siècle.

que le vent fit tomber dans les fossés du château de Rambouillet.

La cour de France était alors le rendez-vous des beau.x esprits, des artistes, des savants. François I^"^. esprit français par excellence, aimait les bons mots, les rires joyeu.x, les jolis sonnets, tout ce qui amusait avec intelligence. Le sel gaulois était apprécié, mais il avait tort quand il n'était que grossier. Ces bons vivants savaient être poètes.

Au milieu de ce monde aimable, brillant et spirituel, la jeune Catherine de Médicis avait su conquérir une place importante.

Ce n'était pas encore la majestueuse régente dans ses coiffes de veuve, comme nous nous la représentons ordinairement, c'était une

Fig. 26Sl>'s. — Reine Marguerite de Navarre.

jeune et vive Italienne, déjà fine et astucieuse, intelligente et adroite, mais ne montrant de ses aptitudes que ce qu'il fallait pour charmer son beau-père et la cour. Montant à cheval comme un centaure, tirant à l'arbalète avec adresse, aimant avec passion les ballets et la toilette, elle était devenue la préférée de François I^'' qui ne pouvait se passer d'elle et la voulait dans toutes ses parties de plaisir.

Catherine n'avait d'égale pour le luxe et l'élégance qu'Isabelle, sœur de Henri II, qui l'éclipsait par sa beauté. Toutes les dames de la cour cherchaient à l'envi à suivre les jeunes belles-sœurs, à les imiter autant par l'éclat de leurs toilettes que par la gaîté et l'entrain (fig. 267).

Au milieu d'elles passait, triste et morose, le dauphin François, insensible à tous ces charmes, sinon à ceux de cette douce et aimable l'Estrange, que Clément Marot nous peint en quelques lignes :

A la beauté de l'Estrange

Face d'ange Je donne longue vigueur Pourvu que son gentil cœur

Ne se change.

En 1549, deux ans après la mort de François l", Paris organisa pour le roi et la jeune reine une entrée triomphale dans ses murs. Tous les grands du royaume firent de magnifiques préparatifs pour y paraître. Les princes du sang y amenèrent chacun une suite nombreuse à leur livrée. En cette occasion, on oublia toutes les lois somptuaires. Le maréchal de Vielleville raconte, dans ses Mémoires, que le prince de la Roche-sur-Yon n'épargna rien pour se monter un cortège digne de son rang et vante les splendides costumes que sa femme et lui s'étaient fait faire pour la circonstance. L'usage voulait que toute reine de France, à la veille de son entrée solennelle et de son couronnement, envoyât une couronne d'or aux princesses du sang. Catherine se conforma à cette tradition. Lorsque la princesse de

la Roche-sur- Yon reçut la couronne que comportait son rang, elle la trouva trop simple et y fit ajouter quantité de joyaux, ce qui fut jugé plus que hardi.

Ce même maréchal de Vielleville avait deux filles, dont l'une avait épousé le comte d'Espinay. La seconde, très jolie et très riche, était un parti enviable et envié. Elle était à la cour comme fille d'honneur de la reine Catherine de Médicis. Son père projetait de la marier au comte de Saulx, jeune seigneur brillant et aimable, aussi brave qu'entreprenant et hardi.

Toujours le premier, quand il s'agissait de disputer un prix au carrousel, à la bague, à la paume, à la barrière, il faisait les délices des fêtes de la cour par sa bonne grâce et son entrain. Il avait inventé une danse appelée de son nom la volte de Saulx, imitée de la volte de Provence, danse très compliquée composée de sauts, de détours, d'enlacements, de voltes, et si jolie, quand elle était bien menée, qu'elle eut une vogue énorme.

Mais le prince de Vaudémont, qui voulait retenir le maréchal en Lorraine, avait aussi un mari pour mademoiselle de \'ielleville. C'était le comte de Duilly, de la maison de Châtelet, aussi beau, bien fait et élégant que son rival. Ce jeune seigneur était soutenu dans ses visées conjugales par madame Claude de France, amie de mademoiselle de Vielleville. Dès son arrivée à la cour, il y brilla dans les carrousels, les courses et aux bagues tout autant que le comte de Saulx ; bien plus, comme il était très bon danseur, il apprit aux dames de la cour les branles du haut Barrois, danse rapide et animée dans laquelle il excellait. La volte de Saulx subit un échec complet. Toutefois, Saulx n'en fut que plus ardent à la revanche. Bientôt, on ne parla plus à la cour que de mascarades somptueuses, de collations de fruits rares et exquis, gaillardes entreprises, dépenses folles données ou faites à l'envi par les deux servants de mademoiselle de Vielleville pour gagner ses bonnes grâces. Les autres filles de la reine, qui profitaient de toutes ces fêtes, eussent voulu que leur compagne retardât longtemps sa décision. Mais la princesse

Claude trancha la question en faveur du comte de Duilly. Un jour, pendant qu'elle se coiffait, elle fit appeler mademoiselle de Vielleville et lui dit que depuis l'arrangement de son mariage avec le duc de Lorraine, elle avait dû se préoccuper du choix des personnes destinées à l'accompagner dans son nouveau pays, qu'elle avait naturellement pensé de prime abord à son amie et que, depuis huit jours déjà, elle lui avait réservé le poste de première dame d'honneur. La princesse supplia, en retour, mademoiselle de Vielleville, de se prononcer en faveur du comte de Duilly, son protégé et celui du duc de Lorraine (fig. 268).

La jeune fille fut ravie. Elle avait su, avec une adresse qui prouvait plus pour son ambition que pour son cœur, tenir la balance égale devant toutes les avances de ses deux amoureux et accepta avec joie pour mari l'homme qui lui valait une position prééminente à la cour de Lorraine.

Le maréchal qui avait donné sa parole au comte de Saulx. ne fut pas si facile. 11 fallut que le roi s'en mêlât et, après bien des hésitations, il donna enfin le consentement paternel.

Pendant que l'infortuné comte de Saulx regagnait tristement la Provence, on célébrait pompeusement les noces de son heureux rival. Toute la cour y fut et aucun des princes de Lorraine n'y manqua.

« Mais surtout estaient admirables, dit le chroniqueur, les prin- « cesses et aultres grandes dames, en leurs atours et richesses « de pierreries de toutes valeurs et aultres parures de vestements « de toile d'or et d'argent, leurs coiffures magnifiques parsemées < d'enseignes brillantes; car leurs esclairs, rayons et treluisements « nous esblouyssaient et lumaient la veue. principalement au bal « après soupper à la lueur des 'flambeaux dont la grande safe

Dame de Lorraine.

« estait garnie. Les déesses et nymphes du temps passé, si « fabuleusement célébrées par les poètes, n y eussent osé comparoir, « car elles eussent perdu leur lustre, tant pour les beautez que « pour les aultres dyapreures dont les dames, par grand désir « et curiosité de paraistre, se sçavent embellir ».

Peu de temps après, le roi Henry II mourait, laissant à sa femme une situation à laquelle elle ne pouvait s'attendre, mais dont elle sut profiter, tandis que celle qui possédait de fait le pouvoir s'en voyait à jamais dépossédée.

Cette femme, dont le règne fut si étrangement long, Diane de Poitiers, fut, de toutes les favorites célèbres, la moins digne de pitié; avide, cupide, égoïste, cruelle, elle ne laissa que le souvenir d'un faste excessif joint à une avarice implacable, sans qu'aucune œuvre utile ou charitable rachetât ses vices et sa conduite. Elle triompha par sa beauté et par son intelligente habileté. Cette beauté qu'elle garda si longtemps, elle la devait à des soins minutieux de toilette, au fard, au maquillage le plus adroit et aux bains froids, chose extraordinaire en ces temps-là, car les bains, qui avaient eu tant de vogue au moyen âge, étaient tombés en complète désuétude.

Marguerite de Navarre, dans un de ses dialogues, fait dire, à une dame de noble lignage, de la manière la plus naturelle, qu'elle ne s'est pas décrassé les mains depuis huit jours. Pour obvier aux inconvénients de ce manque de propreté, on fit un usage immodéré de parfums (fig. 2 68'"^).

Nous savons comment Catherine de Médicis sut tirer parti des difficultés de sa position. Aussitôt qu'elle se vit reine-mère et tutrice de jeunes enfants dont elle dominait complètement l'esprit, elle donna essor à tout son penchant naturel pour les plaisirs et les fêtes, s'entourant de nombreuses et charmantes jeunes filles et s'efforçant, par un luxe à la hauteur des traditions de sa famille, d'augmenter le prestige de la cour de France. Une médaille, frappée en 1559, nous la montre en habit de veuve. La coiffe blanche des reines de France lui enserre la tête. Ses cheveux

sont à demi cachés par les templettes bouffantes. Par derrière, la coiffe forme un bouillonné et retombe en voile. La fraise godronnée à larges plis commence à apparaître, mais elle garde encore des dimensions modestes (fig. 269).

Au milieu de son e.xistence de festivités, Catherine garda toujours sa toilette de veuve. Elle semble n'en avoir aimé que

Fig. 269. — Catherine de Médicis, d'après une médaille frappée en 1559.

davantage de se voir un brillant entourage. Par son ordre, les dames et les filles d'honneur devaient toujours être superbement vêtues. A chacune des joyeuses et solennelles circonstances intéressant la famille royale, la reine donnait à ses dames de splendides toilettes et, dit un auteur du temps, « on voyait tout cela reluire

< dans la salle de bal au pallais ou au Louvre comme estoilles

< au ciel en temps serein. >

Dans les processions, les dames accompagnaient la reine en toute « braveté », c'est-à-dire dans leurs plus beaux atours.

Si Catherine voyageait, sa litière était entourée d'une brillante cavalcade, garde d'honneur féminine, et Brantôme décrit ainsi ce beau cortège :

« Vous eussiez veu quarante à cinquante dames ou damoiselles « la suivre (la reine), montées sur de belles haquenées, toutes « bien harnachées, et elles se tenaient à cheval de si bonne grâce « que les hommes ne s'y paraissaient pas mieux, tout bien en « point pour habillements à cheval que rien de plus ; leurs chapeaux « tous bien garnis de plumes, ce qui enrichissait encore la grâce « si que ces plumes volletantes en l'air représentaient à demander « amour et guerre. »

Brantôme, qui fut un maître courtisan, affirme que Catherine de Médicis était très belle. Les portraits qui nous en sont parvenus ne donnent guère l'idée d'une parfaite beauté; qu'elle fut très élégante, il n'y a pas eu de doute ; ajoutons que son élégance était somptueuse. Un ancien portrait, à Lyon, la représentait vêtue d'une robe de toile d'argent à grandes manches fourrées de loup cervier, coiffée d'un chaperon dit à la française, tout garni de grosses perles.

