‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 9 sur 31 · IO · texte numérisé non relu

IO

Si le hennin et les grands escoffions furent honorés d'une vogué déraisonnée en Angleterre et en France, il n'en fut pas de même en Italie. Ses modes n'avaient aucune ressemblance avec

[ I^'g- 23-- — Noble Italienne, d'après une peinture de la galerie de Bréra à Milan.

celles des autres pays. L'art et les artistes dominaient en Italie. La Renaissance y avait commencé son travail brillant et démoralisateur dès le xiv^ siècle. La patrie de Boccace était une pépinière de peintres, de sculpteurs, de poètes, d'artistes de toute espèce, prônés, fêtés, adulés des grands qui s'honoraient de les

attirer à leurs cours, se paraient de leur gloire et se récréaient de leur art et de leur esprit. Cette grande adulation de tous les talents était encore à son berceau et devait durer jusqu'à la fin du siècle suivant. Les papes se mirent eux-mêmes à la tête du mouvement et les femmes, toujours amies et aimées des artistes, mirent leur influence et leur beauté au service de ce mouvement intellectuel.

Le costume prit donc un tout autre caractère que dans les autres nations. 11 y eut beaucoup plus de laisser aller, une

Fig 233. — Jeune Italienne, d'après un manuscrit du temiK.

fantaisie plus gracieuse dans les manières si diverses dont les dames arrangèrent leurs cheveux.

La galerie de Bréra, à Milan, donne une collection très complète des modes italiennes au xV^ siècle et le luxe n'y est pas moins grand qu'ailleurs. Les tailles courtes et les manches bouffantes étaient déjà portées depuis longtemps en Italie, quand les conquêtes des Français vinrent répandre cette mode en France. Les jupes étaient amples et longues, les coiffures variées, mais jamais exagérées (fig. 232).

Beaucoup plus de coiffures en cheveux qu'en France, mais

aussi beaucoup de diversité dans la manière de les disposer. Tresses, boucles, bandeaux, torsades, tout se portait, même 'les cheveux dénoués, soit qu'on les maintînt au moyen d'un cercle d'or ou d'un ruban, soit qu'on posât sur le crâne une petite calotte ronde ou descendant un peu sur les oreilles (fig. 233).

On entremêlait beaucoup de bijoux aux cheveux. Tantôt on piquait çà et là des épingles ou des agrafes de pierreries, tantôt on tordait les mèches de la chevelure avec des fils de perles ou des chaînettes d'or. Enfin, l'emploi des écharpes légères en soie

brodées était fort en faveur, parce qu'il permettait de varier chaque jour l'ornement de la tête en le drapant d'une façon toujours nouvelle et imprévue.

L'écharpe italienne, de longueur généralement moyenne, était ordinairement en soie souple et fine, en gaze, en crépelé et même en mousseline. Le bord en était orné de broderies de couleur ou en or et d'une petite frangée également en or.

On entremêlait l'écharpe avec les cheveux en la laissant bouffer par petites coques autour du visage. On la roulait aussi avec les mèches en torsades et on la disposait avec art autour de la tête. D'autres fois, on la chiffonnait pour en faire une espèce de calotte ou de coiffe cachant presque toute la chevelure, dont un des bouts, après s'être enroulé autour de la nuque, venait retomber sur l'épaule (fig. 234).

Enfin elle formait aussi voile quand on la jetait négligemment sur la tête. On plaçait par dessus un grand chapeau de feutre ou de paille pour se préserver des atteintes du soleil du Midi. Ces chapeaux affectaient parfois des formes bizarres (fig. 235). Si les grandes cornes et les escoffions eurent peu de succès en Italie, ils n'y furent pas complètement négligés, mais ils gardèrent toujours des dimensions raisonnables. On en voit tantôt en toile plissée (fig. 236), tantôt en soie brodée de perles et d'or (fig. 237),

Fig. 234.

Milanaise, d'après une peinture de Carlo Crivelli de la galerie de Bréra.

tantôt encore cachant entièrement les cheveux ; d'autres fois laissant voir les ondes dorées de la chevelure, presque toujours ayant cet aspect artistique, ce faire un peu négligé qui démontrent l'influence qu'exerçaient sur leurs contemporaines les grands peintres de l'Italie.

Les costumes sont d'une grande richesse, bien naturelle à la contrée fabriquant les plus somptueuses étoffes de l'Europe.

Fig. 235. — Italienne, d'après une bible du duc d'Urbin de la bibliothèque du Vatican.