Mais cette riche toilette datait du temps de son mari ; veuve, elle abandonna le grand luxe pour elle-même; cependant, dans quelques rares solennités, elle se montra dans une mise vraiment royale. Aux mariages de ses fils, elle s'habilla de velours noir et se para de perles, m.ais ne quitta pas sa coiffe de fine toile blanche.

Lorsqu'on sortait et qu'on voulait se préserver du froid, on ajoutait à la coiffe une pièce d'étoffe carrée qui couvrait tout le visage en dessous des yeux comme une barbe de masque. Cela s'appelait un « tourez de nez ». Prédécesseur des « loups », il avait l'avantage de rendre presque méconnaissables les personnes qui le portaient et les dames pouvaient sortir impunément sans crainte d'être trahies, ainsi qu'il advint, d'après Brantôme, à la duchesse de Guise.

Il y avait alors à la cour un gentilhomme nommé monsieur

d'Imbercourt, vaillant guerrier, ignorant les recherches d'une vie commode et les adoucissements qu'on peut apporter aux vicissitudes de l'existence; aussi ne tenait-il compte ni du froid, ni de la chaleur, ni de la pluie ou de la grêle, quand il devait se mettre en route. Comme il voyageait souvent en été aux heures les plus chaudes du jour et qu'il se vantait de ne pas s'en apercevoir, on appelait ces heures torrides : la fraîcheur de M. d'Imbercourt.

Un beau matin, la duchesse de Guise partit de Saint-Germain, où se trouvait la cour, pour aller faire, incognito, un tour à Paris. Elle était suivie d'une seule demoiselle et de deux grands laquais.

Afin de n'être pas reconnue, elle avait eu soin de mettre son tourez. Sa visite faite, elle se hâtait de regfaofner Saint-Germain au pas le plus rapide de sa haquenée, pour être revenue au souper de monsieur son mari, lorsqu'un jeune page, tout frais débarqué du Piémont et au service de son beau-frère, apercevant la petite troupe, et la dame lui paraissant de taille gracieuse, s'en vint l'accoster tout rondement.

— « Il paraît, madame, dit-il, que vous voyagez à la fraîcheur de monsieur d'Imbercourt. »

La duchesse n'était pas maussade, elle fit semblant d'ignorer ce que cela voulait dire.

Le cadet se mit en frais et la conversation fut joyeuse tant que dura la route. Le jeune homme trouvait la dame fort à son goût et les yeux qui le regardaient en riant lui paraissaient promettre un joli visage. Il ne se fit pas faute d'être galant. Mais quand on fut arrivé au pied du château, la dame arrêta son cheval et levant son tourez de nez :

— « Mon gentilhomme, dit-elle, je vous remercie de votre compagnie, je suis toute à votre commandement ; à jamais je me souviendrai de la fraîcheur de monsieur d'Imbercourt », et, disant ces mots, elle entra fièrement dans le château.

Oui fut consterné? ce fut le pauvre page en reconnaissant la duchesse de Guise. 11 se crut à jamais perdu et n'osa se représenter à la cour jusqu'à ce que la duchesse lui eut fait dire qu'elle

ne lui en voulait pas et lui pardonnait sa hardiesse, l'engageant toutefois à ne pas accoster à la légère les dames cachées par un tourez de nez.

Pour monter à cheval, comme le dit Brantôme, les dames portaient le toquet à l'espagnole soit simple, soit garni de plumes, en velours noir. Le toquet simple avait un fond mou, élevé, ajusté à une visière roide. La couture était cachée sous un cordon de perles. Un voile d'étoffe noire transparente était fixé par derrière (fig. 270).

L'autre genre de toque espagnole était à fond plus plat, également fixé sur une visière circulaire et garnie d'un tour de joaillerie. Une touffe de plumes s'élevait sur le côté.

Ainsi nous est représentée Marie Stuart, lorsqu'elle parut à la cour de France dans tout l'éclat de sa juvénile beauté (fig. 271). Sa toque est posée directement sur les cheveux frisés par devant et retenus derrière dans une crépine de soie ou d'or. Quelques coquettes se donnaient un petit air décidé en la penchant légèrement sur le côté. On gardait cette coiffure même le soir.

La cour de Catherine de Médicis ne pouvait être que brillante. Tant de jeunes princesses belles, élégantes, aimables y luttaient de charmes et de bonheur de vivre? Devant cet essaim de jeunes reines futures, il semblait que la beauté eût pris possession pour toujours du trône de France. Les coiffures variaient beaucoup. Files s'accomodaient plus ou moins au goût, à l'air, à la figure ou à la toilette de chaque personne, mais se rapportant toutes à un type général.

Les cheveux étaient renfermés dans un réseau ou dans une crépine par derrière et frisés par devant ou relevés à racine droite. Sur le tout, on jetait à profusion les ornements d'or et de pierreries. Nous donnons, comme la coiffure qui se rencontre le

Fig. 270. — Dame de la cour de Charles IX.

plus souvent celle de Marguerite, sœur de Henri II, qui épousa le duc de Savoie en 1559. On remarquera que sur le réseau se posent des tresses retenues par des agrafes de pierreries. Une riche chaîne constellée de pierres précieuses entoure le réseau (fig. 272). Des portraits de Catherine de Médicis, avant son veuvage, et d'Isabelle de France sont coiffés de même. Les bijoux

Fi^. 271. — Marie Stuart, d'après un portrait du temps

et l'orfèvrerie jouent un rôle capital et prépondérant dans les coiffures comme dans le vêtement. Or, perles, diamants, pierreries se sèment partout à foison, on n'en a jamais assez. Ces bijoux, très travaillés et compliqués, enseignes, bordures de tourez » chantepleures, agrafes, sortent des mains des plus habiles artistes. Les comptes royaux sont sur ce point tort intéressants à consulter. Pierre Mougeat, orfèvre du roy, fait « une brodeure de tourez (ici tourez signifie la coiffure même et non le masque). Ce bijou a la forme d'une cordelière avec des nœuds; il est en or émaillé.

Le même orfèvre en a fait une autre, en or à cannettes, ém aillé de rouge avec des F couronnés, garnis de neuf tables de diamants

Fig. 272. — Marguerite de France, femme du duc Emmanuel-Philibert de Savoie.

de plusieurs grandeurs et de huit couples de perles. Entre les plaques se trouvent aussi des perles. »

Marie Stuart affectionnait beaucoup la coiffure avec la pointe au milieu du front. Cale, chaperon, diadème, toutes ses parures

de tête avaient cette forme en double arcade qui est restée, dans notre pensée, inséparable de son souvenir. Cependant lorsque, jeune encore, elle était arrivée à la cour de France, Marie Stuart variait beaucoup ses coiffures. Brantôme dit qu'elle portait tantôt le bonnet à l'italienne, tantôt la coiffure à la française ou à l'espagnole. Quand elle arriva d'Ecosse, il parut aux élégants habitués de la cour de France qu'elle était vêtue en vraie sauvage. Cependant ils ne purent s'empêcher de la proclamer, même ainsi, ravissante. Elle le fut tout autant quand elle dut se vêtir des blanches étoffes des veuves royales. On voit combien, en ce temps, la blancheur du teint était appréciée; Marie Stuart avait un teint d'une blancheur éblouissante et son voile neigeux ne lui faisait aucun tort. On fit sur elle, à la cour, cette chanson :

L'on voist sous blanc atour En grand deuil et tristesse Se pourmener maint tour De beauté la déesse Tenant le trait en main De son fils inhumain Et amour son fronteau Volelter autour d'elle Desgiiisant son bandeau En un funèbre voUe Où sont ces mots escrils Mourir ou estre pris.

Si elle quitta ce voile de veuve, ce fut pour peu de temps et la vérité, qui maintenant se fait jour à travers le nuage épais de calomnies dont elle a été enveloppée, nous montre en elle une femme persécutée, malheureuse, trop confiante et trop loyale, jetée sans protecteur, sans amis dévoués, au milieu d'une troupe d'ambitieux dénués de vergogne et de cœur, victime de la politique, martyre de sa foi religieuse. Est-il étonnant qu'elle ait commis des fautes dans une .situation sous le poids de laquelle eût succombé plus d'un homme de tête et d'expérience ? L'histoire nous enseigne que tout fut sujet d'attaques odieuses contre l'infortunée reine, jusqu'à sa toilette. Si elle était parée, on l'accusait

de coquetterie, si elle reprenait des vêtements plus simples, on criait qu'elle méprisait ses sujets (fig. 273).

Buchanan, son principal calomniateur, l'a accusée de s'être montrée à la tête de ses troupes dans une tenue inconvenante avec une jupe courte dépassant à peine les genoux, les cheveux

^^S- ■'73 — ^^arie Stuart veuve, d'après une gravure du temps, du cabinet des estampes

de Bruxelles.

en désordre, enfin l'air débraillé d'une femme sans scrupules. La lettre d'un jeune officier anglais à Drury détruit cette venimeuse description.

Il a vu la reine pendant cette fameuse bataille d'Edimbourg, lorsque Marie Stuart, abandonnée de Bothwell, dont elle était presque prisonnière, alla se jeter aveuglément à Carberry-hill dans les bras de ses plus cruels ennemis.

Elle portait, ajoute-t-il, une jupe rouge et jaune aux couleurs d'Ecosse, un corsage noir avec des manches rattachées par des aiguillettes, un tour de cou ou gorgière, une mentonnière blanche et par dessus une toque ou chapeau de velours noir. On ne peut trouver tenue plus modeste. Un dessin du temps, conservé au State Paper' Office, la représente dans le même costume avec sa fidèle suivante Marie Seton, laquelle porte le même chapeau de velours avec un voile.

A dater du jour funeste où la liberté lui fut ravie, Marie Stuart ne quitta plus son escoffion de toile recouvert du capuchon noir. C'est ainsi que nous la voyons dans un portrait du temps alors que le malheur a déjà altéré sa beauté souveraine et que l'échafaud se dresse.

Le carcan qu'elle porte, ses coiffes, ce qui lui restait de bijou.x, ses lytestes ou rubans pour nouer ses cheveux, tout fut distribué par elle à ses fidèles serviteurs.

Les chroniqueurs racontent que le bourreau, ému, lui donna trois coups de hache avant de frapper juste et que le premier enfonça ses attifets dans sa tête sans qu'elle bougeât, malgré sa vive douleur. Lorsque cette belle tête roula sanglante sur le plancher, le bourreau la ramassa et eut le cruel courage de la décoiffer, afin de montrer aux spectateurs ses cheveux blanchis par les souffrances.

D'autres racontent que la pauvre victime d'Elisabeth portait perruque, car les douleurs de sa longue captivité lui avaient fait perdre tous ses cheveux. 11 est douteux qu'on ait procuré à la prisonnière un objet de parure de cette espèce, alors qu'on lui donnait à peine de quoi se vêtir convenablement

Toute frivole que fût la cour de France à cette époque, on n'eût pas osé se soustraire à la coiffure de deuil. Pour certaines veuves, il est vrai, il y avait des accommodements, mais la reine Catherine donnant elle-même l'exemple d'une grande sévérité d'ajustements, il était de bon goût de s'y conformer.

Une autre jeune veuve, à peine reine, comme son infortunée

belle-sœur, la vertueuse Elisabeth d'Autriche, accepta son veuvage comme une retraite sacrée dont elle ne voulut plus sortir.

Son portrait la représente dans un costume austère, presque monacal, l'attifet blanc à pointe sur le front, ne montrant qu'un peu de cheveux, le col emprisonné d'une fraise sans dentelle, portant sur sa robe de laine une seule chaîne d'orfèvrerie terminée par une croix, (fig. 274), Sainte âme égarée au milieu de ces femmes légères, à laquelle on ne pouvait s'empêcher de rendre hommage, on respectait sa dévotion modeste et sans affectation, dont on admirait la douce fermeté, lorsqu'elle refusait tous les avantages d'une nouvelle et brillante alliance.

Fulvie de la Mirande, veuve du comte de Randan à l'âge où sa beauté paraissait avec le plus d'éclat, ne veut plus se regarder dans une glace, dédaigne tout ornement, abandonne à jamais les frisures, les cheveux bouffants ou ondulés et, malgré les railleries des courtisans, adopte un genre de costume si sévère que le duc de Guise, son ami et son admirateur, ne l'appelle pas autrement que le moine, tant elle est toujours strictement encapuchonnée.

Ainsi, parmi ces femmes trop souvent frivoles, quelques grandes et généreuses figures surgissaient parfois, protestant d'exemple contre les désordres qui les entouraient. Il ne faut pas toujours juger une époque sur un seul point de vue et il importe de rappeler que le mal se raconte plus vite que le bien et que la vertu, par cela même qu'elle est vertu, se cache et se laisse oublier.

Passons maintenant en revue les différents objets d'ajustement de têtes de l'époque de Charles IX; ils nous feront mieux comprendre les descriptions des coiffures que nous avons vues ou que nous rencontrerons dans cette histoire.

Nous laisserons de côté les nombreux bijoux dont on parsemait la tête; ce que nous en avons dit suffit et nous nous occuperons uniquement des couvre-chefs.

Au premier rang se place l'escoffion, bien différent toutefois de celui des siècles précédents. D'après M. Charles N isard, ce

nom dérive du mot grec : scaphion, genre de coiffure en rond que portaient les courtisanes d'Athènes. On appelait escoffion, au xvi^ siècle, le réseau de rubans ou de soie garni de pierreries ou

Fig. 274. — Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, en costume de veuve, d"après un portrait du temps.

le petit bonnet, soit de toile, soit de linon, qu'on mettait .sous le chaperon. Celui-ci était le plus généralement en velours noir à fond mou, plus ou moins haut, orné de plumes, d'enseignes de

pierreries, de cordons de soie ou de perles ; souvent on y ajoutait un voile par derrière.

On donnait aussi le nom de chaperon à la cale ou coiffe en pointe sur le front, qui ordinairement se mettait au-dessus d'une première coiffe blanche. Ce genre de chaperon avait toujours sa longue queue par derrière (fig. 275).

Le nom d'attifet désignait la coiffe blanche portée par les veuves et par les femmes qui voulaient garder une certaine sévérité dans leur mise. Il consistait en une passe plate s'avançant en pointe sur le front et très échancrée aux tempes. Le portrait que nous avons donné plus haut de Catherine de Médicis porte un attifet.

L'arcelet faisait aussi partie de l'attirail de la coiffure féminine. C'était un double petit cerceau en fer ou en fil d'archal, sur lequel on relevait les cheveux de manière à les disposer en diadème autour du front. Il y avait des arcelets extérieurs qui se mettaient au-dessus des cheveux, en guise de couronnes. Ces derniers étaient toujours de métal précieux.

Pour les veuves, la barbette était de rigueur dans les premiers temps du deuil. L'attifet se portait court par derrière et très long en barbes par devant. Les règles du deuil étaient sévères et l'étiquette du costume très minutieuse. Elles exigeaient des costumes et des coiffures très compliqués, difficiles à arranger et surtout incommodes à porter.

Dans une lettre que la princesse de Condé, Françoise d'Orléans, écrivait à la gouvernante de ses enfants, mademoiselle de Guillerville, on trouve ce passage curieux pour les modes du temps :

« Nous sommes toutes abillées en sfrans voille noir, à cause de « la mort de la reine de Navarre (Jeanne d'Albret) et mesme « le roy et enfin toute sa court.

« Dites à madame Servantel que j'ay preste à la famé de mon « tailleur ma chérete et que sy ele a afere icy et quelle veille « venir avec ele j'en suis contente.

« Faites mes recommandations à Elene et luy dites que la

« Malete me coife tous' les matins mon grand deuil noir à foste « d'ele. y>

Au tourez de nez avait succédé le masque, dont l'usage devint journalier. Cependant les femmes nobles prétendirent au droit

^ig 275. — Chaperon à cale, d'après une tombe du x\r siècle.

exclusif de s'en servir et tinrent obstinément à ce privilège. Elles portaient aussi parfois un voile, qui, attaché au-dessus de la coiffe, pendait par terre aussi long que la robe.

Les bourgeoi-ses portaient le chaperon de drap. Celui de soie leur était interdit ; les gens de métier ne pouvaient user de soie sur leurs habits, pas même en garniture.

Les femmes du p:uple se coiffaient de petits béguins de toile ou de laine appelés cornettes (fig. 276). Elles arboraient aussi des chapeaux de paille ou de feutre. Ces derniers étaient relevés par derrière et formaient une pointe en avant pour abriter le visage.

Un pamphlet publié au commencement du xvif siècle nous apprend qu'au précédent siècle les femmes de bourgeois avaient de grands chaperons de drap détroussés, c'est à dire avec queue pendante par derrière jusqu'à la ceinture ; que celles des gens de finances portaient des chapeaux de velours très avancés sur le visage et ne laissant pas voir les cheveux ; enfin que les jeunes filles se mariaient habituellement avec les cheveux pendants sur le dos, et que cet usage que nous avons vu pratiquer par les femmes de Louis XII, semblait alors une énormité dont à Paris l'on ne pouvait assez s'étonner.

Sur les cheveux ainsi épars, la mariée p.ortait une couronne ou une ferronnière et les autres femmes de la noce étaient couronnées de fleurs. Cet usage des couronnes d'or était encore si répandu au commencement du xxi*^ siècle qu'il fallait être de la dernière pauvreté pour se marier sans ce bijou. En l'an 1500, le jour de la « Grande aumône » à Mons, un vieillard charitable nommé Jean Sourme fit don aux aumôniers de la ville d'une couronne d'or qu'on prêterait aux jeunes filles pauvres le jour de leur mariage, afin qu'il n'y eût plus d'humiliation pour les pauvres qui se mariaient.

Dès le milieu du x\ f siècle les hautes classes avaient abandonné cet usage d'origine si antique et les cheveux épars des épousées devinrent bientôt un souvenir.

Un tournoi grotesque que Catherine de Médicis donna un jour à Amboise en l'honneur de François II et de Marie Stuart, fut l'occasion de beaucoup de mascarades. Le duc de Nemours s'y déguisa en femme de la bourgeoisie : il avait une robe et un chaperon de drap noir et, à sa ceinture, cette fameuse bourse de ménage qui occasionna tant de plaisanteries à cette époque et contenait, disait-on, toutes les provisions de la maison.

Quelques vêtements résistèrent longtemps à toutes les modes

HISTOIRE DE LA COIP'FUKE FEMININE

comme vêtements officiels. De ce nombre furent le surcot et le petit voile de soie d'Anne de Bretagne. Sous Henri IV encore, le surcot d'hermine était obligatoire pour les grandes cérémonies tout autant

Fig. 276. — Pauvresse.

que le voile. Ces deux derniers vestiges du moyen âge paraissent avoir été définitivement abandonnés sous Louis XIII.

Le portrait de Louise de Montmorency, dame de Châtillon. femme de Gaspard de Coligny et sœur du grand connétable, d'après un vitrail de l'église de Saint-Martin de Montmorency, datant environ

de 1560, la représente revêtue du surcot d'hermine non ajusté, et sur la cale qui recouvre son crâne est attaché un voile bordé de perles (fig. 277).

Parmi les femmes élégantes de la cour de France se distinguèrent particulièrement les Lorraines. Plusieurs d'entre elles y apportèrent l'éclat d'une beauté vraiment éclatante. A leur tête se place Christine de Danemark, nièce de Charles-Quint et femme du duc de Lorraine.

Elle avait un art si remarquable de s'habiller qu'elle fit adopter à la cour la coiffure à la Lorraine, escoffion de modeste dimension, recouvert d'un voile léger. A elle revient aussi l'honneur d'avoir inauguré la mode de monter à cheval avec les arçons et l'étrier, au lieu de la disgracieuse planchette dont on .se servait jusquelà. Cette princesse était aussi fière que belle et prétendit être traitée à l'égal d'une reine ; quand elle fut veuve, elle se coiffa de l'escoffion blanc comme les veuves royales.

Elle est ainsi coiffée dans son portrait par Holbein, appartenant au duc de Norfolk. Au sacre de Charles IX, elle refusa de paraître à cheval, comme les autres princesses, craignant d'être confondue parmi elles, et elle fit son entrée à Reims dans un carosse couvert de velours noir, traîné par quatre chevaux turcs blancs, attelés de front « en manière de chariot triomphant ». Elle se tenait à la portière, habillée d'une robe de velours noir, coiffée de blanc, et sa beauté de quarante ans parut encore superbe.

Ici notre attention doit se porter sur la principale beauté de cette cour où, selon Brantôme, il n'y avait nulle femme qui fût laide. Celle-ci, au dire de l'enthousiaste chroniqueur, éclipsait toutes les autres et mérite une étude spéciale de notre part à cause de la

Fig 277. — Louise de Montmorency, femme de Gaspard de Coligny, d'après un vitrail de l'église de Saint-Martin de Montmorency.

grande influence qu'elle exerça sur les modes de son temps, influence qui fut loin d'être heureuse et moralisatrice.