Les pailes, les samits, les plus beaux draps d'or, les damas aux plus riches arabesques venaient de Lucques, de Florence, de Venise et de Sicile. Au xv'' siècle, l'Italie s'était quelque peu pacifiée, les tyrans et les condottieri avaient disparu pour faire place à une infinité de petites cours très brillantes où l'on cherchait surtout à bien vivre, à s'amuser et à fêter les grands artistes.

Les femmes jouèrent un rôle important dans ce mouvement qui poussait tous les esprits vers les jouissances intellectuelles autant que vers les plaisirs de la nature inférieure. Une phalange

de princesses et de grandes dames intelligentes, belles et ambitieuses, surgit alors et activa encore cette effervescence qui agitait

toute la génération.

Il suffit de citer Vittoria Colonna, Catherine Sforza, Lucrèce Boro-ia et tant d'autres grandes dames qui attiraient autour d'elles une foule de savants et d'artistes et se passionnaient pour les

Fig. 236. — Noble Italienne, d'après une miniature Fig. 237. — Petit hennin, d'après une peinture de la bible du duc d'Urbin, Bibl. du Vaticao. italienne.

questions les plus ardues de la science comme pour les plus beaux produits de l'art.

Béatrix d'Esté tenait à Ferrare une cour brillante et aimable. Ambitieuse et adroite, c'était elle qui avait poussé son mari à s'emparer de Ferrare par un procédé de trahison absolument digne d'une compatriote de INIachiavel.

Elle avait la cour la plus somptueuse de l'Italie (fîg. 238). Chez elle, les fêtes succédaient aux fêtes et elle savait retenir les hôtes de choix. Léonard de Vinci, venu à Ferrare pour un concours de poésie, y passa de longues années.

Une autre princesse d'Esté, Isabelle, femme de Gonzague,

'■'»• ^3^- ~- tiéatrix d'Esle, duchesse de Fcrrare, d'après un iiiaïuiscrit du lemis.

marquis de Mantoue, aimait aussi beaucoup les arts et savait les faire valoir autour d'elle. Elle est représentée dans un portrait de Lorenzo Costa, les cheveux pendants, retenus sur le front par une ferronnière. Cesare Vecellio, qui s'occupa beaucoup des modes

Fig. 239. — D'après un tableau de Rez délia Francesca, 1470.

de son temps, dit que les jeunes filles de Mantoue portaient un chaperon et leurs cheveux retenus par un filet d'or.

Ange Politien parle ainsi de la coiffure d'une jeune Italienne qu'il admire :

« La chevelure du jeune conquérant de l'Inde, celle de l'amou-

« reux berger d'Amphryse n'égalent point en beauté les cheveux « distribués avec tant d'élégance aux deux côtés de ton front « et relevés artistement avec des tresses d'or » (fig. 239).

A ces coiffures élégantes se joignait le capuchon, également porté par toutes les classes, mais surtout par les femmes âgées et les

Fig. 240. — Catherine CornDro, reine de Chypre, et ses suivantes, d'après une peinture de Genlile Bellini, conservée à Venise.

bourgeoises. Dans un manuscrit de la bibliothèque de Sienne, une miniature représente des femmes à la messe. Presque toutes sont en capuchon ou ont la tête entortillée d'une écharpe. Quelques portraits de la famille Bentivoglio, à Bologne, représentent des femmes âgées, la tête couverte de voiles et de guimpes ; enfin les peintures de Léonard de Mnci offrent une grande variété des plus beaux costumes italiens et des coiffures les plus en vogue de son temps.

3i8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

Pendant que Ferrare disputait à Florence le prix du faste et que les fêtes se succédaient, laissant loin derrière elles les tournois des princes du Nord, V^enise l'emportait sur tous les autres Etats italiens par sa splendeur et son opulence.

Le xv^ siècle fut le moment où la puissance de la République des Doo-es atteignit son apogée; aussi les richesses qui affluaient dans cette ville dépassaient-elles les chiffres les plus fabuleux. Venise était devenue comme la métropole de l'Europe par son commerce hardi et ses négociations habiles.

Ses patriciens étaient autant de grands seigneurs aux fortunes immenses. Chacun d'eux avait son palais, merveille d'architecture extérieure et de luxe grandiose intérieur.

Les arts y étaient appréciés et noblement payés. Tout patricien avait une petite cour à lui, peuplée de peintres, de sculpteurs, de musiciens, de toutes les intelligences qui pouvaient ajouter à l'éclat de la vie et à la renommée du maître.