Nous suivrons Brantôme dans ses descriptions, mais défionsnous de cet admirateur, fin politique et habile flatteur, que le mauvais goût du temps avait ébloui.

D'après lui ce serait surtout Marguerite de France qui aurait réglé la mode. Son imagination féconde propagea des idées nouvelles et sa coquetterie sut inventer mille choses de nature à faire mieux ressortir avec avantage ses grâces et ses attraits.

Passant à Cognac, en allant en Navarre, menée par sa mère au roi son mari, elle voulut, à la prière de la reine Catherine, se montrer au.x dames de la ville dans ses plus beaux atours. Elle mit une robe de toile d'argent et coiilombin à la boulonnaise, manches pendantes, et se coiffa très richement d'un voile blanc, ni trop grand ni trop petit. Elle parut si belle à tous qu'on ne pouvait assez l'admirer. La reine-mère elle-même lui en fit compliment. « l'aime user de suite de mes robes, répondit la princesse, car lorsque je rentrerai à la cour, j'y arriverai avec des étoffes et des ciseaux pour m'habiller à la nouvelle mode. »

« Pourquoi dire cela, ma fille, répondit la reine, c'est vous qui inventez et produisez les belles façons de s'habiller et en quelque part que vous allez, la cour les prendra de vous et non vous de la cour. »

Brantôme ajoute qu'elle était toujours si belle qu'on ne pouvait savoir ce qui lui seyait le mieux, soit qu'elle se coiffât à la française avec son chaperon, soit qu'elle n'eût qu'un simple escoffion ou un grand voile ou un bonnet, soit enfin qu'elle eût tortillé et frisé ses cheveux comme ceux de sa sœur Elisabeth, la belle reine d'Espagne.

Elle avait une grande habileté à se coiffer elle-même et à varier à l'infini ses coiffures, et, toute noire qu'elle fût, elle ne laissait pas que d'user de perruques blondes de toute espèce : elle avait toujours à son service des pages blonds, auxquels elle faisait couper les cheveux pour se les approprier en coiffures postiches.

Tantôt elle apparaissait sous une robe de satin blanc, mêlée de beaucoup de clinquant et rehaussée d'un peu d'incarnadin, avec « un voile de crespe tanné jeté négligemment sur sa tête > (fig.278).

Tantôt pour un grand festin, elle se parait d'une robe de velours incarnadin d'Espagne, fort chargée de clinquant et se coiffait d'un

Fig. 278. — Une coifi'uie de Marguerite de France.

bonnet de même velours orné de touffes de plumes et de beaucoup de pierreries.

Ailleurs, elle arrive dans une toilette orange et noir, champ noir orné de force clinquant, un grand et beau voile attaché sur sa tête.

Elle assiste à une procession vêtue d'une robe de drap d'or frisé, présent du Sultan à l'ambassadeur de France, la tête couverte de grosses perles et de riches pierreries entremêlées à ses cheveux avec une rangée d'étoiles de diamant, une palme à la

Fig. 279 — Dame en coiffure liouffaiite, vers 156c

main; elle paraît dans le cortège avec plus d'éclat que tout ce qui en fait partie.

Enfin, nous savons que le jour de son mariage, elle était habillée à la royale, avec la couronne de France sur ses cheveux relevés en racine droite, le couet d'herrriine moucheté au devant du corps, le grand manteau bleu de quatre aunes de queue porté par trois princesses, le tout parsemé des joyaux de la Couronne, et qu'elle fut trouvée, par le peuple comme par les courtisans, plus belle que jamais.

Sauf en voyage, Marguerite ne portait presque jamais le masque, chose rare alors, car anciennement les jeunes femmes, ses contemporaines, ne sortaient jamais sans ce morceau d'étoffe qui préservait la peau du hâle ou de la bise. En ces temps-là, il était d'une importance e.xtrême d'avoir une belle peau. La Reine de Navarre croyait pouvoir se passer de ces soins minutieux.

Les cheveux des dames se relevèrent en raquette ou, comme disaient les Gascons, en ratepenade (chauve-souris) parce qu'ils formaient deux grosses touffes de chaque côté comme des oreilles de chauve-souris {fig. 279). On se coiffa beaucoup en cheveux; Marguerite et les jeunes princesses, ses sœurs, aimaient cette parure naturelle et la variaient souvent à l'aide de perruques de toutes nuances. La pointe sur le front resta toujours marquée. On agrémenta beaucoup la coiffure de boucles et de frisures, on en augmenta le volume, et la mode des perruques commença dès lors à prendre une grande extension. On les faisait en toutes sortes de matières, en cheveux, en soie et même en filasse, et le blond continua d'être fort en vogue.

Le perfectionnement de la perruque date en effet, du commencement du xvf siècle ; on les fabriqua, en laçant les cheveux dans une étroite toilée de tisserand, de manière à en faire une sorte de tissu à franges, appelé point de Milan, du nom du pays où il fut inventé. Ces toilées s'attachaient aux calottes ou aux escoftîons ; plus tard elles couvrirent toute la tête. On en refrisait les cheveux chaque jour.

Adrien Turnèbe dit que toutes les dames de la cour de France portaient des perruques blondes et qu'il en était de même en Angleterre. Un autre auteur de la même époque (1540) affirme que les Anglaises un peu élégantes portèrent des perruques pendant toute la première moitié du siècle. On appelait déjà ces postiches du nom de perruques.

Leur usage était gén 'rai et se continua jusqu'à la fin du même siècle, puisqu'un voyageur qui traversa l'Angleterre écrivait vers 159s: « Les jeunes filles vont la tête nue, leurs cheveux sont « aeréablement tressés et relevés sur le front. Mais il v en a € beaucoup qui, à cause du froid, comme elles disent, portent

< des coiffes faites avec des cheveux étrangers. » Shakespeare dans les Deux gentilshommes de Venise, a écrit ce

passage :

« Sylvia contemplant le portrait de sa rivale Julia : — « Ses « cheveux sont bruns, les miens parfaitement blonds ; si c'est là

< la cause de son inconstance, je me procurerai une perruque de « cette couleur. »

Et Bassanio dans le Marchand de Venise ; — • « La beauté se « vend au poids, ces blondes boucles frisées sont une fausse beauté, « elles appartiennent à une autre tête qui repose dans une fosse. »

A ces perruques il faut ajouter une autre innovation due aussi à la coquetterie des femmes de la cour de France : la poudre. On la parfumait à la violette pour les brun- s, à l'iris pour les blondes et telle fut sa vogue dès le commencement que toutes les classes l'adoptèrent avec un furieux engouement. Les paysannes mêmes, les femmes du peuple, qui ne pouvaient se donner le luxe de poudres fines, employaient le chêne pourri réduit en poudre impalpable, ce qui leur donnait à toutes une très vilaine couleur rousse.

La mode de se poudrer parut avec les premières coiffures à racine droite. Une grande beauté consistait à avoir les sept pointes des cheveux très régulières autour du front et des tempes. La poudre n'était pas jetée légèrement sur les cheveux comme on le

fit plus tard, elle était collée sur la tête au moyen d'un mucilage qui rendait la chevelure semblable au plumage d'une poule mouillée. De la France l'usage de la poudre se répandit dans toute l'Europe et il commença son long règne avec CL-lui des mouches. Toutes ces inventions venaient de France, et l'on peut dire que ce fut la cour de Catherine de Médicis qui mit Paris à la tête de la mode, privilège que cette ville garda désormais en dépit de tous les efforts tentés pour le lui enlever.

Peut-être nous sommes-nous étendus longuement sur la cour de France et sur les princesses qui l'ornaient au xvi" siècle, mais il est bon d'étudier les femmes d'une époque pour en comprendre les modes. Celles-ci sont presque toujours la conséquence d'une manière de vivre, autrement dit des mœurs. Si les modes du XYi"" siècle furent exagérées, si le luxe prit un essor si considérable, les femmes y contribuèrent dans une large mesure.

De même qu'elles avaient entraîné François l" dans de folles dépenses, de même elle furent les instigatrices de ce déploiement de luxe qui nécessita des ordonnances, des édits, des lois et des règlements somptuaires plus nombreux qu'en aucune autre époque de l'histoire.

De 1543 à la Ligue il y eut huit ordonnances contre le luxe, et l'exécution en fut poursuivie avec une certaine rigueur. L'usage de drap d'or, d'argent et de soie était réservé exclusivement à la famille royale. Les gentilshommes seuls pouvaient porter des ornements d'orfèvrerie, des plaques ou des boutons d'or. Le titre de demoiselle, le costume de dame étaient interdits à toute bourgeoise. Défense aux femmes des gens de justice de porter des robes de velours, de drap, de soie ou de couleur (fig. 280).

Nous venons de dire que les édits s'exécutaient avec rigueur ; la donnée n'est pas complète. Hâtons-nous donc d'ajouter que cette rigueur, éminemment intelligente, savait distinguer les bourgeois ou les gens qui n'appartenaient pas à la cour, des personnages qui s'y rattachaient par un lien quelconque. Ces derniers pouvaient porter impunément ce que bon leur semblait.

Par contre ils étaient très rudement flagellés par les moralistes les écrivains et le clergé, qui ne se faisaient pas faute d'user de toute leur verve critique pour tacher d'arrêter les excès funestes qui ruinaient les familles et l'Etat.

En 1551 parut un écrit intitulé Chrestienne instruction touchant la pompe et les excez des hommes débordez et femmes dissolues en la ctiriosité de leurs parures et attifements d'habits qu'ils

Fig. 2S0 — Dame en cscoffion et masque et dame en chapeau de cheval, fin du xvi« siècle.

portent avec la bricve description d'orgueil et de vanité de ce monde.

Six ans après, s'imprime et se publie bruyamment le Brief discours sur F inwiodestie et la super fluité des habits, avec une traduction de deux oraisons prises dans Tite-Ltve.

Sur la fin est mise la déclaration du Roy sur la réforme des habits par Hierome de Chastillon.

En 1581, nouvel effort.

Remontrances aux datnes et demoiselles de France sur leurs ornements dissolus pour les induire à laisser l'habit du paganisme

et prendre celuy de la femme pudiqîie et chrestienne, avec l'élégie de la France se complaingnant de la dissolution des dites demoiselles.