Quel cadre superbe pour ces belles patriciennes aux vêtements splendides, dignes ornements de leur beauté.

C'est encore dans les tableaux des maîtres de l'école vénitienne que nous puiserons les documents nombreux qui nous feront connaître les ajustements de ces grandes dames, toutes belles, toutes élégantes, si nous en croyons les artistes sur parole.

Mais dans cet Eden, beaucoup de femmes tenaient quelque chose du serpent, car elles en avaient l'astuce et l'adresse. On pourrait croire naïvement que ce beau blond doré de leurs chevelures, ce blond chaud tant aimé du Titien, était une couleur naturelle aux habitantes de Venise ? Hélas non, la race du pays avait de naissance la chevelure noire comme l'aile du corbeau, telle quelle existe encore maintenant et ce beau blond était dû à une série d'opérations délicates et difficiles qui exigeaient autant de patience que de coquetterie. Des manuscrits récemment découverts ont dévoilé tous les secrets de ces beautés trompeuses; on y trouve les recettes les plus compliquées pour arriver à ce blond envié, à ces capelli fili cforo tant recherchés. On voit aussi

dans d'autres miniatures du temps des patriciennes occupées, sur la terrasse de leurs palais, à faire sécher au soleil leurs cheveux imbibés de teinture. A quoi bon cacher la fraude, puisque tout le monde fraudait ?

La chevelure faisant l'objet de tant de soins, il est tout simple et logique que les Vénitiennes ne voulussent point la voiler sous des capuchons et des giiimpes. On se coiffait donc en cheveux avec des nattes, des torsades, des rouleaux arrangés de mille manières différentes, entremêlés de fils, de tresses ou de chaînettes d'or, de perles et de joyaux. Si parfois on mettait un voile, c'était en étoffe transparente et légère, n'empêchant pas la vue des ondes dorées et des bijoux.

Les femmes âgées avaient des coiffures plus sérieuses; elles étaient ordinairement voilées et portaient parfois la guimpe et l'écharpe ou le capuchon.

L'usage exigeait aussi qu'on ne se présentât pas en cheveux à l'église ; la tête voilée était ^^^" ^'*'- ~ Servante

*^ Italienne du XV"" siècle.

déjà exigée pour les premières chrétiennes ;

depuis on considéra comme une inconvenance, pour une femme, de

se présenter dans un lieu saint la tête non couverte.

Parmi les tableaux si nombreux qui représentent des Vénitiennes, il en est un de Gentile Bellini, à l'Académie des beaux-arts, à Venise, qui donne une idée exacte de la coiffure des femmes à l'église (fig. 240).

11 représente la reine de Chypre, Catherine Cornaro, et deux nobles Vénitiennes. Ces trois femmes sont agenouillées et, comme on le voit, toutes trois sont voilées. La reine porte la couronne posée sur un bourrelet richement brodé avec des bandes d'orfroi entrecroisées. Un premier voile enserre sa tête, un autre pend derrière elle.

Catherine n'était déjà plus jeune lorsque, veuve de Jacques de Lusignan, elle revint à Venise demander aide et protection pour

recouvrer son royaume. On sait comment, sous prétexte de la protéger, la République, qui voulait obtenir Chypre pour son propre compte, la retint presque prisonnière.

Catherine finit ses jours dans le château d'Asolo, où elle s'occupait d'art et de lettres pour se consoler.

Fig. 242. — Eléonore de Portugal, d'après un tableau de Piuturrichio.

Les deux personnes qui l'accompagnent sont beaucoup plus jeunes et toutes deux élégamment parées; c'étaient sans doute des amies de la reine déchue, peut-être des parentes, car Catherine Cornaro était une fille de Venise et sa famille alliée à toutes celles du patriciat vénitien.

Fig. 243. — Suivante d'EléoDore de Portugal, d'après un tableau de Pinlurrichio.

Philippe de Comines raconte dans ses mémoires qu'étant envoyé en ambassade par le roi de France auprès de la République vénitienne, il visita le trésor de l'église de Saint-Marc. Il fut émerveillé de tous les joyaux qu'on lui montra. Il y vit des richesses immenses, entre autres douze couronnes d'or d'un travail merveilleux et enrichies de pierreries. Ces couronnes étaient portées en une certaine fête par douze des plus belles femmes de la ville qu'on appelait alors Reines. Un jour, les brigands de l'Istrie et du Frioul, profitant d'un moment de désordre suscité par eux au milieu de la fête et de l'isolement passager où se trouvaient les reines, les enlevèrent, elles et leurs couronnes. Les maris, promptement remis, les poursuivirent et ils furent assez heureux pour ramener femmes et joyaux. Depuis ce jour, on garda les précieuses couronnes dans la cathédrale de Saint-Marc.

Le peuple italien ne semble pas encore, au xv^ siècle, avoir adopté les pittoresques costumes qui ont feit si longtemps le bonheur des touristes. On n'en voit aucune trace dans les nombreuses peintures de l'époque. Les femmes du peuple, dans les tableaux et les manuscrits, ont des capuchons, des petits bonnets genre serre-tête ou des écharpes enroulées autour de la tête (fig. 241). Presque aucune n'est coiffée en cheveux.

Les modes de l'Espagne et du Portugal ne paraissent pas avoir eu un cachet bien particulier au xv*^ siècle. Tantôt elles se rapprochent de celles de France, tantôt elles ont la grâce des italiennes. L'Espagne, sous le rapport artistique, était en retard sur les autres nations, ce qui s'explique par l'état de guerre perpétuelle où les luttes avec les Maures l'obligeaient à demeurer. Elle faisait venir ses architectes et ses sculpteurs de l'étranger et n'avait pas encore cette belle école de peinture qui devait fleurir au siècle suivant.

Cependant, dès lors, les richesses de l'Espagne étaient considérables et la cour de Ferdinand et d'Isabelle fut la plus brillante qu'on eut encore vue dans la péninsule.

Mais Chimène portait-elle un hennin et la fière épouse de

Narvaez se cciffait-elle d'un escoffion? Les chroniques sont muettes à cet égard et il ne semble pas que l'Espagne ait eu des frères Richard et des pères Thomas pour flageller la hauteur des

^^'.SILJ- '■

Fig. 244. • — Noble Allemande, d'après un manuscrit du xv"= siècle.

coiffures espagnoles, ce qui donne à penser cjue les modes n'y furent jamais exagérées ou immodestes.

Le Portugal, dont les mœurs étaient si semblables aux mœurs espagnoles, a dii avoir les mêmes modes que sa voisine. L'n tableau de Pinturrichio, représentant le mariage de Frédéric III,

empereur d'Allemagne, avec Éléonore de Portugal, nous montre quelques dames portugaises revêtues de vêtements somptueux, dont les étoffes ne le cèdent en rien aux plus riches tissus italiens.

Éléonore et la principale dame de sa suite sont coiffées de la même façon. Elles portent un filet en or qui retient les cheveux simplement ondulés par devant et serrés sur le front par un ruban d'or (ûg. 242).

La suivante (fig. 243) en nous tournant le dos à moitié, nous

^rnsh^

il' ï "^ ... ..^-^

Fig. 245. — ■ Noble Allemande, d'après une miniature du xv* siècle.

apprend comment les cheveux étaient arrangés dans ce filet qui pendait jusqu'à terre, retenu de distance en distance par un cordonnet d'or qui le serrait. Ce genre de coiffure est exclusivement portugais, car nous ne l'avons rencontré nulle part ailleurs.

Un manuscrit de la fin du xv<^ siècle contient des miniatures représentant des femmes de la noblesse espagnole. Quelques-unes portent des capuchons brodés qui rappellent les vêtements mauresques qu'on rencontre encore aujourd'hui au Maroc.

Les hennins et les coifiures très hautes ne furent guère portées

en Allemagne, mais, en revanche, les coiffures larges y eurent un grand succès. Les capuchons de drap déchiqueté qu'on posait, comme celui des hommes, sur le haut de la tête en se serv'ant de la queue comme d'un tour de cou, se rencontrent fréquemment dans les monuments allemands (fig. 243). Ces capuchons étaient en drap noir ou écarlate pour les bourgeois et le peuple, en drap pourpre pour les nobles (i).

Les Allemandes portaient aussi la crépine d'étoffe de soie ou de drap d'or et d'argent, de même que la résille en galons d'orfrois ornés de perles ou de pierreries. Elles en formaient des bourrelets ou cornes aux oreilles comme en France, ou bien la laissaient pendre dans le cou, recouvrant entièrement les cheveux, à l'exception des bandeaux du visage. Sur cette crépine ou réseau elles plaçaient soit le capuchon cité plus haut, soit un bonnet rond rembourré qui res-

Fig. 246.

semblait beaucoup à la birette, soit encore de Femme allemande du grands chapeaux de feutre ornés d'une quantité peuple, dapres une

or i ancienne tapisserie.

de plumes (fig. 245).