Deux siècles plus tard un savant moraliste, étudiant la fin du XVI' siècle, disait : « On verrait que la plupart de ce nombre « prodigieux d'ordonnances qu'ils ont publiées contre le luxe, ont « eu principalement pour objet de réprimer celui des femmes, et « que leur vanité et leur émulation ont été la principale cause des « dépenses -immenses qui ruinaient également les particuliers et « l'Etat. Ce détail me mènerait trop loin surtout dans un discours « qui n'est que déjà trop long ; je me contenterai de remarquer « que ce défaut n'était point particulier aux femmes de France, « qu'on le trouve également répandu dans tous les temps et dans « toutes les nations, et que ce dérèglement a toujours été un défaut «c de ce sexe plein de vanité, qui, pour plaire aux hommes, « cherche dans le secours des ornements étrangers, les grâces que « la nature lui a souvent refusées (i). »

La Belgique est si près de la France que les modes ne peuvent pas différer beaucoup d'un pays à l'autre ; cependant il y a des nuances. Au xvi" siècle, l'influence de l'Allemagne fut prépondérante dans les Pays-Bas. Le vêtement s'en ressentit, il sut tenir un juste milieu entre l'élérance française et la lourdeur allemande.

Au commencement du xvi" siècle les coiffures s'abaissèrent, comme en France, mais elles gardèrent encore une ampleur assez considérable.

Le capuchon affectait les formes les plus variées. On le garnissait avec une grande richesse, de broderies lourdes, d'orfrois épais, voire même de volutes en métal. Le progrès du luxe, toujours rapide, le fit faire en drap d'or, en velours de couleur et en toutes sortes d'étoffes précieuses. En dessous, on portait un petit béguin de toile pourvu d'une passe en linon qui entourait le

(l) Dissertation de l'étahlissentent des lois sompt-aires parmi les Français, recueil de l'Académie des inscriptions (mai 1760).

Fig. 281 . - Danioiselle, d'après une tapisserie du Muscc de Cluiiy, attribuce à Lucas de Leyde.

visao-e. Une tapisserie du musée de Cluny, de l'école de Lucas de Leyde, représente une noble demoiselle llamande, coiffée d'un petit capuchon très orné avec une passe en linon. Le dit capuchon est retenu sur le haut de la tête par un nœud de, rubans (fig. 281).

On vit aussi dans les Pays-Bas, à cette époque, plusieurs coiffures très compliquées, mais qui ne manquaient pas de grâce. Elles se

Fig. 282. — Noble Hollandaise, d'après une peinture de Lucas de Lcyde.

distinguaient par l'absence de toute exagération, et par une touche de bon goût qui ne dura pas toujours : tels sont les bonnets de soie fortement bouillonnes, garnis d'une passe ou bandé de velours autour desquels on disposait gracieusement en légère torsade un voile, qui se trouvait par derrière sur le bonnet. Ces coiffures étaient enrichies de joyaux ou de broderies de perles et d'or (fig. 282). La grande coiffe de toile se portait également, mais les jeunes femmes ne tardèrent pas à l'abandonner pour les modes plus élégantes et dégageant la tête davantage.

Les coiffures très longues par derrière, donnant à la tête la forme d'un énorme gland de chêne, . jouirent aussi d'une grande vogue parmi les femmes du peuple et de la bourgeoisie au commencement du xvf siècle. Quelques-uns de ces bonnets étaient garnis de gros plissés ou bouillonnes, de torsades, d'ornements assez lourds qui tous se terminaient par une rosace ou un bouffant

I-'ig. 2S3. — (xvi'' siècle). Statuette du retable de l'église d'Oplinter.

sur l'oreille. Du même temps date l'apparition des premiers bonnets flamands à passe plate, avec fond très bouffant et relevé sur le haut de la tête. Les sculptures qu'on rencontre en si grand nombre dans les églises flamandes nous donnent un choix infini de coiffures de l'époque très intéressantes à étudier (fig. 283).

Les cheveux se montrent ; presque toujours une ou deux mèches ou boucles s'échappent par devant (fig. 2 84).

Les femmes du peuple n'étaient pas toutes vouées à ces volumineux bonnets; elles portaient aussi de petites cornettes de toile

à large passe plate avec un bord légèrement élevé, dont l'usage s'est conservé chez les paysannes de la Campine. Pilles avaient aussi un bonnet plat sur lequel était posée une bande d'étoffe, qui s'attachait sur le front et pendait par derrière à la hauteur des épaules (fig. 285.)

Fig. 284. — Têles de femmes du commencement du xvF siècle, d'après un retable

de réglise de Léau.

Enfin l'usage du chapeau de paille à larges bords était universel pour les campagnards flamands, quand ils travaillaient aux champs. C'étaient de grands paillassons grossièrement tressés, de forme ronde, ainsi que nous les montre une gravure de Jean Stradon, représentant des paysannes occupées à la moisson (fig. 286.)

Le costume de travail, étant nécessairement pratique, a peu

changé de formes. Le chapeau, le tablier, le corsage simple à manches unies, la jupe courte, sont des vêtements aussi anciens que l'importation des étoffes dans nos contrées.

Dans certains villages dominait un genre de coiffure à large nœud ressemblant un peu à la coiffure alsacienne (fig. 287). Dans d'autres, on s'était habitué aux bonnets à gros bouillons surmontés d'une espèce de calotte pointue. Toutes ces coiffures populaires étaient en toile, on y ajoutait le capuchon de drap pour l'hiver.

Lorsqu'on étudie le costume, on est étonné de trouver le peuple si bien vêtu et souvent même avec un vrai lu.xe. Pas de paysan qui n'eût chez lui quelque habit de fin drap, pas de femme qui ne fût en mesure de se parer le dimanche de chaînes d'or ou d'argent, d'un capuchon à revers de soie ou de velours, d'une cornette de toile artistement brodée. Assurément plus d'un paysan de nos jours pourrait envier les manants d'autrefois. Sans entrer dans des questions sociales qui nous entraîneraient trop loin, constatons, en passant, que dans les classes rurales régnait une stabilité de mœurs qui se reflétait sur la toilette.

Les costumes d'apparat, les habits du dimanche passaient du père au fils, de la mère à la fille : nulle femme n'avait à craindre d'être démodée en portant le vêtement que sa mère ou sa grand mère avait porté. 11 en était de même dans la bourgeoisie et aussi dans la petite noblesse. Seuls les grands seigneurs et gens de cour paraissent s'être séparés sur ce point de l'économie générale.

Mais pour le petit gentilhomme, possesseur d'un modeste fief dont il tire, non sans peine, sa subsistance, pour le bourgeois honnête dont les vieilles traditions de famille sont religieusement suivies, pour le paysan (]ui, depuis des siècles, a cultivé le même champ^ habité la même maison, le vêtement est une relique qu'il respecte

Fig. 285. — Femme du peuple, d'après une sculpture de réglise Saint-Léonard de Léau.

comme tout ce qui lui vient de ses aïeux. Tous détailleront dans leurs testaments ces menus objets, ces pièces de leurs costumes avec un soin minutieux qui prouve le prix qui y est attaché. On lègue à ses enfants ce qu'on a reçu de ses parents, et c'est avec

jfS^-

Fig 2S6. — Paysannes d'après une gravure de Jean Stradon.

piété qu'à titre de devoir le moribond fait ses ordonnances dernières. C'est pieusement encore qu'on les exécute, car on sait que la tradition dans une famille est une partie de l'héritage paternel et du respect filial.

Aussi les testaments d'alors abondent-ils en détails intéressants.

qui nous font comprendre ce qu'était la famille autrefois et nous renseisrnent avec détail sur ses costumes.

Ici il n'y a qu'à prendre au hasard ; tous les testaments de lépoque sont conçus dans le même esprit.

Voici un modeste gentilhomme ardennais, le seigneur de Dionle-\"al et de Petigny, en la châtellenie de Couvin. 11 s'appelle Jean Gaymand, époux de Marie de Fernaux ou Fenal. 11 laisse dans son testament, daté de 1494, « à Hubert, son frère, pour le donner

Fig. 2S7 — Statuette du retable de l'église d'Oplinter, xvi« siècle.

à qui il sçait, une paire de cottes, un chapeau et un bonnet que sa femme sera chargée de lui remettre. »

Marie de Fernaux, qui teste en 1533, laisse à son fils Lambillon .son chapelet de paternostre d'argent et les agnus et pommes, et afiches à ce appartenant, un chapelet de gros corail et toutes ses bagues, c'est-à-dire ses bijou.x; elle y ajoute une pièce de toile pour faire des chemises. A ses trois filles elle laisse une pièce de quairia sans couture. A Jacqueline son aînée, ses heures qui sont à l'abbaye de Fliprez; à sa petite Isabelle, un chapelet de corail; à Jeanne, sa petite ceinture rouge tissu serré ; à sa cousine

Gilles, sa faille, sa robe de Rouen, son chaperon d'ostard ; à sa fille Jeanne sa robe fourrée de sechon et à sa fille Marie son blanc coterion.

Toute la simplicité d'une honnête famille chrétienne se retrouve dans ces testaments.

D'autres fois, par un contrat de mariage, on voit des parents s'engager « à bien accoustrer leur fille de robes de velours et de « damas comme il convient à gentilfemme. » Ainsi le promettent les parents de Marguerite de Marbais qui va épouser Jean de Néverlée.

Fig 28S. — Deux nobles flamandes, d'après une tapisserie de haute-lice de Bruxelles.

Les mariées de la bourgeoisie gardèrent dans cette partie de la Belgique l'antique usage de se marier avec une couronne et les cheveu.x flottants.

Au commencement du xyi"" siècle, on retrouve des contrats de mariage où les parents s'engagent à pourvoir leurs filles d'une couronne à « accoustrer les mariées. »

Le chaperon lui-même conserva sa place marquée dans toute bonne maison bourgeoise, et tout le xvii° siècle le vit abritant la tête des ménagères ou les enveloppant le dimanche à la grand'messe; Anne Gilbert, femme de Charles Haverland, bourgeois de Couvin, mentionne tout spécialement un chaperon violet qu'elle laisse à sa fille Marguerite. La noblesse et la riche bourgeoisie des

Pays-Bas se partageaient à peu près également entre les modes françaises et les modes allemandes. Le capuchon de la cour de

Fig. 289. — Noble dame, d'après une statuette du Musée de Namur, provenant de l'église

de Namèche.

François I", avec ou sans templette, rencontre beaucoup de faveur. Il ne différait pas du capuchon français (fig. 288).

La mode allemande préférait des coiffures plus ajustées. L'escof-

fion modifié fut généralement adopté en Saxe et dans l'Allemagne rhénane. Plus long par derrière que ses congénères français, il s'arrondit sur les oreilles en spirale comme des cornes de bouquetin. Les Pays-Bas avaient alors trop de rapports avec l'Allemagne pour ne pas s'inspirer beaucoup de ses modes. De là la rencontre fréquente de bonnets en spirale dans les peintures et les monu-

(xvi» siècle). D'après une statuette de l'église de Deenlyclc.

ments de nos contrées. Il est toujours fait en étoffe très riche, brodé ou garni de pierreries, et a parfois une autre corne au-dessus du front (fig. 289).