Enfin, toutes les classes usaient de coiffares en toile empesée comme nous en avons vu en Flandre, de large envergure accompagnées généralement de la guimpe ou de la gorgière.

Le voile semble rarement employé.

Dans le nord de l'Allemagne, beaucoup de coiffures en turbans, en bourrelets, en fourrures pour l'ordinaire et de grands et larges diadèmes d'or ou d'argent, dont l'origine celtique remontait au temps les plus anciens et qu'on voit encore apparaître aux mariages et aux fêtes, dans certaines contrées de la Prusse et du Danemark. Les femmes du peuple portaient aussi des turbans (fig. 246). Ceux des grandes dames étaient agrémentés de beaucoup d'ornements d'or et de pierreries, car la faveur des joyaux fut aussi grande en Allemagne que partout ailleurs (fig. 247).

(1) La teinture jiourpre n'était pas toujours rouge; on donnait ce nom de pourpre à une matière colorante d'un prix élevé qui se combinait en diverses nuances.

La bourgeoisie allemande, dans les villes commerçantes, déployait un luxe princier. Les femmes nobles semblent avoir renoncé de bonne heure aux privilèges de la toilette si chers à l'amourpropre de celles des autres pays (fig. 248).

Il eût été impossible de condamner ces riches bourgeoises à se contenter de vêtements simples et d'humbles maisons, elles dont les maris tenaient dans leurs mains la plus grande partie des richesses de l'Allemagne. Aussi rien n'égale la splendeur de ces palais de l'aristocratie marchande, comme rien n'égalait la beauté des parures de ces fières bourgeoises. Les chroniques du temps contiennent de nombreuses descriptions des repas plantureu.x, des magnifiques appartements, du train princier de tous ces grands commerçants dont les noms sont restés célèbres en Allemagne à l'égal de ceux des plus illustres chevaliers. L'or a aussi sa noblesse; l'essentiel est de s'en servir noblement.

Là où régnait l'esprit chrétien, malheureusement déjà bien affaibli en Allemagne, on renonçait aussi à toutes les grandeurs devant la mort. Plusieurs tombeaux de l'époque nous montrent des femmes vêtues d'habits austères, de forme monastique, qui témoignent d'une grande préoccupation religieuse et d'un profond sentiment d'humilité et de foi.

Revenons encore une fois en France pour y saluer la grande et noble figure de Jeanne d'Arc, de celle qui releva l'honneur de son sexe, en ces temps lamentables où les femmes semblent avoir perdu tout sentiment de leurs devoirs.

Aucun portrait authentique ne nous est parvenu de la grande héroïne ; nous savons seulement qu'elle était très belle et qu'elle, avait une abondante chevelure blonde.

La ville d'Orléans conserva longtemps, avec un soin jaloux et une grande vénération, un chapeau de Jeanne d'Arc que celle-ci avait donné à la fille de Jacques Boucher, bourgeois de la ville chez qui elle avait demeuré pendant son séjour à Orléans.

Ce chapeau resta deux cents ans dans la famille de Jacques Boucher, qui, au bout de ce temps, en confia le dépôt aux pères

F,g 247 Coiffure, d'après un buste de l'église de St-Martin d'Obcrwesel du xv« siècle.

de l'Oratoire, ainsi qu'il est constaté par acte authentique déposé aux archives d'Orléans. Malheureusement, le chapeau disparut à la Révolution lorsque la congrégation fut dissoute. Il fut sans doute emporté par l'un des religieux qui négligea de s'assurer que

Fig. 24S. — Anna de Pallan, femme de Jehan voa Elch, d'après son tombeau, i486.

la dernière relique de l'illustre héroïne serait après lui sauvée de l'oubli.

Le chapeau de Jeanne d'Arc était en velours bleu, relevé des quatre côtés, bordé d'or et renfermé dans une caisse en maroquin rouge ornée de fleurs de lys.

Les ennemis de la sainte fille l'accusèrent injustement de luxe dans ses vêtements. Elle était vêtue avec la recherche qu'exigeait sa haute position dans l'armée. Jeanne sentait que l'autorité devait être rehaussée de quelque prestige extérieur pour en imposer aux peuples comme aux soldats, mais jamais la coquetterie féminine ou la recherche du vêtement ne détourna sa pensée du noble but de sa vie.

Page 1