Parfois aussi il est bordé d'un rang de perles, avec une ouverture ménagée par derrière pour laisser passer les cheveux en torsades. Un bandeau blanc cache à demi les cheveux.

Dans un retable du xvi° siècle de l'église de Deerlyck, on retrouve cette coiffure sans la corne du front. Les oreillères sont beaucoup plus grandes. Un voile est attaché par derrière (fig. 290).

Les femmes âgées portaient comme coiffure habituelle le chaperon à templettes.

Dès 1525, il commença à s'élargir de chaque côté en forme d'arceaux avec une pointe sur le front. Les veuves, en Belgique comme en France, doublaient ce capuchon de l'escofïîon de toile, qui formait un bandeau plat sur le front. D'autres remplissaient

Fig. 291. — Portrait de la femme du major de cavalerie van Asscnfeld, d"après sou tomlieau en la grande église de Bréda.

les arcelets de leurs couvre-chefs par des cheveux bouffants ou de petites boucles frisées. Enfin ce capuchon formait le plus souvent une longue queue par derrière (fig. 291).

Arrêtons-nous encore un instant à la coifiure des veuves. Dans aucun siècle elle n'eut une telle importance. Toute veuve qui se respectait devait cacher entièrement ses cheveux et il semble que les femmes se piquassent d'émulation pour s'enlaidir. Leurs coiffures étaient aussi disgracieuses qu'incommodes. Elles variaient de formes suivant les pays. Marie de Hongrie, gouvernante des

Pays-Bas, veuve du roi Louis II de Hongrie et sœur de Charles- Quint, portait habituellement une sorte de vaste cornette retombant sur ses yeux et se terminant de chaque côté par deux longues

Fig. 292. — Marie de Hongrie, d"après uu portrait par Pierre de Jode ea 1550.

barbes, qui s'enroulaient autour du cou (fig. 292). Ces barbes étaient un des signes caractéristiques du deuil.

Marguerite de Parme, qui succéda à Marie de Hongrie, avait une coiffure non moins déplaisante. Un petit bonnet à fond bouffant garni d'un gros tuyauté entourait le visage engoncé dans une fraise à gros godrons (fig. 293). Pas un ornement, pas un bijou.

Comme sa tante, Marguerite apporta en Belgique l'exemple d'une austère simplicité de parure sur elle-même, sans rien omettre cependant de ce qui pouvait relever autour d'elle la majesté impériale dont elle était la dépositaire.

La mode des bonnets formant voile par derrière fut très répandue. C'était la coiffure ordinaire des dames de la bourgeoisie comme de la noblesse. Les plus jeunes de cette dernière classe

Fig 293. — Marguerite de Parme, d'après une médaille frappée en 1559.

laissaient disparaître à demi le bord plat de cette coiffure sous une double rangée de petites boucles ou sous les cheveux retroussés et bouffants.

La médaille frappée en 1566, en l'honneur du comte de Hornes et de son épouse W'alburge de Nuenaar, représente cette comtesse encore toute jeune, coiffée avec ce bonnet à grand bavolet (fig. 294). Elle était alors mariée depuis peu et ne devait plus l'être longtemps, puisque l'année suivante la tête de son mari tomba sous la hache du bourreau. Si terrible que fut cette mort, Walburge ne tarda pas à s'en consoler, en épousant peu de temps

après son cousin, le comte de Nuenaar et de Moers. Ce second mariage ne fut guère plus heureux que l'autre, car le Comte de Moers, étant allé visiter une cave où il avait fait déposer de la poudre, périt des suites d'une explosion causée par son imprudence. Veuve de nouveau avec des affaires très embrouillées, la comtesse déploya une grande fermeté de caractère et sut se tirer

Fig. 294. — Walburge de Nuenaar, comtesse de Horues, femme de Philippe de Montmorency,

médaille de 1566.

honorablement d'une position aussi pénible que difficile. On frappa de nouveau des médailles en son honneur. Elle n'y est pas représentée en costume de veuve, mais bien en toilette très parée, une fraise énorme à larges godrons autour du cou, que soutient par derrière une espèce de collet relevé. Les cheveux sont dressés sur des arcelets et trois ou quatre rangs de haute dentelle garnissent l'occiput (fig. 295). Il est très rare de rencontrer une veuve aussi parée dans les monuments du temps.

On porta, à la fin du xvi^ siècle, plusieurs sortes de coiffes à la Marie-Stuart ; le fond en était le même et consistait en une espèce de sac, dans lequel on enfermait les cheveux. Les passes différaient ; elles restaient plates et s'allongeaient sur le front où elles s'évasaient en deux lobes très larges. Cette coiffure se faisait généralement en soie ou en velours. Henry Goltzius, dessinateur distingué aux Pays-Bas, qui nous a laissé le portrait de Cornélie

Fig. 295. — \\alburge, comtesse de Nuenaar, Moers, etc., médaille de 1589.

Capelle, femme de Noël délia Faille, représente cette dame avec son chaperon largement ouvert, venant former pointe en haut de la tête et sous les oreilles (fig. 296). D'autres dames de la même époque sont coiffées du capuchon sans passe, formant la pointe typique du temps avec un voile léger par derrière. Catherine de Damhoudere a un capuchon de ce genre qui mériterait même le nom de cale ou d'escoffion. Les cheveux sont relevés, sa fraise est de bonne grandeur. Catherine de Damhoudere était la femme de Messire Jean de Schietere ; son tombeau se trouve dans la

cathédrale de Saint-Sauveur, à Bruges. Il porte la date de 1583. C'est l'œuvre de Gilles de Witte.

Une médaille frappée en 1562 nous offre la tête de Jeanne de Halewyn, première femme du duc Philippe de Croy, sous un bonnet analogue. Cette coiffure sans prétention chez une personne

Pig. 296. — Cornélie Capelle, femme de Noël délia Faille, d'après Goltzius.

de si haut rang montre une fois de plus combien les modes des Pays-Bas étaient simples en comparaison de celles de France.

Jeanne de Croy n'a d'autres bijoux que sa chaîne. Pas une enseigne, pas une agrafe, pas même un ornement de broderie ou de bisette autour de sa coiffe (fig. 297).

Cependant cette extrême simplicité n'était pas toujours imitée.

D'autres médailles de lepoque offrent à nos yeux des coiffures plus élégantes. Tel est le cas de Marguerite Calslagen, l'héroïne gueuse d'Anvers. Fille de Jacques Koppier, seigneur de Calslagen, elle avait épousé en premières noces Jacques Polites, poète assez estimé, et en secondes, Guillaume Martini, greffier de la ville. Ce magistrat avait conspiré avec les amis du prince d'Orange pour lui livrer Anvers, mais Don Luis de Requesens, ayant eu vent

Fig 297. — Jeanne de Halewyn, première femme de Philippe de Croy, d'après une médaille frappée en 1562.

du complot, entra rapidement dans la ville avec de nombreuses troupes et donna l'ordre d'arrêter immédiatement les principaux conspirateurs. Or, ceux-ci étaient précisément réunis dans le logis de Martini. Le greffier n'eut que le temps de faire prévenir sa femme. Avec un sang-froid et un courage admirables, Marguerite cacha l'un des proscrits dans une cheminée et les autres dans une armoire basse, qui servait de table. Lorsque les gens d'armes de Requesens se présentèrent chez elle, elle s'accouda sur la table avec un air si souriant et si tranquille qu'elle dérouta tous les soupçons. Son mari dénoncé quelques jours après par un des

conjurés put aisément se disculper et dut à sa femme la vie et l'honneur. Une médaille fut alors frappée pour garder à la postérité les traits de cette femme énergique ; nous y trouvons un

Fig. 298 — Marguerite Calslagen, femme de Joachim Polites, médaille frappée en IS74-

genre de bonnet qu'on rencontre rarement, et qui ne manque pas d'une élégance sobre et discrète (fig. 298).

Le goût des bonnets fut très développé chez les Flamandes.

Les coiffures en cheveux y étaient rares. Les femmes qui les adoptaient, au lieu de dresser leurs cheveux en rouleau autour du front, les tiraient avec soin afin de les laisser voir le moins possible. Le chignon se cachait dans une coiffe froncée autour d'une petite passe, comme la coiffe de Christine Muller, femme

Fig. jgg, — Christine Muller, femme de Barthélémy Sprauger, iieintre graveur, d'après une gra^Tire de B. Spranger.

du peintre Barthélémy Spranger, dont nous reproduisons ici la figure, d'après une gravure de 1585. Autour des fronces de sa coiffe, Christine a posé une mince guirlande de fleurs, qu'on peut supposer être un travail d'orfèvrerie. La fraise est large et garnie d'une belle dentelle, tissu qui était alors à son aurore et commençait à être très recherché et très apprécié (fig. 299). D'autres fois les cheveux relevés par devant au moyen d'un crêpé ou d'un morceau de fer étaient tordus en un gros chignon sur le dessus

de la tête ou nattés en petites tresses qu'on disposait de diverses manières sur la nuque. Quand les Gueux inventèrent la besace, certaines femmes se coiffèrent du chapeau à la paysanne, seulement elles lui donnèrent bien vite une allure plus coquette inconnue dans les villages. Le fond s'éleva, les bords furent rac-

Fig. 300. — Dame flamande, d'après Jean Stradoa

courcis et, ainsi transformé, le chapeau à la paysanne se posait légèrement de travers sur les cheveux. Une petite fleur, une plume, une boucle l'ornait sur un des côtés (fig. 300).

Si certaines parties des Pays-Bas subirent l'influence des modes et des mœurs de l'Allemagne, l'ensemble et surtout les provinces méridionales se ressentirent de l'influence espagnole.

La foule se modèle toujours sur les grands. C'est aux princesses

envoyées par l'Espagne comme gouvernantes qu'est dû le cachet austère du vêtement féminin aux Pays-Bas, dans le xvi= siècle, uniquement égayé par le toquet espagnol de velours noir, qu'adoptèrent et patronnèrent les jeunes femmes de la cour. La toque fut

Fig. 301. — Anne d'Autriche, 4™* femme de Philippe II, d'après une gravure allemande.

d'abord un simple cône avec une passe arrondie formant encadrement aux cheveux et garnie de perles. Anne, fille de Maximilien II et quatrième femme de Philippe II, en porte un dans ce genre sur un portrait du temps, fait avant son mariage. Par devant est une aigrette de plumes formée de petites plumes d'autruche et d'une aile de héron. Un joyau est fixé dans les cheveux (fig. 301).

Une médaille de la même reine Anne, frappée sans doute à l'époque de son mariage, nous la représente les cheveux enveloppés dans une crépine, avec une petite toque de velours noir, cette fois très plate, garnie d'une torsade de deux couleurs et d'une petite plume sur le côté (fig. 302). Peu après, le velours de la toque se dressa verticalement en manière de sac froncé autour d'un tout petit bord. Ce bord était recouvert d'un rang de perles,

Fig. 302. — Aline, 4'"* femme de Philippe II. d'après une médaille frappée à roccasion de son mariage.

de chaînes d'or ou de pierreries ; une touffe de plumes posée sur le côté et surmontée d'une aigrette achevait de la rendre d'une élégance suprême. Selon la fortune ou l'ambition de sa propriétaire, la toque était plus ou moins garnie de perles, d'agrafes, d'enseignes et de bijoux de toutes espèces, ainsi qu'on le voit dans le portrait de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Philippe II, par Coëllo. L'Infante pouvait avoir douze à quinze ans alors. Ses cheveux sont relevés très haut et entremêlés de quantité de perles et de joyaux (fig. 303).

C'est cette même Infante qui, après avoir épousé l'archiduc

Albert d'Autriche, vint gouverner la Belgique pour l'Espagne. Sévère de mœurs, pieuse, très pratiquante, elle abandonna toutes les parures mondaines après la mort de son mari et finit par adopter un costume religieux.

Elle a été portraiturée plusieurs fois sous ces vêtements monastiques austères dans lesquels elle voulut être enterrée.

Fig. 303. — L'Infante Isabelle Claire-Eugénie, d'après le portrait de Coëllo.

En Portugal, dans la première moitié du x\ T' siècle, on adopta des chapeau.x de haute forme et à larges bords, avec fond peu élevé. La reine Catherine, femme du roi Jean III, de Portugal, en porte un semblable sur une médaille frappée lors de son mariage (fig. 304).

Les Espagnoles, dans certaines parties du pays, avaient de singuliers costumes, plus bizarres qu'élégants, se rapprochant des modes italiennes, mais avec moins de goût, si l'on en croit Cesarc

Vecellio, l'historiographe des modes de son temps, et les dessins de la collection Gaignières. Le caractère de l'ornementation espagnole, plus lourd et surchargé qu'artistique, se retrouve aussi dans les costumes. Cesare Vecellio a dessiné, entre autres, une femme de Grenade et une Castillane dont les vêtements sont aussi incommodes que disgracieux. En revanche, les coiffures sont simples et indiquent que ces costumes appartiennent à la première moitié du seizième siècle; car la mode des cheveux relevés à

racine droite s'étendit en Espagne en même temps qu'en France. Nulle part on ne voit encore apparaître la célèbre mantille et le grand peigne, qui sont devenus le type de la coiffure espagnole. Mais en revanche les voiles, ancêtres de la mantille, étaient d'un usage universel. Aux jours de pénitence, pendant le carême, aux processions, à l'église, les femmes ne se montraient que voilées. C'est ainsi que Brantôme nous peint Maria de Padilla, cette ennemie acharnée de Charles- Quint.

Dans son ardeur à se procurer l'argent nécessaire à payer les troupes de rebelles et ne trouvant plus de crédit nulle part, elle s'empara des trésors des églises.

Mais, pour accommoder son brigandage aux scrupules d'une conscience plus superstitieuse que timorée, elle se rendait dans les sanctuaires, enveloppée d'un grand voile noir. Là, devant l'autel, entre deux grosses torches allumées, elle se prosternait, les mains jointes, gémissant, se frappant la poitrine, se livrant à toutes les contorsions d'une créature dans le plus profond désespoir, puis se levait, allait elle-même s'emparer de tous les objets précieux de 1 église et se retirait bien contente d'avoir ainsi dupé, sinon Dieu, tout au moins le public.

Le luxe, en Espagne, avait crû subitement à dater du règne

Fig 304-

Catherine, femme de Jean III. roi de

Portugal, d'après une médaille

glorieux de Ferdinand et d'Isabelle. La découverte du Nouveau- Monde avait fait affluer l'or des Indes dans le pays. L'éblouissement des richesses avait tourné bien des têtes. De tous côtés s'élevaient des palais somptueux, des châteaux splendides. Les

Fig 305. — Princesse espagnole avec une coiffure en forme de cône d'or.

habits, les harnachements, les robes des femmes, tout prit un air de magnificence ; on se couvrit d'or ou de diamants. Le goût n'était pas toujours pur. L'Espagnol se croyait au-dessus de tous ses contemporains, s'il était richement vêtu, si ses palais disparaissaient sous les ornements de leurs façades; mais il n'avait aucune idée des améliorations que peut apporter le confort. A la

4o6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE

cour, cet esprit de routine se traduisait par une étiquette si absolue qu'elle en devenait inhumaine. Les modes lui étaient soumises à ce point, qu'une reine d'Espagne ne pouvait varier ses toilettes, ni en modifier la moindre parcelle. La forme des manches, les mèches de cheveux, tout était prévu, réglé, mesuré, et il y allait de la vie pour quiconque osait y contrevenir. Comme objet exclusivement de mode espagnole, au xvi* siècle, nous devons signaler un ornement de chevelure en forme de cône, fait en or et enrichi de pierreries. Ce bijou était porté par les grandes dames et se posait de façon à ce que le bord fût caché par les cheveux relevés par devant (fig. 305).

En Espagne, plus encore qu'en France, on se surchargeait de bijoux. L'orfèvrerie espagnole de cette époque est massive. Elle manque surtout d'élégance.

Un très curieu.x portrait de Marguerite d'Autriche nous la représente dans son costume de voyage, au moment d'aller épouser le roi d'Espagne, Philippe III.

La princesse porte un manteau fourré, car la saison était très dure et les chroniqueurs racontent que les chemins étaient couverts de neige, lorsque la jeune fiancée quitta la cour de son père.

Son costume de voyage est simple et peu flatteur. Un singulier diadème en étoffe orne son front. Les cheveux sont relevés par devant et nattés par derrière. Une fraise sans dentelle complète la toilette (fig. 306).

Il est probable qu'elle abandonna ce costume bien vite pour prendre ceux qui lui furent envoyés par son royal fiancé. Les anciennes chroniques disent que la princesse quitta Gratz avec sa mère et une suite nombreuse. A peine sur les frontières de l'Italie, elle vit arriver une députation à la tête de laquelle se trouvait Dona luana de \"elasco, grande-maîtresse de la cour, qui lui présenta de riches vêtements à la mode espagnole, valant plus de deux cent mille ducats. Les pompes de ce cortège et les fêtes partout offertes à la jeune fiancée furent interrompues par la mort de Philippe II; mais bientôt elles reprirent plus magnifiques que

jamais et le mariage se fit l'année suivante avec une splendeur d'autant plus grande qu'une seconde union se célébra en même temps, celle de l'Infante Isabelle avec l'archiduc Albert d'Autriche. Ces noces coûtèrent au delà de trois cent mille écus et durèrent huit jours ; le peuple y eut une large part en spectacles de toute espèce, courses de taureaux, distributions et largesses qui ren-

•> '■.'■■"^{^fi^^^K: ^; =

Fi;j. 306. — Mai^ucrite d'Aiitriclie, femme ite Philippe III roi d'Espagne, d'aprts une miklaille ilc 15»$.

dirent ce mariage célèbre tlans les souvenirs populaires. La médaille frappée en l'honneur de la reine Marguerite à son arrivée en Espagne, la présente à nos regards dans sa grande parure royale. Un large bandeau d'orfèvrerie orne ses cheveux frisés. Sa tête est enfoncée dans la haute fraise espagnole K larges godrons. Le peuple espagnol est toujours resté fidèle à ses vieilles mœurs. Cet esprit de stabilité et de conservation se manifeste dans ses costumes. Cesare X'eceilii^ ni^us montre une temme île

Burgos, dont les cheveux sont liés en une seule mèche enroulée de rubans, comme les coiffures du commencement du moyen âge (%• ZOJ et 308).

Brantôme, à qui nous empruntons beaucoup de détails de

Fig. 307. — Femme de Burgos, d'après Cesare Vecellio.

toilettes, qu'il décrit avec la compétence d'un homme qui s'y entend, fit un séjour assez long à la cour d'Espagne, pendant la vie de la reine Elisabeth. Par lui, nous apprenons que les veuves y portaient un deuil moins sévère qu'en France, sans abandonner pourtant le bonnet blanc, auquel elles donnaient des formes plus ou moins élégantes. Jeanne, veuve de Jean, Infant de Portugal

et mère du roi Sébastien, s'était retirée à la cour de Madrid. Brantôme ly vit entièrement vêtue de soie, coiffée d'une toque à l'espagnole en crêpe blanc qui lui baissait fort bas en pointe sur le nez. Il est vrai qu'elle n'avait pas renoncé au mariage, car elle avait un moment espéré épouser Henri III.

Fig 308 — Dame de Grenade et dame de Séville, au xvi« siècle, d'après Cesare Vecelho.

La reine Elisabeth devait regretter parfois la cour de France, si aimable, si gaie, si libre; mais elle gardait ses regrets dans son cœur et n'en laissait rien paraître. Elle paraît s'être consolée de sa brillante prison, en se livrant à la toilette. Jamais, dit notre chroniqueur, elle ne mit ses robes deux fois, et cependant elles étaient toutes superbes. Elle .se coiffait très bien à l'espagnole, soit

en boucles, soit avec les cheveux relevés. Elle portait les cheveux noirs, selon leur teinte naturelle, au lieu de les poudrer comme beaucoup de femmes le faisaient en ce temps-là. Elle ne portait pas de perruques, quoi qu'elles fussent en grand usage en Espagne, où l'on raffolait des cheveux blonds et roux.

De l'Espagne passons en Italie. Là, rien d'austère, rien de tyrannique : nous nous trouvons en plein paganisme. Les Italiens semblaient avoir oublié la religion de leurs pères. Impies, quand ils n'étaient pas superstitieux, en tout cas, profondément épicuriens, ils ne voyaient dans la vie qu'une belle fête, de laquelle il fallait éloigner tout ce qui pouvait troubler les plaisirs ou les jouissances. L'Italie s'était grisée de ses propres succès. Tant d'hommes éminents dans toutes les branches des arts et des sciences avaient surgi de son sein, sa renommée, comme foyer de l'intelligence, était devenue si grande, qu'elle ne croyait plus qu'à elle-même et oubliait la patrie céleste.

Mais, sous ces dehors brillants, que de sombres visages ; dans ces beaux palais, que de crimes; sous ces splendides parures, que de tares et de souillures!

Drames et fêtes se mêlaient sans s'interrompre; le sang coulait dans les festins sans que le rire cessât, ce mauvais rire de l'orgie, qui n'a plus ni pitié ni pudeur.

De là l'invasion d'une sorte de culte odieux de la mort, la vogue des danses macabres, la manie des tableaux funèbres, goût malsain, qui de l'Italie s'étendit partout au xvi" siècle, principalement en Allemagne, où elle prit un essor effrayant.

Traîner l'image de la mort au milieu des danses et des chants de volupté, c'était violer le mystère de la mort, ce mystère que le chrétien médite et vénère, qui fait trembler l'impie.

L'entreprise aussi criminelle qu'insensée en fut faite.

Laurent de Médicis donna à Florence une fête restée célèbre dans les fastes de l'Italie. C'était le triomphe de la Mort. Rien ne fut plus funèbre et plus magnifique: une danse macabre de vivants digne d'un nouveau Dante.

F'g 3°9- — Patricienne de Venise, d'après une peinture du xvi» siècle.

Les femmes furent trop souvent les instigatrices de ces débordements. Leur esprit très cultivé, leur ambition, l'orgueil de leur beauté les poussaient à rivaliser de luxe et de faste. Elles aussi avaient perdu le sentiment religieux. De là force modes hardies, provocantes, des toilettes d'une richesse extravagante, des recherches de coquetterie bien dignes des descendantes de Poppée et de Fausta. Les coiffures sont peu caractéristiques, elles sont de toutes formes, de toutes grandeurs. Tantôt c'est une toque ronde.

Fig. 310. — La comtesse de Cellant.

Fig 311. — Noble dame de Ravenne.

dans le genre du mortier du xii" siècle, tantôt une résille qui retient les cheveux, tantôt un voile ou des joyaux (fig. 309).

La célèbre comtesse de Cellant, qui mena une vie si scandaleuse et commit des crimes si énormes que le connétable de Bourbon la fit décapiter, la comtesse de Cellant dont la statue se trouve sur son tombeau, à Milan, porte une toque ronde brodée, posée sur ses cheveux ondulés (fig. 310).

Une autre noble Milanaise, dans un tableau du temps, a les cheveux simplement jetés dans un filet en cordonnet d'or (fig. 311). Quelques femmes portaient les cheveux relevés sur le haut de la

tête en un gros chignon; d'autres, au contraire, laissaient retomber leurs tresses très bas sur la nuque.

Les modes italiennes du commencement du xvr' siècle ne sont

Fig. 312. — Barbe, duchesse de Ferrare, 1560

pas très gracieuses. Les tailles sont courtes, les manches se gonflent d'une façon ridicule, les jupes sont également très volumineuses. Vers le milieu du siècle, un changement heureux s'opéra. Les

manches reprirent de plus justes proportions, mais la coiffure, en revanche, se compliqua. On porta moins de couvre-chc^fs, mais on s'ino-énia à multiplier les frisures, les tresses, les bouffants en les entremêlant de beaucoup de joyaux. Le voile se porta davantage mais on l'arrangea de façon à ce qu'il servît plus à orner qu'à voiler, car on couvrait les cheveux le moins possible.

Comme toujours, quand la foi s'affaiblit, la superstition apparaît; aussi, en Italie, où le peuple est déjà naturellement superstitieux, surgirent mille inventions ridicules, dans lesquelles les cheveux jouèrent un rôle important. Des traités graves sur les songes parurent; ils étaient consultés avec ardeur.

Si une femme voyait en songe ses cheveux coupés, cela signifiait que son mari mourrait ou qu'elle serait obligée de se séparer de lui. Si un homme rêvait qu'il avait les cheveux longs, comme une femme, le livre lui indiquait qu'il serait trompé par une femme.

Une femme vue en songe sans cheveux était présage de pauvreté et de maladie ; au contraire, rêver d'un homme chauve était garantie de fortune et de tous les bonheurs terrestres. Nous n'en finirions pas s'il fallait redire toutes les sottises inventées par l'aberration humaine.

Le capuchon à templette, qui avait pourtant une origine italienne, se rencontre peu en Italie, tel que nous l'avons vu en France, mais on l'avait transformé en une coififure beaucoup plus seyante.

C'était un diadème très large du milieu, rétréci des côtés et s'avançant en courbe sur les oreilles. Il était fait soit en métal, en or et en argent, soit en drap d'or ou en riche étoffe de soie. Des bijoux, des perles, des broderies l'ornaient plus ou moins. Le capuchon, ou plutôt un voile de soie, s'attachait au diadème et retombait par derrière. Cette coiffure, très majestueuse, se retrouve dans un portrait de la duchesse Barbe de Ferrare, datant de 1560 (fig. 312).

En général, les princesses italiennes avaient un art particulier de rehausser par la magnificence l'éclat de leur rang. Déjà, à la fin du xv^ siècle, les Français avaient été émerveillés de la

somptuosité déployée par Blanche de Montferrat, duchesse de Savoie, lorsque Charles \"II1 passa à Turin. Elle alla recevoir le roi en personne, montée sur une haquenée superbe, vêtue d'une robe de drap d'or frisé, bordée de diamants, rubis, saphirs, émeraudes et autres pierreries, la tête cerclée d'un riche diadème, au

'''g- 3^3- — Isabelle-Claire d'Autriche, veuve du duc Charles III de Mantouc, d'après une gravure du temj^.

cou un carcan de perles d'un prix inestimable. Elle était suivie d'une troupe de demoiselles toutes accoutrées le plus luxueusement possible et d'une cour nombreuse et brillante. Cette entrée demeura dans l'imagination des gentilshommes français comme le souvenir d'un spectacle magique.

Brantôme, l'infatigable conteur, ajoute qu'on critiqua cependant la belle veuve d'oublier à ce point son veuvage. De tout temps,

4i6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE

même chez les païens, les veuves étaient obligées à une certaine austérité de mise ; cette tradition s'était conservée et accentuée dans la société chrétienne. Une veuve qui abandonnait trop vite son deuil était classée parmi les femmes légères.

Blanche de Montferrat est donc, même aux yeux de l'indulgent Brantôme, coupable de trop de coquetterie. On voit que le discret chroniqueur se ressent de l'exemple de Catherine de Médicis, qui remit en honneur les us sévères du veuvage. Il raconte qu'au temps de François I", les veuves dansaient aux bals de la cour, grand scandale qu'on ne voyait plus trente ans plus tard.

Déjà la belle Diane de Poitiers n'avait pas osé se soustraire entièrement à ces lois de deuil et portait uniquement du- noir et du blanc. Sous le règne suivant, les veuves abandonnèrent tous hs bijoux, ne portant de pierreries qu'au doigt, autour du miroir pendu à la taille, à la ceinture et sur le livre d'heures.

Le diadème que nous avons signalé sur la tête de la princesse de Ferrare se rabaissa très fort dans le commencement de la seconde moitié du wi" siècle. Il devint une bande plate en métal très ornée de pierreries, qu'on posait sur la tête au milieu du crâne pour séparer les cheveux de devant de ceux de derrière. Les cheveux eux-mêmes prirent une forme plus artistique. On chercha à revenir aux coiffures grecques, mais sans atteindre à la noble simplicité des anciens; l'œil était trop habitué aux surcharges de bijoux, aux complications d'ornements, pour .se contenter des chisfnons tordus des belles déesses d'Athènes. On crut donc revenir à une simplicité suffisante, en partageant les cheveux en nombreuses petites tresses et en les couvrant à demi d'un voile à plis très tourmentés, qu'on arrangeait selon sa fantaisie, soit qu'on entremêlât les tresses dans ses plis, soit qu'on attachât le voile par dessus. Une médaille de l'époque nous montre une coiffure de ce genre portée par la femme de Ferdinand de Gonzague, généralissime des armées de Charles-Ouint (fig. 314). Son voile, attaché en arrière, est disposé en plis nombreux. Une bande d'orfèvrerie orne le dessus de la tête. Les cheveux sont presque plats.

Une autre médaille du même temps représente la fille de Ferdinand, la jeune Hippolyte de Gonzague, à l'âge de quinze ans, coiffée avec une multitude de tresses entremêlées de joyaux.

Malgré sa grande jeunesse, qui semble exiger plus de simplicité, elle est couverte de bijoux (fig. 315). Une énorme pièce d'orfèvrerie très lourde, placée à côté de chaque oreille, retient un

JL

Fig. 314. — Isabelle de Capoue, femme de Ferdinand Gonzague, médaille frappée en 1557.

diadème plat et deux tresses de la coiffure. Une autre bande de métal est posée sur le chignon. On rencontre souvent cette coiffure dans les tableaux du temps. Ces petites tresses minces et multipliées sont tout à fait de style italien. Elles ne furent cependant pas généralement adoptées. Les femmes, qui trouvaient ces coiffures en cheveux trop libres pour des yeux habitués aux têtes emmaillottées du moyen âge, se coiffaient à la française. Les guerres d'Italie avaient pu faire apprécier l'élégance des femmes de France dans la patrie de Boccace. Les italiennes

4ii

HISTOIRE DK la COIFFURE FEMININE

accueillirent donc avec empressement le petit escoffion de soie ou de velours rembourré en haut pour donner à la tête une ligne en pointe vers l'occiput, et l'enririchirent de pierreries. Un portrait de la grande duchesse Jeanne de Toscane la représente avec une coiffure de ce genre (fig. 316), dont l'étoffe forme un léger tuyauté par devant.

Pauvre femme, dont le doux visage n'avait pu effacer aux yeux

^li^'

Fig. 315. — Hyppolile Gonzagiie, fille de Feidinaud, à Tàge de i6 ans, d'après une médaille frappée en 1579.

de son époux, François de Médicis, la triomphante beauté de celle qui devait la remplacer, la célèbre Bianca Capello. Comme beaucoup de princesses, en ces temps troublés, sa destinée fut triste, de cette tristesse morne, dure à porter parce qu'elle est sans consolation. Elle n'était pas belle, sans être laide, mais il fallait autre chose que des attraits ordinaires au cruel et voIuptueu.K François de Médicis, ce tyran brutal qui remplit Florence de ses crimes.

Fig. 3'6 — Grande duchesse Jeaone de Toscane, femme de François de Médicis, d'après une gravure du temps.

Peu lui importait le bonheur d'une femme et surtout d'une femme honnête. Les autres étaient si nombreuses en Italie que le maréchal Strozzi en fit jeter en un jour huit cents à l'eau et cette action, qui trouble grandement nos idées actuelles, fut reo-ardée alors comme un acte de justice énergique.

^'g 3 '7- — Grande dame de Naples.

Page 1